La Fureur de vaincre/The Fist of legend

Publié le 19 Août 2015

La Fureur de vaincre, de Lo Wei, avec Bruce Lee, est sorti en 1972 ; The Fist of legend (encore un titre en chinois traduit en anglais, ce qui a le don de m'agacer), de Gordon Chan, avec Jet Li, est sorti en 1994. Le second film est un remake du premier.

L'histoire y est la même bien que traitée différemment. Dans les années 30 (?), la Chine est sous occupation japonaise. Chen Zhen (Bruce Lee/Jet Li) retourne dans son école pour trouver son maître mort. Il s'avère que ce sont les colonisateurs qui ont fait le coup. S'ensuit une guerre entre les deux clans, les Chinois qui défendent leur terre, leurs traditions et leur honneur, et les Japonais qui cherchent à asseoir leur pouvoir et mater toute forme de rébellion.

Dans La Fureur de vaincre, les Japonais sont des salauds qui martyrisent et humilient les Chinois, mais heureusement Bruce Lee est là, qui va pouvoir leur péter la gueule à tous. La version de 1994 est plus subtile : Chen Zhen est parti faire des études au Japon, il est tombé amoureux d'une Japonaise, et se retrouve lui-même au centre de la question du racisme : va-t-il être fidèle à sa patrie, à ses amis et camarades, ou va-t-il préférer l'Amour avec une étrangère, une « ennemie » ? Le maître du dojo japonais lui-même s'avère être un homme bon et respectueux, reconnaissant le grand talent et la sagesse du maître de Chen Zhen. Si les Japonais restent les adversaires, le tableau est plus subtil.
Il y a des références vestimentaires, manifestement porteuses de sens, qui m'ont, avouons-le, un peu échappé. Chen Zen n'est pas habillé à la chinoise, mais est-il pour autant habillé à la japonaise ? Pourquoi l'ambassadeur japonais est-il habillé à l'occidentale ? Mon manque de connaissance de ces cultures et de cette époque m'empêche sans doute de saisir une partie des allusions, déjà présentes dans le Bruce lee, mais accentuée dans le remake.
La subtilité (toute relative, n'en rajoutons pas des caisses non plus) de The Fist of legend se retrouve aussi dans l'écriture des personnages. Il est frappant de voir à quel point, dans La Fureur de vaincre, il n'y a finalement qu'un seul vrai personnage : Bruce Lee. Les autres sont des caricatures ou des figurants. Dans The Fist of legend, le travail d'écriture est plus poussé : ce n'est pas Jet Li contre le reste du monde, il y a de vrais personnages, qui ont une influence sur le comportement du héro. Dit comme ça, cela n'a l'air de rien, ça semble même une base, mais quand ce n'est pas le cas c'est un peu dur...

Venons-en maintenant au vif du sujet : les bagarres et les acteurs principaux. Force est de constater que les combats des années 70 ont pris un coup de vieux. Ça manque de rythme, ça va presque trop vite, ça semble presque trop facile : Bruce Lee est juste le plus fort du monde, il n'est jamais mis en danger. Notons aussi que, d'une certaine façon, il ne fait rien d'impressionnant, pas d'acrobaties spectaculaires. Il a juste le coup de poing et de pied les plus puissants de l'univers – et, certes, une belle maîtrise des nunchakus. Dans The Fist of legend, ça se bastonne sévèrement, longuement, on a le temps d'en profiter pleinement. Comme les acteurs savent se battre, il n'y a pas besoin de ces effets à la mode de montage, un cut toutes les 3 images, pour donner une impression de rythme effréné, alors que c'est juste confus. Notons au passage que ce sont deux films Hong-kongais, et qu'ils savent mieux y faire que les américains pour ce qui est de mettre en scène une belle baston.
Il faut admettre cependant que ce n'est pas dans ce film que Jet Li donne toute la mesure de ses talents d'acteurs, puisqu'il affiche à peu près la même expression inexpressive genre « je suis un sage qui maîtrise les arts martiaux, rien ne m'atteint.* » Bruce Lee est évidemment plus excentrique (ah, ces petits cris), et même si le jeu d'acteurs est assez outré, il s'en sort bien. Il s'amuse même à montrer toute l'étendue de son art du déguisement, dans des scènes assez drôles, alors que l'humour est peut-être ce qui manque le plus au remake. Il faut quand même que je relève que son personnage est une espèce de machine à tuer proche de la psychopathie, qui assassine sauvagement tout ce qui se met en travers de son chemin à coup de poings mortels et de cris de la mort.

Au final, ces films ont des qualités assez différentes mais méritent d'être vus tous les deux : La Fureur de vaincre pour son léger côté nanard sympathique et évidemment pour Bruce Lee, et The Fist of legend parce que c'est globalement un bon film (dans le genre).

***

Mon honnêteté légendaire m'oblige à avouer deux choses : j'ai vu le remake avant l'original, ce qui n'est pas a la faveur de La Fureur de vaincre, et j'ai vu ce dernier en VF (magie des DVD « remasterisés »), qui, à cause du côté franchement grotesque de certaines voix, n'aide pas à valoriser ce film...

 

* Je suis un peu injuste, à un moment, il sourit.

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En bonus, quelques croquis de The Fist of legend.

 

Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #kung-fu

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