Sa majesté des Mouches (Peter Brook)

Publié le 16 Novembre 2015

Sa Majesté des Mouches est un film de Peter Brook sorti en 1963, adapté du roman éponyme publié en 1954.

On ne sait pas trop bien ce qui se passe dans ce superbe début de film, monté un peu à la manière de La Jetée de Chris Marker — des photos, du son, des bruitages, de la musique — mais on suppose que c'est un peu la merde. En mode conflit militaire, peut-être même 3e guerre mondiale, ce n'est pas clair, mais en même temps, on s'en fout.
Sur une île perdue au milieu du Pacifique, un groupe d'une vingtaine d'enfants Anglais se retrouve tout seul, sans adultes. Ils essayent d'organiser leur survie (dont les détails sont laissés de côté), et doivent pour cela élire un chef. Ils ont le choix entre Ralph, jeune garçon sympathique, qui a fait se regrouper les survivants en soufflant dans une conque ; et Jack, sans doute le plus grand d'entre eux, maître de chœur, accompagné de ses chanteurs/sbires. C'est Ralph qui est élu, ce qui contrarie fortement Jack, qui montre déjà des signes d'autoritarisme.
Le film s'articulera autour de la rivalité entre Ralph le gentil démocrate et Jack le moins gentil et moins démocrate, avec au milieu, entre autres, « Piggy », petit gros à lunettes (!) intelligent et inoffensif ; avec des enjeux tels que celui de la nourriture, du brasier à entretenir au cas où un avion ou un bateau passerait dans le coin, et de la mystérieuse « bête » qui hanterait l'île...

Les enfants sont des salauds, on le sait tous. Et même les gentils, qui appellent le petit gros « Piggy » (on ne saura même pas son vrai nom !) alors que ce dernier leur avait explicitement demandé de ne pas l'appeler comme ça, et de ne dire à personne son surnom. Et ce pauvre Piggy va se faire maltraiter et moquer par tout le monde alors que c'est le garçon le plus gentil du monde. Et pendant ce temps, Jack assoit son autoritarisme, allant jusqu'à instaurer une forme de dictature sauvage légèrement effrayante.
Bien sûr, tout ceci est une forme de discours sur la nature de l'Homme : même les êtres les plus « innocents » qui soient (mon œil, oui), c'est-à-dire les enfants, si on les lâche dans la nature sans les surveiller, en les laissant s'organiser eux-mêmes, eh bien c'est la merde : ils se foutent sur la gueule, ils respectent rien, ils foutent le bordel, ils instaurent des régimes d'oppression... Autant dire que les enfants sont des salauds, et que par conséquent l'Homme est un sacré fumier. Bon, je ne partage pas cette vision de l'Humanité, plus par choix que par conviction d'ailleurs, mais voir cette thèse aussi magistralement développée sur 90 minutes, ça chamboule quand même un peu.
Mais ne croyez pas que Sa Majesté des Mouches est un pamphlet, un film à thèse un peu chiant. Au contraire, c'est un film passionnant, haletant, sidérant, frémissant, vrombissant. Les enfants-acteurs sont tous formidables, c'est superbement mis en scène, monté, cadré. C'est beau et magistral, c'est un vrai régal de cinéphile, et peut-être un peu moins d'humaniste.
il y aurait plein d'autres choses à dire sur ce film, tant sa mise en scène est proche de la perfection : sur l'opposition entre les personnages dans l'image, sur ce que racontent les cadres, sur l'évolution des vêtements des enfants, qui passent d'un complet bien propre à des vêtements sales et déchirés, voire à une quasi-nudité agrémentée de peintures tribales, qui accompagnent la sauvagerie des comportements...

* * *

J'ai fait quelques dessins d'après des images du film, ça peut peut-être donner une petite idée de la beauté de la mise en scène.

Sa majesté des Mouches (Peter Brook)
Sa majesté des Mouches (Peter Brook)
Sa majesté des Mouches (Peter Brook)

Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma

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