A touch of zen (King Hu, 1971)

Publié le 19 Juillet 2016

Ku est un peintre modeste bien que plein de talent, qui vit avec sa mère dans une petite ville. Des nouveaux venus s'installent dans une maison abandonnée à côté de chez eux, dont une jeune et jolie femme appelée Yang. Ku fait un (superbe) portrait d'un étranger nouvellement arrivé en ville, qui n'est autre que Ouyang Nin, un officier chargé de trouver une fugitive, qui n'est autre que Yang : son père ayant voulu prévenir l'empereur de la corruption de l'Eunuque Wei, ce dernier l'a fait tuer et cherche depuis à se débarrasser de l'encombrante fille.
Ku va aider Yang à se débarrasser de ses ennemis, avec l'aide du général Shi et du docteur Lu. Ku ne se bat pas, mais c'est un fin stratège. Quand l'armée de l'Eunuque Wei veut s'installer dans un fort abandonné, ils vont leur faire croire que celui-ci est hanté et monter une embuscade – efficace – pour leur défoncer la tronche.
[Zone spoilers qui raconte la fin du film] Après leur victoire, Ku se lance à la poursuite de Yang qui a disparu, bien décidé à trouver celle qu'il pense être la femme de sa vie. Celle-ci s'est réfugiée dans un monastère bouddhiste dirigé par le puissant Abbot Hui Yuan. Sauf que Ku est recherché par les forces de l'Eunuque Wei. Yang et le général Shi viennent à son aide et le tirent d'affaire. C'est alors qu'apparaît le super balèze Hsu Hsien-Chen, le chef des armées de l'Eunuque Wei, bien décidé à péter la gueule aux deux fugitifs. S'ensuit un long combat épique. Au final, Hsu Hsien-Chen blesse mortellement le moine et méchamment Yang et Shi. Sauf que Abbot Hui Yuan saigne de l'or, tue le méchant et a tout l'air d'être une réincarnation du Bouddha. [fin de la zone spoilers]

Commençons par le début : une fois qu'on a réussi à passer outre la première heure, bien longuette, il est super bien ce film.

Certes, le début est long, et il y a quelques répétitions dans le film, mais je me demande si finalement ce n'est pas assez chinois dans l'esprit. Je suis en train de lire Le Voyage en Occident, et on retrouve ça : il arrive quelque chose à un personnage A, qui le raconte à un un personnage B, qui demande à A d'y retourner pour vérifier un truc, A y va, rentre raconter à B etc. Ces allers-retours me semblent inutiles et trainer en longueur, mais peut-être est-ce parce que je suis trop formaté dans ma façon de raconter par la méthode Hollywood ?

En fait, il y a trois films dans ce film, signalés fort subtilement par les trois paragraphes de mon résumé. Le premier est une sorte de comédie de mœurs longue et peu ennuyeuse qui occupe la première heure, il ne s'y passe presque rien, à part une mise en place des personnages et de leurs relations ; le second est un bon film de bagarre qui dure la majeure partie du film ; la dernière demi-heure (à la louche) est complètement mystique et fofolle, comme si on avait mélangé la fin de 2001 avec le cinéma de Terrence Malik : soleil plein cadre, jeu de silhouettes, images en négatif, plans sur le soleil qui se reflète dans une rivière et sur des feuilles qui ondulent au vent... Bon, c'est moins fort que 2001, mais quand même, c'est ouf.

Disons-le : c'est visuellement très beau. Les cadres sont étudiés avec un grand sens de la composition et de l'espace, les décors et costumes sont élégants et la lumière est superbe... sauf dans les passages nocturnes, où l'image est quasiment noire. Je ne sais pas si c'est un défaut du film ou un souci lors de la restauration, mais c'est frustrant. Dans certaines scènes de bagarre nocturne, on ne sait même pas qui se bat, et si c'est un gentil ou un méchant qui vient de mourrir... C'est, disons, dommage.


Pas évident de vibrer pour ces personnages.

Mais tout cela reste très beau, et il y a de bonnes idées de cinéma. Il y a un monteur fou, qui de temps en temps fait un montage épileptique mais extrèment efficace, qui par moment glisse des images presque subliminales. C'est parfois un peu cheap, mais ça marche !
On trouve aussi une façon intéressante d'utiliser le travelling : il y a évidemment ce que j'appellerais un « travelling de mouvement », qui suit un personnage qui marche, par exemple, mais il y en a une autre forme, moins fréquente, que j'appellerai « travelling de plan à plan » : on débute sur un super beau plan, les acteurs bougent et la caméra les suit pour aboutir sur un autre plan super beau. Ça ne révolutionne pas le cinéma, d'autres l'ont fait avant et continuent de le pratiquer (Kurosawa, Spielberg...) mais quand c'est bien fait comme ici, c'est un réel plaisir pour les yeux.

Il y a quelques bizarreries dans ce film, des choses que je ne m'explique pas vraiment, comme la réccurrence de toiles d'araignées, mais qui donnent une profondeur au film, qui enrichissent sa diégèse (pour utiliser de grands mots). C'est ce qui pour moi contribue à la qualité du film et me le rend encore plus sympathique : il est très ambitieux et se donne les moyens de ses ambitions. Même si tout n'est pas réussi, on voit bien qu'il y a un réalisateur derrière qui a des idées sur le cinéma. C'est presque un film d'auteur avec de la bagarre dedans, et ça, c'est vraiment rare et ça fait plaisir.

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Je lis que c'est un film qui a inspiré Ang Lee pour son très beau Tigre et Dragon (2000). Effectivement, on retrouve des similarités, notamment des scènes de combat dans des forêts de bambous avec des combattants qui volent un peu dans tous les sens. Bon, dans A Touch of zen, c'est moins virtuose, on voit bien qu'ils sautent sur des trampolines, mais l'intention est là, et Ang Lee n'a fait que pousser l'idée.

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Je crois que je suis blasé des films asiatiques qui ont un titre en anglais. Je m'étais agacé pour A Touch of sin de Jia Zhang Ke, là ça ne me touche même plus. J'ai baissé les armes.
Je ne sais d'ailleurs pas si la similarité de ces deux titres est volontaire.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #kung-fu

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