L'incivilité des fantômes (Rivers Solomon, 2019)

Publié le 25 Septembre 2019

Aster vit sur le Mathilda, un gigantesque vaisseau spatial dérivant dans l'espace depuis plus de 300 ans, à la suite d'une catastrophe survenue sur la Terre. Aster fait partie des habitants des ponts inférieurs, les Bas-pontiens, des Noirs méprisés, violentés et exploités par ceux des ponts supérieurs, des Blancs vivant dans une certaine opulence. Les ponts inférieurs sont soumis à des coupures de courant régulières depuis quelques mois ; il n'y a en général pas de chauffage et y fait donc très froid.
Aster bénéficie pourtant de quelques privilèges : elle est amie avec le Général-Chirurgien, qui l'a formée à soigner et opérer. Elle prépare elle-même des médicaments inédits dans son botanarium.
Nicolae, le chef du vaisseau, est atteint d'un mal étrange qui risque d'entraîner sa mort. Il serait alors remplacé par le terrible et impitoyable Lieutenant. Aster découvre que sa mère, Lune Grey, qu'elle n'a pas connue, a été atteinte d'un mal similaire à celui de Nicolae avant son suicide. Et que cette période, il y a 25 ans, correspond à la précédente période de coupures de courant.

Je comprends pourquoi la critique étasunienne et française est unanime sur ce bouquin : il y a de quoi ! C'est un livre riche, intense, nerveux, émouvant. Un de ces pavés qui se lisent en quelques jours, et qui restent en mémoire longtemps après. Il s'y passe plein de choses, les personnages sont riches et denses, ça pose plein de questions sur le monde.
Rivers Solomon glisse dans ce livre beaucoup de ce qui semble être ses préoccupations personnelles. Ainsi, la plupart des personnages sont intersexes ou non-binaires. Le Chirurgien prend un anti-douleur qui perturbe l'androgenèse, il cultive son androgynie en se rasant la barbe, ce qui est contraire aux mœurs des autres hommes. Il est d'ailleurs critiqué pour son aspect « féminin ». Les Bas-pontiens sont non-binaires jusqu'à l'adolescence ; ils gardent des caractéristiques des deux sexes.
Je ne vais pas faire la liste, mais on y trouve également des réflexions sur la science, sur la politique, sur l'usage de la violence, sur l'écologie, évidemment sur le racisme (les Noirs Bas-pontiens sont esclaves des Blancs Haut-pontiens)… Encore une fois, ça se dévore, c'est intelligent, plutôt bien écrit, c'est à recommander.

Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #littérature, #science-fiction, #États-Unis, #LGBTQI+

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