Publié le 19 Juillet 2018

Emil Zatopek (ici appelé Émile) est l'homme le plus rapide du monde sur les longues distances. C'est un Tchèque qui grandit dans un pays occupé par les Nazis puis sous régime soviétique, qui n'aime pas le sport et se découvre par hasard un talent, puis une passion, pour la course. Il met en place un entraînement très dur et violent, il court, il court, et puis il gagne. Il gagne même beaucoup, il bat des records à la pelle (encore aujourd'hui, c'est le seul homme à détenir simultanément 8 records du monde différents !)

Deuxième volet de sa trilogie biographique, Courir est un roman. Il faut insister sur ce terme : même si tout est vrai, ou presque, il s'agit bien d'un livre d'Echenoz, il y met en place les mêmes jeux narratifs, le même humour, le même regard distancié que dans ses autres livres. Et c'est peu de dire que c'est réussi. Certes, il y a une petite longueur vers la fin, quand les courses et les records se succèdent et se ressemblent, mais en même temps on ne peut pas vraiment en faire le reproche, puisque le narrateur lui-même en parle, de cet aspect répétitif de la vie d'Émile.
Ça reste formidable, plein d'humour et d'intelligence de l'écriture. Il faut lire le récit des jeux interalliés de Berlin en 1947 : il est le seul athlète tchèque, tout le monde se fout de sa gueule, avec ses vieilles pompes et son jogging élimé (la Tchécoslovaquie est alors un pays en grande difficulté), tout se passe mal, il participe à la course, et il gagne. Et devient une véritable star.
Bref, c'est passionnant et formidable et merveilleux, et ça se lit en 3 jours tellement c'est bien.

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Publié le 18 Juillet 2018

Agathe rentre du Viêt Nam avec les cendres de son mari. À l'aéroport, elle rencontre deux islandais, Anna et son fils Úlfur, qui viendront squatter chez elle quelque temps, à Montreuil.

Queen of Montreuil est le film précédent le superbe L'effet aquatique. C'est un film sympathique, qui repose sur les mêmes ingrédients : poésie, incongruité des situations, personnages surprenants et charismatiques... Pourtant ça ne marche pas aussi bien, sans doute parce qu'il manque une trame narrative forte, un fil directeur qui porte le film et nous emmène dans les divagations des personnages.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma

Publié le 17 Juillet 2018

Nous sommes en 1955, c'est le bazar en Égypte après le coup d'état du général Nasser, et l'agent secret français Jack Jefferson est porté disparu. OSS 117 est chargé de tirer tout ça au clair et de « sécuriser le Proche-Orient ».

J'ai donc revu OSS 117. Est-ce encore la peine de le présenter ? C'est un film souvent très drôle, qui parodie avec tendresse les premiers James Bond et tous ces films d'espionnage/action des années 1960. Jean Dujardin est parfait dans le rôle titre ; incarnant un personnage d'imbécile, raciste, arrogant, misogyne... OSS 117 est un gros con qui se prend particulièrement au sérieux, alors que les autres personnages du film sont conscients de sa médiocrité : ce décalage est un des principaux ressorts du film
Mais malheureusement le film finit par se prendre au sérieux. C'est comme si Hazanavicius se rendait compte qu'il devait raconter une histoire, et que ça ne pouvait pas marcher s'il passait son temps à se moquer de son personnage principal. Alors donc à peu près à partir du 3e tiers du film, OSS se débarrasse des méchants et chope la fille : il devient un héros. C'est un triste renversement, comme si Hazanavicius n'avait pas eu le courage d'aller au bout de sa démarche. Le film devient moins drôle, et prend une partie des défauts de son personnages : il devient notamment sexiste (les deux actrices qui se battent en se déshabillant, la serveuse qu'OSS embrasse de force à la fin) et homophobe (les sous-entendus sur l'homosexualité d'OSS sont d'abord – un peu – amusants parce qu'il est ridicule quand il s'en défend, mais encore une fois tout ça devient très sérieux).
Et c'est dommage parce qu'il y a vraiment un énorme potentiel dans ce personnage !

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #comédie

Publié le 13 Juillet 2018

Ce fut un choc pour Sweetness de découvrir sa fille à l'accouchement : alors que ses parents sont mulâtres, ce bébé a la peau « noire comme la nuit, comme le Soudan ». Sweetness est dégoûtée par le contact de cet enfant, elle l'élève en gardant ses distances et en essayant de la préparer au racisme auquel elle aura forcément affaire.
Aujourd'hui, Bride est une jeune femme qui a fait de sa noirceur l'outil de sa beauté saisissante. Elle a réussi, a de l'argent et un bon métier. Mais une rupture amoureuse et le retour du passé vont la confronter à une série de difficultés (et c'est un pléonasme) qui la feront grandir etc.

Ça faisait un moment que je voulais lire un livre de Tony Morrison, qui est présentée comme un grand nom de la littérature américaine. Et je dois dire que j'ai été un peu déçu.
Effectivement, on sent une grande écrivaine : c'est très bien écrit et « il se passe des choses » au niveau de la construction du récit. Le livre est presque entièrement écrit à la première personne par différents personnages, quasiment tous féminins (roman choral). Un des chapitres est écrit par une fille d'une dizaine d'années, ce qui amène jeu sur cette langue ; il y a également quelques poèmes en prose. Il y a parfois des « crevasses » (pour utiliser le mot de Flaubert) temporelles et narratives d'un paragraphe à un autre, qui créent un effet de surprise, de sidération – c'est une mécanique efficace pour faire avancer un récit.
Oui, au niveau littéraire, c'est riche, d'autant plus que le roman n'est pas très long (moins de 200 pages).

Mais toute cette habileté littéraire se met au service d'une histoire très mélodramatique et très hollywoodienne. Comment expliquer ? Dépassé un certain stade, je trouve que le sadisme envers des personnages devient un peu grotesque. Bride subit trop de choses pour que ce soit crédible : une rupture, un tabassage en règle qui la défigure, un accident de voiture, des modifications corporelles mystérieuses (disparition des trous de boucle dans ses lobes, des poils pubiens, des seins – c'est une idée fantastique dont Toni Morrison ne fait à peu près rien)... J'ai compté, il n'y a pas moins de 7 histoires de pédophilie dans le roman. C'est grotesque et un peu ridicule. J'ai presque l'impression d'entendre l'autrice dire « ah ouais, t'as vu comme j'y vais fort ? Tu as ton compte ? Eh bien, tiens, regarde comme j'en rajoute une couche ! » Certes, ce n'est pas larmoyant, mais âpre, violent et dur. Mais je le redis, passé un certain seuil, cette violence devient gratuite, vaine. À mon sens, elle ne raconte rien, elle ne provoque plus d'autre émotion que l'agacement, elle ne dit rien du monde.

Alors oui, c'est sauvé par une fin où Morrison ramène de la lumière et de l'humanité, ça pourrait être touchant, mais c'était trop tard pour moi.

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Publié le 12 Juillet 2018

La légende du roi Arthur et des chevaliers de la table ronde revisité par les Monty Python : où il est plus question du vol des hirondelles africaines, d'anarcho-syndicalisme ou de méthodes pour savoir reconnaître une sorcière que de chevalerie.

Est-il encore besoin de présenter Sacré Graal ? C'est un film que j'ai vu des dizaines de fois – je l'avais en VHS. Les différents sketches qui composent le film me font toujours autant rire, les séquences animées de Terry Gilliam sont toujours aussi géniales. Je crois que je n'avais jusqu'à présent pas vraiment mesuré l'influence de Lewis Caroll dans la logique de certains passages, notamment celui avec la sorcière (je résume) :

— On brûle les sorcières, mais que brûle-t-on d'autre — Du bois ! — Donc les sorcières sont faites en bois. Et que fait le bois, à part brûler ? — Il flotte. — Donc les sorcières flottent aussi. Qu'est-ce qui flotte également ? — Les canards. — Donc si cette jeune femme pèse le même poids qu'un canard, c'est que c'est une sorcière.

Après, évidemment, regardé avec mes yeux d'aujourd'hui, la séquence où Galahad le chaste entre dans un château occupé par des jeunes femmes de 16 ans qui ne rêvent que de lui faire l'amour est plutôt gênante, et ce prince Herbert que tout le monde prend pour une fille, bon...
Mais c'est trop tard pour moi, je suis incapable de laisser ça me gâcher ce film, qui est très clairement un des grands chef-d'œuvres de l'humour anglais.

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