Directeur d'un musée d'art moderne et contemporain, Christian se fait voler son portefeuille, et au lieu d'appeler la police, il distribue une lettre de menace à tous les habitants de l'immeuble où se trouve son téléphone, localisé via le tracker GPS.
Dans le même temps, une artiste prépare une exposition, centrée sur The Square, un carré lumineux décrit ainsi : « The Square est un sanctuaire de confiance et de bienveillance. En son sein, nous avons tous les mêmes droits et les mêmes devoirs ».
Pour moi, le problème avec ce film, c'est qu'il ne choisit pas. Il n'a pas le courage d'assumer un parti-pris, une position.
Ruben Östlund a manifestement envie de parler du monde de l'art contemporain, de faire une satire de ce monde ; il y a quelques belles scènes, notamment quand un artiste imite un gorille à un gala, poussant la performance trop loin. Mais ces quelques scènes éparses ne disent finalement pas grand-chose, elles ne débouchent sur rien, elles n'ont pas de suite : on n'entendra plus jamais parler d'Oleg ; que retenir de cette séquence d'interview d'un artiste perturbée par un type qui a le syndrome de la Tourette ? À quoi sert-elle, que dit-elle du monde ? The Square aurait pu être un film choral, parcellaire, morcelé, avec des scénettes qui, par accumulation, par pointillisme, forment un tout qui a du sens, un ensemble cohérent.
Or, ce n'est pas ce que fait Ruben Östlund : il essaye de raconter une histoire. Sauf que là non plus ça ne marche pas. Le fait que Christian soit un sale con égoïste ne m'aide certes pas à rentrer dans cette histoire ; le fait que les prémices de plusieurs fils narratifs (l'histoire du portefeuille, la vidéo choquante) reposent sur des décisions stupides (ne pas appeler la police, mettre une vidéo en ligne sans l'accord de personne) est un autre obstacle. En quelques mots : je trouve les récits de ce film mal foutus et pas intéressants.
Et finalement, qu'est-ce que Ruben Östlund raconte dans ce film ? J'ai envie de répondre : rien. Il ne dit rien d'intéressant du monde de l'art contemporain (« oh là là parfois ça va trop loin, et puis ils sont pas tous compétents dans les musées », merci du scoop), il ne dit rien d'intéressant du monde (« parfois les gens sont des cons », merci du scoop). Je trouve complaisante et appuyée la façon qu'il a de filmer des SDF ; le message sur l'altruisme versus l'égoïsme blablabla est asséné à coups de massue. Les quelques idées intéressantes (ce Square, comme la plupart des œuvres en fait, dont la performance dOleg) ne sont pas développées, elles sont juste posées là dans un coin pour faire joli. Je trouve la forme un peu poseuse, je ne vois pas de subtilité, pas de fond.
Bref, je crois bien que je n'ai pas aimé.
Et je ne comprends vraiment pas que The Square ait eu la palme d'or.