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Publié le 17 Août 2024

Après une première autobiographie non officielle, l'incroyable Martial Solal publie, à près de 97 ans, son autobiographie. Pas évident pour moi de me prononcer, je suis loin d'être impartial… Mais j'ai retrouvé avec plaisir la plume de Martial, son humour, sa verve. Si je n'ai pas appris grand-chose, j'ai découvert quelques anecdotes amusantes ou saugrenues.
Le travail d'édition n'est pas parfait, il reste quelques coquilles, il aurait peut-être fallu travailler un peu plus sur la structure, mais rien qui ne puisse gâcher le plaisir de lecture.

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Publié le 2 Février 2024

Le journaliste new-yorkais Jeff Harris se rend au Brésil pour écrire un livre sur la naissance de la bossa nova. Au fil de ses recherches, il découvre le pianiste Tenório Júnior, un musicien brillant, subitement disparu en 1976 alors qu'il accompagnait Vinicius de Moraes en Argentine. Jeff Harris développe une obsession pour ce personnage, et mène l'enquête pour comprendre ce qui lui est arrivé.

Sur le papier il y a plein de choses qui auraient dû me plaire dans ce film (un documentaire pour 90%) : de la musique, de l'animation, plein de langues différentes, une biographie de pianiste…
Déjà, visuellement, je ne suis pas convaincu par le style graphique du film. Je n'aime pas les couleurs, je ne suis pas convaincu par la rotoscopie, je n'aime pas que la plupart du temps il n'y ait que deux images par seconde…
Ensuite, il y a vraiment trop de longueurs. Je comprends que Fernando Trueba, qui a écrit le scénario, ait eu envie de faire figurer la plupart de ses interviews de stars de la bossa, mais ils finissent par tous se répéter : « Tenório Júnior était un super musicien, quelqu'un de très gentil, il nous manque beaucoup ». Le récit se déroule sans surprise, sans révélation, exactement comme on nous l'annonce dans les cinq premières minutes (au contraire de Sugar Man, que j'ai bien envie de revoir du coup). J'en viens presque à me demander si Tenório Júnior est vraiment un personnage si intéressant : c'est un bon pianiste, mais un type sans aspérité, qui a juste eu une fin tragique et surprenante. Peut-être qu'il aurait fallu creuser un peu les relations de sa femme et de sa maitresse, seul élément un peu romanesque ?
Le dernier point qui me gène, c'est la distance que prend le film avec son sujet. Parce que le medium de l'animation, tel qu'il est traité ici, crée une distance avec les personnages et les témoignages : quand un des musiciens interviewés se met à pleurer sur la mort de son ami, je ne suis pas ému, je ne vois que des dessins mal animés. Surtout, je ne comprends pas pourquoi Fernando Trueba est allé inventer le personnage de ce journaliste : le film raconte clairement l'enquête qu'a menée Trueba, j'aurais sans doute préféré qu'il assume le « je » de l'auteur et qu'il se mette en scène, le résultat aurait peut-être été plus sincère et plus touchant.

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Publié le 1 Décembre 2022

Entre 1975 et 1981, Miles Davis (Don Cheadle) a arrêté de jouer. Tout le monde s'interroge : quand fera-t-il son come-back ? Un journaliste (Ewan McGregor) cherche à l'interviewer, qui n'est pas reçu avec amabilité, jusqu'à ce que Miles lui demande de l'aider à récupérer une bande qu'il a enregistrée récemment, et qu'il ne veut pas voir entre de mauvaises mains…

Il me semble que la course-poursuite à la recherche de la bande, qui structure le récit, est inventée pour le film, mais c'est un élément qui marche et a du sens.
C'est un film plutôt habile et malin dans sa construction. Don Cheadle intercale des flash-backs dans son récit, qui permettent de donner une épaisseur à son personnage. Il se concentre beaucoup sur l'histoire entre Frances Taylor (Emayatzy Corinealdi) et Miles, sans chercher à cacher ce que Miles lui a fait à elle et à sa carrière.
C'est sans doute une des difficultés, et un des enjeux, du film : s'il était un génie musical, Miles Davis était aussi un sale type, avec les femmes de sa vie mais pas que. Comment aborder ce personnage, comment l'incarner, comment permettre au spectateur de s'identifier sans l'édulcorer, sans mettre sous le tapis ses défauts ? Je trouve que Don Cheadle ne triche pas, et qu'il montre Miles avec ses qualités mais aussi avec ses défauts.

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Publié le 5 Octobre 2021

J'ai donc lu l'autobiographie de Martial Solal, cet extraordinaire pianiste français dont la carrière début dans les années 1950. Il y a raconte avec humour et anecdotes sa carrière, son parcours, son rapport à l'instrument, à la musique, au métier… C'est souvent amusant, toujours passionnant.

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Publié le 8 Septembre 2017

Sebastian (Ryan Gosling) est un pianiste de jazz qui rêve d'ouvrir un club pour pouvoir y jouer de la vraie musique, et Mia (Emma Stone, plutôt bien) est une aspirante actrice serveuse dans un café et qui aimerait bien écrire des pièces. Et puis ils vont tomber amoureux, et parfois ça ne va pas toujours bien se passer.

Ah la la, quel ratage, quel dommage... Parce qu'une comédie musicale, on a envie de bien l'aimer, d'avoir le sourire après l'avoir vu, et puis bah non. Les chansons sont pas terribles, les chorégraphies non plus, Ryan Gosling a le charisme d'une huitre et chante mal, c'est mal filmé, mal monté, le scénario enchaîne les clichés... On n'y croit pas à ces personnages, à leur histoire, on n'est jamais ému, parce qu'on a déjà vu toute cette histoire des dizaines de fois, mieux traité, mieux incarné.
C'est un film terriblement frustrant, parce qu'on a envie que ça décolle, que ça danse, que ça y aille, qu'on s'amuse, et puis non. C'est très plan-plan et très pépère. Les chorégraphies sont molles, la scène introductive (qui évoque Les Demoiselles de Rochefort en tellement moins bien) n'a pas de souffle, Emma Stone et Ryan Gosling se contentent d'enchaîner des petits pas chassés timides... C'est flagrant quand ils sont dans le planétarium et qu'ils s'envolent dans les étoiles : ça pourrait être un peu foufou, et non, ils se contentent de faire trois pas de valse et puis ils redescendent. Quel gâchis. Idem pour cette séquence à la fin où les deux personnages principaux évoluent dans des décors en carton, les décors sont beaux, mais les danses et les musiques sont tellement molles qu'on ne décolle jamais, ça n'a pas d'énergie, pas de souffle.
Et puis comme dans le déjà pas réussi Whiplash, Damien Chazelle parle tout le temps de jazz, « le jazz ceci, le jazz cela », mais il est complètement à côté de la plaque. Mec, écoute ta bande originale, c'est de la soupe ! J'ai déjà oublié toutes les chansons et je n'ai envie d'en réécouter aucune. Et où est l'énergie, l'urgence du jazz ?
Et puis Damien Chazelle n'est pas un bon réalisateur : la caméra virevolte, tourne dans tous les sens, mais sans direction, sans que ça ait du sens, sans que ça raconte quoi que ce soit. C'est de l'effet, de l’esbroufe même pas réussie. Il enchaîne les champs-contre-champ... Bref, c'est pas bien.
Et comme pour Whiplash, je ne comprends pas l'engouement pour ce film. Toutes les comédies musicales que j'ai vues, même celles qui m'ont moins plu type A Star is born, de l'âge d'or des années 50 aux films plus récents, toutes ces comédies musicales sont meilleures que ce film. Parce qu'on s'y amuse, parce qu'il y a un peu de folie, parce qu'on rit avec le film et ses excès. Là j'ai ri du film, ce qui n'est jamais bon signe.

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Publié le 14 Mars 2017

Andrew Neiman est un jeune batteur de batteur de jazz au sein du prestigieux Shaffer Conservatory de New York. Membre d'une petite formation, il est repéré par l'exigeant Terence Fletcher pour faire partie de son prestigieux big band.
Le film raconte la façon dont Fletcher maltraite ses étudiants sous prétexte les pousser dans leurs retranchements, et comment Andrew va essayer de lui résister, de trouver sa place, voire de prendre sa revanche.

Et je crois que je n'ai pas trop aimé ce film, pour plein de raisons que je vais essayer de développer. Fletcher est un tyran manipulateur, insultant, lunatique et arrogant, qui n'hésite pas à humilier, parfois gratuitement, ses élèves, qui se sert de leurs défauts et de leurs failles pour les blesser à dessein (Andrew n'a pas connu sa mère et Fletcher s'en sert pour se foutre de sa gueule). Il peut être agréable ou sympathique par moments, mais il peut vriller à chaque instants. J'en ai eu une boule au ventre pendant tout le film, tellement j'étais tendu et stressé.
Bref, Fletcher est un sale connard, même pas vraiment charismatique. Et pourtant, tout le monde cherche à lui plaire, même Andrew, et ce jusqu'à la fin du film, où (attention spoiler) il prend sa revanche, d'abord contre Fletcher, puis avec lui : ils jouent ensemble, dialoguent, tous les deux sont contents. C'est donc un film où le méchant gagne. Je ne sais pas si c'est pensé comme ça par Chazelle, mais je trouve ça profondément déprimant.
J'ai du mal à comprendre comment Fletcher peut attirer autant de monde – enfin si, j'ai été étudiant, je vois la fascination que peut exercer ce genre de personnage, le syndrome de Stokholm, tout ça. Mais quand même.
C'est un film qui a certes comme surface la musique, mais qui parle de maltraitance, d'humiliation, de l'emprise qu'un tyran peut exercer sur quelqu'un. De jazz, finalement, il n'est pas question dans Whiplash : c'est un vernis, mais ce qui est montré à l'écran, c'est un entraînement sportif ou militaire, mais il n'y a pas de place pour l'« artistique. » Fletcher n'est pas un musicien, les anecdotes sur Charlie Parker sont déformées, les musiciens ne sont jamais poussés à jouer ensemble mais plutôt les uns contre les autres, les batteurs cités en exemple ne font pas partie du panthéon du jazz...
Pour moi, le jazz c'est la liberté, le risque, l'expression, et rien de tout ça n'est présent dans le film : on n'y voit que contrôle, maîtrise, technique, technique, technique (à l'image du mauvais solo de batterie final), ce qui est à l'opposé de l'idée que je me fais du jazz. Fletcher ne recherche pas des musiciens, mais simplement des interprètes parfaits d'une musique mathématique, sans âme.

Pour son deuxième long-métrage, Damien Chazelle (également scénariste du film) fait un travail de réalisation pas très habile : recours systématique à un champ-contre-champ très scolaire pour les scènes de dialogues, effets de montages un peu kitchs sur le rythme de la musique dans les intermèdes – Whiplash a pourtant reçu plusieurs prix pour son montage, bon... C'est propre mais ce n'est ni inventif ni surprenant – ni musical, ou pas plus que ce qu'on peut voir à la télévision dans les émissions de variété. Je n'ai pas vu Lalaland, mais j'espère qu'il a progressé cinématographiquement parlant...
Une fois tous ces éléments combinés, je crois que j'ai du mal à comprendre l'engouement énoooorme pour ce film... Qui n'est pas vraiment raté, mais qui est loin d'être le chef-d'œuvre que tout le monde semblait annoncer.
(Et je ne parle pas de l'absence de femmes dans ce film, ni des très nombreuses insultes homophobes que profère Fletcher à longueur de temps, ni de l'absence de personnages principaux Noirs – dans un film qui est sensé parler de jazz, c'est un peu problématique je trouve...)

* * *

Je me plonge dans la presse jazz, et ce que j'y lis confirme ce que je pense : il n'y a pas de jazz dans ce film.

Whiplash sur All About Jazz (en)
Getting Jazz Right in the Movies dans le New Yorker (en) (qui n'est pas tendre, mais c'est une lecture passionnante pour ceux que cette question intéresse et qui voudraient aller plus loin que la fausse image que donne Whiplash)

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Publié le 19 Février 2014

Moins Qu'un Chien est l'autobiographie du contrebassiste de jazz Charles Mingus, publié en 1971 aux USA, coécrit avec Nel King.

Le mode de narration du livre est un peu étrange : le narrateur semble être la « conscience » de Mingus (j'avoue que je n'ai pas très bien compris). Charles Mingus est ainsi mentionné comme étant « mon petit copain ». C'est assez particulier comme choix, au début j'ai pensé que c'était grave un truc de littérature expérimentale, et puis en fait non. Ce narrateur ne sert à rien, ça donne juste l'impression que Mingus lui-même raconte sa vie à la 3e personne.

Le titre, Moins Qu'un Chien, fait référence à la façon dont étaient traités les Noirs aux USA dans les années 40-50-60. Autant que la question raciale est abordée, et pas forcément sous un jour joyeux. La description des conditions de travail des jazzmen dans les clubs de jazz dans les années 50 est assez terrible : sont sous-payés (genre 80% moins que les Blancs), on leur donne de la drogue (dure) pour créer une addiction afin qu'ils restent jouer dans le club...

Ce livre est une autobiographie, on retrouve donc l'enfance de Mingus, dans des pages souvent touchantes : comment il se fait taper dessus et apprend à se battre, comment il tombe amoureux, comment il découvre la musique... Le coup de foudre avec Lee-Marie, comment le père de celle-ci leur interdit de se revoir, entre autres pour des questions de couleur de peau... Puis ses débuts comme musicien, auprès d'Art Tatum ou aux côtés de Miles Davis (qui apparemment jurait comme un charretier, c'est assez marrant). Mais bon, tout ça c'est pas le vrai sujet du bouquin, qui est : LE CUL ! On y trouve des pages très instructives sur la façon de faire l'amour à une femme jusqu'à ce qu'elle n'en puisse plus et vous supplie à genoux, des longues (longues) pages sur les expériences avec des prostituées de Mingus, en tant que client ou en tant que maquereau, et des recensements de ses prouesses sexuelles, du genre il s'est tapé 27 putes mexicaines en une nuit, et comme ça lui suffisait pas, il s'est masturbé après. Parce que oui, Mingus est un peu mythomane sur les bords. Il enjolive, il exagère. Il en fait des caisses. Mais on ne va pas lui en vouloir pour ça.

Là où je lui en veut un peu, c'est quand il se perd dans ses histoires de maquereau (plutôt il perd le lecteur). Ça dure à peu près la moitié du livre, et honnêtement c'est pas le plus intéressant. Comment il travaille dans tel bordel, comment il se retrouve à faire « travailler » sa femme de l'époque pour gagner de l'argent (oui, il prostitue sa femme, la classe), comment il rencontre d'autres maquereaux et d'autres prostituées... On s'en fout, en fait. Et c'est dommage, parce que Mingus est quelqu'un de très intéressant et que les premiers chapitres sont formidables. Mieux vaut laisser parler la musique.

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