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Publié le 17 Mai 2026

L'Ultime rivage (Ursula K. Le Guin, 1972)

Venu des terres du Nord, le jeune prince Arren vient chercher l'Archimage Épervier dans la citadelle magique de Roke : dans ces terres, la magie semble s'épuiser et les mages oublient le vrai nom des choses. Épervier est inquiet : il a entendu des nouvelles similaires venues des Marches du Sud. Il propose à Arren de l'accompagner dans ce Sud qui semble être l’origine de tout ce mal. Le mage ne sait pas exactement ce qu'il cherche, encore moins ce qu'il va trouver, ni le rôle que jouera Arren dans tout ça.

Ce troisième roman de Terremer est un vraie pépite. UKLG a délaissé la forme de la fiction-panier qu'on retrouvait dans Les Tombeaux d'Atuan, ici c'est une vraie fiction-flèche, qui suit le chemin de ses deux héros. L'autrice continue l'exploration de son monde, et on visitera les terres désolées du Sud, hantées par des mages qui se réfugient dans la drogue après avoir perdu leur pouvoir ; les radeaux des sympathiques peuples de la mer ; les îles des terribles et magnifiques dragons ; et enfin l’effrayante Contrée aride, où les âmes des défunts errent en attendant de débarquer sur les rivages de l'après-vie.
L'écriture de UKLG est merveilleuse, pleine de finesse et de subtilités. Elle décrit avec autant de talent les murs anciens de la citadelle des mages, le désespoir des prisonniers envoyés en esclavage - jusqu'à ce que quelque chose se passe, ou le mode de vie sur les radeaux.

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Publié le 26 Avril 2026

Dans les pays kargues, Tenar est arrachée à sa famille à ses cinq ans : elle est la réincarnation d'Arha, la grande Prêtresse des Innommables, des divinités très anciennes, obscures et un peu oubliées, servies depuis plus de mille an par Arha. Elle est emmenée dans une sorte de monastère au milieu d'autres fillettes, d'eunuques qui leur servent de serviteurs et d'autres prêtresses d'autres dieux inférieurs – ce qui n'empêche pas ces autres prêtresses d'avoir beaucoup de pouvoir. Tenar/Arha est la maitresse d'un vaste royaume souterrain, où la lumière ne doit pas pénétrer au risque d'attiser la colère des Innommables ; on y trouve notamment un vaste labyrinthe dont Arha n'a pas encore exploré tous les recoins.
Un jour, alors que les Kargues ont exclu la magie depuis des siècles et que les hommes ne doivent jamais pénétrer sur ce territoire sacré, elle découvre un sorcier dans les souterrains.

Ce livre est une suite assez directe du précédent volume de Terremer. Le Guin se penche sur les Kargues, des figures périphériques du monde, qu'on avait seulement vus de loin ; et elle écrit un roman centré sur un personnage féminin – même si comme elle l'écrit dans la postface, on lui a reproché que cette fille soit sauvée par un homme ; mais les choses sont plus nuancées : ce sont les deux personnages qui se sauvent l'un l'autre, iels ont chacun·e besoin de l'aide de l'autre.
Le roman commence de façon assez descriptive, on y suit la vie d'Arha, les différentes étapes de son apprentissage, et il ne semble rien s'y passer – dans le sens « aucun évènement ne vient bouleverser le cours des choses » ; j'ai pas mal pensé à la question de la fiction-panier dans toute cette première partie (au moins une centaine de pages). J'avoue avoir été un peu décontenancé : non pas que ce soit ennuyeux ou pas intéressant, peut-être plutôt « est-ce que c'est ça tout le livre ? »
Mais évidemment l'arrivée de ce sorcier vient tout chambouler ! Et mes quelques réserves ont été immédiatement balayées. C'est encore un livre brillant et passionnant.

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Publié le 23 Février 2026

Ce roman est le récit de la jeunesse de L'Épervier, destiné à devenir un des plus grands archimages de Terremer. C'est un jeune enfant de la campagne, qui apprend les premiers rudiments de la magie auprès d'une modeste sorcière de village. Quand de méchants Kargues attaquent son village, il fait preuve de ruse et d'habileté et parvient à les chasser du villages. Le puissant Ogion entend parler de l'enfant, et le prend en apprentissage. Passionné mais frustré par la patience que cherche à lui inculquer Ogion, L'Épervier part dans la grande école de sorciers de Terremer. Ici encore, son impatience et sa vantardise vont le pousser à invoquer, malgré lui, une ombre maléfique qui changera le cours de sa vie…

J'ai déjà dit tout le bien que je pense d'Ursula K. Le Guin, et la lecture d'un recueil de nouvelles m'a donné envie de plonger dans son versant fantasy. Et c'est une bonne idée, parce que c'est un très bon livre, épique et haletant. Les années de jeunesse et de formation sont particulièrement passionnantes, et l'école de sorciers n'est pas sans faire penser à Harry Potter (mais il ne me semble pas avoir vu J. K. Rowling citer Le Guin comme une influence). Le roman est l'occasion pour l'autrice d'explorer une partie de son univers (mais sans que ça paraisse forcé), et on croise des dragons, des villageois patibulaires ou sympathiques, de grandes étendues désertiques, des châteaux maléfiques, et beaucoup d'eau – comme le nom du monde le laisse penser, on passe beaucoup de temps sur des bateaux à naviguer contre les éléments.
Étonnamment, la fin est un peu décevante. Ursula K. Le Guin met en place un suspense et une attente qui montent progressivement en puissance, et le dénouement se fait en quelques paragraphes : je trouve que le soufflé retombe un peu vite… Mais ça ne suffit à me gâcher le grand plaisir de lecture.

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Publié le 28 Octobre 2025

Pour être très franc, comme pour La Ménagerie de papier de Ken Liu, le recueil est un peu inégal. Il y a de très beaux textes (La règle des noms, Neuf existences, Plus vaste qu’un empire), d'autres plutôt bien (La boîte d’ombre, Le Roi de Nivôse, Les choses, Étoile des profondeurs), d'autres moins intéressants (Voyage, La forêt de l’oubli, Le chêne et la mort). On y trouve de la SF, de la fantasy dans l'univers de Terremer, d'autres textes peut-être fantastiques mais plus ancrés dans notre quotidien. C'est un recueil d'une autrice qui explore et qui cherche.
J'ai principalement acheté ce recueil parce qu'on y trouve À la veille de la révolution, un très beau texte sur la révolutionnaire Odo vieillissante, celle qui a inspiré la communauté anarchiste des Dépossédés.

* * *

Le collier de Semlé (1964)
Une reine cherche un collier possédé par ses ancêtres, perdu depuis des générations, probablement en possession des autres espèces humaines de cette planète.
Première nouvelle publiée de l’autrice, le style est un peu lourd. C’est de la fantasy avec un petit twist SF à la fin qui pour moi donne à cette nouvelle son intérêt.

Avril à Paris (1962)
Un universitaire américain s’ennuie à Paris, quand il se retrouve transporté 500 ans plus tôt, chez un alchimiste qui se lance dans la magie noire.
Mieux écrit que la précédente, amusant mais il n'y a pas de chute ?

Les maîtres (1963)
Un futur revenu à un temps de moyen âge, des savants ignorants, quelques-uns qui découvrent le calcul, à leurs risques et périls.

La boîte d’ombre (1963)
Une sorcière, des armées qui combattent sur la plage, des pendules toujours à 10h moins 10, et une mystérieuse boîte.

Le mot de déliement (1964)
Premier texte de Terremer. Un sorcier est enfermé dans une geôle magique dont on ne peut sortir.
Je ne suis pas sûr d’avoir tout compris au texte, mais il a un souffle certain.

La règle des noms (1964)
Terremer. Une île isolée, tranquille, sur laquelle s’est installé un sorcier pas très doué. On ne connaît pas son vrainom (« prononcer le vrainom, c’est se rendre maître de la chose »), on l’appelle Taupin parce qu’il passe ses journées dans ce qui ressemble à sa taupinière.

Le Roi de Nivôse (1969)
Nivôse/Gethen, planète de La Main gauche de la nuit, mais avant que UKLG ait l’idée des androgynes. C’est un peu confus, mais il y est question du Argaven, de sa difficulté à régner et d’un possible complot contre la couronne. Le récit devient plus clair à partir de la moitié, et c’est mieux.

Voyage (1970)
Une sorte de récit de trip sous LSD.

Neuf existences (1969)
Deux mecs sont sur une planète pour en miner les ressources. Un jour on leur envoie une dizaine de clones (hommes et femmes) pour les assister. Iels donnent l’impression d’être comme un groupe d’oiseau, bougeant du même mouvement, parlant les mêmes mots, vivant les mêmes choses. Et c’est un peu étrange voire flippant : est-ce que c’est une seule personnalité dans plusieurs corps, est-ce qu’il s’agit de plusieurs personnes partageant un seul corps ? (non) Et que se passe-t-il si un de ces clones est isolé de tous les autres ?
C’est plutôt bien. Je remarque que UKLG a tendance à commencer ses textes par des images souvent impossibles à décoder (le visage qui est une planète), ce qui rend l’entrée dans certains textes difficile voire un peu rebutante.

Les choses (1970)
C’est bientôt « la fin » et les Furieux brûlent toutes les choses qu’ils possèdent, ils brûlent même les champs et empoisonnent les puits. Lif est briquetier et il n’a pas envie de se débarrasser de ses choses. Après qu’il ait rêvé d'Îles au loin, derrière la mer, il se demande s'il serait possible d’y aller.

La forêt de l’oubli (1970)
Quelqu'un (quelque chose ?) se réveille, sans savoir qui il est ni même son nom.

Plus vaste qu’un empire (1971)
Des vaisseaux envoyés en exploration aux confins de l'Univers, peuplés de gens assez fous pour faire ce voyage. Dans un de ces vaisseaux, Odsen, qu’un médecin a « guéri de l’autisme » en provoquant l’inverse : une empathie totale, presque maladive. L’équipe finit par arriver sur une planète entièrement recouverte de plantes. Mais que se passe-t-il dans les forêts, et d’où vient cette peur qui les habite toustes ?

Étoile des profondeurs (1974)
On brûle le laboratoire d’un astronome, accusé d’hérésie. Il ne lui reste plus, pour échapper au bûcher, qu’à se cacher dans les mines, immenses, et infiniment sombres.

Le champ de vision (1973)
Des trois hommes envoyés sur Mars, un est devenu aveugle, un autre catatonique, et le dernier est mort au cours du voyage retour. Mais qu'a-t-il pu bien pu se passer dans cette mystérieuse « Cité », dont on n’arrive même pas à savoir si c’est une construction artificielle ou une simple concrétion naturelle ?

Le chêne et la mort (1973)
Un chêne sur le côté d’une route.

Ceux qui partent d’Omelas (1973)
Une grande fête, décrite par un narrateur un peu hésitant. Pour que les gens soient heureux, il faut qu'il y ait un enfant malheureux, enfermé seul dans une cave : c’est comme ça que les choses marchent. Certain.es ne semblent pas être d’accord, et partent d’Ormelas.
Un texte étrange et un peu mystérieux.

À la veille de la révolution (1974)
Quelques instants de la vie d’Odo, la vieille révolutionnaire au corps fatigué, que tout le monde considère comme une sorte de monument.
C’est pas grand-chose, mais c’est très fin dans l’écriture, habilement structuré.

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Publié le 27 Juin 2025

Dans les années 1830, l'Empire britannique est à son apogée, aidé par le travail des traducteurs de Babel à Oxford : ils ont compris le pouvoir que donnent les barres en argent quand on y grave le même mot dans deux langues différentes : les différentes connotations dans les langues entre les deux mots peuvent donner une sorte de pouvoir magique aux barres. Ce savoir, jalousement gardé au sein d'Oxford, permet d'accélérer la production agricole, de sécuriser les voyages en train, de renforcer les fondations des bâtiments, de guérir certaines maladies…
Robin est un jeune garçon arraché de sa Chine natale (toute sa famille y est morte dans une sévère épidémie), amené en Angleterre par le professeur Lowell. Il y est éduqué par les meilleurs professeurs afin de pouvoir entrer comme traducteur à Babel.

C'est un (très) gros roman uchronique, qui se lit comme un page-turner. C'est un bon livre et un impressionnant premier roman. L'autrice nous immerge très vite dans le bain, et on est emporté par l'aventure et par l'ambiance – on pense parfois à Harry Potter, parce l'ambiance très british d'Oxford fait inévitablement penser à Poudlard, d'autant plus que dans ce livre aussi il y a des baguettes magiques. Toutes les réflexions sur la linguistique, sur la traduction, sont très intéressantes – même si je dois bien admettre que je ne suis pas sûr d'avoir tout compris au fonctionnement des baguettes magiques. Le roman critique sévèrement le colonialisme et le racisme, et porte en son cœur des questions intersectionnelles – les personnages principaux sont chinois, indien et haïtienne, immergé·es dans une Angleterre incapable de reconnaître son racisme.
On trouve quelques défauts quand même. Il m'a semblé qu'à certains moments le rythme était un peu bancal : ça traine un peu parfois, et à d'autres moments ça accélère au point qu'on a peine à suivre. Les personnages sont intéressants mais il leur manque un soupçon d'âme pour que je m'y sois complètement attaché, et j'ai l'impression que R. F. Kuang peine à laisser la place à l'émotion dans son récit (c'est un défaut que j'avais aussi trouvé dans Les Furtifs, mais ce n'était pas le premier roman de Damasio) (O. essayait d'imaginer ce à quoi aurait ressemblé le livre s'il avait été écrit par Becky Chambers, ça aurait sans douté été magnifique).

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Publié le 12 Mai 2024

Nous avions donc quitté nos trois héros dans la panade à la recherche des horcruxes. Finalement ils vont pas si mal s'en sortir.

ÇA Y EST ! C'est la fin du marathon. Le 7e épisode laissait un peu à désirer, le 8e est presque moins bien. Même si c'est cool d'avoir la résolution de l'histoire et la fin des arcs narratifs, soyons honnêtes, c'est loooong, le rythme est bancal, et malgré les bagarres qui s'enchaînent en permanence, on finit par s'ennuyer. Les scènes d'action sont peut-être moins mal filmées, mais rien d'incroyable non plus – le reste est plutôt correct.

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Publié le 11 Mai 2024

Bon, c'est plus que jamais la merde. Les trois héros se retrouvent dans la nature à la recherche des horcruxes de Voldemort. Mais soyons honnêtes, iels galèrent de fou.

Le problème dans le fait de diviser le dernier bouquin en deux films, c'est que dans cette première partie, il ne se passe pas grand-chose. Clairement, ça aurait gagné à être resserré (2h30 !) ; et en même temps certains séquences passent super vite et ne sont pas très compréhensibles (le départ de Ron). C'est en partie dû au fait que David Yates ne sait vraiment pas filmer les scènes d'action : montage hystérique, caméra au poing… on ne comprend rien. Les énigmes trainent un peu, le montage est parfois un peu poussif. Il y a quand même quelques bonnes scènes – les héros déguisés dans le Ministère de la magie, en particulier.
Ça donne en tout cas de voir la suite, pour venir à bout de ce marathon Harry Potter.

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