Publié le 30 Janvier 2018

Dans la tribu, chaque adolescent reçoit un totem qui symbolise sa qualité première selon les esprits, grâce à laquelle il pourra devenir un homme, un vrai. Kenaï reçoit l'ours de l'amour et c'est trop la honte parce que l'amour c'est pour les filles.
Bref, il va se retrouver transformé en ours et il apprendra que l'amour c'est pas si nul.

J'ai presque honte de faire ce pitch. Disons-le tout de suite, c'est très mauvais. C'est sexiste, viriliste, il n'y a QU'UN SEUL personnage féminin, il y a plein de side-kick rigolos pas drôles, c'est hyper prévisible, la fin est nulle et il y a des chansons de Phil Collins.
La seule raison pour laquelle je parle de ce film c'est que c'est encore la même histoire dans plein d'autres Disney (voir Coco) : un personnage qui fait un voyage initiatique pour lui permettre de se réconcilier avec lui-même et avec ce qu'attend de lui sa famille. Sauf que Coco c'est bien et que Frère des Ours c'est nul.

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Publié le 17 Janvier 2018

Livrons-nous à un rituel de saison : le petit bilan de l'année précédente.
D'abord les chiffres : j'ai vu 35 films et lu 19 livres. (Pour comparaison, j'ai vu 43 films en 2016, 36 films en 2015 et 17 en 2014 (mais je ne les notais pas tous, et je regardais plus de séries à l'époque) ; j'ai lu 10 livres en 2016, 13 livres en 2015 et 6 (!) en 2014.)
Outre quelques chefs-d'œuvre et moments marquants (la liste est en dessous), j'ai vraiment vécu un « moment Damasio » un peu particulier : complètement emballé et bluffé par La Horde du Contrevent, terriblement, horriblement déçu par La Zone du Dehors, au point que ça a terni mon impression de La Horde. Les montagnes russes : je pense que c'est un génie, je pense que c'est un gros con.

Livres vraiment très bons :
Les Faux-Monnayeurs (André Gide, 1925)
La vie devant soi (Romain Gary, 1975)
City (Alessandro Barrico, 1999)
Le retour de Moby Dick (François Sarano, 2017)

Films vraiment super :
Incendies (Denis Villeneuve, 2010)
Ghost Dog (Jim Jarmush, 1999)
Spartacus (Stanley Kubick, 1960)
Premier contact (Denis Villeneuve, 2016)
Les demoiselles de Rochefort (Jacques Demy, 1966)
La vie est belle (Roberto Benigni, 1997)
Les cinq films de Bruce Lee (1971-1973)
Rencontre du troisième type (Steven Spielberg, 1977)
Contact (Robert Zemeckis, 1997)
120 battements par minutes (Robin Campillo, 2017)
La Tortue rouge (Michael Dudok de Wit, 2016)

Pour la joie de casser des idoles : ce que je n'ai pas aimé cette année (avec encore une fois du beau monde dans cette liste !)

La Zone du Dehors (Alain Damasio, 1999)
La Dame de Shanghai (Orson Welles, 1948) (dont pour l'instant je n'ai vraiment aimé que F for Fake)
Qui veut la peau de Roget Rabbit ? (Robert Zemeckis, 1988)
Tous en scène (2016)
Whiplash (Damien Chazelle, 2014)
La la land (Damien Chazelle, 2016) (je pense que je vais me passer de Damien Chazelle, mauvais réalisateur et mauvais scénariste)

Et la liste des autres œuvres lues/vues, qui ne sont pas mauvaises mais ne m'auront pas particulièrement marquées (qu'on soit clair, il y a de bons livres/films dans la liste) :

Les autres livres :
Comment j'ai terrifié l'Amérique (William Castle, 2015)
Dites-nous comment survivre à notre folie (Kenzaburô Ôe)
Le Grand jeu (Céline Minard, 2016)
La tête hors de l'eau (Dan Fante, 2001)
Les Insurrections singulières (Jeanne Benameur, 2011)
Fannie et Freddie (Marcus Malte, 2014)
Les montagnes hallucinées (H. P. Lovecraft, 1936)
La Horde du Contrevent (Alain Damasio, 2004)
La Montagne de minuit (Jean-Marie Blas de Roblès, 2010)
Rashômon (Ryûnosuke Akutagawa)
Le Mythe de Chtulhu (H. P. Lovecraft)
Malavita (Tonino Benacquista, 2004)
Comment habiter la terre (Yona Friedman, 1976)
Ken, Martyre (Yukio Mishima, 1963-1964)

Les autres films :
L'étrange histoire de Benjamin Button (David Fincher, 2008)
Microbe et Gasoil (Michel Gondry, 2015)
Muriel (Paul John Hogan, 1994)
Les animaux fantastiques (David Yates, 2016)
Max et les Maximonstres (Spike Jonze, 2009)
The Rocky horror picture show (Jim Sharman, 1975)
Marius et Jeannette (Robert Guédiguian, 1997)
Poltergeist (Tobe Hopper, 1982)
Doctor Strange (Scott Derrickson, 2016)
Snowpiercer, le Transperceneige (Bong Joon-ho, 2013)
Le grand méchant renard (Benjamin Renner et Patrick Imbert, 2017)
Memento (Christopher Nolan, 2000)
Crash Test Aglaé (Éric Gravel, 2017)
Insomnia (Christopher Nola, 2002)
Charlie et la chocolaterie (Mel Stuart, 1971)
Le cercle des poètes disparus (Peter Weir, 1989)
Erin Brockovich, seule contre tous (Steven Soderbergh, 2000)
Tchao Pantin (Claude Berry, 1983)
Rambo (Ted Kotcheff, 1982)

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #bilan

Publié le 17 Janvier 2018

Dany Laferrière est un écrivain canado-haïtien. Il était sur l'île le 12 janvier 2010, lors du tremblement de terre qui a ravagé Port-au-Prince et ses environs. Ce livre est un carnet de bord, un journal, sous forme de notes excédant rarement une page, de cette catastrophe, du chaos qui a suivi et de la résilience nécessaire : descriptions du désastre, histoire de sa famille, portrait d'ami ou d'inconnus, anecdotes, choses vues ou entendues...

Quand un livre parle d'un sujet aussi douloureux, aussi puissant, est-ce qu'on a le droit de dire qu'on ne l'a pas trouvé ouf ?
Sur la quatrième de couverture, il est plusieurs fois mention de la « force incroyable d'un peuple », mais moi je ne l'ai pas sentie cette force. Parce qu'elle n'est pas, à mon sens, portée par une écriture assez puissante, parce que c'est un livre qui manque de souffle littéraire. Cet évènement hors norme demandait, à mon sens, un écrivain de plus grande ampleur. Peut-être que la forme courte, voire très courte qu'a choisie Dany Laferrière y est pour quelque chose, qui ne lui permet que rarement de dépasser le registre de l'anecdote.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #littérature

Publié le 12 Janvier 2018

Une femme a passé 15 ans de sa vie à tout sacrifier après la mort de son mari afin d'acheter une concession dans la plaine de l'Indochine, pour ses deux enfants Joseph et Suzanne. La concession s'est avéré être complètement pourrie : chaque été, la mer recouvre les terres, la moindre tentative de culture est brûlée par les sels marins. Oh, la mère a bien tenté de faire des barrages de fortune, mais ils se sont révélés totalement inutiles.
Joseph et Suzanne sont grands maintenant, ils ont respectivement 21 et 17 ans. Ils rêvent de quitter leur mère devenue folle de tristesse et d'impuissance, sa concession et son bungalow jamais terminé, pour avoir une autre vie, ailleurs, à la ville. Joseph rêve d'une femme avec laquelle il pourrait partir ; Suzanne d'un homme qu'elle épouserait et qui l'emmènerait. Ils rencontrent par hasard M. Jo, un riche hériter pas très malin ni très beau, qui s'entiche de Suzanne.

Et ce livre est magnifique. C'est le premier Duras que je lis, et je ne suis pas déçu, c'est une très belle découverte. Il se dégage de ce livre une impression de résignation, de désolation, mais aussi, dans la seconde partie, de beauté et de force.
Il y aurait plein de choses à dire sur ce livre, mais malheureusement je manque de temps. Je vais quand même essayer de noter ce qui m'est apparu à la lecture.
C'est un roman qui est éminemment moderne, dans le sens où le narrateur n'en sait pas plus que ses personnages (on retrouve ça chez Camus aussi) (en opposition au roman balzacien par exemple, ou le narrateur, c'est Dieu, qui voit tout et sait tout). Duras ne s'embarrasse pas de longues descriptions d'états psychologiques, les personnages vivent, agissent, se déploient petit à petit sous nos yeux, et prennent une épaisseur et une profondeur touchantes.
Un des sujets du livre est le parcours de Suzanne. Au début, il est surtout question de la marier. Elle rencontre rapidement M. Jo qui lui tourne autour, mais sa laideur et sa bêtise font qu'elle n'a aucune envie d'être avec lui. Ni sa mère ni Joseph ne sont franchement pour ce mariage non plus, mais comme il ne demande jamais la main de Suzanne (son père refuserait de le laisser se marier avec une pauvre), ils ne le chassent pas vraiment. Et comme il est riche, personne n'ose l'envoyer paître franchement. M. Jo vient voir Suzanne tous les jours, en étant parfois proche du harcèlement – il la force à se montrer nue devant lui après la douche, ce à quoi elle répond d'un sublime « Je vous emmerde avec mon corps nu » (p. 74).
Suzanne est objet du désir de M. Jo et du bon vouloir et de la violence de sa mère. Elle est en colère, mais passive. Ce n'est pas à elle de décider de ce genre de choses. Il faut attendre qu'elle aille à la ville pour devenir sujet de son existence. Elle y rencontre Carmen, fille d'une prostituée, aux mœurs libres, qui sans devenir sa mentore, lui montrera l'exemple : célibataire, sexuellement libérée, épanouie, c'est un personnage positif. À l'inverse, la mère est dans un refus de son propre corps, elle a même décidé de ne plus faire l'amour après le décès de son mari, pour se consacrer uniquement à ses enfants (oui, la mère est un ogre terrifiant).
Autant l'émancipation de Joseph est prévisible, parce que tout son caractère y prépare, autant celle de Suzanne est moins attendue, et d'autant plus rafraichissante. Cela ne se fait pas dans la violence, mais dans une détermination nouvellement trouvée et assumée.

Un autre sujet du livre est la question des rapports de classe. La mère, Suzanne et Joseph sont pauvres, ils sont en bas de l'échelle – enfin moins que les « indigènes » qui sont quasiment inexistants – et sont en lutte contre l'administration qui leur refuse leur droit à un terrain décent, et contre les riches, en premier lieu M. Jo. C'est assez explicite dans la bouche de Joseph (et ça rejoint la nécessité de contrôler Suzanne) : « C'est pas qu'on l'empêche de coucher avec qui elle veut, mais vous, si vous voulez coucher avec elle, fait que vous l'épousiez. C'est notre façon à nous de vous dire merde. » (p. 96)
Leur arrivée à la ville marque également ce hiatus : ils sont logés dans la basse ville, celle des marins, des prostituées et des pauvres. Suzanne se risque une fois dans la haute ville, et tout lui rappelle qu'elle n'appartient pas au même monde, elle a honte, et ressent cette expérience comme une violence (cf les travaux des Pinçon-Charlot).

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Publié le 7 Janvier 2018

Miguel aimerait être musicien, comme son idole, Enrique De la Cruz, un chanteur populaire des années 1950. Mais malheureusement pour lui, la musique est bannie dans sa famille, depuis que son arrière-arrière grand-père musicien a abandonné femme et enfant pour sa carrière. Non, ce qui compte dans cette famille, ce sont les chaussures : son arrière-arrière-grand-mère a monté une entreprise florissante après la disparition du mari.
Par un heureux concours de circonstances (deus ex machina), il découvre que le fameux Enrique De la Cruz est son arrière-arrière grand-père. Enhardi par sa découverte, Miguel décide de participer en cachette au concours de talents le jour de la Fête des Morts. En se rendant dans la tombe du célèbre chanteur pour emprunter sa guitare, Miguel entre accidentellement (deus ex machina) dans le monde des morts : un vaste monde parallèle qui communique avec le monde des vivants lors de la Fête des Morts, quand la mémoire des défunts est célébrée. Miguel y vivra un paquet d'aventures rocambolesques, rencontrera ses ancêtres et découvrira que les choses ne sont pas forcément telles qu'on lui avait racontées...

Malgré quelques facilités d'écriture (quand même, beaucoup de choses se produisent par hasard dans ce film), c'est une belle histoire, touchante et drôle, qui évite de tomber dans l'humour prout-pouet d'un certains nombre de films d'animation. C'est parfois un peu too much, malheureusement comme le sont beaucoup de films d'animation américains : plein de rebondissements, des faux suspenses, une scène de confrontation finale un peu longuette...
Mais bon, ça reste un bon film, c'est super beau – mais c'est Pixar, on n'en attendait pas moins. Et c'est rare de voir un film jeunesse s'attaquer à autant de sujets sensibles : la mort, évidemment, mais aussi la grande vieillesse.
Le message du film n'est pas si simple : l'idée de « saisir les opportunités », qui habite la principale partie du film, est en fait portée par un personnage négatif. Finalement, c'est assez traditionnel : la famille passe avant tout ; les conflits doivent être résolus pour que tout le monde puisse être heureux. L'originalité étant que le film résout un conflit très ancien (celui des arrières-arrières-grands-parents), se rapprochant de l'idée de psychogénéalogie. Avec G., je note que ce que ressent Miguel n'est jamais nié, et que le film y prête toujours attention. Dans cette volonté de respecter les émotions de l'enfant, on peut évidemment penser à Vice-Versa du même studio.

Je note une petite chose : ce film utilie un schéma narratif très présent dans les films d'animation récents. Il tourne autour d'une passion que l'on empêche de s'exprimer, du poids de la famille et des traditions, et un voyage initiatique permettra de résoudre tout ça. En fait c'est la même histoire que Vaïana ou que Rebelle, voire, d'une autre façon, que du Monde de Nemo... Ça serait intéressant de voir les autres films qui suivent ce schéma.
Je soupçonne que ce soient des films qui respectent à la lettre les codes du parfait petit scénariste d'Hollywood (d'où probablement le côté too much dont je parlais plus haut).

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