Homme Plus (Frederik Pohl)
Publié le 23 Juillet 2013

D'après Saul Bass, affiche d'Anatomy of a Murder
Homme Plus (Man Plus), Frederik Pohl, 1976
On est dans le futur. C’est la merde sur Terre, deux-trois gros blocs s’affrontent et les guerres thermo-nucléaires menacent partout (c’est écrit en pleine guerre froide, à ce genre de détails on le sent un peu). Le Président majuscule des États-Unis d’Amérique a un grand projet pour amener la Paix sur Terre : coloniser Mars (« Ça va redonner de l’espoir à l’humanité, et puis ça détournera l'attention quelques temps. »)
Dans la SF (mais pas que), il y a deux pistes pour coloniser Mars : la terraformation, c'est-à-dire petit à petit rendre la planète vivable, en créant une atmosphère etc, et la panthopie, ie adapter l’homme aux conditions de vie sur les autres planètes. Ici la solution combine les deux : il s’agit d’envoyer un être humain « augmenté » (un « homme-plus ») qui lancera un processus de terraformation.
Le principe est simple : on prend un humain normal, on le démonte complètement, et on le remonte en mieux. C’est plutôt bien fichu : yeux en cristal pour pas qu’ils éclatent sous le manque de pression, muscles bioniques, panneaux solaires pour alimenter en énergie l’ordinateur intégré, système digestif réduit à presque rien, peau artificielle... Tout est pensé pour Mars, son atmosphère très spéciale, son absence de nourriture, sa gravité faible. Sur Terre, ce « monstre » est pataud, lourd et pas adapté (même si super balèze avec ses muscles bioniques), sur Mars il est comme un poisson dans l’eau. C’est un sacré machin, et c’est ce qu’on appelle un cyborg.
Roger Torraway, ancien cosmonaute que j’imagine volontiers moustachu, est chargé d’être modifié, après quelques problèmes et rebondissements. Le gros du roman (on finit même par se demander s’ils iront sur Mars) raconte la transformation de Roger, son nouveau corps à appréhender, ses angoisses, sa femme qui ne vient pas le voir, et lui pense tout le temps à elle et qui a un peu peur... C’est donc finalement assez psycho dans l’approche, mais en même temps assez passionnant, parce que l’expérience et les sensations qui y sont décrites sont littéralement extra-ordinaires.
Tout un petit équipage constitué de Roger et de 4-5 cosmonautes se rend finalement sur Mars, où Roger doit entamer une processus de terraformation.
### spoiler ### passez la souris pour lire
Mais il se trouve que sur Mars, l’ordinateur intégré à Roger se met à déconner : il entre en mode « attaque » et s’apprête à tuer les coéquipiers de Roger. Mais grâce à la force de la puissance de sa volonté de fer, Roger arrive à dépasser l’ordinateur et à empêcher le massacre.
Un tel incident n'aurait jamais dû arriver. Mais on apprend à la toute fin que c’est une ruse des ordinateurs Terriens, intelligents et machiavéliques, qui veulent détruire l’humanité et faire capoter la mission sur Mars. Ils ont faussé des résultats pour arriver à leur fin, mais qui a faussé leurs résultats, qui leur disaient que leur plan était infaillible ? (tadam, suspense non résolu).
### spoiler ###
C’est un roman qui est un peu daté. Il y a ce rapport à la guerre froide que j’évoquais au-dessus, il y a aussi la problématique des ordinateurs qui prennent toujours un coup de vieux dans les romans/films de ces années-là : ce sont des machins énormes, aussi puissants que ce qu’on a aujourd'hui dans le moindre téléphone portable. Il y a quand même les prémices d’internet : les 8 000 ordinateurs du monde sont en réseau, ce qui devait être impressionnant à l’époque, mais qui fait doucement rigoler aujourd’hui.
Techniquement, j’ai quand même un gros doute sur la possibilité d’entièrement démonter un corps humain pour le remonter de façon complètement différente, et que tout marche bien, le type est toujours là, pas mort, pas cassé, comme s’il se réveillait d’un gueule de bois, pas beaucoup plus. Si vous me demandez mon avis, pour adapter l’homme à des conditions de vie radicalement différentes, rien ne vaut la manipulation génétique (c’est l’objet de Semailles Humaines, de James Blish, que je suis en train de lire).
L’écriture est un peu psychologisante à mon goût, mais sans excès non plus. Il y a quelques effets de littérature intéressants, comme l’arrivée ici ou là d’un « nous » qui laisserait penser, à la manière de Flaubert, qu’« il y a quelqu’un » (un mystérieux narrateur ?). Le mystère autour de ce « nous » est intéressant, même si, entre nous, la résolution est un peu facile.
C’est quand même un roman vaste, consistant et intelligent, même si je n'irai pas jusqu'à dire que c'est de la grande littérature.
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