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Publié le 15 Janvier 2026

La Galaxie vue du sol (Becky Chambers, 2021)

C'est une planète vide qui a comme seul intérêt de se trouver au croisement de plusieurs routes. On y trouve quelques auberges sous dômes, notamment celle que tient Oolou avec l'aide son enfant Tupo (des quadrupèdes à la fourrure rousse et au long cou), lieu qui se veut le plus accueillant possible pour toutes les espèces intell qui peuplent la galaxie. Et ça tombe bien, puisqu'à la suite d'un accident, les occupants de passage sont coincés dans l'auberge pendant un temps indéfini : Roveg, une sorte de gros scarabée ; Pei, une Aéluonne, la petite amie d'Ashby, le capitaine du vaisseau du premier livre de la série ; Haut-Parleuse, une experte en diplomatie séparée de force de sa sœur jumelle restée en orbite, une Akarak obligée de rester dans un scaphandre parce qu'elle ne respire pas le même air que les autres Intells, et grande oubliée de la société galactique.

Et sans surprise, c'est une merveille de roman. Il ne s'y passe finalement pas grand-chose : on lit surtout les personnages qui apprennent à se connaître et à composer avec leurs différences respectives. Bien évidemment, ces personnages sont toustes attachant·es et émouvant·es. Tous les personnages sont des déracinés : Roveg a été chassé de sa planète parce qu'il ne respectait pas le tradition et avait envie de voir le monde ; Pei « trahit sa race » en aimant un humain ; Oolou et Tupo sont installé·es sur une planète loin de tout ; Haut-Parleuse est issue d'une race ignorée de tout le monde, obligée de vivre dans les marges. Sans doute plus que dans les précédents opus, Becky Chambers y aborde la question de la différence, du racisme, et même du colonialisme.
C'est avec ce livre que la série des Voyageurs s'arrête, et ça me rend un peu triste de savoir que je ne pourrai plus découvrir d'autres aspects de cet univers. Heureusement, Becky Chambers a écrit bien d'autres livres, que j'ai hâte de découvrir.

Le reste de la série (1, 2, 3, 4) est tout aussi excellent.

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Publié le 20 Octobre 2025

Après L'espace d'un an et Libration, voici donc le troisième volet de la série « Les Voyageurs ». Ici encore, Becky Chambers choisit de rester dans la continuité tout en changeant de registre. Il s'agit cette fois d'un roman choral situé dans un des vaisseaux des Exodiens, ces humain·es qui sont parti·es après avoir détruit leur planète de naissance – plusieurs générations s'y sont succédé, les vie y est moins rude qu'autrefois mais les systèmes, les valeurs et les rites perdurent. On suit plusieurs personnages : Kip, un jeune homme en pleine crise d'adolescence ; Tessa, mère d'une jeune Aya et d'un encore plus jeune ; Isabel qui dirige les Archives ; Sawyer un humain installé sur une autre planète (un « Rampant ») ; Eyas qui travaille au compostage des morts (bonne solution tant pratique que symbolique).

Au début, c'est un peu étrange de passer d'une vie à l'autre, sans d'ailleurs qu'il y ait vraiment de passerelle entre elleux – il y a beaucoup de personnages, j'avoue m'y être un peu perdu dans les premiers chapitres – mais c'est écrit avec un tel soin que c'est toujours un plaisir. Au 2/3 du roman arrive un évènement dramatique, qui va bousculer la vie de ces personnages, et permettre de tisser quelques liens.
Ce n'est à mon avis pas le plus fort de la série, mais ça reste de la très bonne littérature, portée encore une fois par des personnages magnifiquement écrits – peu d'auteur·ices arrivent aussi bien à rendre leurs personnages vivants.

Le reste de la série (1, 2, 4) est tout aussi excellent.

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Publié le 19 Novembre 2024

À la fin de L'espace d'un an, Lovelace, une IA de vaisseau consciente, s'installe dans un kit corporel : un corps humain d'apparence totalement ordinaire pour qui ne connaît pas l'astuce. Tout cela est hautement illégal, mais ce n'est pas la première fois que la technicienne Poivre enfreint des règles qu'elle trouve injustes. Sidra (le nom que s'est choisi Lovelace) va donc vivre à Port Coriol en compagnie de Poivre et de son compagnon Bleu. Mais les choses ne sont pas simples : alors qu'elle était connectée en permanence aux Liens et qu'elle était omnisciente dans son vaisseau, Sidra est aujourd'hui déconnectée et limitée au seul point de vue de son kit corporel.
L'histoire de Sidra alterne avec le récit, une vingtaine d'années plus tôt, de Jane 24, une jeune fille clonée, sorte d'esclave dans une usine de tri de ferraille.

Libration, est une sorte de suite de L'espace d'un an (on retrouve certains personnages, l'univers est le même, les événements se passent juste après le premier volume), mais c'est une histoire qui peut être lue indépendamment. Becky Chambers se penche sur d'autres personnages, elle donne un éclairage différent au récit. Et sans surprise c'est brillant. Les personnages, un peu moins nombreux que dans le premier tome, sont tout aussi attachant, riches et émouvants. Le récit qu'elle construit est incarné, sensible, profondément touchant.

Le reste de la série (1, 3, 4) est tout aussi excellent.

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Publié le 6 Octobre 2024

Rosemary s'apprête à rejoindre en tant qu'archiviste l'équipage du Voyager, un vaisseau un peu rafistolé qui a pour charge de creuser des trous de ver entre différentes portions de l'univers pour relier différents systèmes planétaires entre eux. L'équipage du Voyager est mélangé, on y trouve plusieurs humains (le capitaine Ashby, les deux technicien·es Kizzy et Jenks, Corbin le responsable des algues, et Rosemary) ainsi que des extraterrestres : le Docteur Miam, médecin et cuisinier attachant aux multiples tentacules ; Ohan les navitateurs/paire sianate (un parasite affecte les Sianates, celui les rend multiples tout en leur permettant d'accéder à des régions invisibles de l'univers) ; Sissix la pilote, issue d'une race reptilienne à plumes – et n'oublions pas Lovey, l'IA consciente du vaisseau.
Une fois les présentations faites, le capitaine emmène tout le monde dans une longue mission d'un an, visant à relier le nouveau système Totémi Ka au reste de l'univers.

On l'aura compris avec mon résumé, une bonne partie du roman repose sur la description de races extraterrestres, avec une exploration intelligente et sensible des différentes structures familiales, modes de vie, histoires et coutumes (j'ai un peu pensé à Rossignol d'Audrey Pleynet). Ces descriptions ne sont jamais « ethnographiques » (comme aurait pu le faire par exemple Tolkien), mais plutôt portées par des personnages, et trouvent du sens dans le récit. C'est d'ailleurs dans le travail sur les personnages que se situe la plus grande force de ce livre : iels sont touchant·es, incarné·es, attachant·es. On est saisis par leur histoire, on a peur avec elleux, on souffre avec elleux, et on est un peu triste de les quitter à la fin du livre – il y a des suites, heureusement.

Le reste de la série (1, 2, 3, 4) est tout aussi excellent.

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