Publié le 2 Décembre 2014

Oui, j'ai vu Transformers 2. J'étais fatigué, « j'avais pas envie de me prendre la tête ». J'ai pas été déçu.

Tout est mauvais dans ce film. Le scénario est plein d'incohérences, de ratés, de fautes de montage, de faux raccords de lumière/temporalité parce-que-tu-comprends-il-était-beau-ce-plan-à-contre-jour-avec-le-soleil-couchant. L'enjeu principal du film n'est dévoilé qu'à la fin, quand on en a déjà plus grand-chose à faire. Les dialogues sont ridicules (« Optimus a sacrifé sa vie pour moi – Donc il est mort » bravo Sherlock !), les blagues nulles, même Tortues Ninja 3 a l'air plus drôle. Quoi d'autre ? Ah oui : c'est moche, les robots se ressemblent tous (vous arrivez à différencier les gentils des méchants dans la bataille de la fin ?), et c'est très misogyne : les femmes sont soit bonnes soit connes, souvent les deux.

Il ne me reste plus qu'à voir Lucy et j'aurai eu mon quota de nanars de l'année !

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Publié le 24 Novembre 2014

Je suis (enfin) allé voir Insterstellar de Chistopher Nolan.

Nolan est un peu le Spielberg d'aujourd'hui : ils font du grand spectacle, ils scotchent le spectateur à son siège avec des rebondissements et du suspense à foison, mais on ne peut pas dire qu'ils fassent toujours dans la finesse. La différence étant que Nolan fait des films-concepts (Inception, Memento...)*.

Interstellar ne déroge pas à la règle. C'est un bon spectacle, un divertissement très honorable. Le début, sur Terre, est plutôt habile. On comprend petit à petit ce qu'est devenu notre planète, au fil des informations qui nous sont données, on rentre petit à petit dans l'étrangeté de ce monde.

Il y a quand même des incohérences, voire des absurdités, et même des choses qui n'ont pas de sens. Je pense par exemple au départ : Matthew McConaughey apprend l'existence d'une mission spatiale pour aller explorer d'autres planètes, on lui demande d'en faire partie, il accepte. Il rentre chez lui pour dire au-revoir à ses enfants, et le lendemain la fusée décolle. Je ne suis pas allé souvent dans l'espace, mais tout de même : il me semble qu'il y a plusieurs mois de préparation des passagers/pilotes pour qu'ils puissent supporter l'accélération, être briefés sur le matériel, les enjeux... Là tout se passe littéralement en deux jours max.

Et il y a d'autres exemples qui montrent qu'un peu plus de travail sur les personnages aurait pas été de trop, ou au moins de la rigueur dans l'écriture : [SPOILER] Le personnage que joue Matt Damon, même s'il est intéressant, agit de façon complètement incohérente : il veut s'enfuir tranquille tout seul avec son vaisseau pendant que les autres crèvent comme des cons sur place. Mais : POUR ALLER OÙ ? Retourner dans le vaisseau mère, tout seul comme un crevard ? Retourner sur Terre ? Mais enfin, elle est en train de mourir ! Aller sur la 3e planète ? Mais on ne sait pas avec certitude qu'elle est viable (et Matt Damon encore moins), et de toutes façons il n'y a plus assez de carburant pour ça (d'ailleurs quid des panneaux solaires ?), à moins de faire une manœuvre de ouf comme seul Matthew McConaughey sait les faire. On pourra me répondre « oui mais il est devenu fou », ce qui est un peu facile. Nolan voulait simplement un méchant qui puisse contrer les plans des gentils, sans chercher à aller plus loin que ça. [SPOILER]

Il y a pas mal de fatras scientifico-physico pourquoi pas, un peu de gloubi-boulga new age et WTF : « l'amour si ça se trouve c'est ce qu'on voit d'une 5e dimension de l'univers, parce que c'est la seule chose qui traverse le temps et l'espace ». Oui oui oui. La fin aussi est pas mal dans le genre.

Un petit mot sur la musique, omniprésente, lourde, soulignant chaque moment.

J'avoue avoir été un peu frustré à la sortie du film : je n'avais pas eu mon quota d'images de l'espace. Il y en a, mais un peu trop furtives. Quand le vaisseau traverse le trou de ver, au lieu de filmer l'extérieur, Nolan filme dans le vaisseau. C'est super qu'il reste près de ses personnages, mais j'avais envie de voir des images que je n'avais jamais vues, des trucs foufous. Gravity en met beaucoup plus plein les yeux sur ce plan-là.

* Oui, il y a aussi de nombreuses différences entre les deux, mais j'en parlerai peut-être une autre fois.

* * *

Ajout de décembre 2019 : après avoir vu Ad Astra (très raté), j'ai relu cette critique, et je me rends compte que j'ai été vraiment dur avec Interstellar. J'ai manifestement été déçu, probablement parce que j'en attendais trop. Je ne suis plus trop d'accord avec ce que j'écrivais à l'époque : Interstellar est un super film !

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Publié le 17 Novembre 2014

Bye bye Elvis est le troisième roman de Caroline de Mulder. Il raconte Elvis, de son enfance à sa mort, passant par son succès, sa déchéance, ses multiples addictions, sa légère folie... En parallèle, façon montage alterné, Yvonne est une domestique, au service de John White, vieil américain fatigué. Yvonne restera vingt ans aux côtés de cet homme mystérieux, tissant une relation de dépendance réciproque.

Autant la partie sur Elvis est passionnante, parce traçant un destin incroyable, hors du commun, beaucoup plus complexe que ce que je pouvais vaguement en penser, autant la partie Yvonne/John White est moins intéressante. Racontée à la première personne par Yvonne, dans un style plus mou que la « partie Elvis » (plus nerveuse, rythmée, plus « rock ») je n'ai pas réussi à m'intéresser à ces deux personnages. Il se passe quelque chose vers la fin du roman qui ravive (un peu) l'intérêt pour cette partie, mais c'est déjà un peu trop tard. Et c'est dommage, parce que la « partie Elvis » est formidable.

J'avoue avoir du mal à décider si le verre est à moitié vide ou à moitié plein. Dans tous les cas, le projet romanesque de Caroline de Mulder est pour moi loupé.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #littérature, #France

Publié le 3 Novembre 2014

Petit revival Woody Allen, avec des classiques que, honte à moi, je n'avais encore jamais vu.

Hannah et ses sœurs (1986) est partagé entre les histoires de cœur d'Hannah, Lee et Holly, rythmées par le Thanksgiving annuel ; et l'hypocondrie de Woody Allen (enfin non, Mickey, producteur de télévision, mais même si le nom change, c'est toujours le même personnage). C'est, évidemment, très bien écrit, les dialogues sont drôles, subtils et fins. Pourtant, il y a une étrangeté dans ce film, qui vient du fait que les deux histoires (les sœurs/Woody Allen) n'ont absolument rien à voir, ne se croisent pas (sauf à la fin, mais ça sonne presque faux), ne s'enrichissent pas. Est-ce qu'il n'a pas eu le « courage » de traiter simplement l'histoire des sœurs, de leurs amours, de leurs parents ? Pourtant les personnages sont intéressants, elles auraient largement pu faire tenir un long-métrage. Est-ce que les producteurs se sont dit que si le public ne voyait pas Woody Allen fait son sketch habituel de l'hypocondriaque, il n'allait pas aimer le film ? Il en résulte un film un peu bancal, même si plein de beaux moments.

Manhattan (1979) n'a pas ce défaut, puisque le personnage principal est Woody Allen : ses amours compliquées, son travail, la possibilité de développer un cancer à n'importe quel moment... Comment choisir entre une jolie gamine de 17 ans (alors que lui en a 42) et Diane Keaton ? Sortir avec Diane Keaton ou rester ami avec celui qui les a présentés ? Écrire des sketchs médiocres pour la télévision ou écrire un Roman ? Ça a forcément l'air un peu idiot résumé comme ça. C'est filmé dans un très beau noir et blanc, parfois assez audacieux (jeux de silhouettes, éclairage minimal...), très bien dialogué, drôle, fin, touchant. C'est clairement un des meilleurs Woody Allen de cette période à ma connaissance.

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Publié le 3 Novembre 2014

Stanley, alias Wei Ling Soo, est un illusionniste, le meilleur d'entre les meilleurs. Son ami Howard Burkan lui propose de démasquer une médium qui a mis sous son emprise une famille riches Anglais vivant dans le Sud de la France. Et ça tombe bien, mettre à jours les trucs des faux médiums est une des passions de Stanley, cynique et farouchement sceptique devant le paranormal. Sauf que, arrivé sur place, la médium s'avère être beaucoup plus impressionnante (et jolie) que prévu, venant même à faire douter Stanley de ses convictions...

C'est du Woody Allen dernière façon : prévisible, charmant, délicieux, avec de jolies images, une belle photo, des lumières belles qu'on les dirait issues d'une aquarelle de Marie Laurencin. C'est pourtant, contrairement à Minuit à Paris par exemple, de bonne facture : très bien écrit, souvent drôle, bien interprété. Un bon moment, même si probablement assez vite oublié.

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Publié le 20 Octobre 2014

Attention, chef d'œuvre. J'ai gagné ce livre de Jean-Marie Blas de Roblès grâce à un généreux concours organisé par Onlalu, bon site de critiques littéraires. J'y suis entré en toute confiance, sans savoir à quoi m'attendre, et je n'ai pas été déçu.

Ce roman est piégé : sous des dehors de roman d'aventure avec enquête, tueur en série, attaque de train en sybérie, se cache une construction et une rélexion littéraires ébouriffantes.

Autant le dire, c'est un roman compliqué à résumer, il y a plusieurs intrigues qui s’entremêlent, et plusieurs niveaux de lecture. Le récit « principal » : Martial Canterel, riche dandy, Miss Sherrington, Holmes (rien à voir) et son majordome Grimod de La Reynière ainsi que des compagnons de route croisés lors de leur voyage à travers l'Europe, la Russie, la Chine et l'océan Pacifique, partent à la recherche d'un diamant volé à Lady MacRae. Ce récit, plein d'énigmes, de drames, de suspense, mâtiné par moments de science-fiction, est un feuilleton rocambolesque improbable. En parallèle, plusieurs récits se superposent : les frasques de Mr Wang, dirigeant d'entreprise high-tech, la vie d'une ouvrière d'une manufacture de tabac, où l'on retrouve Arnaud qui perpétue la tradition de la lecture à voix haute, comme ça se faisait dans les Caraïbes...

Il y a plein de surprises dans l'intrigue de ce roman que je m'en voudrai de dévoiler. Sa construction en est en tous cas spectaculaire, riche, pleine de crevasses (à la Flaubert) et de pleins formidables. Le style de Jean-Marie Blas de Roblès est très précis, parfois même précieux, parodiant un certain style ampoulé en vogue au XIXe siècle. Il est par exemple excessivement attentif aux vêtements et à leurs matières :

Ajoutez à cela une redingote garnie de ganses par-dessus un gilet en soie piquée, une chemise blanche à col montant avec double nœud papillon couleur truffe du Périgord, un pantalon de casimir, des bottines de castor gris, et vous comprendrez que le personnage qui nous occupe cultivait une apparence de dandy.

... ce qui ne l'empêche pas, de temps en temps (voire plus), de se lancer dans des notations graveuleuses, voire franchement limites (je pense au miroir/anal plug qui permet de lire un message codé tatoué sur les fesses d'une prostituée), mais toujours avec un style précis et élégant. On sent qu'il s'amuse, autant dans le style que dans les péripéties improbables dans lesquelles il lance ses personnages.

Je manque de mots pour dire à quel point ce roman est formidable, parce que trop en parler serait dévoiler les pépites qu'il cache en son sein. Roman total, riche, inventif, drôle, surprenant, mêlant aventure et profonde réflexion sur l'art littéraire, il s'agit en tous cas de l'un des meilleurs romans que j'ai lus ces dernières années.

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Publié le 20 Octobre 2014

Still the Water (Naomi Kawase, 2014)

La difficulté de parler de ce film de Naomi Kawase réside dans le fait que l'histoire a moins d'importance que la beauté des scènes elles-mêmes. Ainsi les premières minutes montrent une mer grosse, la pleine lune, un (vrai) égorgement de chèvre, une danse traditionnelle ; un peu à la façon de L'Homme à la caméra.

On suit quand même la romance un peu compliquée de deux adolescents, Kyoko et Kaito, les rapports difficiles de celui-ci avec sa mère, dans l'ombre d'un père absent, et le chemin vers le deuil que doit accomplir Kyoko avec son père et sa mère, gravement malade. Mais, encore une fois, tout ceci compte finalement moins que la finesse de l'écriture, l'élégance du cadre, la beauté et la poésie des scènes, la justesse des acteurs. C'est à la fois très simple et très profond.

Ce film aurait pu être parfait sans la dernière demi-heure, où il devient un peu bavard le long de la crise d'adolescence de Kaito, dont on se fout un peu ; et sans l'utilisation de temps en temps de caméra au poing.

Sauf dans les films où ça a du sens, type Le Projet Blair Witch ou les documentaires, j'ai toujours eu du mal avec les images maladroites tournées à la caméra au poing, pour la simple raison que je vois la caméra, je vois le cadreur en train de filmer, je vois le film en train de se faire, les acteurs jouer : en un mot ça me sort du film, ça rompt le contrat de fiction passé avec le réalisateur. Mais heureusement ça ne représente que quelques scènes de Still the Water, qu'il faut tout de même aller voir.

Still the Water (Naomi Kawase, 2014)

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #Japon