Je suis (enfin) allé voir Insterstellar de Chistopher Nolan.
Nolan est un peu le Spielberg d'aujourd'hui : ils font du grand spectacle, ils scotchent le spectateur à son siège avec des rebondissements et du suspense à foison, mais on ne peut pas dire qu'ils fassent toujours dans la finesse. La différence étant que Nolan fait des films-concepts (Inception, Memento...)*.
Interstellar ne déroge pas à la règle. C'est un bon spectacle, un divertissement très honorable. Le début, sur Terre, est plutôt habile. On comprend petit à petit ce qu'est devenu notre planète, au fil des informations qui nous sont données, on rentre petit à petit dans l'étrangeté de ce monde.
Il y a quand même des incohérences, voire des absurdités, et même des choses qui n'ont pas de sens. Je pense par exemple au départ : Matthew McConaughey apprend l'existence d'une mission spatiale pour aller explorer d'autres planètes, on lui demande d'en faire partie, il accepte. Il rentre chez lui pour dire au-revoir à ses enfants, et le lendemain la fusée décolle. Je ne suis pas allé souvent dans l'espace, mais tout de même : il me semble qu'il y a plusieurs mois de préparation des passagers/pilotes pour qu'ils puissent supporter l'accélération, être briefés sur le matériel, les enjeux... Là tout se passe littéralement en deux jours max.
Et il y a d'autres exemples qui montrent qu'un peu plus de travail sur les personnages aurait pas été de trop, ou au moins de la rigueur dans l'écriture : [SPOILER] Le personnage que joue Matt Damon, même s'il est intéressant, agit de façon complètement incohérente : il veut s'enfuir tranquille tout seul avec son vaisseau pendant que les autres crèvent comme des cons sur place. Mais : POUR ALLER OÙ ? Retourner dans le vaisseau mère, tout seul comme un crevard ? Retourner sur Terre ? Mais enfin, elle est en train de mourir ! Aller sur la 3e planète ? Mais on ne sait pas avec certitude qu'elle est viable (et Matt Damon encore moins), et de toutes façons il n'y a plus assez de carburant pour ça (d'ailleurs quid des panneaux solaires ?), à moins de faire une manœuvre de ouf comme seul Matthew McConaughey sait les faire. On pourra me répondre « oui mais il est devenu fou », ce qui est un peu facile. Nolan voulait simplement un méchant qui puisse contrer les plans des gentils, sans chercher à aller plus loin que ça. [SPOILER]
Il y a pas mal de fatras scientifico-physico pourquoi pas, un peu de gloubi-boulga new age et WTF : « l'amour si ça se trouve c'est ce qu'on voit d'une 5e dimension de l'univers, parce que c'est la seule chose qui traverse le temps et l'espace ». Oui oui oui. La fin aussi est pas mal dans le genre.
Un petit mot sur la musique, omniprésente, lourde, soulignant chaque moment.
J'avoue avoir été un peu frustré à la sortie du film : je n'avais pas eu mon quota d'images de l'espace. Il y en a, mais un peu trop furtives. Quand le vaisseau traverse le trou de ver, au lieu de filmer l'extérieur, Nolan filme dans le vaisseau. C'est super qu'il reste près de ses personnages, mais j'avais envie de voir des images que je n'avais jamais vues, des trucs foufous. Gravity en met beaucoup plus plein les yeux sur ce plan-là.
* Oui, il y a aussi de nombreuses différences entre les deux, mais j'en parlerai peut-être une autre fois.
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Ajout de décembre 2019 : après avoir vu Ad Astra (très raté), j'ai relu cette critique, et je me rends compte que j'ai été vraiment dur avec Interstellar. J'ai manifestement été déçu, probablement parce que j'en attendais trop. Je ne suis plus trop d'accord avec ce que j'écrivais à l'époque : Interstellar est un super film !