Publié le 8 Juin 2019

Les Frères Sisters sont des tueurs à gage travaillant pour le Commodore. Ils doivent retrouver le détective John Morris, également engagé par le Commodore, qui suit la trace d'Hermann Kermit Warm, un chimiste qui a développé une technique (magique) pour récupérer de l'or. Mais les choses vont évidemment se compliquer.

C'est donc un western américain réalisé par Jacques Audiard. C'est un film assez irréprochable cinématographiquement : la lumière est très belle, les acteurs parfaits, le scénario bien ficelé. Il faut quand même noter l'absence quasi-totale de femmes dans ce film : c'est un film de mecs pour les mecs.
Le problème, c'est que j'ai vu ce film il y a quelques jours et que même si je l'ai apprécié sur le moment, il ne m'en reste presque rien. Je n'arrive pas vraiment à expliquer pourquoi, c'est pourtant un film qui brasse des sujets assez forts : la fraternité, la trahison, la place qu'on se donne, la confrontation à des évènements qui nous dépassent… Je n'arrive pas à savoir si c'est le film qui manque de souffle, ou si c'est juste moi qui ne suis pas réceptif à ces questions.

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Publié le 6 Juin 2019

Personne n'aime le méchant roi Charles V+III=VIII+VIII=XVI du royaume de Takicardie. Il passe son temps à jeter dans les oubliettes ceux qui lui déplaisent, comme ce peintre qui l'a représenté de façon réaliste, avec les yeux qui louchent. Le roi aime, par contre, une bergère dont le portrait orne le mur de ses appartements secrets.
La nuit, les personnages des tableaux prennent vie ; le roi portraituré sort de son tableau pour récupérer et épouser la bergère (contre son gré, décidément c'est quelque chose qui revient souvent dans les films d'animation). Celle-ci, amoureuse d'un ramoneur, s'enfuit avec lui.

C'est un classique dont la réputation est méritée. Alors oui, ça a bien sûr vieilli, d'autant plus que la première version du film date de 1953 : cette date me paraît plus cohérente pour le dessin des personnages que 1980… Pareil pour certains tics d'animation qui viennent plutôt du cartoon des années 1950 que des années 1980. C'est surtout visible dans certains dialogues, où les personnages donnent l'impression de bouger de façon presque aléatoire.
Mais à part ça, c'est super. Les personnages sont plutôt réussis, les décors magnifiques ; l'histoire est belle, les dialogues de Prévert merveilleusement ciselés, c'est inventif. La fin (un peu longuette) m'a un peu surpris : l'Oiseau, monté dans un robot géant (qui évoque évidemment Le Géant de fer), casse tout le royaume. Le film se termine sur la main du robot qui brise la cage dans laquelle un oisillon a la fâcheuse tendance de s'enfermer. L'image est (trop ?) parlante, libération des entraves, du monde du travail, anarchie, tout ça tout ça. Mais en fait, dans ces 10 dernières minutes, on oublie complètement les personnages : que deviennent la bergère et le ramoneur, l'aveugle et le peuple, les lions et les policiers ? Nul ne le sait (à nous d'imaginer etc).
De la même façon, je m'attendais à ce que réapparaissent les personnages tombés aux oubliettes, mais non, manifestement ils sont bien morts.

Mais ce sont presque des détails, par rapport à la réussite de tout le reste.

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Publié le 4 Juin 2019

Yu est muté dans la ville (manifestement fictive) de Sori, tout à l'Ouest, dans un des endroits les plus reculés possibles cerné par la mer et la montagne. Cette mutation est une éviction, une punition. À laquelle s'ajoute l'humiliation que lui inflige sa femme, qui refuse de le suivre et préfère aller s'occuper d'un ancien amant gravement malade. Les choses partent donc mal.
Mais elles ne font que s'empirer une fois que Yu arrive à Sori. Rien ne se passe comme prévu, tout est catastrophique : il se fait voler son argent et son portefeuille, sa voiture est dépouillée, le bureau dans lequel il est sensé travailler n'existe pas… Incapable de partir, Yu est prisonnier de cette contrée hostile.

C'est un roman qui oscille entre plusieurs tonalités : il frôle le burlesque par moments (la suite des catastrophes qui arrivent à Yu), mais il ne va jamais vraiment dans l'humour, frôlant le tragique. Honnêtement, la suite des malheurs de Yu est au bout d'un moment un peu éprouvante – en mode « ça va, c'est bon, on a compris ». Mais dans le dernier tiers, une fois que Yu a bien touché le fond, Lee Seung-U amène autre chose, via la rencontre de personnages singuliers : Noé, une sorte de clodo céleste, qui vit dans une grotte et construit des « maisons » de pierre à l'intérieur de cette grotte, c'est-à-dire des tombes, des mausolées, des dernières demeures. Ce n'est pas un cimetière, ce sont des maisons dans lesquelles on se sent bien, prêt à mourir tranquille, détaché du monde extérieur. Yu sera guidé par la fille de Noé sur son initiation.
Et le roman prend alors une force poétique bienvenue et touchante. C'est une sorte de roman d'initiation à l'envers, dans lequel le personnage a besoin d'être détruit et au fond du trou pour renaître, libéré de toute contrainte, détaché. C'est beau, c'est fort, et c'est à recommander.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #littérature, #Corée

Publié le 4 Juin 2019

La famille Wilson part en vacances près de Santa Cruz. Ce lieu rappelle de mauvais souvenirs à Adelaide (Lupita Nyong'o), qui a vécu, dans son enfance, une expérience traumatisante dans une maison hantée de fête foraine. Mais tout se passe plutôt bien, jusqu'au moment où des doubles maléfiques de chaque membre de la famille Wilson débarquent, avec la sérieuse intention de les tuer tous, sans oublier de les torturer un peu au passage.

Bon, donc on est clairement dans un film d'horreur, qu'on peut sans doute apparenter au genre du slasher. Les doubles maléfiques sont effrayants, comme des copies déformées et ratées des vrais personnages (Lupita Nyong'o et Elisabeth Moss sont d'ailleurs absolument terrifiantes). C'est très réussi, ça cloue dans son fauteuil, la mise en scène est élégante et tous les acteurs sont formidables. L'explication de l'origine de ces doubles est un peu foireuse (une expérience de clonage un peu ratée), mais c'est le risque de ce genre de prémisse : il marche tant qu'on ne cherche pas à l'expliquer. Mais ça ne réussit pas à gâcher le film.
Je crois tout de même que j'avais préféré Get Out, parce que jonglant avec plusieurs genres (l'horreur n'arrive qu'en deuxième partie du film), parce que les sujets abordés y étaient plus fouillés. Ici c'est juste un film d'horreur avec des doubles maléfiques, il n'y a pas de dénonciation ou de sujet caché (ou alors très bien caché), et ça me manque un peu.

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Publié le 4 Juin 2019

Nous sommes au IVe siècle après J.C., à Alexandrie. Hypatie est une savante, astronome et mathématicienne qui cherche à comprendre le fonctionnement du système solaire : dans le système de Ptolémée, les astres tournent autour de la Terre en décrivant des cercles à l'intérieur de leur orbite. Mais c'est bien compliqué, n'y aurait-il pas une solution plus élégante ?
Pendant ce temps, la grande histoire est à l'œuvre : un christianisme assez radical gagne en ampleur, allant jusqu'à supplanter les anciennes religions polythéistes.

Ce péplum est ambitieux dans son désir d'embrasser de nombreux sujets, et il réussit à mon avis à tenir son pari. La prise de pouvoir des chrétiens est terrifiante, leur violence et leur volonté de faire table rase du passé (ils détruisent la bibliothèque d'Alexandrie) évoque forcément les images de Daesh détruisant les temples de Palmyre. Plus que de religion, il s'agit de jeux de pouvoirs : le pouvoir des religieux s'oppose au pouvoir du préfet. Et Hypatie est au centre de ces jeux de pouvoirs : Oreste, le préfet, a une grande confiance en cette femme qui fut son enseignante et dont il fut (est toujours ?) amoureux. Sauf que selon les religieux, un homme ne peut pas être sous l'influence d'une femme, parce que celles-ci sont pas nature inférieures aux hommes et doivent se cantonner à la sphère privée (etc). Hypatie, personnage fort, libre, indépendant, au-delà de ces préoccupations, subira les conséquences de ces jeux politiques.
Agora est donc un film très politique et très critique envers le sectarisme religieux, d'où qu'il vienne. C'est aussi le beau portrait d'une femme (qui aurait pu être un peu plus développé à mon goût) indépendante, victime du masculinisme. C'est aussi une histoire très humaine, mêlant amours, amitiés, loyautés, trahisons. Bref, il se passe beaucoup de choses dans ce film, et Amenábar réussit à rendre le tout cohérent, équilibré, ce qui n'est pas rien. Son élégance formaliste rend en plus le tout très intéressant à regarder.

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Publié le 4 Juin 2019

Le résumé de ce drôle de film tient en une phrase : Dolph a perdu son chien. En le cherchant, il va se retrouver confronté à une série de personnages tout plus improbables les uns que les autres. La suite est difficile à décrire.

J'avoue ne pas trop savoir quoi en penser. C'est un bon film, c'est bien écrit, les acteurs sont formidables, c'est beau, la mise en scène est élégante, la lumière et les couleurs sont belles, assez désaturées, elles donnent un cachet assez unique au film qui participe à son étrangeté. Parce que tout est étrange ici, rien ne se passe comme ça devrait. Ce n'est pas spectaculaire, mais il y a un décalage perpétuel entre les personnages et la « norme ». Dolph a été licencié, mais il va quand même faire semblant de travailler dans son ancien bureau, dans lequel il pleut des trombes. Un palmier se transforme en sapin. Un enquêteur fouille dans la mémoire du dernier étron lâché par le chien de Dolph. Et caetera. Comme Réalité du même réalisateur, c'est étrange, perturbant et angoissant. Et ça montre une qualité d'écriture assez remarquable, parce que Wrong reste en permanence sur une ligne de crête fine mais qu'il tient jusqu'au bout.
C'est très réussi, mais je ne sais pas dire si ça m'a plu. Dans tous les cas c'est un film singulier, et ce n'est pas rien.

C'est juste dommage que le seul personnage féminin soit une folle qui gâche la vie des personnages masculins à cause de sa volonté romantique (#sexisme)

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Publié le 2 Juin 2019

Ça faisait quelque temps que j'entendais parler de Tsui Hark comme LE grand réalisateur du cinéma hong-kongais moderne, et il était largement temps que je me lance dans la filmographie de ce réalisateur.
Je crois que, comme souvent quand on met trop d'attente dans quelque chose, j'ai été un peu déçu. Comprenons-nous bien : Il était une fois en Chine est un bon film, Jet Li est impressionnant, certains combats (notamment à la fin, avec les échelles) sont vraiment spectaculaires. L'histoire (rendue un peu confuse par de médiocres sous-titres en anglais) parle, comme souvent dans les films de kung-fu, de domination de la Chine par des puissances étrangères – ici les Britanniques et les Américains –, du temps qui passe et du monde qui change : que peut le kung-fu contre les armes à feu ? Ces questions donnent un certaine mélancolie au film, l'impression d'assister aux derniers moments d'un monde voué à disparaître. Dans les dernières images, d'ailleurs, Wong Fei-Hong/Jet Li est habillé à l'occidentale pour une séance photo, marquant bien cette entrée dans une nouvelle modernité.
Bref, c'est un film assez riche. Mais comme je le disais au début, on m'avait vendu Tsui Hark comme un explorateur de la mise en scène et de la forme, et honnêtement, ce n'est pas ce que j'ai retrouvé. La mise en scène est irréprochable, mais elle est plus sage que ce à quoi je m'attendais, d'où ma déception. Il faudra sans doute que je revoie Il était une fois…, et que je voie d'autres films de Tsui Hark pour pouvoir avoir un avis plus prononcé et plus objectif. À suivre donc.

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