Publié le 18 Juillet 2018

Agathe rentre du Viêt Nam avec les cendres de son mari. À l'aéroport, elle rencontre deux islandais, Anna et son fils Úlfur, qui viendront squatter chez elle quelque temps, à Montreuil.

Queen of Montreuil est le film précédent le superbe L'effet aquatique. C'est un film sympathique, qui repose sur les mêmes ingrédients : poésie, incongruité des situations, personnages surprenants et charismatiques... Pourtant ça ne marche pas aussi bien, sans doute parce qu'il manque une trame narrative forte, un fil directeur qui porte le film et nous emmène dans les divagations des personnages.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma

Publié le 17 Juillet 2018

Nous sommes en 1955, c'est le bazar en Égypte après le coup d'état du général Nasser, et l'agent secret français Jack Jefferson est porté disparu. OSS 117 est chargé de tirer tout ça au clair et de « sécuriser le Proche-Orient ».

J'ai donc revu OSS 117. Est-ce encore la peine de le présenter ? C'est un film souvent très drôle, qui parodie avec tendresse les premiers James Bond et tous ces films d'espionnage/action des années 1960. Jean Dujardin est parfait dans le rôle titre ; incarnant un personnage d'imbécile, raciste, arrogant, misogyne... OSS 117 est un gros con qui se prend particulièrement au sérieux, alors que les autres personnages du film sont conscients de sa médiocrité : ce décalage est un des principaux ressorts du film
Mais malheureusement le film finit par se prendre au sérieux. C'est comme si Hazanavicius se rendait compte qu'il devait raconter une histoire, et que ça ne pouvait pas marcher s'il passait son temps à se moquer de son personnage principal. Alors donc à peu près à partir du 3e tiers du film, OSS se débarrasse des méchants et chope la fille : il devient un héros. C'est un triste renversement, comme si Hazanavicius n'avait pas eu le courage d'aller au bout de sa démarche. Le film devient moins drôle, et prend une partie des défauts de son personnages : il devient notamment sexiste (les deux actrices qui se battent en se déshabillant, la serveuse qu'OSS embrasse de force à la fin) et homophobe (les sous-entendus sur l'homosexualité d'OSS sont d'abord – un peu – amusants parce qu'il est ridicule quand il s'en défend, mais encore une fois tout ça devient très sérieux).
Et c'est dommage parce qu'il y a vraiment un énorme potentiel dans ce personnage !

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #comédie

Publié le 13 Juillet 2018

Ce fut un choc pour Sweetness de découvrir sa fille à l'accouchement : alors que ses parents sont mulâtres, ce bébé a la peau « noire comme la nuit, comme le Soudan ». Sweetness est dégoûtée par le contact de cet enfant, elle l'élève en gardant ses distances et en essayant de la préparer au racisme auquel elle aura forcément affaire.
Aujourd'hui, Bride est une jeune femme qui a fait de sa noirceur l'outil de sa beauté saisissante. Elle a réussi, a de l'argent et un bon métier. Mais une rupture amoureuse et le retour du passé vont la confronter à une série de difficultés (et c'est un pléonasme) qui la feront grandir etc.

Ça faisait un moment que je voulais lire un livre de Tony Morrison, qui est présentée comme un grand nom de la littérature américaine. Et je dois dire que j'ai été un peu déçu.
Effectivement, on sent une grande écrivaine : c'est très bien écrit et « il se passe des choses » au niveau de la construction du récit. Le livre est presque entièrement écrit à la première personne par différents personnages, quasiment tous féminins (roman choral). Un des chapitres est écrit par une fille d'une dizaine d'années, ce qui amène jeu sur cette langue ; il y a également quelques poèmes en prose. Il y a parfois des « crevasses » (pour utiliser le mot de Flaubert) temporelles et narratives d'un paragraphe à un autre, qui créent un effet de surprise, de sidération – c'est une mécanique efficace pour faire avancer un récit.
Oui, au niveau littéraire, c'est riche, d'autant plus que le roman n'est pas très long (moins de 200 pages).

Mais toute cette habileté littéraire se met au service d'une histoire très mélodramatique et très hollywoodienne. Comment expliquer ? Dépassé un certain stade, je trouve que le sadisme envers des personnages devient un peu grotesque. Bride subit trop de choses pour que ce soit crédible : une rupture, un tabassage en règle qui la défigure, un accident de voiture, des modifications corporelles mystérieuses (disparition des trous de boucle dans ses lobes, des poils pubiens, des seins – c'est une idée fantastique dont Toni Morrison ne fait à peu près rien)... J'ai compté, il n'y a pas moins de 7 histoires de pédophilie dans le roman. C'est grotesque et un peu ridicule. J'ai presque l'impression d'entendre l'autrice dire « ah ouais, t'as vu comme j'y vais fort ? Tu as ton compte ? Eh bien, tiens, regarde comme j'en rajoute une couche ! » Certes, ce n'est pas larmoyant, mais âpre, violent et dur. Mais je le redis, passé un certain seuil, cette violence devient gratuite, vaine. À mon sens, elle ne raconte rien, elle ne provoque plus d'autre émotion que l'agacement, elle ne dit rien du monde.

Alors oui, c'est sauvé par une fin où Morrison ramène de la lumière et de l'humanité, ça pourrait être touchant, mais c'était trop tard pour moi.

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Publié le 12 Juillet 2018

La légende du roi Arthur et des chevaliers de la table ronde revisité par les Monty Python : où il est plus question du vol des hirondelles africaines, d'anarcho-syndicalisme ou de méthodes pour savoir reconnaître une sorcière que de chevalerie.

Est-il encore besoin de présenter Sacré Graal ? C'est un film que j'ai vu des dizaines de fois – je l'avais en VHS. Les différents sketches qui composent le film me font toujours autant rire, les séquences animées de Terry Gilliam sont toujours aussi géniales. Je crois que je n'avais jusqu'à présent pas vraiment mesuré l'influence de Lewis Caroll dans la logique de certains passages, notamment celui avec la sorcière (je résume) :

— On brûle les sorcières, mais que brûle-t-on d'autre — Du bois ! — Donc les sorcières sont faites en bois. Et que fait le bois, à part brûler ? — Il flotte. — Donc les sorcières flottent aussi. Qu'est-ce qui flotte également ? — Les canards. — Donc si cette jeune femme pèse le même poids qu'un canard, c'est que c'est une sorcière.

Après, évidemment, regardé avec mes yeux d'aujourd'hui, la séquence où Galahad le chaste entre dans un château occupé par des jeunes femmes de 16 ans qui ne rêvent que de lui faire l'amour est plutôt gênante, et ce prince Herbert que tout le monde prend pour une fille, bon...
Mais c'est trop tard pour moi, je suis incapable de laisser ça me gâcher ce film, qui est très clairement un des grands chef-d'œuvres de l'humour anglais.

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Publié le 29 Juin 2018

Ferrer tient une galerie à Paris qui expose plusieurs artistes contemporains. Delahaye, son assistant, lui fait part d'une expédition partie, dans les années 1950, chercher des pièces rares et précieuses d'art inuit. Le bateau est resté bloqué dans les glaces, on ne l'a jamais retrouvé. Delahaye a une piste, ça serait peut-être intéressant de la creuser parce que la cargaison, si on la retrouvait, vaudrait le déplacement.

Ce roman alterne entre différents récits : l'expédition de Ferrer vers le Nord est entrecoupée de flashbacks, puis alternent le retour de Ferrer et les activités d'un certain Baumgartner, dont on se demande au début ce qu'il vient faire ici, mais on n'est pas dupe, on se doute bien qu'il n'a pas de bonnes intentions.

Je l'ai dit plusieurs fois, Jean Echenoz est un de mes écrivains préférés. Et ce roman – que j'avais déjà lu – confirme mon sentiment. C'est drôle, très bien écrit, brillant, intelligent, malin. Echenoz emmène le lecteur, le rend complice de ses jeux littéraires et narratifs. On a l'impression d'être plus intelligent quand on lit Je m'en vais.
Le narrateur est assez présent, c'est comme un personnage en soi. Il a notamment du recul sur les personnages et sur le récit, et s'en moque parfois un peu, comme au début du chapitre 28 :

Personnellement, je commence à en avoir un peu assez, de Baumgartner. Sa vie quotidienne est trop fastidieuse. À part vivre à l'hôtel, téléphoner tous les deux jours et visiter ce qui lui tombe sous la main, vraiment il ne fait pas grand-chose. Tout ça manque de ressort.

Bref, c'est formidable, et il faut lire tous ses livres. Et que je les relise tous.

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Publié le 25 Juin 2018

Après un Jurassic World très moyen, remake plus ou moins assumé de Jurassic Park (le vrai, l'unique), on continue sur la lancée avec un autre remake plus ou moins caché du Monde Perdu.
En quelques mots : sur Isla Nublar, l'île des parcs, un volcan qui s'était jusque-là bien caché menace d'entrer en éruption1. La question est donc : doit-on sauver les dinosaures, ou laisser la nature faire le ménage ? Pour un vieux monsieur très très riche qui était pote avec Hammond, il faut évidemment sauver les bébêtes. Il charge donc son assistant d'envoyer Owen (Chris Pratt, à fond dans son rôle de « regardez comme je suis viril et beau gosse ») et Claire (Bryce Dallas Howard) sur l'île, accompagnés d'une brigade de paramilitaires patibulaires. Et devinez quoi ? Ça se passe mal.

Pour être très franc, j'en avais tellement entendu du mal que je m'attendais à pire que ça. J'ai quand même été un peu dedans, notamment durant la première partie sur l'île avec le volcan en éruption, qui est plutôt efficacement menée.
Mais quand même : c'est écrit avec les pieds, ça enchaîne les clichés et les WTF. Je ne vais pas faire la liste complète, mais : dans combien de films hollywoodiens a-t-on déjà vu un méchant tellement obsédé par l'argent qu'il fait des choses de méchant stupides ? Hum, dans presque tous ceux qui manquent d'inspiration, et oui, notamment dans Le Monde perdu, dont ce film reprend les grandes lignes en moins bien. Donc ce méchant veut vendre les dinosaures à des bandits richissimes, et ça se passe évidemment mal. C'est le 5e film, depuis le temps on sait ce qu'il se passe dans ces cas-là.
C'est bourré de deux ex machina – mais si, vous savez, ce moment où les héros vont mourir mais non parce que, paf, comme par hasard, quelqu'un vient les sauver (ici les sauveurs sont des dinosaures, au cas où vous ne l'auriez pas vu venir).
Je passe sur l'histoire de la gamine clonée (c'est grotesque) ; sur les deux petits jeunes qui auraient pu être des personnages à part entière mais en fait non ils ne servent qu'à faire joli dans le fond ; sur le fait que les différentes péripéties du film ne reposent que sur des décisions stupides. C'est finalement le très blasé Ian Malcom/Jeff Goldblum qui résume le mieux ce qu'il y a à penser du film, dans les 3 minutes où il apparaît (au début et à la fin) : on a déjà vu tout ça, on sait ce qu'il va se passer, évidemment que si les humains font joujou avec des créatures préhistoriques ça va être la merde. Ce n'était pas la peine de refaire un film pour nous le redire une 5e fois.
Le pire c'est qu'il va évidemment y avoir une suite.

* * *

1. Ce qui confirme l'intuition selon laquelle John Hammond a vraiment mal choisi l'emplacement de son parc : une île faisant partie de l'archipel des « cinquo muertes », sur laquelle passent des cyclones capables de raser l'île et avec un volcan, il me semble qu'il y a mieux pour faire un parc d'attraction.

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Publié le 13 Juin 2018

Tous les vendredis, la famille Ménard se réunit au café « Au père tranquille », tenu par Henri (Jean-Pierre Bacri), et qui appartenait à feu son père. Ce soir c'est l'anniversaire de Yolande (Catherine Frot) : sont présents Philippe, son mari et le frère d'Henri (Wladimir Yordanoff), Betty leur sœur (Agnès Jaoui), Claire leur mère (Claire Maurier) ; dans le café se trouve aussi l'employé Denis (Jean-Pierre Darroussin).
Et évidemment, comme souvent (toujours ?) dans les réunions de famille au cinéma, tout le monde se déteste, tout le monde en veut à tout le monde, et ça ne va pas bien se passer.

C'est le 3e film coécrit par Bacri et Jaoui, ici avec Klapish, adapté de la pièce de théâtre éponyme de Bacri/Jaoui. On sent cette influence théâtrale, le décor est quasiment le même pendant tout le film, à savoir « Au père tranquille » (qui est un nom bien ironique avec du recul). Pour autant, on ne s'ennuie pas, Klapish mettant en scène tout ça d'une manière assez habile et inventive. Les acteurs sont évidemment formidables.
Bacri y joue son rôle devenu classique de grincheux râleur toujours énervé, c'est même un beau connard au début du film. Mais le film avançant, on se rend compte que c'est plus compliqué que ça, que ce n'est pas lui le plus con, qu'il y a plein de raisons qui expliquent ce qu'il est devenu, ce qu'on l'a fait devenir : toute sa famille le prend pour un abruti, l'ignore, le méprise. C'est un personnage plus riche et complexe qu'il en a l'air.
C'est un film parfois drôle (mais beaucoup moins que ce que laisse entendre la bande annonce), souvent juste et sensible. Mais c'est aussi un film stressant, plein d'énervement, de bêtise et de méchanceté plus ou moins masquée, avec une belle brochette de connards et de salauds. Ça ne donne pas envie d'avoir cette famille, et puis tiens, ça ne donne pas envie d'avoir de famille du tout.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma