Publié le 29 Juillet 2013

Semailles humaines (The Seedling Stars), James Blish, 1957

Ce roman, vaste et étendu, est construit en 4 parties, qui racontent différentes étapes d’un même processus de panthropie. Contrairement à Homme Plus, ici l’adaptation de l’homme est génétique : il s’agit de créer de nouvelles races d’humains semblables à nous, mais conçus pour survivre sur d’autres planètes (et qui mourraient très rapidement sur Terre).

Tout commence sur Ganymède, la troisième lune de Jupiter, où une population d’humains adaptés pacifiques vit depuis plusieurs années. Ils ont des projets qui ne plaisent pas tellement aux gouvernements Terriens, ils envoient donc Sweeney, un adapté élevé sur Terre, pour infiltrer la colonie de Ganymède et contrecarrer leur plans. Sweeney a subi un très fort conditionnement sur Terre, il est élevé pour détester ses semblables et tout faire pour les arrêter. Sauf que c’est un malgré tout un humain : il tombe amoureux, il finit par s’attacher aux adaptés. Il découvre leur projet secret : envoyer des humains adaptés à différents environnements dans tout l’univers, « semer » l’humanité un peu partout dans tout l’univers. Sweeney se retournera contre les Terriens, et permettra le départ d’une première fusée vers une destination inconnue.

On se retrouve ensuite sur la planète Tellura. Des humains « semés », simiesques (queue, poils...), assez craintifs, vivent dans les arbres depuis plusieurs générations. J’imagine que ça ressemble un peu au monde des Ewoks (en moins pelucheux). Les semeurs ont laissé des traces de leur venue, mais ça a été transformé au fil des générations, et c'est devenu un mythe/une croyance religieuse : des Dieux Géants sont arrivés sur la planète et ont créé les hommes. Certains individus critiquent ces mythes, soit parce qu’ils n’y croient pas du tout, soit parce qu’ils pensent que tout ça est métaphorique. En tant qu’hérétiques, ils sont condamnés à vivre en Enfer (c’est-à-dire au sol) au milieu des Démons (des dinosaures), ils sont donc voués à une mort certaine. Sauf qu’ils survivent (bon, ils en perdent un ou deux en route). Après avoir buté un ou deux dinosaures, ils tombent sur des géants qui sortent de leur vaisseau (des semeurs humains, on ne saura pas si c’est des Terriens ou autre...) Les hérétiques sont complètement terrorisés, ils pensent être face à des Dieux. Les semeurs leur expliquent que pas du tout. Les humains qu’ils ont placé ici ne devait vivre dans les arbres que le temps de s’habituer, d’acquérir un savoir-faire technique etc, mais ils devaient rapidement descendre sur le sol, pour fonder une vraie civilisation. Du coup les « hérétiques » sont les précurseurs d’un nouvel âge sur Tellura, et il leur revient d’être les nouveaux maîtres de cette civilisation à venir.

La troisième partie se situe sur la planète Hydrot, presque entièrement aquatique. Les humains placés ici sont microscopiques (la vie qui existe sur cette planète est elle-même microscopique, il faut adapter l’humain à son environnement), et conçus pour la vie aquatique (palmes, système de respiration, hibernation dans une sorte de coquille l’hiver). On suit la guerre des humains, assistés de quelques organismes locaux eux aussi intelligents, contre les « dévorants », et la conquête de l’environnement par les humains. Après quelques générations, les humains sont bien installés, et la question se tourne vers leur origine : les semeurs ont laissé deux plaques avec des inscriptions expliquant tout le processus, mais une des plaques a été perdues pendant la guerre, et le reste du message est incompréhensible : il y est question d'étoiles, de vaisseau et de trucs bizarres dans le genre. Ils finissent même par jeter la plaque restante, parce qu'il faut aller de l'avant, ça suffit ces vieux machins poussiéreux. Mais on n'évacue pas cette question aussi rapidement, et ces mystérieuses étoiles continuent de travailler les habitants de la planète. Après une tentative ratée de sortir voir comme c'est là-haut à l'air libre, ils construisent un gigantesque vaisseau (5cm !) permettant de sortir de l'eau, de voir la terre et les étoiles, et éventuellement de découvrir de nouveaux mondes (c'est-à-dire d'autres étendues d'eau un peu plus loin).

La quatrième partie est un dialogue entre un capitaine de vaisseau humain « de base » allant sur Terre et un être humain adapté, à moitié phoque. Les humains adaptés sont devenus l'espèce majoritaire dans l'univers, et les humains Terriens une minuscule minorité. La Terre est devenue un désert aride et inhabité, au point qu'on ne sait plus trop s'il y a eu des humains là-bas un jour. Est abordée la question du racisme entre différentes espèces humaines, et le sentiment de supériorité imbécile des humains « de base ».

L'ampleur et l'ambition du roman sont assez vertigineuses : l’ensemble se déroule sans doute sur plusieurs centaines d’années et plusieurs milliards de kilomètres : déjà rien que Ganymède est à 600 millions/1 milliard de kms de la Terre, ça dépend des rotations, ce qui est pas mal. L’écriture est très intéressante, froide et distante. Il y a peu de descriptions, et James Blish distille ses informations avec parcimonie : par exemple on ne se fait une image des différentes espèces qu'au fil d'indices disséminés ici ou là. C’est un peu frustrant, mais c'est très riche : on peut s'imaginer énormément de choses (et c'est pour ça que c'est un roman inadaptable en film/BD : chacun se fait littéralement une vision différente, c'est un coup à décevoir tout le monde de mettre ça en image). J’aime bien le retard de la compréhension qu'il cultive : on ne saisi pas tout immédiatement, même si on a une vision globale, et les détails s’affinent au fur et à mesure. Le travail sur les différentes mythologies créées par les humains dans l’univers est aussi très intéressant, et assez drôle.

Malgré tout, ce livre décrit une colonisation, et on peut avoir des réticences à cette idée : pour quelle raison l'humanité serait-elle la meilleure chose de l'univers, et mériterait donc envahir la totalité du monde ? Pour montrer sa supériorité ? J'avoue avoir un doute sur ce principe. Il n’y a heureusement pas dans le roman de bondieuseries (« c’est normal que l'Homme colonise l'univers, puisque Dieu a créé l'Homme à son Image ») : c’est même au contraire complètement tabou de créer de nouvelles espèces d’humains. Ce mini point noir ne m'a pas empêché d'adorer ce roman vaste et intelligent (et qui n'a pas du tout vieilli, contrairement à Homme Plus).

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Publié le 23 Juillet 2013

D'après Saul Bass, affiche d'Anatomy of a Murder

Homme Plus (Man Plus), Frederik Pohl, 1976

On est dans le futur. C’est la merde sur Terre, deux-trois gros blocs s’affrontent et les guerres thermo-nucléaires menacent partout (c’est écrit en pleine guerre froide, à ce genre de détails on le sent un peu). Le Président majuscule des États-Unis d’Amérique a un grand projet pour amener la Paix sur Terre : coloniser Mars (« Ça va redonner de l’espoir à l’humanité, et puis ça détournera l'attention quelques temps. »)
Dans la SF (mais pas que), il y a deux pistes pour coloniser Mars : la terraformation, c'est-à-dire petit à petit rendre la planète vivable, en créant une atmosphère etc, et la panthopie, ie adapter l’homme aux conditions de vie sur les autres planètes. Ici la solution combine les deux : il s’agit d’envoyer un être humain « augmenté » (un « homme-plus ») qui lancera un processus de terraformation.
Le principe est simple : on prend un humain normal, on le démonte complètement, et on le remonte en mieux. C’est plutôt bien fichu : yeux en cristal pour pas qu’ils éclatent sous le manque de pression, muscles bioniques, panneaux solaires pour alimenter en énergie l’ordinateur intégré, système digestif réduit à presque rien, peau artificielle... Tout est pensé pour Mars, son atmosphère très spéciale, son absence de nourriture, sa gravité faible. Sur Terre, ce « monstre » est pataud, lourd et pas adapté (même si super balèze avec ses muscles bioniques), sur Mars il est comme un poisson dans l’eau. C’est un sacré machin, et c’est ce qu’on appelle un cyborg.
Roger Torraway, ancien cosmonaute que j’imagine volontiers moustachu, est chargé d’être modifié, après quelques problèmes et rebondissements. Le gros du roman (on finit même par se demander s’ils iront sur Mars) raconte la transformation de Roger, son nouveau corps à appréhender, ses angoisses, sa femme qui ne vient pas le voir, et lui pense tout le temps à elle et qui a un peu peur... C’est donc finalement assez psycho dans l’approche, mais en même temps assez passionnant, parce que l’expérience et les sensations qui y sont décrites sont littéralement extra-ordinaires.
Tout un petit équipage constitué de Roger et de 4-5 cosmonautes se rend finalement sur Mars, où Roger doit entamer une processus de terraformation.
### spoiler ### passez la souris pour lire

 Mais il se trouve que sur Mars, l’ordinateur intégré à Roger se met à déconner : il entre en mode « attaque » et s’apprête à tuer les coéquipiers de Roger. Mais grâce à la force de la puissance de sa volonté de fer, Roger arrive à dépasser l’ordinateur et à empêcher le massacre.
Un tel incident n'aurait jamais dû arriver. Mais on apprend à la toute fin que c’est une ruse des ordinateurs Terriens, intelligents et machiavéliques, qui veulent détruire l’humanité et faire capoter la mission sur Mars. Ils ont faussé des résultats pour arriver à leur fin, mais qui a faussé leurs résultats, qui leur disaient que leur plan était infaillible ? (tadam, suspense non résolu).
 
### spoiler ###

C’est un roman qui est un peu daté. Il y a ce rapport à la guerre froide que j’évoquais au-dessus, il y a aussi la problématique des ordinateurs qui prennent toujours un coup de vieux dans les romans/films de ces années-là : ce sont des machins énormes, aussi puissants que ce qu’on a aujourd'hui dans le moindre téléphone portable. Il y a quand même les prémices d’internet : les 8 000 ordinateurs du monde sont en réseau, ce qui devait être impressionnant à l’époque, mais qui fait doucement rigoler aujourd’hui.
Techniquement, j’ai quand même un gros doute sur la possibilité d’entièrement démonter un corps humain pour le remonter de façon complètement différente, et que tout marche bien, le type est toujours là, pas mort, pas cassé, comme s’il se réveillait d’un gueule de bois, pas beaucoup plus. Si vous me demandez mon avis, pour adapter l’homme à des conditions de vie radicalement différentes, rien ne vaut la manipulation génétique (c’est l’objet de Semailles Humaines, de James Blish, que je suis en train de lire).
L’écriture est un peu psychologisante à mon goût, mais sans excès non plus. Il y a quelques effets de littérature intéressants, comme l’arrivée ici ou là d’un « nous » qui laisserait penser, à la manière de Flaubert, qu’« il y a quelqu’un » (un mystérieux narrateur ?). Le mystère autour de ce « nous » est intéressant, même si, entre nous, la résolution est un peu facile.
C’est quand même un roman vaste, consistant et intelligent, même si je n'irai pas jusqu'à dire que c'est de la grande littérature.

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Publié le 24 Juin 2013

Ça faisait un moment, mais il n'est jamais trop tard pour reprendre les bonnes habitudes.

J'ai vu il n'y a pas longtemps We Need to Talk about Kevin de Lynne Ramsay, sorti en 2011. J'avais pas mal entendu parler de ce film au moment du festival de Cannes, je me souviens que les critiques étaient élogieuses. Le sujet est pas facile-facile, et c'est sans doute pour ça que j'ai mis du temps avant de me décider à le voir.

L'histoire n'est pas simple à résumer, parce que la façon de la raconter a une grande importance. C'est un film qui est construit à partir de plusieurs niveaux de flash-backs qui s'imbriquent, et qui finissent par tisser la trame complète de l'histoire. En ce sens, il y a quelque chose d'un thriller, puisqu'on ne découvre le dénouement qu'à la fin du film. Ça commence au présent, où l'on suit Eva (magnifique Tilda Swinton). Elle est seule, elle cherche un travail assez médiocre. Ses voisins la détestent, elle se fait balancer de la peinture rouge sur sa petite maison (la couleur rouge est très présente au début, y compris dans une scène d'introduction/flash-back, baignée dans une espèce de sauce tomate). Par des flash-backs progressifs, on découvre sa vie d'avant. Eva était écrivaine à succès, elle était en couple avec Franklin (John C. Reilly), et elle est tombée enceinte, sans le vouloir, d'un garçon, le Kevin du titre. Et c'est là que ça se corse, puisqu'elle a du mal à l'aimer, ce garçon, et qu'il le lui rend bien. Alors qu'il a quelque chose comme 3 ans, qu'elle essaye de lui faire dire quelque mots et de jouer au ballon avec lui, il reste là, coi, à la regarder avec un air de défi, et en ne lui renvoyant ostensiblement pas la balle. C'est autour de cette relation tendue que se construit le film : elle n'arrive pas à aimer cet enfant, mais elle essaye quand même, maladroitement, et Kevin la défie, la provoque, la toise, alors qu'il est ostensiblement choupinou avec son père.

On comprend rapidement qu'il s'est passé quelque chose. La situation d'Eva au présent, son rapport assez compliqué avec les gens qu'elle côtoie, et la tension qui se dessine petit à petit avec Kevin au fil des flash-backs, annoncent un dénouement tragique (que je ne révèlerai pas) qu'on attend sans trop l'espérer. Et dès le départ, la scène à la sauce tomate annonce la couleur : même si c'est une fête (un genre de feria), la scène est finalement assez dérangeante, filmée d'en haut, en ralenti, sans qu'on sache très bien ce qu'il se passe. On a parfois l'impression que les gens se battent, on se demande si cette sauce n'est pas du sang… La mise en scène est virtuose, Lynne Ramsay, qui a l'air d'aimer les sujets difficiles (voir son précédent film, Le Voyage de Morvern Callar), jongle avec plusieurs niveaux temporels (les différents flash-backs) qui s'entrecroisent. L'image est très esthétisante (trop ?) et glaçante. C'est un film assez dérangeant, plutôt malsain, mais brillant, et qui reste en tête. Le genre de film où l'on reste assis pendant que le générique défile, en se disant « bon, d'accord... »

Glen, qui a lu le livre dont est adapté le film, me disait qu'il est construit comme le journal intime d'Eva qui se refait la suite des évènements. Le film a donc un parti pris différent, qui laisse sans doute moins de place à l'introspection, mais plus à l’ambiguïté.

(Après recherches, il s'avère que scène du début montre une tomatina, fête populaire espagnole)

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Publié le 28 Février 2012

Je l'avoue, je ne connaissais pas Mia Hansen-Løve. J'en avais un peu entendu parler, mais j'étais passé à côté d'elle. Charlotte (qui est plus à la pointe que moi) avait très envie de voir un de ses films, on est tombés sur Le Père de mes enfants sur Universciné (il faut utiliser ce site, malgré son nom il est formidable).

Rapidement, c'est l'histoire de Grégoire Canvel, producteur de cinéma indépendant, passionné, séducteur, drôle, surbooké et vissé à son téléphone en permanence (comme un producteur, quoi), et puis endetté (comme un producteur de films indépendants, quoi). Mais c'est aussi l'histoire de la formidable bande de filles qui l'entoure : sa femme (Chiara Caselli, épatante), ses trois filles – et aussi ses assistantes, même si un peu moins.

(C'est un film bien plus intéressant que ce résumé peut laisser penser, mais il se passe des tas de choses dans le films que je ne peux pas dévoiler, alors je fais succinct...)

Tout est formidable dans ce film. Déjà le dessin des personnages, très attachants, portés par des acteurs au poil, depuis Louis-Do de Lencquesaing (ce nom, je vous jure...) jusqu'aux trois jeunes et merveilleuses actrices qui jouent les filles de Grégoire (et aussi Eric Elmosnino, toujours impeccable). Mia Hansen-Løve a le chic pour diriger les acteurs, ça se sent. On sent aussi du plaisir, de la part des acteurs et de la réalisatrice (et c'est finalement assez rare).

Mia Hansen-Løve a aussi une aisance, un naturel confondant dans le maniement de la caméra, dans le montage. On passe sans arrêt de Paris à la maison de campagne à la Toscane à la Suède, et tout est toujours clair, jamais on ne se perd, jamais on nous explique ce qu'il se passe. Tout est fluide et naturel. Un vrai talent de conteuse (elle est aussi scénariste de ses films). On se laisse complètement mener du début à la fin.

Il y a une vraie liberté dans la façon de raconter, de filmer, avec des scènes qui, en quelque sorte, n'apportent rien à l'intrigue principale, mais qui contribuent à une atmosphère, une ambiance. C'est pas pour balancer, mais par exemple, Guillaume Canette, quand il fait Les Petits Sopalins, le navet d'il y a deux ans déjà, il est lourd, appuyé, il suit les règles du Petit manuel pour faire un petit scénario bien parfait (scène1 le personnage a un conflit intérieur scène2 on développe le conflit intérieur scène3 on résout le conflit intérieur, pendant 2h, c'est un peu pénible), là où Mia Hansen-Løve est libre, légère et intelligente.

Plus j'y pense, plus je me dis que j'ai adoré ce film, et que ça faisait longtemps que je n'avais pas eu de coup de foudre de ce type. Maintenant j'ai envie de voir plein d'autres films de Mia Hansen-Løve. (bon, en même temps, c'est pas comme si elle en avait avait des centaines)

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #France

Publié le 8 Février 2012

Après une année 2011 plutôt décevante, avec plein de films nuls ou vraiment pas terribles terribles (Midnight in Paris, Tree of Life, Time Out, Les Bien Aimés, Somewhere...), il semblerait que 2012 commence mieux. Take Shelter (oui, il est presque sorti en 2012 ce film) (dont j'ai parlé il y a pas longtemps) et, aujourd'hui, Millenium.

Autant le dire tout de suite, je n'ai pas lu les livres, je n'ai pas vu les précédentes adaptations, je n'ai pas écouté le feuilleton sur France Culture. Je ne savais rien de cette histoire. Je savais qu'à un moment il y avait des nazis, mais c'est presque tout.

L'histoire : Mikael Blomkvist, journaliste d'investigation, un peu en baisse suite à un procès en diffamation perdu, est chargé par Henrik Vanger, vieil industriel lui aussi un peu en baisse, d'enquêter sur la disparition d'Harriet, sa nièce (à Henrik Vanger) dans les années 60. Pour l'assister dans ses recherches, Mikael Blomkvist engage (enfin engage, il tombe dessus) Lisbeth Salander, sorte de nerd super intelligente, gothique (percings, tatouages et tout), asociale et potentiellement violente. Et donc on va avoir des secrets de famille, un quasi-huis clos sur une ile, un tueur en série, etc...

C'est très très bien, très bien fichu, Fincher est un maître de la mise en scène, du montage et tout, ce n'est plus à prouver. Les personnages sont bien campés, portés par des acteurs au poil : Daniel Craig, plus subtil et attachant qu'en James Bond, et surtout Rooney Mara, méconnaissable (avant et après) et fascinante.

Et une ambiance, un climat oppressant, des images fortes qui mine de rien trottent dans la tête. Après, oui, l'intrigue policière (où est Harriet ?) est un peu prévisible, mais finalement, ce n'est pas ce qui compte, et sans doute pas ce qui intéresse Fincher – de toutes façons un best-seller comme ça, déjà adapté plusieurs fois, c'est peut-être pas la peine de ne compter que sur le dénouement.

Après j'aurais bien aimé voir la première adaptation (d'après les critiques plutôt inférieure), pour pouvoir dire (comme les critiques) « le Fincher est plus ceci plus cela », mais non. Du coup ma critique reste un peu ras les pâquerettes. Ça arrive.

 (le dragon c'est parce qu'en anglais le film s'appelle The Girl with the Dragon Tattoo, hein)

(le dragon c'est parce qu'en anglais le film s'appelle The Girl with the Dragon Tattoo, hein)

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Publié le 10 Janvier 2012

Commençons ce blog par Take Shelter, de Jeff Nichols, qui n'a fait qu'un autre film dont le pitch ne me donne pas plus envie que ça, mais que voulez-vous, c'est comme ça.

Ça se passe dans la campagne américaine, dans l'Ohio. Vous savez, cette Amérique avec pick-ups, avec petit pavillon avec jardin, avec le mari qui bosse dur, la femme à la maison qui fait la cuisine, qui fait des rideaux et des coussins qu'elle vent sur des marchés, avec un gros chien. Et avec un abri anti-tempêtes, parce que ça peut souffler, dans le coin. C'est l'histoire de Curtis LaForche (Michael Shannon), simple ouvrier, qui a une chouette vie, une jolie femme (Jessica Chastain), une fille sourde-muette mais ils le vivent bien.

Un beau jour (ou peut-être une nuit, je ne sais plus) Curtis fait un cauchemar. Il rêve d'une tempête. Une vraiment grosse, avec 2 ou 3 cyclones en formation, une pluie lourde et grasse. Une tempête qui rend fou : son chien lui saute dessus et commence presque à lui manger le bras. La douleur lui reste pendant plusieurs heures après le réveil. S'ensuivent plusieurs rêves du même type, et la folie qui monte, parce que Curtis est persuadé que ce sont des rêves prémonitoires. Il y croit dur comme fer. Il enferme son chien, il dépense toutes les économies familiales pour retaper l'abri anti-tempête. Il est à moitié lucide seulement : il se rend bien compte que ce qu'il fait est bizarre, irrationnel, mais il n'arrête pas pour autant. Il est tout empli de ce devoir impérieux, confus de « protéger sa famille » contre une catastrophe improbable.

Au final, c'est un film catastrophe dont la catastrophe est dans la tête d'un type. Comme un huis clos dans la tête d'un personnage ordinaire qui a l'air de devenir fou. A l'air seulement, parce qu'on est avec lui dans sa tête, parce qu'on a envie d'y croire à ses délires. On est loin de Roland Emmerich.

Et Jeff Nichols maîtrise son affaire. Contrôle complet du rythme, du tempo, de la tension et du repos, maitrise des émotions du spectateur. La montée progressive de la folie du personnage, sa paranoïa. La façon dont il distille le doute, parce que malgré tout, on l'aime bien ce Curtis, et même s'il a l'air de péter un câble, on a presque envie qu'il ait raison. Et bien sûr Michael Shannon, parfait, qui porte le film de façon impressionnante (et Jessica Chastain, et tout le monde, d'ailleurs) (Et d'autres petits détails que je ne veux pas raconter ici, parce que ça gâcherait la surprise.)

Il n'y a que la fin qui me gêne un peu – mais évidemment, je ne vais pas la dévoiler. Je ne sais pas si elle est à la hauteur du film. Et en même temps, c'est aussi une bonne fin. Avec Charlotte on y a réfléchi, et toutes nos idées étaient moins bien que celle qu'il propose. Peut-être quand même aurais-je préféré une fin un poil plus ouverte. Mais je chipote.

Au final, c'est un film fort, superbe, et puissant. Qui m'est resté plusieurs heures dans la tête après l'avoir vu. Et que je n'ai pas envie de quitter.

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Publié le 17 Novembre 2011

Syngué Sabour, Atiq Rahimi. Février 2009.
C'est la première fois, je crois, que je lis un prix Goncourt, et je ne le regrette pas. C'est, d'ailleurs, une des premières fois que je ne suis pas déçu par un livre chez P.O.L. (que pourtant je continue à affectionner).
Il y a une force, une sagesse, une magie qui émane de ce livre. Des sujets forts et graves, et pourtant comme une légèreté, une sérénité. Je ne sais pas ce que valaient les autres candidats au Goncourt, mais celui-là le méritait sans doute.

L'attrape-coeurs, J.D. Salinger. Novembre 2010.
J'ai lu le « chef d'œuvre » de Salinger. Enfin. Pourtant, il m'est complètement tombé des mains. Pas intéressé. La mauvaise traduction n'aide sans doute pas. Je l'ai peut-être lu trop tard aussi, après avoir lu plein de livres influencés par ce livre.

Minority Report, Philip K. Dick. recueil de nouvelles, dont Jeu Guerrier, Ce que disent les morts, Souvenirs à vendre, La fourmi électrique...
Le problème de K. Dick, c'est que ce n'est pas vraiment un écrivain : c'est un scénariste. Il y a tout ce qu'on peut chercher dans des nouvelles de SF, les idées sont originales, amusantes, la vision du futur est intelligente... Mais c'est mal écrit (et aussi, probablement, mal traduit).

Chroniques Martiennes, Ray Bradbury.
Ce recueil de nouvelles est l'histoire de la colonisation de Mars, mais raconté avec un décalage : d'abord du point de vue des Martiens, ces premières missions qui échouent lamentablement... C'est étonnant pour un livre écrit dans les années 50, manifestement Bradbury cherchait déjà à sortir des clichés. C'est drôle, parfois même loufoque, mais ça n'empêche pas quelques constats désabusés sur l'homme qui détruit tout ce qu'il touche. Et contrairement à K. Dick, Bradbury est un écrivain. Il a du style, il se passe quelque chose sur le plan littéraire.

Le Loup des steppes, Hermann Hesse
Commencé sur les conseils d'un copain, abandonné de mon propre chef. L'ennui profond qui m'a envahi à la lecture de ce livre m'a vaincu. Déjà, le style, très XIXe (alors que publié en 1927), de longues phrases alambiquées, longues, et qui ne racontent finalement pas grand-chose. Des paragraphes entiers pour dire qu'il pleut.

Il y a une introduction. On décrit rapidement le « loup des steppes », cet homme désabusé qui cherche l'isolement et l'intégration dans la société. Le récit débute, le « loup des steppes » décrit longuement son caractère. Il lit une brochure qui, tenez-vous bien, décrit exactement le caractère du « loup des steppes », longuement, plusieurs dizaines de pages. Trois fois la même description, de plus en plus longue, de moins en moins intéressante parce que dans la redite, je n'ai pas réussi.

Et j'ai du mal avec les livres excessivement psychologisants, qui cherchent à dresser un portrait le plus fidèle possible d'un personnage ou d'un caractère. Ça pet être intéressant quand c'est réussi, mais sur 100 pages, ça suffit.

Je n'arrive plus à me souvenir de cet écrivain qui expliquait que la psychologie des personnages était dans leurs actes. Un bon conseil à retenir.

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