Publié le 17 Septembre 2015

Gilles Gabriel (Alain Chabat) est un chanteur qui a eu son petit succès dans les années 80 avec un tube inoubliable, Flou de toi. C'est aujourd'hui un has-been qui rêve d'un improbable come-back. Sur le chemin du Leclerc, il percute Jean-Christian Ranu (Daniel Auteuil), parfait petit comptable à la Cogip. Gilles meurt dans l'accident, mais son esprit est entré dans le corps de Jean-Christian. Il va leur falloir trouver une façon de cohabiter...

Cette comédie sympathique et (très) drôle joue sur le ressort classique des caractères parfaitement opposés : Gilles est fantasque, fasciné par le show-biz et rock'n roll, alors que Jean-Christian est le type le plus coincé et le plus ringuard du monde. Le rapport aux filles, le monde du travail, le show-biz, tout y passe. Pourtant c'est Jean-Christian, tellement maniaque qu'il en confine à la folie, qui recèle le plus de surprise, et qui est source de nombreux gags. Nicolas et Bruno, auteurs des inénarrables Messages à caractère informatifs, s'en donnent à cœur joie, et leurs acteurs avec eux, dans ce premier film aux dialogues délicieusement bien troussés. Ce qui n’empêche évidemment quelques défauts (je pense notamment au personnage féminin, pourtant bien interprété par Marina Foïs, qui perd toute logique à la fin). Mais c'est au moins une comédie qui a le courage de rester sur le même ton jusqu'à la fin, contrairement à beaucoup d'autres (presque toute la production contemporaine, à ma connaissance) qui sont drôles pendant 1h et chiantes pendant la dernière demi-heure parce que le héro doit se taper la fille.

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Publié le 3 Septembre 2015

C'est la Grande Dépression aux États-Unis, autant dire qu'on est dans les années 1930. Cecilia, comme tant d'autres, est bien mal lotie : elle n'a pas de travail, son mari non plus, d'autant plus qu'il est plutôt feignant, et violent avec ça. On pourrait penser que c'est un film social, mais ça serait bien mal connaître notre cher Woody : cette question n'est pas vraiment abordée, elle n'est qu'une toile de fond* au service d'une des nombreuses obsessions d'Allen : le cinéma.
En effet, Cecilia n'a qu'un bonheur de la vie : le Cinéma. Elle y va autant qu'elle peut, et voit souvent plusieurs fois de suite le même film dans le cinéma de quartier où elle a ses habitudes. Ainsi La Rose Pourpre du Caire, film autour de Tom Baxter, un explorateur de tombes en Égypte, qui découvre New York — encore que ce film soit assez compliqué à résumer, puisqu'Allen ne s'y intéresse pas plus que ça. Jusqu'à ce fameux 5e visionnage, au cours duquel le personnage de l'explorateur s'interrompt pour parler à Cecilia, qu'il a remarquée au fil des projections. Il sort de l'écran pour s'enfuir avec elle et vivre une histoire romantique.
Sauf que : c'est un personnage de fiction. Il ne comprend pas pourquoi il n'y a pas de fade out quand il embrasse Cecilia, il reste parfaitement bien coiffé quand il se fait casser la gueule... Cecilia est sous le charme, mais elle est un peu perdue. Sauf que : les autres personnages du film restent dans le film, à ne savoir que faire sans le personnage de Tom, qui, bien que secondaire, est tout de même indispensable au déroulé de l'intrigue. Sauf que : tout Hollywood est en panique, à commencer par l'acteur qui interprète Tom, parce que si les personnages prennent leur liberté, alors rien n'est plus sous contrôle, et ça leur fait sacrément peur.

La Rose Pourpre du Caire tourne donc joyeusement et légèrement autour de ces questions. Le cinéma est-il plus réel que la vie ? Un personnage de fiction, s'il est bien écrit et bien interprété, peut-être être plus réel que des « vrais gens » ? Ou plutôt, peut-il faire plus envie, plus rêver ? Que choisir entre la réalité et la fiction ? La question n'est pas complètement tranchée, même si la balance penche très clairement du côté de la fiction.
Woody Allen a souvent évoqué son fantasme de faire partie des films durant son enfance, qui se déroula plus ou moins pendant cette période. Il s'amuse ici avec cette idée : qui n'a jamais rêvé de rentrer dans un film, de rencontrer ses personnages, d'en faire partie, bon sang de bois ? Le cinéma est magique et merveilleux, alors que la vraie vie peut être dure. C'est un désir sans doute très profond d'Allen, ce n'est d'ailleurs pas pour rien qu'il cite souvent ce film comme son préféré, ainsi que nous l'apprend la page wikipedia du film. Il met en scène ce fantasme avec sa manière habituelle (plans séquences qui mettent en valeur les personnages et le jeu des acteurs etc), même si ce n'est clairement pas son film le plus drôle ni celui qui se remarque le plus par la brillance de ses dialogues.

Allen joue beaucoup sur ces questions-là dans sa filmographie : le personnage qu'il joue finit par se confondre avec celui qu'il est, il a beaucoup tourné autour de sa vérité biographique dans ses films (son enfance, ses relations avec ses femmes/actrices), mais sans jamais rentrer dedans complètement, entretenant sans en avoir l'air une ambiguïté sur Woody Allen le personnage et Allan Konigsberg (son nom de naissance) le cinéaste et l'homme (qui a d'ailleurs disparu puisqu'il a fait modifier son nom à l'état civil).

J'en profite pour signaler les passionnantes émissions de France Culture sur Woddy Allen, dont je recommande vivement l'écoute pour qui s'intéresse à ce personnage singulier, et qui éclaire en partie ces ambiguïtés entre l'homme et le personnage.

 

* Je suis un peu de mauvaise foi, c'est une toile de fond qui est tout de même présente à l'image, dans la pauvreté des milieux filmés. Mais dans la mesure où c'est un film sur le fantasme, sur une vie rêvée, on est loin d'un Blue Jasmine, qui aborde la question sociale de front.

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Publié le 1 Septembre 2015

Ah il est fort, cet Antoine Bello. J'avais été ébloui par son diptyque de politique fiction paranoïaque, Les Falsificateurs et Les Éclaireurs (2007-2009)*, mais également, précédemment, par un petit roman étonnant, Éloge la pièce manquante, paru en 1998, que j'ai relu il y a quelques jours.

Ce livre, construit autour d'une série de meurtres affectant le monde du puzzle de vitesse, est lui-même constitué de 48 pièces, chacune complétant un tableau permettant, peut-être, de reconstituer l'histoire et de trouver le meurtrier. Le sous-texte historique est le suivant : le puzzle a connu aux États-Unis deux âges d'or, le premier pendant la Grande Dépression, parce que c'était un divertissement simple et bon marché, puis dans les années 60, quand les enfants de 1929 devenus adultes ont transmis leur passion à leurs propres enfants**. De nombreuses sociétés d'amateurs de puzzle se sont alors formées, notamment la Société de Puzzologie, qui a élaboré un travail théorique souvent très pointu. Pour relancer l'engouement populaire pour le puzzle, au début des années 1990, le milliardaire Charles Wallerstein crée une société concurrente et lance le JP tour : un tournoi télévisé de puzzle de vitesse. Le succès est au rendez-vous, et le puzzle devient l'un des sports favoris du grand public, à l'égal du basket ou du base-ball. On trouve donc dans Éloge toutes sortes de textes : articles universitaires traitant des avantages de la méthode coloriste, des comptes rendus de la société de puzzologie, des retranscriptions de commentaires de matchs, des extraits de presse people... Tout cela dresse un panorama de l'univers du puzzle, des enjeux qu'il soulève, des rivalités et jalousies qui règnent dans ce petit milieu. Ce la peut paraître réberbatif dit comme ça, mais non : autant la fin manque une peu de subtilité à mon goût – on est dans un polar assez classique et un peu gore – autant le reste de l'ouvrage est brillant, drôle, inventif, et sans cesse surprenant. On sent du plaisir dans l'écriture, un goût certain du pastiche et de l'effet de surprise ; les différentes pièces peuvent paraître être dans le désordre, mais c'est un désordre savamment construit. Les effets de mise en abyme et la construction du livre peuvent, d'une certaine façon, en faire un représentant du meilleur de l'Oulipo.

Pour l'anecdote, sur son site, Antoine Bello écrit « j'aurais aimé sortir Éloge sous la forme d'une boite de puzzle. Le lecteur aurait ouvert la boite et tiré une pièce (un article ou une feuille volante) au hasard. Mon éditeur m'a vite ramené sur terre ! » Ce désir n'est pas sans évoquer le Building Stories de Chris Ware, bâti sur ce principe, ce qui pouvre que c'est possible, mais les éditeurs sont frileux...

* Je découvre en écrivant cet article, tout étonné, qu'est paru en mars 2015 Les Producteurs, troisième volet de ce qui s'avère donc être une trilogie #IdéeCadeau

** Véridique.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #littérature, #France

Publié le 24 Août 2015

[attention, spoilers inside]

Je me souviens de cette soirée, en 2001, où j'ai découvert le cinéma de David Lynch. J'étais allé au Lux, à Caen, en compagnie d'A., pour une « nuit » consacrée au cinéaste. Nous n'avions pas tenu toute la nuit, mais quand même : Mulholland Drive, qui venait de sortir et qu'A. voyait pour la deuxième fois, Blue Velvet et Lost Highway, soit tout de même environ 6h30 de Lynch. Vous conviendrez que c'est pas mal pour une première fois.
J'étais sorti de Mulholland, disons, soufflé mais un peu perdu — nous avions échangé de longues théories avec A. en grignotant un sandwich —, j'avais adoré Blue Velvet. Je pense que je peux avouer aujourd'hui que j'étais un peu passé à côté de Lost Highway, parce que c'était trop pour moi : j'avais, à grand-peine, et sans complètement y parvenir, lutté une partie du film contre un endormissement insidieux.
Que reste-t-il de tout ça presque quinze ans plus tard ?

J'ai revu Mulholland... il y a 3 jours, et Lost... hier soir. Je dois avouer que la magie n'était plus là, loin s'en faut.
Ces deux films ont de nombreux points communs : mêmes acteurs qui jouent des personnages différents/différents acteurs qui jouent les mêmes personnages, une blonde/une brune, une tendance au voyeurisme, au début tout est à peu près normal et puis après ça dérape et ça finit on comprend rien. Le souci, c'est que j'ai l'impression qu'une fois qu'on a compris le « truc », qu'on a compris la mécanique, le procédé d'écriture autour duquel tourne David Lynch, il ne reste plus grand-chose.

Il y a quelques années, j'avais entendu qu'un des premiers signes de la schizophrénie peut être le fait de se voir soi-même de l'extérieur, par exemple en train de dormir (bon, c'est plus compliqué que ça). J'avais tilté en me souvenant de Lost Highway : bon sang, mais c'est bien sûr ! Les scènes du début, où ce type reçoit des cassettes de lui-même en train de dormir, c'est ça ! Une exploration de la schizophrénie ! J'ai eu l'impression d'avoir saisi un fil de ce film qui m'avait échappé à l'époque.
Et effectivement, c'est ça. Fred/Pete est une seule et même personne, qui a au moins deux personnalités, dont il change à plusieurs moments du film. Il a aussi sans doute d'autres personnes dans sa tête, dont ce type à la tête ronde bizarre.
Bon. Très bien. Mais ça c'est juste un « truc », une fois qu'on a compris, qu'on a résolu l'énigme*, qu'est-ce qui reste ? Et bien c'est là que le bât blesse : pas grand-chose. En dehors de ces procédés de construction, le scénario, l'histoire en elle-même n'est pas franchement passionnante. Et vazy qu'il est amoureux d'une fille, mais que y'a un méchant qui veut les séparer, mais y'a aussi un autre méchant qu'on va rouler pour s'enfuir avec la fille... Les filles sont jolies et troubles, les garçons un peu cons, les gangsters sont méchants, on n'est pas très loin d'être dans le cliché. Certes, on me rétorquera que l'intérêt de ce film réside justement dans sa construction, mais en quoi ça empêche d'avoir une histoire intéressante ? Et surtout, est-ce que ça a besoin d'être aussi lent, les personnages ont-ils besoin d'être aussi creux ? Cette impression de lenteur est renforcée par le recours massif à des fondus au noir assez balourds, comme si Lynch n'arrivait pas vraiment à finir sa scène, alors hop, on fait un fondu, ça devrait passer. Non, je suis désolé, mais sauf dans quelques cas particuliers, un fondu au noir n'est pas une bonne transition.
Honnêtement
, les premières 50 minutes (!) sont d'un ennui terrible, il ne doit pas y avoir plus de 10 lignes de dialogue, les acteurs sont inexpressifs, les personnages sont par conséquent complètement inexistants, ils ne réagissent à rien de ce qui leur arrive — alors que bon, si je recevais une cassette vidéo de moi en train de dormir dans ma chambre, je crois que j'aurais une réaction, peut-être légèrement outrée d'ailleurs, mais en tous cas pas ce silence inexpressif que Lynch installe. Quoi qu'il en soit, quand au bout de 50 minutes, les personnages d'un film n'existent toujours pas, c'est mauvais signe...

Mulholland Drive a en partie les mêmes défauts, mais moins affirmés. On peut reconnaître à Lynch d'avoir un peu plus creusé son scénario : les personnages sont attachants et clairement beaucoup plus travaillés, il y a de nombreuses intrigues, plusieurs sont intéressantes. Mais ici aussi, quand on comprend le truc des personnages différents joués par les mêmes acteurs dans la dernière partie du film, on se retrouve avec une fin qui n'est plus du tout fascinante, mais légèrement dénuée d'intérêt. Et encore une fois, ici, c'est l'ennui qui m'a surpris, au détour de scènes qui s'enlisent un peu, parce qu'on voit finalement assez rapidement où ça va.
Je noterai quand même une série de pistes intéressantes que Lynch abandonne au cours de route, me laissant légèrement frustré.

Je reste avec une question qu'il ne faut normalement pas poser, mais qui là s'impose à moi : qu'est-ce que Lynch veut raconter avec ses films ? Autant dans Mulholland... il y a une satire d'Hollywood, mais d'autres l'ont fait avant lui, et avec plus de brio (c'est d'ailleurs une des pistes qu'il abandonne rapidement), autant dans Lost Highway je ne vois pas. Et c'est aussi ce qui me gêne, je pense, en revoyant ces deux films : j'ai l'impression que c'est creux, que tous ses jeux de constructions savants sont gratuits, ne servent pas un propos, une idée, quelque chose à raconter. J'ai eu l'impression de voir se dérouler devant moi des jeux formels, assez bien fichus certes, mais sans fond. De jolies coquilles, mais vides. Et du coup il me manque quelque chose pour vraiment pouvoir être dans le film.

***

Tout ça me ramène à cette horrible expérience qu'était Inland Empire, vu à sa sortie en 2006. Après une première heure qui est assez normale, les deux heures suivantes ne sont qu'un long cauchemar sans fin, affreusement long, et surtout terriblement vain. Une suite de scènes horribles, insupportables, qui ne servent aucun récit, qui ne racontent rien à part elles-mêmes, donc complètement inutiles, et qui ne sont vraiment pas ce que j'ai envie de voir au cinéma. J'ai hésité pendant deux heures à sortir de la salle (ce qui ne m'arrive jamais), je suis resté dans l'espoir déçu que ça s'arrange, qu'il y ait un retournement spectaculaire, une solution, enfin n'importe quoi qui justifie que je reste. En vain.

Je repense aussi à Elephant man, qui est un film que j'avais plutôt détesté, qui m'a vraiment dérangé, mais pas tant par le sujet du film que par le regard putassier, voyeuriste, écoeurant de David Lynch. L'absence de pudeur, et peut-être même de respect, pour ce qu'il filme.

Donc voilà. Je crois qu'aujourd'hui, à la réflexion, je trouve David Lynch vulgaire, voyeuriste et creux. Et croyez bien que ça me rend triste, surtout quand je repense au gamin fasciné que j'étais il y a une quinzaine d'années.

Mais la question qui me taraude le plus est celle-ci : arriverais-je encore à apprécier Blue Velvet que j'avais tant aimé à l'époque ?...

***

* Une partie du moins, mais j'ai l'impression qu'en fait, et contrairement aux apparences, ce sont des films relativement faciles à comprendre dans la construction. Il y a bien sûr des éléments de fantastique qui ne s'« expliquent » pas réellement, et qu'il ne faut à mon avis pas chercher à epliquer, ce sont des éléments expressifs, des matérialisations d'une idée.
Mais peut-être n'ai-je rien compris du tout...

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #États-Unis

Publié le 19 Août 2015

La Fureur de vaincre, de Lo Wei, avec Bruce Lee, est sorti en 1972 ; The Fist of legend (encore un titre en chinois traduit en anglais, ce qui a le don de m'agacer), de Gordon Chan, avec Jet Li, est sorti en 1994. Le second film est un remake du premier.

L'histoire y est la même bien que traitée différemment. Dans les années 30 (?), la Chine est sous occupation japonaise. Chen Zhen (Bruce Lee/Jet Li) retourne dans son école pour trouver son maître mort. Il s'avère que ce sont les colonisateurs qui ont fait le coup. S'ensuit une guerre entre les deux clans, les Chinois qui défendent leur terre, leurs traditions et leur honneur, et les Japonais qui cherchent à asseoir leur pouvoir et mater toute forme de rébellion.

Dans La Fureur de vaincre, les Japonais sont des salauds qui martyrisent et humilient les Chinois, mais heureusement Bruce Lee est là, qui va pouvoir leur péter la gueule à tous. La version de 1994 est plus subtile : Chen Zhen est parti faire des études au Japon, il est tombé amoureux d'une Japonaise, et se retrouve lui-même au centre de la question du racisme : va-t-il être fidèle à sa patrie, à ses amis et camarades, ou va-t-il préférer l'Amour avec une étrangère, une « ennemie » ? Le maître du dojo japonais lui-même s'avère être un homme bon et respectueux, reconnaissant le grand talent et la sagesse du maître de Chen Zhen. Si les Japonais restent les adversaires, le tableau est plus subtil.
Il y a des références vestimentaires, manifestement porteuses de sens, qui m'ont, avouons-le, un peu échappé. Chen Zen n'est pas habillé à la chinoise, mais est-il pour autant habillé à la japonaise ? Pourquoi l'ambassadeur japonais est-il habillé à l'occidentale ? Mon manque de connaissance de ces cultures et de cette époque m'empêche sans doute de saisir une partie des allusions, déjà présentes dans le Bruce lee, mais accentuée dans le remake.
La subtilité (toute relative, n'en rajoutons pas des caisses non plus) de The Fist of legend se retrouve aussi dans l'écriture des personnages. Il est frappant de voir à quel point, dans La Fureur de vaincre, il n'y a finalement qu'un seul vrai personnage : Bruce Lee. Les autres sont des caricatures ou des figurants. Dans The Fist of legend, le travail d'écriture est plus poussé : ce n'est pas Jet Li contre le reste du monde, il y a de vrais personnages, qui ont une influence sur le comportement du héro. Dit comme ça, cela n'a l'air de rien, ça semble même une base, mais quand ce n'est pas le cas c'est un peu dur...

Venons-en maintenant au vif du sujet : les bagarres et les acteurs principaux. Force est de constater que les combats des années 70 ont pris un coup de vieux. Ça manque de rythme, ça va presque trop vite, ça semble presque trop facile : Bruce Lee est juste le plus fort du monde, il n'est jamais mis en danger. Notons aussi que, d'une certaine façon, il ne fait rien d'impressionnant, pas d'acrobaties spectaculaires. Il a juste le coup de poing et de pied les plus puissants de l'univers – et, certes, une belle maîtrise des nunchakus. Dans The Fist of legend, ça se bastonne sévèrement, longuement, on a le temps d'en profiter pleinement. Comme les acteurs savent se battre, il n'y a pas besoin de ces effets à la mode de montage, un cut toutes les 3 images, pour donner une impression de rythme effréné, alors que c'est juste confus. Notons au passage que ce sont deux films Hong-kongais, et qu'ils savent mieux y faire que les américains pour ce qui est de mettre en scène une belle baston.
Il faut admettre cependant que ce n'est pas dans ce film que Jet Li donne toute la mesure de ses talents d'acteurs, puisqu'il affiche à peu près la même expression inexpressive genre « je suis un sage qui maîtrise les arts martiaux, rien ne m'atteint.* » Bruce Lee est évidemment plus excentrique (ah, ces petits cris), et même si le jeu d'acteurs est assez outré, il s'en sort bien. Il s'amuse même à montrer toute l'étendue de son art du déguisement, dans des scènes assez drôles, alors que l'humour est peut-être ce qui manque le plus au remake. Il faut quand même que je relève que son personnage est une espèce de machine à tuer proche de la psychopathie, qui assassine sauvagement tout ce qui se met en travers de son chemin à coup de poings mortels et de cris de la mort.

Au final, ces films ont des qualités assez différentes mais méritent d'être vus tous les deux : La Fureur de vaincre pour son léger côté nanard sympathique et évidemment pour Bruce Lee, et The Fist of legend parce que c'est globalement un bon film (dans le genre).

***

Mon honnêteté légendaire m'oblige à avouer deux choses : j'ai vu le remake avant l'original, ce qui n'est pas a la faveur de La Fureur de vaincre, et j'ai vu ce dernier en VF (magie des DVD « remasterisés »), qui, à cause du côté franchement grotesque de certaines voix, n'aide pas à valoriser ce film...

 

* Je suis un peu injuste, à un moment, il sourit.

***

En bonus, quelques croquis de The Fist of legend.

 

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Publié le 13 Août 2015

Dans les années 1980, Enrique retrouve Ignacio, un ancien ami du collège, avec lequel il a vécu une histoire d'amour empêchée par le père Manolo, professeur de littérature dans l'établissement où ils étudiaient, et épris d'Ignacio.
Ce dernier donne à Enrique, devenu réalisateur, une nouvelle qu'il a écrite inspirée de son/leur enfance, dans l'espoir qu'elle devienne un film. Enrique est emballé, sauf que...

Oui, sauf que... Sauf qu'il faut l'admettre : je n'aime pas le cinéma de Pedro Almodóvar. Ou du moins je n'aime plus : je garde un bon souvenir, même si celui-ci date un peu, de Talons aiguilles. Mais depuis Tout sur ma mère, je pense n'avoir aimé aucun de ses films.
Pourtant, c'est de bonne facture. L'image est belle, le scénario savamment construit, les différents récits qui s'emboîtent et s'enchaînent peignent un tableau très bien fait, très bien conçu. Sauf que : c'est un (mélo)drame, et que ça ne me touche pas. Je trouve les ficelles grosses, malhabiles, convenues. Mais sans vraiment arriver à me l'expliquer complètement, clairement, ce qui m'interroge un peu.
J'ai été touché par les scènes montrant les deux jeunes adolescents se rencontrant, s'aimant crûment et secrètement, et la figure légèrement terrifiante du père Manolo. C'est à la fois beau, simple, touchant, et terrible. J'aurais même aimé que ça dure plus longtemps, voire que tout le film soit sur ces personnages. Tout le reste m'a, avouons-le, ennuyé.
Peut-être est-ce parce que ça manque de subtilité : le travesti est forcément un junkie, l'homosexuel est forcément trahi et déçu, l'autre est forcément un menteur, un assassin, un égoïste, un homophobe... Les ficelles sont grosses, jusqu'à la toute fin, qui raconte le destin des personnages après le film, que j'ai trouvé franchement ridicule, parce que terriblement cliché, terriblement attendue. C'est peut-être ça qui me gène : d'une certaine façon, tout est prévisible et convenu, même les révélations auxquelles on ne s'attend pas, qui sont toutes trop grosses pour être honnêtes. Le fond de ma pensée, c'est que certaines ficelles de scénario iraient parfaitement bien dans Les Feux de l'amour ( *** spoiler *** « Comment, tu veux dire que tu n'es pas Ignacio, mais Juan, le frère d'Ignacio, qui est mort ? – Ah, oui, c'est vrai, je le confesse. – Oh, je le savais. – Comment, tu veux dire que tu le savais ? Mon Dieu, je le savais ! – Mais si tu savais que je savais, pourquoi as-tu continué à jouer le jeu ? – Et toi, pourquoi n'as-tu rien dit ? – Parce que je voulais savoir jusqu'où tu irais... Et jusqu'où je serais capable de le supporter. » Bravo Pedro, c'est très subtil. *** spoiler *** )
Je sais bien, pourtant, que tout ça est, d'une certaine façon, « réaliste », que ces personnages, ou des semblables, ont sans nul doute existé dans la vraie vie, mais le « vrai » et le « crédible à l'écran » ne sont pas du tout la même chose. Je sais bien que c'est un des films les plus personnels d'Almodóvar, pourtant tout ça manque d'une étincelle de vie, qui donnerait de la chair à des personnages qui ne seraient pas que des archétypes.

Allez, un détail qui m'a amusé : Gabriel Garcia Bernal, bien que beau gosse, est notoirement plutôt petit. Est-ce un hasard si la moitié des plans dans lesquels il joue sont en contre-plongée ?

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #Espagne

Publié le 13 Août 2015

Jackie Brown (Quentin Tarantino, 1997)

Jackie Brown, sorti en 1997, est le 3e long-métrage de Tarantino, après Reservoir Dogs (que je n'ai toujours pas vu) et Pulp Fiction. Suit un silence de 6 ans, et un retour fracassant avec les Kill Bill.

Un film de Tarantino n'est jamais facile à résumer, tant ce sont les intrigues secondaires et les détails qui font tout le sel de ses films. Essayons quand même : Ordell Robbie (Samuel L. Jackson, ridicule à souhait avec sa calvitie + cheveux long, et sa queue de rat sous le menton) fait tourner un petit buisness de vente d'armes illégales, et se prend pour un caïd. Il planque son argent au Mexique, avec l'aide de l'hôtesse de l'air Jackie Brown (Pam Grier). Sauf que la police est sur la trace d'Ordell, et intercepte Jackie avec des liasses dans son sac. S'ensuit un grand jeu de dupes à tiroirs très Tanrantinesque : la police essaye de se servir de Jackie pour piéger Ordell, Jackie veut piéger la police et Ordell, pendant que ce dernier essaye de piéger la police et Jackie...
Il faut signaler que Jackie Brown est une adaptation, apparemment relativement fidèle en termes d'intrigue et de dessin des personnages, d'un roman d'Elmore Leonard ; ce qui n'empêche pas le film d'être Tanrantinesque à souhait.

Je trouve difficile de critiquer un film particulier de Tarantino, tant je les trouve presque tous de la même (grande) qualité, et tant son style est marqué, codifié, et récurrent dans la plupart de ses films, même si en constante évolution. Je vais essayer de me livrer à un exercice difficile : une analyse, forcément très partielle et subjective, de quelques éléments du style de Tarantino à l'époque de Jackie Brown, très proche de celui de Pulp Fiction, sorti en 1994, soit trois ans avant JB.
On le sait, dans les films de Tarantino, les personnages parlent beaucoup, ou plus exactement, ils négocient énormément – la partie « négociation » s'estompe peut-être un peu par la suite. Savoir qui a raison, qul est le plan, qui doit faire quoi... Tarantino met en place plusieurs stratégies de mise en scène pour ces négociations, dont le plan-séquence et le champ/contre-champ.
Le plan-séquence chez Tarantino n'est pas virtuose, ni impressionnant*, c'est même souvent un plan fixe. Il met en lumière le jeu des acteurs, et en valeur la tension qui se dégage d'un dialogue particulier. Le plan-séquence-fixe a ce pouvoir : il dure, il dure, et on est au fond de notre siège à attendre de savoir comment ça va se terminer. Cette tension est parfaitement rythmée par les dialogues écrits au poil par Tarantino.
L'autre stratégie est celle du champ/contre-champ, mais nerveux, vif, rythmé comme une fusillade. On a l'impression d'être un spectateur assis au milieu de la scène, entre les deux personnages qui s'envoient des répliques au visage, et de tourner la tête à droite et à gauche, comme dans un match de tennis. C'est un autre moyen de créer une tension.
Dans tous les cas, son cinéma est à l'époque quasiment dépourvu d'effets de caméra (zooms, travellings éclairs...) ou de jeux graphiques (silhouettes, écrans rouges...), qui deviennent légion ensuite. Peut-être parce que les scènes d'action pure apparaissent plutôt à partir de Kill BillI ? Tarantino apprécie tout de même nettement les points de vue inhabituels qui préfigurent peut-être son travail par la suite : plan depuis un coffre de voiture, depuis le regard d'un cadavre...

Il faut aussi souligner que Tarantino est un excellent directeur d'acteur, et que Pam Grier, qui joue Jackie Brown, ancienne star de films de blaxploitation, est magnifique et parfaite dans ce rôle.

* J'en profite pour signaler cette vidéo passionnante sur le plan-séquence de Spielberg. Toute la chaîne Youtube de ce type est à regarder, tant il parle intelligemment et brillamment de cinéma.

***

Il faut probablement aborder le problème De Niro. Autant dans Taxi Driver, il est époustouflant, autant dans Les Affranchis, il frôle par moments le ridicule. Il a un petit rôle dans Jackie Brown qui fait clairement partie de sa période « je grimace pour faire genre je suis un gangster méchant ». Certains ont l'air d'apprécier, je trouve ça vraiment grotesque.
Il faudrait se pencher sur sa carrière pour trouver le moment de bascule entre l'acteur génial et l'acteur ridicule, savoir si c'est soudain ou une longue descente aux enfers (enfer qu'il a probablement bien atteint depuis une dizaine d'années).

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