Publié le 20 Août 2014

Le vol des cigognes est un livre de Jean-Christophe Grangé paru en 1994 (et comme souvent ça se sent dans le rapport à l'informatique).

Max Böhm est un passionné de cigognes. Il charge Louis Antioche, jeune homme désœuvré, d'enquêter sur la disparition de certaines d'entre elles qui ne sont pas rentrées en Suisse après leur migration. L'aventure commence lorsque le Suisse meurt d'une crise cardiaque et que Louis, en fouillant la maison du défunt, trouve des photos de torture, une radiographie d'un cœur étrange... La route de la migration des cigognes empruntée par Louis sera semée d'embûches, de cadavres, de tueurs, de trafics et de psychopathes en tous genres...

On l'aura compris, le roman est un thriller. Efficace, bien mené même si un peu long sur la fin, les multiples rebondissements et révélations m'ayant légèrement lassé au bout d'un moment. Il faut avoir le cœur bien accroché, certaines descriptions sont vraiment gore à souhait. Ce n'est pas le roman du siècle, ni une révélation littéraire. Mais c'est un bon thriller, et un bon bouquin à lire en vacances. Ce n'est pas rien.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #littérature, #France

Publié le 19 Août 2014

C'est l"histoire de John Bennet, en 1985, un gamin qui a du mal à se faire des amis (même les juifs l'envoient bouler, c'est dire). Il reçoit pour son anniversaire un ours en peluche, qui, à la suite d'un souhait de John, devient vivant.

De nos jours, on retrouve John et Ted (l'ours), en train de se fumer de grosses douilles sur le canapé. John est adulte et il a une copine qui commence à avoir du mal à voir son mec fumer avec son ours en peluche. Elle aimerait bien qu'il prenne sa vie en main et devienne un homme responsable, ce qui est encore loin d'être le cas.

Évidemment, résumé comme ça, tout ça est très cliché. Et ça l'est. Le film est sauvé de la niaiserie grâce à ses qualités d'écriture, à son humour féroce, mordant et bêta : le réalisateur, Seth MacFarlane, est le créateur des Griffin et d'American Dad, pour situer. C'est donc très drôle, et c'est tant mieux, parce que c'est ce qu'on demande à ce film.

Pourtant, est-il besoin d'être aussi basique dans le déroulé de l'intrigue ? On a l'impression d'avoir vu ce film 250 fois déjà (c'est-à-dire dans presque l'intégralité des comédies romantiques « pour garçons », celles « pour filles » ayant plus ou moins un autre scénario). Et pourquoi est-ce toujours l'homme qui est un grand enfant, la femme une adulte responsable qui pousse l'homme à changer, et jamais l'inverse ? Pourquoi, comme toujours, la copine du héro est-elle une bombasse (Mila Kunis, même pas très jolie) ? Il y a dans ce film une forme de sexisme latent, renforcé par le choix de Mark Wahlberg dans le rôle principal. Ce n'est pas qu'il joue mal (au contraire), c'est plutôt qu'il ne colle pas au rôle, et pour une raison très simple : il est trop musclé. Il a littéralement des biceps comme mes cuisses. Pourquoi, bon sang de bois ? Comment un type qui passe ses journées assis à fumer des gros bangs et à manger des chips peut être baraqué comme ça ? Il faut passer plusieurs heures par jours à la salle de gym, sans doute prendre des produits, ce qui ne colle pas du tout avec le personnage.

On me dira que je fais une fixette sur un détail, mais c'est le genre de truc qui me sort du film. Et c'est un travers qui est de plus en plus présent dans les films : par exemple, dans Elysium, pourquoi Matt Damon est-il aussi baraque ? Son personnage a un accident qui l'oblige à porter un exosquelette, un type « normal » aurait été au moins aussi bien (je conseillerai la lecture de cet article pour aller plus loin sur le sujet).

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Publié le 13 Août 2014

Blue Jasmine (Woody Allen)

Jasmine (Cate Blanchett) est une femme qui a tout perdu. Mariée à un golden boy (Alec Baldwin), as de la finance richissime, elle est aujourd'hui ruinée, complètement paumée, gavée d'anxiolytiques, à la limite de la crise de nerfs et de la folie, et incapable de se réadapter à une vie ordinaire. New-Yorkaise, elle se réfugie à San Francisco chez sa sœur Ginger (Sally Hawkins), modeste et simple caissière, américaine moyenne sortant avec des types plutôt médiocres, mais pas malheureuse pour autant. Jasmine se retrouve confrontée aux réalités de la vie quotidienne : vivre dans un appartement de moins de 15 pièces avec une sœur avec laquelle tout n'est pas toujours rose, la nécessité de trouver un travail, la fréquentation de gens « normaux »... En parallèle, on découvre le passé faste de Jasmine, sa vie mondaine, et les trahisons de son mari, escroc à la Bernard Madoff.

Après plusieurs films européens assez inégaux (je garde un très mauvais souvenir de Minuit à Paris), Woody Allen retrouve les États-Unis, New-York et San Francisco (même s'il n'était pas parti bien loin, cf. le plutôt réussi Whatever Works). Et ça se voit qu'Allen est à l'aise dans ces décors qu'il filme sans chichis ni maniérisme. Quand la sœur de Jasmine découvre New-York, il ne filme pas New-York : il filme Ginger et son mari, il s'intéresse à ses personnages. Et c'est beaucoup plus intéressant et plus juste que de nous montrer toutes les cartes postales possibles de Paris. Ce film décrit la chute sociale d'une femme, passant de l’extrême opulence à la ruine. Allen a déjà traité ces questions de différence sociale, mais plutôt sur le registre de la comédie : je pense à Escroc mais pas trop, l'histoire d'un petit voyou qui réussit et devient millionnaire, un « nouveau riche » vulgaire sans goût ni culture. Blue Jasmine pourrait en être une sorte de double inversé. Le film, tragique, est écrit avec beaucoup de finesse, de vérité, et d'actualité (la référence à l'affaire Madoff est claire). Il faut souligner le jeu d'acteur, très bon comme toujours chez Woddy Allen, mais surtout la performance de Cate Blanchett, à fleur de peau, toujours sur le fil, parfois méconnaissable mais toujours très juste.

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Publié le 19 Février 2014

Il y a quelques jours, j'ai parlé (avec Benjamin, Glen, Sébastien et Rémi) de ces films qu'on voit en se disant « c'est vachement bien, mais plus jamais » (j'ai cité La Pianiste de Haneke, Benjamin a cité L'Apollonide). Twelve Years a Slave, réalisé par Steve McQueen, fait partie de ces films.

Ce films est basé sur l'histoire tragique mais vraie de Solomon Northup (Chiwetel Ejiofor, impressionnant), afro-américain né libre et enlevé en 1841 par des marchands pour être vendu comme esclave. On lui attribue un nouveau nom, Platt ; on lui conseille, s'il veut survivre, de faire profil bas : ne pas trop la ramener sur son origine sociale, cacher qu'il sait lire et écrire... Il commence à travailler chez un maître plutôt bienveillant, mais l'intelligence de Solomon/Platt rend particulièrement jaloux le charpentier de l'exploitation (Paul Dano, parfait en raciste taré), qui finit par se mettre en tête de le pendre haut et court (expression qui prend tout son sens dans le film). Solomon est racheté par Edwin Epps (Michael Fassbender, impressionnant également), caricature du sudiste persuadé que son droit de maltraiter les esclaves est écrit dans la Bible. S'ensuivent plusieurs longues années de cauchemar dans les plantations de coton. Coups de fouet, viols, maltraitance, humiliations diverses, trahisons...

C'est typiquement le film à Oscars : acteurs impressionnants, sujet fort et vis-à-vis duquel l'Amérique a une certaine culpabilité, magistralement réalisé. Autant le dire, c'est un chef-d'œuvre, par moments beau comme du Terrence Malick (ah, les décors de la Nouvelle Orléans...), avec une patte très personnelle et une noirceur qu'on retrouvait déjà dans Shame (2011). C'est un film très dur, très violent, parfois complètement insoutenable. Steve McQueen n'a pas peur de montrer la violence imposée aux esclaves sous toutes ses formes, dans des scènes souvent très longues, le paroxysme étant atteint quand une pauvre fille, qui est simplement allée chercher du savon pour se laver, se fait fouetter par un Epps/Fassbender complètement fou. Le film est principalement axé sur les douze années de torture endurées par Solomon Northup, et sous-entend le système qui permet ça : l'exploitation organisée d'humains par d'autres, sur trois siècles, de façon très rationnelle et organisée, au vu et au su de tout le monde. On se sort pas du film en sifflotant, il faut quelques heures (et un Parks and Recreation, par exemple) pour vraiment s'en remettre.

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Publié le 19 Février 2014

Moins Qu'un Chien est l'autobiographie du contrebassiste de jazz Charles Mingus, publié en 1971 aux USA, coécrit avec Nel King.

Le mode de narration du livre est un peu étrange : le narrateur semble être la « conscience » de Mingus (j'avoue que je n'ai pas très bien compris). Charles Mingus est ainsi mentionné comme étant « mon petit copain ». C'est assez particulier comme choix, au début j'ai pensé que c'était grave un truc de littérature expérimentale, et puis en fait non. Ce narrateur ne sert à rien, ça donne juste l'impression que Mingus lui-même raconte sa vie à la 3e personne.

Le titre, Moins Qu'un Chien, fait référence à la façon dont étaient traités les Noirs aux USA dans les années 40-50-60. Autant que la question raciale est abordée, et pas forcément sous un jour joyeux. La description des conditions de travail des jazzmen dans les clubs de jazz dans les années 50 est assez terrible : sont sous-payés (genre 80% moins que les Blancs), on leur donne de la drogue (dure) pour créer une addiction afin qu'ils restent jouer dans le club...

Ce livre est une autobiographie, on retrouve donc l'enfance de Mingus, dans des pages souvent touchantes : comment il se fait taper dessus et apprend à se battre, comment il tombe amoureux, comment il découvre la musique... Le coup de foudre avec Lee-Marie, comment le père de celle-ci leur interdit de se revoir, entre autres pour des questions de couleur de peau... Puis ses débuts comme musicien, auprès d'Art Tatum ou aux côtés de Miles Davis (qui apparemment jurait comme un charretier, c'est assez marrant). Mais bon, tout ça c'est pas le vrai sujet du bouquin, qui est : LE CUL ! On y trouve des pages très instructives sur la façon de faire l'amour à une femme jusqu'à ce qu'elle n'en puisse plus et vous supplie à genoux, des longues (longues) pages sur les expériences avec des prostituées de Mingus, en tant que client ou en tant que maquereau, et des recensements de ses prouesses sexuelles, du genre il s'est tapé 27 putes mexicaines en une nuit, et comme ça lui suffisait pas, il s'est masturbé après. Parce que oui, Mingus est un peu mythomane sur les bords. Il enjolive, il exagère. Il en fait des caisses. Mais on ne va pas lui en vouloir pour ça.

Là où je lui en veut un peu, c'est quand il se perd dans ses histoires de maquereau (plutôt il perd le lecteur). Ça dure à peu près la moitié du livre, et honnêtement c'est pas le plus intéressant. Comment il travaille dans tel bordel, comment il se retrouve à faire « travailler » sa femme de l'époque pour gagner de l'argent (oui, il prostitue sa femme, la classe), comment il rencontre d'autres maquereaux et d'autres prostituées... On s'en fout, en fait. Et c'est dommage, parce que Mingus est quelqu'un de très intéressant et que les premiers chapitres sont formidables. Mieux vaut laisser parler la musique.

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Publié le 2 Janvier 2014

Dans le futur, il y a eu des guerres, plein de morts tout ça. Le monde (?) est divisé en 12 « districts », du mieux au plus mal loti. Tous les ans, chaque district envoie 2 jeunes entre 12 et 18 ans dans une arène pour se foutre sur la gueule jusqu'à ce qu'il n'y ait plus qu'un survivant. Histoire de se remémorer les massacres passés (?) et d'offrir un spectacle bien abrutissant au peuple. Parce que les combats sont diffusés à la TV partout et suivis par des millions de gens. Dans le 12e district, le plus miteux, Katniss Everdeen va se porter volontaire aux jeux pour éviter que sa sœur de 12 ans ne soit envoyée à un massacre certain.

Ce qui est terrible, c'est que je n'ai pas détesté ce film, c'est « trippant », ça se regarde un dimanche soir un peu fatigué (encore que 2h20, quand même). Mais c'est impossible d'en parler sans le descendre (et sans faire de spoilers, mais bon, on s'en fout), et sans le faire passer pour ce qu'il est vraiment : un bon gros nanar du dimanche soir.

Katniss, au début du film, est une jeune femme volontaire, déterminée et passionnée. Et bien figurez-vous qu'à la fin c'est une jeune femme volontaire, déterminée et passionnée, ce qui marque une évolution assez intéressante. On m'objectera que c'est pas la première fois qu'un personnage principal n'a aucun intérêt (cf Tintin), mais même Harry Potter a un peu de mystère, une face sombre. Là non. Et le truc c'est que tous les autres personnages suivent la même non-évolution. Normalement, un personnage va d'un point A à un point B, parfois en passant par un point C. Là non. Du coup c'est pratique pour savoir ce qui va se passer après. Parce c'est un film dans lequel il n'y a AUCUNE surprise. Pendant 10 minutes Katniss rassure sa sœur : « t'inquiète y'a aucune chance que tu sois choisie, ça va aller », et évidemment c'est elle qui est choisie. Katniss part dans l'arène avec Peeta, au début ils ne s'aiment pas tellement, mais évidemment à la fin c'est l'amour fou. Le type qu'au début on nous présente comme le méchant qui fait peur, comme par hasard c'est celui qui reste à la fin pour le dernier combat. Tout ce que j'attendais s'est passé. C'est reposant pour la tête, au moins.

Et il faut quand même que je parle de Jennifer Lawrence, qui tient le rôle principal, et qui est une des actrices les moins charismatiques du moment. Cette photo résume bien tout ce que je pense d'elle : un regard vide, presque bovin, un sourire inexpressif, des joues en plastique qu'on dirait qu'elle a mangé du botox toute son enfance alors qu'elle a seulement 23 ans. Sérieusement, pourquoi elle fait des films ?

Hunger Games est une trilogie. J'ai carrément hâte de voir la suite, en ce moment au cinéma ! Surtout qu'à la fin du premier, quand Katniss rentre avec Peeta, il y a l'ancien petit ami de Katniss qui a l'air trop jaloux. J'espère que l'intrigue va tourner autour de ça, ça promet encore 2h30 passionnantes.

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Publié le 17 Décembre 2013

A Touch of Sin (ah là là cette manie de traduire les titres de films chinois en anglais, alors qu'en chinois c'est tellement mieux : 天注定 Tian zhu ding) est un film de Jia Zhang Ke sorti le 11 décembre 2013.

Ce film est une sorte de recueil de quatre nouvelles d'une petite demi-heure chacune, toutes autour des mêmes thèmes : la pulsion de mort et l'aliénation par le travail. Still Life (2006) utilisait le même genre de construction. Dahai cherche à mettre à jour la corruption du chef de son village et du patron de la mine (je me suis dit devant ce passage que c'était une sorte de Kill Bill réalisé par un Ken Loach chinois) ; San’er est une sorte de psychopathe (c'est l'histoire qui m'a le moins intéressé – mais je suis peut-être simplement passé à côté – même si elle décrit aussi une banalisation du mal assez frappante) ; Xiaoyu, hôtesse d’accueil dans un sauna/maison de passe, subit le harcèlement de ses clients ; le jeune Xiaohui enchaîne des boulots miteux et mal payés...

La forme de la nouvelle adoptée par Jia Zhang Ke est un poil frustrante : on aimerait parfois qu'il prenne plus de temps pour développer les intrigues, pour aller plus dans la profondeur des personnages. Ça donne une certaine âpreté, une sécheresse, au film, qui est largement compensée par la beauté formelle : les cadres, les lumières, la photo, la mise en scène, tout est magnifique et proche de la perfection. Les décors du film, situé dans des villes sales et moches, dans des campagnes pauvres et dans des espèces de banlieues périurbaines délaissées, voire carrément à l'abandon, sont assez incroyables. Ils disent beaucoup de la Chine contemporaine, presque autant que le scénario lui-même.

Vous l'avez compris, ce film est loin d'être joyeux. Il décrit une Chine triste, mortifère, abrutissante, prise en étau entre un reste de communisme autoritaire, de corruption à plusieurs niveaux et un capitalisme sauvage et destructeur. Et surtout, une Chine très violente : violence des rapports sociaux, de la précarité, des rapports de domination entre patrons et employés, et surtout entre riches arrogants et pauvres délaissés, et violence de la pulsion de mort, envers autrui ou soi-même. Deux des histoires évoquent la prostitution et la violence de la consommation du corps d'autrui et de la domination qu'il induit. Ici, d'une certaine façon, la seule échappatoire, le seul espoir, c'est la folie. Cette noirceur (et lucidité, sans doute, mais noirceur quand même) est certainement liée au fait que Jia Zhang Ke est un cinéaste qui, disons, n'est pas en odeur de sainteté (A Touch of Sin est plus ou moins interdit en Chine). Quitte à être censuré, autant y aller à fond.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #Chine