Publié le 25 Novembre 2013

Planète Interdite est un classique de la science-fiction réalisé par Fred M. Wilcox.

2257. Une équipe est chargée de secourir le Bellérophon, vaisseau parti explorer Altaïr 4, et dont personne n'a de nouvelle depuis une vingtaine d'années. Sur Altaïr 4, ils découvrent que presque tout l'équipage du Bellérophon a été tué par une mystérieuse « force cosmique », et qu'il n'y a que deux survivants : le Dr. Morbius et sa fille Altaïra (forcément belle et forcément très peu vêtue), assistés par le célèbre Robby le robot. Dr. Morbius a découvert les restes d'une ancienne civilisation disparue, les Krells, dont il explore les secrets et savoirs. Les choses se gâtent quand la « force cosmique » se met à tuer des membres de l'équipage. Après des développements que je vous passe, on découvre que la « force cosmique » n'est autre que la manifestation (involontaire) de l'inconscient primitif et violent du Dr. Morbius, et qu'il ne peut pas lutter contre. Il finit par mourir, et l'équipage rentre tranquille sur Terre, avec la fille, évidemment.

C'est un classique, c'est très beau, très kitch. Les décors sont assez incroyables, les effets spéciaux sont vraiment pas mal du tout, on voit les ficelles ici ou là mais ça fait en quelque sorte partie du charme. Le travail sur la bande-son (entièrement électronique) est un peu étrange, mais pas mal fichu. Il faut se mettre à la place des spectateurs de l'époque, qui n'avaient jamais entendu ça avant. Ça devait être quelque chose. Le principal souci reste quand même le scénario, qui est très linéaire. Les gentils pensent dès le départ que le Dr. Morbius est peut-être un méchant, et paf, c'est un méchant (malgré lui mais quand même). La fille finit évidemment avec le capitaine de l'équipage. Le reste est plus ou moins à l'avenant. Ça n'empêche que c'est assez drôle et que c'est un film à voir !

Michael Crichton a repris ce principe du démon intérieur et des pensées obscures qui se matérialisent dans son livre Sphère (1987), mais en poussant l'idée beaucoup plus loin. Je me souviens que, quand j'avais une quinzaine d'années, je l'avais lu en deux jours (alors que ça fait presque 400 pages) tellement j'avais été pris dans l'histoire et le suspense.

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Publié le 24 Novembre 2013

14, c'est le dernier livre d'Echenoz (qui est, comme je l'ai déjà dit, mon écrivain préféré).

Cinq hommes partent à la guerre, la Grande, celle de 14-18. Quatre amis et le frère un peu classe de l'un d'eux. Ce livre, c'est l'histoire de comment ils se feront tuer, écloper, découper, exploser.
C'est aussi l'histoire de Blanche, dont au moins deux sont amoureux – avec avantage pour Charles, le frère, qui est l'amant de Blanche. Celle-ci qui est restée dans la région de Nantes, et elle est enceinte.

Echenoz a déjà approché cette période dans son formidable Ravel, mais comme un élément de décor. C'est un sujet sur lequel la littérature s'est beaucoup penchée (Cendrars, Barbusse, l'ogresque Voyage au bout de la nuit de Céline), et d'ailleurs Echenoz avoue lui-même, dans le livre, qu'il est difficile de parler de cette période, et qu'il est compliqué d'écrire un livre de plus sur le sujet :

Tout cela ayant été décrit mille fois, peut-être n'est-il pas la peine de s'attarder encore sur cet opéra sordide et puant. Peut-être n'est-il d'ailleurs pas bien utile non plus, ni très pertinent, de comparer la guerre à un opéra, d'autant moins quand on n'aime pas l'opéra, même si, comme lui, c'est grandiose, emphatique, excessif, plein de longueurs pénibles, comme lui ça fait beaucoup de bruit et souvent, à la longue, c'est assez ennuyeux.

Donc Echenoz raconte la guerre. À sa façon distanciée, pleine de listes et d'humour pince-sans-rire. C'est magnifiquement écrit, comme toujours, c'est beau, précis, net, pour tout dire, parfait. Et pourtant me reste l'impression, malgré tout, qu'il n'avait pas grand-chose à en dire, de cette guerre. Ils partent au front, ils meurent, ils reviennent. Et voilà. C'est tout. Il est lucide sur la difficulté à écrire un roman sur cette guerre, mais à mon sens il n'y arrive pas complètement.

Je lis que la critique a été plutôt flatteuse, et je m'en étonne.

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Publié le 17 Septembre 2013

Dans une maison bourgeoise, les domestiques préparent une réception. Augustine (Soko), prise déjà d'un léger tremblement, commence à servir des crustacés. Le tremblement s'empire, et elle se retrouve par terre, à se tordre dans tous les sens en gémissant : elle fait une crise d'hystérie.
On l'emmène à la Salpétrière, où le docteur Charcot (Vincent Lindon) consulte froidement les malades en file indienne devant ses assistants. Augustine refait une crise et le médecin s'intéresse de près à elle. Il la montre dans des assemblées, il l'hypnotise pour provoquer ses crises (toujours à caractère sexuel). Mais Augustine perçoit peu d'avancement dans le sens de la guérison. Et le film se développe autour de la relation, parfois trouble, entre Augustine et Charcot.

Les critiques de ce films sont plutôt bonnes, et honnêtement, je n'arrive pas à comprendre pourquoi. Tout y est ennui. C'est long, les personnages parlent très peu (Charcot doit avoir une demi-page de texte maximum), alors qu'on aimerait comprendre ce qui les anime. C'est une époque fascinante, on aimerait savoir comment on voyait les maladies mentales à l'époque, et on voit des types qui sont devant une maladie qu'ils ne comprennent pas et qu'ils n'ont aucun moyen de guérir. Ils sont passifs, ils observent, et nous avec eux, sans clé pour comprendre.
Vincent Lindon, comme souvent, n'a qu'une expression tout le film, lèvres pincées, sourcils froncés, et articule à peine son texte. Il a de la présence, c'est sûr, mais il fait le minimum syndical. Soko, par contre, est remarquable, physique et farouche.

La grande question à mon sens c'est : qu'est-ce qu'Alice Winocour a voulu raconter en faisant ce film ? Qu'est-ce qu'elle veut nous dire ? Bien qu'elle filme le corps d'Augustine de près, elle reste tout le temps à distance, filmant froidement, sans donner l'impression d'avoir un regard particulier, ni critique, ni empathique. Je n'attendais pas un film à thèse ou un documentaire, mais un minimum à se mettre sous la dent, de quoi réfléchir un peu. Winocour ne nous offre rien.
C'est bien filmé, les lumières sont belles, mais rien ne nous invite à entrer avec elle dans le film.

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Pour l'anecdote, Siri Hustvedt mentionne Augustine dans Tout ce que j'aimais, et évidemment ce qu'elle en dit en quelques lignes est beaucoup plus intéressant que ce que raconte ce film en 1h40 :

       À Paris, Violet avait fouillé dans des documents, fichiers et études de cas intitulées observations, provenant de la Salpétrière. À partir de ces comptes rendus, elle avait esquissé quelques biographies. « Son père et sa mère étaient en service, me raconta-t-elle. Peu après sa naissance, ils la confièrent à des parents. Elle vécut six ans chez ceux-ci, et puis ils l'envoyèrent dans un pensionnat religieux. C'était une enfant rebelle — indisciplinée, difficile. Les nonnes pensaient qu'elle était possédée et, pour la calmer, elles lui jetaient de l'eau bénite à la figure. Quand elle eut treize ans, elles la chassèrent et elle retourna chez sa mère, qui travaillait à Paris comme femme de chambre. Le dossier ne dit pas ce que son père était devenu. Ce qu'il dit, c'est qu'on engagea Augustine « sous prétexte » d'enseigner la couture et le chant aux enfants de la maison. En échange, elle était autorisée à dormir dans un petit cagibi. Il se trouve que sa mère avait une liaison avec le maître de maison, que les compte rendus appellent simplement M. C. Peu après l'installation d'Augustine, M. C. se mit à lui faire des avances, qu'elle repoussa. Il la viola sous la menace d'un rasoir. Elle commença à souffrir de convulsions et de crises de paralysie. Elle avait des visions hallucinatoires de rats, de chiens et de grands yeux fixés sur elle. Sa mère finit par l'amener à la Salpétrière, où on la déclara hystérique. Elle avait quinze ans.
       — Beaucoup de gens deviendraient cinglés après ce genre de traitement, remarquai-je.
       — Elle n'avait pas une chance. Tu serais étonné du nombre de jeunes filles et de femmes, dans ces rapports, qui viennent de ce genre de milieu. Des indigentes, pour la plupart. Beaucoup avaient été sans cesse renvoyées d'un parent à un autre. Toutes avaient été déracinées dans l'enfance. Plusieurs d'entre elles avaient également été molestées par un parent, un employeur ou Dieu sait qui.
Violet resta un moment silencieuse.

       — Il y a encore des psychanalystes qui parlent de « personnalité hystérique », reprit-elle, mais en général, ils ne considèrent même plus l'hystérie comme une maladie. La seule chose qui reste dans les livres, c'est « conversion hystérique » ou « conversion corporelle ». Ça, c'est quand tu te réveilles un beau jour incapable de bouger tes bras ni tes jambes, sans aucune raison organique.
       — Tu veux dire que l'hystérie était une création des médecins ? demandais-je.
       — Non, ce serait trop simple. Le corps médical y était sûrement pour quelque chose, mais le fait que tant de femmes aient eu des crises d'hystérie, et pas seulement celles qui étaient hospitalisées pour cette raison, ça dépasse les médecins. Les pertes de connaissance, les convulsions, les crises de nerfs étaient beaucoup plus courantes au XIXe siècle. Ça n'arrive presque plus. Tu ne trouves pas que c'est étrange ? Je veux dire que la seule explication, c'est que l'hystérie était en réalité un phénomène culturel très répandu — une façon autorisée de s'en sortir.
       — De se sortir de quoi ?
       — De la maison de M. C., notamment.
       — Tu pense qu'Augustine simulait ?
       — Non. Je crois qu'elle souffrait vraiment. Si on l'avait hospitalisée aujourd'hui, on dirait qu'elle est schizophrène ou atteinte de dissociation, mais il faut reconnaître que ces termes sont assez vagues, eux aussi. Je crois que son mal avait pris cette forme-là parce que c'était dans l'air, ça circulait, comme un virus — comme l'anorexie, de nos jours. »

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Publié le 15 Septembre 2013

Léo est un universitaire, historien et critique d'art. C'est le narrateur du roman. Il vit avec Erika une histoire d'amour passionnelle, érotique, intellectuelle. Elle est historienne, vive et joyeuse. Ils ont un fils, Matt, fin et intelligent, silencieux et réfléchi, qui est manifestement un super dessinateur (un bon point pour lui). Bill est le voisin et l'ami de Léo, c'est un artiste brillant, il peint, sculpte, découpe, construit. Il est brun, il sent la térébenthine, il est calme, mais on sent le feu qui bouillonne en lui. D'un premier mariage avec Lucille, poète réfléchie, distante et un brin rigide, il a un fils, Mark, qui est le meilleur ami de Matt. Bill quitte Lucille pour Violet, qui a été son modèle. Elle est historienne et sociologue, voluptueuse, drôle, attentionnée.

Voilà pour le cadre. Autour de ça Siri Hustvedt va développer une vaste fresque, à partir des années 70 jusqu'à l'époque contemporaine, avec ses drames et bonheurs, ses tragédies et ses joies. Il se passe plein de choses dans ce roman que je ne peux pas raconter, des évènement forts, marquants, touchants. De l'ensemble se dégage une force, une sensibilité tranquille mais puissante.

Siri Hustvedt a une écriture très analytique, voire psychanalytique par moments. Ses personnages pensent et analysent ce qui leur arrive, commentent les évènements et leurs états d'âme avec lucidité et précision. Spontanément, ce n'est pas le type d'écriture que je préfère. Si on me posait la question, je dirais que mon écrivain préféré est Jean Echenoz, qui est presque tout le contraire : il garde ses personnages à distance, comme s'il était le spectateur amusé de leurs gestes et pensées. Il n'analyse pas, il raconte, il commente, il joue avec ses personnages avec ironie et tendresse. Au-delà du styliste extraordinaire qu'il est, son ton me parle et me touche. Mais Hustvedt, qui entretient un rapport complètement différent à ses personnages, me touche aussi, pas tant par son écriture que par la justesse et la finesse de son dessin des personnages (et merci Charlotte de m'avoir recommandé ce roman !)

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Le concept énoncé plus haut d'« écriture analytique » n'est pas très précis, je l'admets. Il convient à mon sens à Hustvedt, mais également à un roman aussi pénible que Le Loup des steppes d'Hermann Hesse (1927). Mais pourquoi ça marche chez Siri Hustvedt et pas chez Hermann Hesse ? Sans doute parce qu'Hesse est très précis, très méticuleux et surtout très froid dans ses descriptions, et qu'à force de vouloir être exhaustif dans son analyse, il se répète beaucoup et devient profondément ennuyeux : le livre s'ouvre par un avant-propos dans lequel il décrit le personnage du loup des steppes ; le roman débute, le narrateur trouve une brochure dans laquelle est décrite plus longuement le personnage du loup des steppes ; le narrateur rencontre enfin le loup des steppes, et il est décrit encore plus longuement. J'avoue qu'à cette troisième description du même caractère, fastidieuse, lente, méticuleuse et froide, j'ai laissé tombé. J'avais lu une centaine de pages, et le roman n'en finissait pas de commencer. Je sais, c'est un chef-d'œuvre, je passe à côté de quelque chose, etc, mais c'est comme ça.

Rien de tout ça chez Siri Hustvedt. Là où Hesse est froid et ennuyeux, Hustvedt est sensible, ménageant les zones de flous nécessaires quand il le faut, sans jamais trop en faire.

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Publié le 11 Septembre 2013

J'avais vu ce film à l'époque (il est sorti en 1997), il y a pas loin de 15 ans maintenant, et je l'ai revu il y a peu de temps. Je suppose que pas mal de monde connait l'histoire : c'est un thriller sur la recherche d'un assassin pervers qui met en scène ses meurtres selon les 7 péchés capitaux, recherche menée par deux flics.

La première partie du film aligne les poncifs et les clichés du genre. Je ne sais pas si c'est volontaire, mais c'est assez comique. Il y a le vieux flic à quelques jours de la retraite, fin, élégant, cultivé, intuitif et expérimenté, joué par Morgan « Daddy cool » Freeman. Et il y a le jeune flic qui débarque de sa province, qui ne connait encore rien de la vie (même si en fait ça va il gère), impulsif, émotif et ambitieux, joué par Brad « je mâche des chewing-gums tout le film parce que ça me donne l'air viril » Pitt. Et il y a Gwyneth Paltrow, la seule femme du film. Qui est aimante, dévouée et coiffée comme une housewife américaine de base, et puis qui a des doutes et est malheureuse et qui change de coiffure. Malgré ça il faut admettre que c'est efficace, les meurtres sont pervers à souhait, la réalisation est très habile, il y a des longueurs mais ça tient la route.

Ça devient plus intéressant, plus fort et plus original quand le meurtrier se rend, pour avoir le plaisir de montrer aux flics en personne ses deux derniers meurtres. La fin glace le sang. Peut-être certains se souviennent, la plaine, les pylones électriques, la livraison mystérieuse, le dilemme de Brad Pitt… Jusqu'à la fin on a envie d'y croire, et puis nan. Tout est fini.

Le moment le plus bizarre du film est sans doute sa toute fin, qui constitue une sorte d'épilogue. Morgan Freeman dialogue avec le commissaire, ils se disent quelques phrases, des clichés de film noir, mais ça sonne faux, et ça ne fait pas sens du tout avec le reste du film. Là encore je ne sais pas si c'est volontaire ou non, mais c'est très étrange, comme une tentative de faire une morale ou un bon mot, mais complètement ratée, et/ou bâclée.

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Publié le 20 Août 2013

J'avais vu les deux précédents films de Jacques Audiard, De battre mon cœur s'est arrêté (2005) et Un prophète (2009), qui m'avaient tous deux enthousiasmé, pour des raisons différentes mais quand même. De Rouille et d'Os m'avait fait envie au moment du festival de Cannes 2012 (comme Holy Motors, que j'ai vu et adoré mais c'était il y a longtemps et je m'en souviens plus assez bien pour en faire une note).

On commence par suivre Ali (Matthias Schoenaerts), un marginal fauché, qui a fait de la boxe et qui est un peu bourrin, qui voyage avec son fils. Ils atterrissent chez la sœur d'Ali, qui va les héberger plus ou moins contre son gré. Ali trouve un job de videur de boite de nuit, où il croise le chemin de Stéphanie (Marion Cotillard), dresseuse d'orques, apparemment un peu paumée elle aussi (elle se fait tabasser par un type en boite, son mec qui l'attendait à l'appart ne savait pas où elle était). Quelques jours après, c'est le drame : accident au Marineland dans lequel travaille Stéphanie. Elle perd ses deux jambes. Le numéro d'Ali traîne dans son appartement, elle l'appelle.

Ce film est l'histoire de la relation trouble et équivoque de ces deux personnages bien campés qu'à priori tout oppose. Ali le gros bourrin, qui boxe et qui baise comme un bourrin, qui fait des combats pour de l'argent, qui réfléchit peu en général (à ses actes, aux conséquences…), sympathique par moments, plutôt détestable parfois. C'est un truc que j'apprécie, les personnages antipathiques à qui on s'attache quand même, c'est une belle performance, autant dans l'écriture que dans l'interprétation. Et Stéphanie, la fille un peu paumée, qui a une certaine tendance à faire n'importe quoi, qui se retrouve handicapée du jour au lendemain, et qui croise la route de ce type qui lui ressemble pas trop, mais un peu quand même dans le fond. Elle a une dureté dans l'expression qui prend une nouvelle dimension après son accident.

Il y a quelques moments qui manquent un peu de finesse à mon goût, et qui ressemblent un peu à des facilités d'écriture. Je pense à cette séquence vers la fin (que je ne raconterai pas) où j'ai eu l'impression qu'Audiard s'est dit « bon je sais trop quoi faire avec ce personnage, alors je vais lui foutre un évènement bien dur bien traumatisant sur la tronche, comme ça il aura une raison d'évoluer sans que je me prenne trop la tête. » La scène est réussie et marquante, mais bon. Malgré ça c'est un film assez fort. Audiard offre un beau rôle à Marion Cotillard, ce qui n'est quand même pas toujours le cas (je pense à Inception, avec son rôle de « je suis fragile mais un peu folle mais belle mais fragile mais dangereuse quand même. »)

On notera quelques apparitions, comme celle de Bouli Lanners. Je dis « apparition » parce que tout est tellement centré sur Ali (et un peu son fils) et Stéphanie que tous les autres personnages passent au second plan, voire troisième. Je pense notamment à Céline Sallette (formidable dans Les Revenants, dont il faudra peut-être que je parle un jour) largement sous-exploitée, qui passe les 3/4 de sa présence à l'écran soit dans l'ombre, soit carrément floue (elle aurait fait un très bon César de l'acteur de second plan)

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #France

Publié le 10 Août 2013

D'après Gautier d'Agoty, l' « Ange Anatomique »

Donoma est un film qui a fait pas mal parler de lui sur le thème « le film qui a coûté 150€. » Si cette appellation est un peu une arnaque (ça veut juste dire qu'à peu près personne n'a été payé sur ce film, qu'ils ont squatté du matériel etc), elle sous-entend aussi une façon de faire du cinéma radicale qu'ils qualifient de « cinéma-guérilla », avec peu de moyens, des acteurs non-professionnels, dans une démarche proche de la Nouvelle Vague (et elle soulève aussi la difficulté de produire des films qui sortent des sentiers battus).

Le résultat est un film choral, très bien construit, autour des histoires d'amour et de cul de plusieurs personnages. S'il y a de l'improvisation dans les scènes, le canevas est sans doute précisément écrit. Pour résumer, il y a Dacio, le lycéen agité de 17 ans, qui a une aventure étrange et un peu dérangeante avec sa sulfureuse et explosive prof d'espagnol ; il y a Salma, dont la sœur est leucémique, qui a la mauvaise idée de sortir avec Dacio, et qui est paumée dans ses questionnements métaphysiques ; et Chris, une photographe qui met la vie à distance à travers son objectif, qui a envie de faire de sa première histoire d'amour quelque chose d'unique : elle emmène le premier inconnu qu'elle croise (Dama) chez elle, où ils resteront un mois sans se parler, à simplement mimer ce qu'ils ont à dire, pour être dans le sensible, le corporel. Quand j'ai vu ce film, il était précédé d'un (brillant) court-métrage, White Girl in her Panty (2008), que l'on peut voir sur dailymotion, et qui donne une assez bonne idée du style de Djinn Carrenard, où l'on assiste à la rencontre de Dama et Leelop à New-York. Ce court-métrage est une sorte de « prequel » à Donoma.

Il ne faut pas s'arrêter au slogan « film à 150€ », Donoma est beaucoup plus que ça. Parfois cruel, sensible, fin, très touchant, tournant autour du thème vieux comme le monde du sentiment amoureux sous toutes ses formes, mais dépoussiérant les clichés, par sa façon de filmer, par son approche des histoires, par le naturel de ses acteurs. Il s'attaque à des thèmes assez durs et forts (la violence, les rapports de force et de domination, le racisme...) mais sans jamais en rajouter, sans appuyer, sans être démonstratif. Comme parfois dans les films choraux, certains passages sont moins intéressants que d'autres, mais c'est rattrapé par la justesse d'ensemble et la sensibilité du ton.

PS : pour ceux que ça intéresse, une interview de Djinn Carrenard à propos de ce film.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #France