Publié le 25 Juillet 2026

Anker (Nikolaj Lie Kaas) vient de braquer une banque, et il a la moitié des flics du Danemark à ses trousses. Il rentre chez lui, auprès de sa sœur Freja (Bodil Jørgensen) et de son frère Manfred (Mads Mikkelsen). Il confie à ce dernier une mission : récupérer un sac plein de pognong dans une consigne, et l'enterrer à côté de la maison de leur enfance.
Quand Anker sort de prison, il va retrouver son frère pour récupérer son argent, mais Manfred se prend maintenant pour John Lennon et dit ne rien savoir du sac. Anker part avec son frère dans la maison de leur enfance pour retrouver l'argent – et au passage remuer les souvenirs du passé.

Le film commence plutôt comme une comédie de gangsters, mais plus le temps passe, et moins on rit, et plus la violence prend de la place – jusqu'au bain de sang final. Il y a du grotesque dans tout ça (ces hommes à personnalité multiples qui essayent de recréer les Beatles ; le couple dysfonctionnel qui habite la maison…), mais aussi l'évocation de réelles violences envers les enfants, et des scènes de torture (j'ai mieux compris pourquoi il est interdit aux moins de 12 ans)1.
Le personnage joué par Mads Mikkelsen, et l'interprétation magnifique de celui-ci, est le principal intérêt du film : je le trouve profondément touchant. C'est dommage que Anker soit un aussi gros connard ; j'aurais préféré un film qui ose émouvoir un peu plus.

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1. J'ai pensé à The Substance : ce film est violent et gore, mais on n'y croit pas vraiment, tout est trop grotesque, jusque dans la façon de filmer. Ici on est dans quelque chose de malgré tout beaucoup plus naturaliste, et la violence sur les enfants qui est évoquée n'est pas du tout drôle.

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Publié le 24 Juillet 2026

Tout le monde connait le récit de l'Odyssée : après la victoire à la guerre de Troie, Ulysse (Matt Damon) et ses hommes essayent de rentrer chez eux, mais la route sera parsemée d'embuches : cyclope, Circé, les Enfers, la faim… Pendant ce temps, à Ithaque, Pénélope (Anne Hathaway), la femme d'Ulysse, attend patiemment son retour, alors que ses nombreux prétendants font ripaille à ses frais, et n'attendent qu'un faux geste pour monter sur le trône.

Il est bien vu de bitcher sur ce film, et j'aurais adoré moi aussi dire que le film est trop ceci ou pas assez cela. Mais je dois être honnête : j'ai vraiment aimé cette expérience de cinéma. Les images sont belles, la mise en scène minutieuse, la photo et le travail sur la couleur très réussis, les acteurices sont super (une sacrée brochette de stars). Le film dure trois heures, mais je ne les ai pas senties passer ; les différents épreuves que rencontre Ulysse se suivent sans que l'enchaînement soit trop artificiel.
Le film est plein de flash-backs et de récits emboités, et on sait que Nolan aime ces structures : tout Inception repose là-dessus ! Je ne sais pas si c'est présent dans le texte d'origine (il semblerai que oui, les Grecs aimaient bien s'amuser avec ça eux aussi).
Alors que le film est une grande fresque d'aventure, le ton change vers la fin, quand Ulysse revient chez lui ; l'émotion est alors beaucoup plus forte (Anne Hathaway y est pour beaucoup). C'est dommage que la bagarre d'Ulysse contre tous ses prétendants soit aussi longue et aussi improbable, elle casse cette émotion dans laquelle j'aurais préféré rester.

Je n'ai jamais lu le texte original, je n'en suis pas un spécialiste, je ne peux donc pas jouer aux 7 différences. Je trouve la lecture qu'en fait Nolan intéressante. C'est sans doute dommage qu'armures et bateaux soient apparemment historiquement faux ; l'armure de Batman que porte Agamemnon n'est probablement pas nécessaire.

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Publié le 22 Juillet 2026

Ce film est une adaptation de la BD autobiographique (que je n'ai pas lue) d'AJ Dungo, dans laquelle il raconte sa rencontre avec la jeune et pétillante Kristen, qui lui fait découvrir le surf. Quand elle est frappée par une maladie, le récit bascule petit à petit.

C'est un drame magnifique, d'autant plus fort qu'il est basé sur des faits réels. Le film mélange plusieurs temporalités, ce qui peut un peu décontenancer au début – mais rien de méchant. À mon avis on aurait pu se passer un récit mythique en niveaux de gris, parlant de l'invention du surf – d'autant plus qu'il est vraiment en dessous graphiquement.
L'animation est très belle, les personnages très réussis ; les décors sont particulièrement beaux, tout en peinture numérique, avec une approche des couleurs très belle, que j'ai souvent vue chez des artistes chinois, mais que j'aurais du mal à expliquer ou à décrire (cette vidéo est une introduction mais mériterait d'être approfondie).

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Dans le dossier de presse du film, on voit quelques exemples de ces décors, mais je peine à trouver vraiment la personne qui les a dirigés. Probablement Élodie Rémy ? Elle a également travaillé sur Calamity, qui a une finesse similaire dans le travail de couleurs.
Ce n'est pas exactement le style de Floriane Marchix (créditée à concept décor), ni celui de Carolane Giraud ou Bertrand Piocelle (crédités aux décors sur Wikipédia) ; peut-être est-ce Ermel Vialet (chef matte painter) (mais on trouve peu sur lui sur le net) ?

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Publié le 20 Juillet 2026

Il y a trois histoires dans ce film.
Tout d'abord, un employé d'un spa trouve un sac Vuitton abandonné, rempli de pognon, et il se demande comment il peut se débrouiller pour récupérer le sac sans se faire voir.
Un type s'est endetté auprès de la mauvaise personne (enfin plus précisément c'est sa copine qui s'est endettée, mais elle a disparu), et il cherche comment filouter pour rembourser.
Et une femme se fait tabasser par son alcoolique de mari. Elle rencontre, dans le bordel où elle travaille, un immigré chinois qui pourra peut-être l'aider à se débarrasser de ce mari.

Et on se doute que ces histoires vont se croiser, et que le sac de pognon risque de passer entre plusieurs mains, mais ce film recèle quand même plein de surprises. Le scénario, adapté d'un roman de Keisuke Sone (non traduit), est finement ciselé, machiavélique et tordu à souhait, et, comme j'ai l'impression que ça arrive souvent dans le cinéma coréen, plein de noirceur.
Les acteurices sont excellent·es ; il y a tout un jeu sur les soupirs, les silences et les respirations d'une grande finesse. Visuellement c'est un régal, la photo est magnifique, la mise en scène d'une grande précision. C'est d'autant plus impressionnant que c'est un premier film !

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #Polar, #Corée

Publié le 19 Juillet 2026

Nous sommes en 1932, dans un Mississippi très rural. Deux frères jumeaux (Michael B. Jordan) reviennent de Chicago, où ils ont fait fortune auprès de la pègre ; ils achètent une grange à un propriétaire blanc pour en faire un club de blues. Ils font le tour de leurs anciennes connaissances pour les embaucher dans leur club, et vont en particulier voir un de leurs jeunes cousins, Sammy « Preacherboy » (Miles Caton), qui s'avère être un excellent chanteur de blues.

Pendant toute la première partie du film, il n'est question que de ce retour au sources, de ce qu'on peut laisser derrière soi en suspens quand on part pendant plusieurs années ; il est aussi beaucoup question du blues évidemment ! Mais (petit spoil) c'est aussi un film fantastique, un film de vampires plus précisément, et effectivement le film bascule dans autre chose quand les vampires1 débarquent.
Et c'est excellent. Le film est probablement un peu long, mais en même temps j'aime bien qu'il prenne le temps de planter le décor, de faire vivre ses personnages. Les acteur·ices sont super2,  la lumière est magnifique, la mise en scène très belle. C'est pas vraiment touchant, mais les personnages sont très bien, l'action est bien fichue (en même temps on a le réalisateur de Black Panther aux manettes, l'inverse serait surprenant).

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1. Des Irlandais, qui n'étaient pas vraiment considérés comme des Blancs à l'époque aux USA, mais qui sont quand même vachement plus blancs que le reste du casting. Je sais que ce n'est pas innocent mais je ne suis pas sûr de bien saisir pourquoi. Je suis certain que Bolchegeek saura éclairer ma lanterne.
La question raciale est évidemment centrale dans le propos du film : quasiment tous les personnages sont Noirs, avec une famille d'immigrés chinois ; en face il y a les vampires irlandais, et plus loin les Blancs du KKK. Est-ce que la vampirisation qui menace (et atteint) les Noirs est une façon de parler d'une acculturation ?

2. Même si : pourquoi avoir dédoublé Michael B. Jordan pour jouer les jumeaux, il n'était pas possible de trouver de vrais jumeaux noirs ? c'est impressionnant de technique, mais ça ressemble un peu à de l’esbroufe. Après je sais combien il est difficile de financer un film sans une grosse tête d'affiche, ça doit jouer.

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Publié le 19 Juillet 2026

Nous sommes dans le futur, quelques jours avant le passage à l'an 2000. Un casque que l'on pose sur le crane permet de capter et de revivre les souvenirs ; Los Angeles semble déchirée entre policiers ultra violents et criminels qui ravagent la ville ; L.A. est au bord de l'émeute depuis le meurtre inexpliqué de Jeriko One, un rappeur très engagé dans la défense des droits des Noirs.
Lenny (Ralph Finnes) est un trafiquant de souvenirs (souvent du porno), qui vit lui-même dans un passé perdu : il passe trop de temps à revoir des moments de sa vie avec Faith (Juliette Lewis), qui l'a quitté depuis. Accompagné de son amie Mace (Angela Bassett), Lenny va essayer de comprendre la menace qui plane sur Faith.

C'est un classique du cyberpunk (le nom de famille de Lenny est Nero, clin d'œil explicite au Neuromancien). Le monde qu'il décrit est apocalyptique : quand les personnages roulent dans la ville autour d'eux on ne voit que pillages, braquages, violences policières, poubelles qui brûlent… Les voyous ne semblent pas être des enfants de chœur, mais c'est surtout la police qui parait violente et corrompue. Le fond de lutte raciale est très fort, et fait écho aux émeutes qui ont touché Los Angeles après l'affaire Rodney King (l’acquittement de policiers blancs qui ont tabassé un homme noir).
Il y a quelques beaux moments, en particulier des longs plans séquences en vue subjective (des souvenirs, un braquage et une ballade en rollers), qui évoque le jeu vidéo – avant l'heure. Sinon, disons-le, c'est un peu long, parfois un peu confus (en particulier la fin, où les personnages sont obligés d'expliquer ce qui se passe pendant de longues minutes). Toute l'esthétique est vraiment très très 1990's.
Si le film montre un personnage féminin badass (Mace/Angela Bassett), il montre aussi une scène de viol en vue subjective dont on se serait bien passé. Le film a beau être réalisé par Kathryn Bigelow, il ressemble vraiment à un « film de mec » (peut-être que le fait qu'il ait été écrit par James Cameron n'y est pas étranger).

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Publié le 17 Juillet 2026

Samba (Omar Sy) est un Sénégalais installé en France depuis 10 ans, sans avoir le Graal du permis de séjour, et qui vit de petits boulots. Il rencontre Alice (Charlotte Gainsbourg), bénévole dans une asso d'aide aux sans-papiers.

J'ai un peu de mal à savoir ce que j'ai pensé de ce film. Il n'est pas nul, les acteurices sont très bien. C'est probablement un peu trop prévisible pour être vraiment passionnant. Je trouve que toute la fin est mal écrite et pas très claire (beaucoup trop de questions sur les raisons de faire des personnages), et c'est vraiment dommage de terminer sur une note comme ça.
À mon avis, le problème de fond est que Toledano et Nakache cherchent visiblement à plaire à tout le monde. Tout le monde est sympa, il n'y a pas de racisme, les policiers qui courent après Samba (parce que quand même) ne sont des silhouettes vues de loin – il ne faudrait surtout pas braquer les gens qui aiment la police. C'est sûrement bien d'avoir des films gentils, qui cherchent à réconcilier les gens, mais le problème c'est que le résultat est attendu et lisse – et donc très oubliable.

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