Publié le 29 Octobre 2026

Ce film choral tourne autour de Pepa (Carmen Maura), une actrice de doublage (l'occasion pour Almodóvar de s'amuser avec des films et des effets de montage) qui vient de se faire larguer par Iván (Fernando Guillén), qu'elle cherche désespérément à joindre pour lui parler. Au fil du film, elle va croiser la route du fils d'Iván (Antonio Banderas) et de sa petite amie (Rossy de Palma) ; de Candela (María Barranco), une amie de Pepa qui craint d'être recherchée par la police ; ainsi que toute une galerie de personnages : un chauffeur de taxi adepte du mambo, une désagréable avocate féministe…

Et c'est brillant. Le film est joyeux, enlevé, nerveux. Une bonne partie du film est tourné dans l'appartement de Pepa dans lequel défilent les personnages, dont le délabrement progressif reflète l'état de crise des personnages ; le dynamisme de la mise en scène m'a rappelé Entre le ciel et l'enfer de Kurosawa. Almodóvar aime bien chercher des idées de plans originales, mais ses idées sont toujours narratives et viennent renforcer l'émotion d'un personnage, un rapport entre deux personnages. Les acteur·ices sont évidemment formidables.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #Espagne

Publié le 25 Octobre 2026

C'est un village reclus du monde, entouré par une forêt dans laquelle vivent des créatures effrayantes et dangereuses, ceux-dont-on-ne-parle-pas. Au-delà de la forêt se trouvent les villes, où personne ne va jamais.

Je crois avoir à peu près fait le tour des bons films de M. Night Shyamalan, celui-ci n'en fait pas partie. C'est un peu long, un peu laborieux, plutôt prévisible. Quelques incohérences ici ou là sortent du film, et on se demande un peu : qu'est-ce que Shyamalan a bien pu vouloir raconter ? Malgré un très bon casting (Joaquin Phoenix, Adrien Brody, Sigourney Weaver…), les acteur·ices sont parfois un peu approximatif·ves, en particulier dans le registre inexpressif que semble apprécier Shyamalan.
Pour autant, soyons honnêtes, même si on s'ennuie un peu, on ne passe pas un mauvais moment non plus.

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Publié le 25 Octobre 2026

Ce roman suit le parcours de trois personnages sur toute leur vie, les chapitres alternant de l'un·e à l'autre. Toustes écrivent, et chacun·e illustre une façon dont une vie d'écrivain·e peut se dérouleer : Simon est le grand frère brillant à qui tout réussit, mais qui peine à se faire publier ; Paul est le petit frère que l'on compare toujours à son aîné, et qui décroche le Goncourt avant ses trente ans ; Idoya est une jeune femme bouillonnante d'idées mais qui parfois peine à les porter jusqu'au bout.

Et c'est un roman magnifique et passionnant. Ces trois personnages sont attachant·es, complexes et riches – on imagine qu'ils peuvent représenter trois facettes de l'auteur, et autant de façon dont sa vie aurait pu tourner ? La construction du roman, qui s'étale sur plusieurs dizaines d'années et part explorer les territoires de la science-fiction, permet de déplier avec une grande finesse l'évolution de chacun·e de ces personnages, ainsi que les relations qu'iels entretiennent entre elleux.
Les bibliographies que Xabi Molia dessine sont passionnantes, et il donne envie de lire les livres (fictifs, évidemment) qu'il présente en quelques lignes – il y a bien sûr quelque chose de Borges là dedans.
Le futur qu'imagine Xabi Molia part du côté de la dystopie, et interroge le rapport à l'intelligence artificelle générative dans la littérature.
Tout le livre est comme écrit bien après les évènements, comme si un journaliste racontait les évènement passés. Le système marche bien, avec une petite limite : Xabi Molia prend plus de temps pour poser le cadre de son récit dans les parties futuristes, ce qui est bien normal pour raconter son futur aux lecteurs de 2026, mais qui ne marche pas très bien dans son principe. Ça serait la seule critique que j'aurais à formuler.

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Publié le 22 Octobre 2026

C'est un essai souvent intéressant quand il parle d'anthropologie, un peu moins à mon sens quand il donne des pistes pour sortir du capitalisme (peut-être aussi parce que je n'ai pas beaucoup lu d'anthropologie, et déjà pas mal sur la fin du capitalisme).
Est-ce que j'ai le droit de dire que les BD de Alessandro Pignocchi ne m'intéressent pas plus que ça ? Le principe de base (Macron a une illumination chamanique) est un peu amusant, mais ça ne mérite vraiment pas d'être étiré sur une quarantaine de pages (et puis j'avoue que je ne trouve pas son dessin très beau, et ça ne m'intéresse pas de n'avoir qu'un seul dessin copié-collé sur plusieurs pages).
Restent quand même des pages passionnantes sur l'anthropologie, comme le montrent mes notes ci-dessous.

1. Politiser l'anthropologie de la nature. Où l'on se demande pourquoi il convient de dépasser la distinction entre nature et culture.
La nature perçue comme ressource à exploiter, ou comme cadre à protéger.

2. Pourquoi l'anthropologie ? Où l'on présente le concept de « symetrisation » ; où l'on remarque qu'il peut revêtir des sens différents selon qu'on l'applique à l'ethnographe sur le terrain ou à l'anthropologue sans son bureau.
PD : « En anthropologie la symétrisation désigne moins une gymnastique mentale qu'une attitude beaucoup plus générale qui consiste à mettre sur un pied d'égalité l'observateur et les populations qu'il observe. C'est impossible d'y parvenir pleinement, c'est pourquoi on parle de symétrisation et non de symétrie, c'est un processus. » (p. 27)
Montaigne qui symétrise et relativise sa culture : « je trouve qu'il n'y a rien de barbare et de sauvage en cette nation [les Tupinamba du Brésil], à ce qu'on m'en a rapporté, sinon que chacun appelle barbarie ce qui n'est pas de son usage ».
Les ethnologues qui reviennent changés de leur terrain d'étude, qui regardent leur société différemment. « Cette façon d'être affecté par l'autre est donc beaucoup plus que de la symétrisation, c’est un devenir-autre qui bouleverse en profondeur et de façon durable la vie de l'ethnologue. » (PD, p. 30)

3. Foisonnement des modes d'organisation sociale. Où l'on critique la vision d'après laquelle les sociétés humaines évoluent selon une trajectoire unique.
AP : « Dans les termes de Graeber et Wengrow, le passé de l'humanité ressemble « bien plus à un défilé de carnaval où paradent toutes les configurations politiques imaginables qu'aux mornes abstractions de la théorie évolutionniste » (p. 45)
Pd : « L'évolutionnisme comme système d'interprétation historique a donc disparu, mais pas la croyance extrêmement difficile à déraciner que les démocraties capitalistes contemporaines constituent l'état que l'humanité a toujours aspiré à atteindre à travers les millénaires d'expérimentation techniques et socio-politiques qui allaient dans toutes les directions. Toutefois cela ne signifie pas qu'il n'y a pas eu d'évolution, non au sens d'un progrès matériel ou moral, mais en ce que certaines pratiques, une fois établies, ont eu un effet de cliquet rendant difficile de revenir en arrière, à tout le moins limitant l'éventail des possibles. » (pp. 45-46)

4. D'autres manières de faire monde. Où l'on présente les quatre grandes façons d'organiser les relations entre humains et non-humains ; où l'on montre que chaque humain les porte en lui, en puissance.
Animisme/naturalisme/totémisme/analogisme
PD : « Les Achuar et l'ensemble des peuples que j'ai ensuite appelés « animistes » imputent une intériorité à beaucoup de non-humains, mais considèrent que chaque forme de vie habite un monde qui lui est propre : ils universalisent l'esprit et relativisent la nature. Dans le monde qui m'était familier quand je suis parti sur le terrain, on pensait exactement le contraire : les humains se distinguent des non-humains par leur intériorité, tandis qu'ils partagent avec eux le fait d'être soumis aux lois de la nature. » (p. 56)
AP : « Pour les animistes, plantes, animaux et humains ont une même intériorité, avec une vie intellectuelle et sentimentale du même type, mais se distinguent les uns des autres par leurs caractéristiques corporelles. Ce sont les spécificités corporelles du toucan, et non son intériorité, qui font qu'il vit dans un monde de toucan, avec des désirs et des pensées de toucan, différents du monde, des désirs et des pensées d'un pied de manioc ou d'un humain. » (p. 57)
Ces quatre ontologies ne sont pas fermées, et on peut dans une journée passer de l'une à l'autre sans s'en rendre compte (parler à un rouge-gorge…)
AP : « Dans l'analogisme, tant les propriétés mentales que les dispositions physiques des êtres sont éclatées en de multiples composantes emmêlées et discontinues. Les collectifs analogistes réordonnent ce reltif désordre en traçant de grandes relations d'analogie qui traversent en tous sens les frontières que marque le naturalisme. Il n'est pas très difficile de trouver chez nous des formes d'analogisme, puisque l'Europe a été analogiste jusqu'à une époque relativement récente et que nous le sommes encore en partie. » (p. 61) (cf. l'astrologie)
AP : « Le totémisme, principalement représenté en Australie, établit des relations d'identité entre des dispositions tant physiques que mentales appartenant à des groupes d'humains et de non-humains, à l'intérieur d'une famille totémique. » (p. 61)
PD : « [le totémisme se fonde] sur une identification profonde entre des humains et des non-humains occupant un territoire du fait que les uns et les autres partagent des qualités physiques et morales qu'ils ont héritées d'êtres originaires, des sortes de prototypes que la littérature ethnologique appelait des totems. Ces qualités s'incorporent génération après génération dans les composantes des groupes totémiques — des membres d'un clan, des plantes, des animaux — et les rendent différentes d'autres groupes totémiques, regroupant des membres d'autres clans, d'autres plantes, d'autres animaux et qui se distinguent par d'autres qualités. [...] Le totémisme ne distingue donc pas entre humains et des non-humains, mais entre des groupes mixtes, chacun composé de genres particuliers d'humains et de non-humains, chacun attaché aux lieux d'où sont issus les totems dont ils tirent leur identité collective. » (pp. 61-62)

5. Fissurer le territoire naturaliste. Où l'on tente de tirer quelques leçons de ce qui se passe, en ce moment, à Notre-Dame-des-Landes.

6. Économie et naturalisme. Où l'on identifie la suprématie de la sphère économique comme le verrou fondamental qui nous bloque dans le naturalisme ; où l'on formule l'hypothèse d'une solidarité nouvelle et de plus en plus spontanée avec les non-humains dans la lutte anticapitaliste.
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7. Défaire la suprématie de la sphère économique. Où l'on se demande, à travers le prisme des données anthropologiques, ce que l'expression « suprématie de la sphère économique » signifie concrètement ; où l'on continue à s'interroger sur les façons de s'en débarrasser.
Dans les sociétés non marchandes il existe des circuits cloisonnés et hiérarchisés de circulation de biens. Chez les Tiv du Nigeria (P. & L. Bohannan) 3 sphères : 1. Biens de subsistance (aliments, outils...) => troc dans des marchés libres. 2. Bien de prestige (esclaves, bétail, chevaux, médicaments...) => échanges à taux  3. Femmes => système de mariage complexe. Quand les Britanniques introduisent la monnaie, les Tiv font une 4e sphère d'échanges avec les colons. L'expérience ne dura guère et la monnaie finit par détruire le cloisonnement ancien et fonctionner comme équivalent général.
PD : « Ce n'est pas la monnaie en soi qui porte la menace de la commensurabilité des valeurs [...] ; c'est le fait, comme le dit Marx, de se servir de l'échange de marchandises pour vendre plus cher qu'on a acheté : au lieu que l'argent serve d'intermédiaire pour convertir les produits agricoles que vend le paysan afin de se procurer les outils ou le mobilier dont il a besoin, l'accumulation d'argent dans le capitalisme marchand devient la fin en soi et les marchandises qui circulent ne sont que le moyen de faire un profit.
Dans les systèmes d'échange non marchands, chez les Achuar dans les années 1970 par exemple, le troc d'objets entre individus n'avait pas pour finalité de faire un profit, ni même de faire circuler des ressources rares, mais d'établir un lien entre les partenaires d'échange. » (pp 105-106)

8. Multiplier les jeux de valeur. Où l'on remarque la nécessité d'extraire les biens de subsistance de la commensurabilité généralisée, mais aussi de l'importance d'une multiplication des jeux de valeurs à l'aune desquels se forme l'estime de soi et d'autrui.
PD : « On ne peut manquer d'être frappé, en effet, de ce que tous les hommes et toutes les femmes achuar consacraient à ces tâches- pourtant très diverses selon les sexes - à peu près le même temps moyen quotidien, indépendamment des lieux où ils résidaient. [...] Les Achuar, comme les Siane et bien d'autres peuples qui ont fait ces choix de limiter leur temps de travail et le volume de leur production offrent ainsi un vivant démenti à l'idée d'une universalité de l'Homo œconomicus réputé obsédé par la recherche d'une maximalisation de ses avantages économiques. » (p. 123}

9. Territoires autonomes et états. Où l'on esquisse un projet politique hybride qui voit cohabiter et interagir des structures de type étatique et des territoires autonomes.

10. Diversité. Où l'on présente la diversité comme la seule valeur réellement universalisable.

11. Le chamane et le scientifique. Où l'on souligne l'importance, dans un monde multiple, d'équilibrer la place respective que vous accordons aux modes de connaissance par subjectivation et par objectivation.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #essai, #France

Publié le 22 Octobre 2026

C'est bientôt Halloween, et un produit miraculeux fabriqué par Shaun transforme par erreur le fermier en gros monstre poilu…

Je suis rarement déçu par les studios Aardman. Le rythme est enlevé, les gags bien sentis, l'animation évidemment impeccable, la lumière très soignée… Certes, on est rarement surpris par le scénario de ce film, mais ça reste un très bon moment de cinéma.

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Publié le 20 Octobre 2026

James Bond est à la poursuite de Goldfinger, un méchant qui veut faire des trucs de méchant.

J'avais vu jadis un James Bond avec Sean Connery, et cela ne m'avait pas paru inoubliable. C'est confirmé : c’était long, laborieux et un peu confus. Impossible de ne pas penser à OSS 117.
Ce qui est quand même un peu marrant, c'est qu'au début du film, tout le monde a l'air de prendre Bond pour un tocard irresponsable, un alcoolique qui ne peut pas s'empêcher de sauter sur toutes les femmes et qui passe son temps à ruiner les gadgets de Q. Force est de constater qu'ils ont tous raison !

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #Royaume-Uni

Publié le 19 Octobre 2026

La narratrice s'occupe d'une ferme sur la lune, qui nourrit la cité souterraine de Mut. Après les premiers temps de la colonisation lunaire, quand les gens mourraient rapidement à cause des radiations, iels ont finit par s'installer dans des villes installées dans les nombreux et vastes souterrains naturels de la lune.
Ce livre est une fiction-panier, qui déroule le quotidien de cette drôle de jardinière, accompagnée par Trim, son chat augmenté, entourée de ses bots, parfois rejointe par des Souluniens qui viennent pour quelque temps explorer le jardin. Elle croise la route de Sileqi, une jeune fille qui révèle un talent certain pour le jardinage, dont la mère a succombé à une mystérieuse et mortelle fièvre qui touche la population de Mut. Comme toute bonne fiction-panier, la majorité du livre est remplie des petits riens qui font le quotidien de ce personnage, et c'est très beau à lire.
Le roman devient plus mélancolique dans sa dernière partie, et m'a un peu fait penser au Dernier Monde de Céline Minard, avec son univers rempli de mythes et de fantômes.

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