Publié le 10 Octobre 2026

Comme son nom l'indique, le film débute quand Ulysse (Ralph Fiennes) rentre à Ithaque épuisé, effrayé par ce qu'il peut trouver. Et en effet c'est pas la joie : le royaume est ruiné, les prétendants vident les caisses du royaume, Pénélope (Juliette Binoche) peine à garder la face, et Télémaque (Charlie Plummer, que j'ai trouvé vraiment pas bon) semble perdu.

C'est intéressant de regarder ce film après L'Odyssée de Nolan, et c'est impossible de ne pas faire de comparaison. Les deux projets sont très différents, et Uberto Pasolini prend le temps de poser son récit, son rythme, ses personnages – mais encore une fois il se concentre sur une petite partie du récit originel. Là où Nolan était malgré tout dans un récit épique, une épopée qui pouvait malgré tout être sombre, ici la tonalité est franchement mélancolique au début, et de plus en plus noire voire tragique à mesure que le film avance. Ulysse est détruit par la guerre de Troie, il cherche à la fuir et en même temps en revenant à Ithaque il amène la guerre avec lui, qui ne la quittera pas. Ce n'est pas un héro, il ne fait pas de grand discours et même ne dit pas grand-chose, il a l'air de subir les évènements.
Le combat contre les prétendants, qui est chez Nolan un moment de bagarre un peu épique que j'avais regretté parce qu'il m'avait sorti de la réelle émotion du retour d'Ulysse chez lui, est ici traité complètement différemment, avec à mon avis plus de justesse : tout le monde semble dévasté par la violence qui se déchaine, à commencer par Ulysse et Pénélope.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #Italie

Publié le 10 Octobre 2026

Je ne vais pas faire le résumé de ces cinq nouvelles, parues entre 2014 et 2022 : elles sont en général assez courtes, et si je veux m'en souvenir, je n'aurai qu'à les relire.

Elles sont en tout cas excellentes, les plus courtes sont probablement les moins fortes mais restent intéressantes. La dernière nouvelle, Une bonne hérétique, s'inscrit dans la série des Voyageurs (1, 2, 3, 4), elle est vraiment réussie et très touchante.
Becky Chambers a une façon très émouvante de se pencher sur ses personnages, d'en explorer des angoisses, des failles, et de les plonger dans un univers tout sauf hostile. Certains lecteurs pourront trouver que ce sont des « bons sentiments », pour moi c'est le reflet de sa bienveillance envers ses personnages et de son humanité (paradoxal pour une autrice qui parle d'extraterrestres, mais je ne trouve pas d'autres mots). C'est une lecture qui console des malheurs du monde.

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Publié le 10 Octobre 2026

Pirati est matriarche d'une communauté de Kinnars (des femmes trans) installée dans un village népalais. En entrant dans la communauté, qui a un fort fond religieux, elle a fait vœu de chasteté. Mais Pirati fréquente un musicien, manifestement depuis un moment, avec qui elle envisage de partir. Ces projets sont remis en question quand une de ses filles adoptives, Apsara, disparait en ne laissant derrière elle que sa perruque blonde, retrouvée dans la forêt voisine, peuplée d'éléphants sauvages qui effraient tout le monde…

Ce qui marque d'emblée, c'est la beauté visuelle du film, la qualité de la photographie, et la beauté des décors, des maisons, des vêtements… Bien que ce soit filmé caméra au poing, la réalisation est réussie – pour le coup, je trouve que la caméra au poing donne par moments un ton documentaire au film, et dans la mesure où, si j'ai bien compris, la plupart des actrices sont elles-mêmes des Kinnars, ça a du sens. Sans grande surprise, le film est dans le registre de la tragédie (même s'il ne se termine pas si mal, merci Abinash Bikram Shah), frôlant par moment une forme de thriller ; pour autant c'est aussi un film lumineux, plein de joie.

Pushpa Thing Lama, l'actrice principale (c'est son premier rôle), joue finalement très peu, ce qui donne à son personnage une profondeur tragique étonnante : on devine celle qui a passé beaucoup de temps à cacher ses émotions et à contrôler toutes ses réactions. J'ai pas mal pensé à l'effet Koulechov : elle joue très peu mais on arrive très bien à plaquer nos émotions sur son visage.
(Mais que ce soit clair : elle est excellente à l'écran, toujours d'une grande justesse, et sait très bien exprimer des émotions fortes quand il le faut.)

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Publié le 9 Octobre 2026

L'archiviste Chih, accompagné·e de sa huppe parlante Presque-Brillante, arrive dans une résidence où habite aujourd'hui la vielle Lapin. Elle fut jadis la favorite de l'impératrice In-yo, venue du Nord et exilée dans une résidence lointaine. Lapin va raconter à Chih ses années auprès de l'impératrice, les liens qui les unissent et la force retrouvée de cette femme.

Pour être très franc, j'ai pas trouvé ça dingue. Les premières pages nous plongent dans un monde magique peuplé de fantômes et d'oiseaux qui parlent, pourtant rien dans le récit qui suit n'est magique, et il pourrait totalement se dérouler dans notre monde, à une époque ancienne - de ces fantômes on n'entendra plus jamais parler, et c'est bien dommage !
On sent que l’autrice a envie de faire de Lapin une narratrice qui ment ou manipule ce qu'elle raconte, mais elle déroule un récit finalement assez linéaire : quand je pense par exemples aux constructions malicieuses et sophistiquées de Borges ou à Rashomon que j'ai revu récemment, je me dis que Nghi Vo reste en surface, je trouve le récit finalement assez classique par rapport à ses intentions.
Mais il est probable que ma sévérité provienne du fait que le livre ait reçu plusieurs prix prestigieux et des critiques élogieuses : je m'attendais certainement à mieux. Si cela ne suffira pas pour me faire acheter les autres tomes de cette série, j'ai quand même pris du plaisir à la lecture, et le destin de cette impératrice est plutôt beau.

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Publié le 8 Octobre 2026

Colin (Romain Duris) est un jeune homme tranquille, entouré par son meilleur ami Chick (Gad Elmaleh), fan éperdu de Jean-Sol Partre, et par son cuisinier-avocat Nicolas (Omar Sy). Il ne lui manque que l'amour, et ça tombe bien parce qu'il rencontre Chloé (Audrey Tautou).

Le roman est formidable, et Michel Gondry était tout indiqué pour en faire une adaptation. Et effectivement, c'est épatant : il y a presque une idée visuelle par plan, l'univers de Gondry se superpose avec merveille à celui de Vian et en regardant le film on ne sait plus trop de qui provient telle ou telle idée – Gondry reste malgré tout très proche du livre, on retrouve beaucoup de détails et il me semble qu'il a gardé une bonne partie des dialogues. Visuellement, le film reste fidèle à l'esprit « bricolé » du cinéaste : plats qui bougent en stop-motion un peu maladroite, projections et jeux de miroirs… on sent pourtant qu'il y a du pognon dans ce film, parce qu'il y a une grande générosité dans les décors et petits détails.

Dans ma note de lecture du livre, je parlais de la cruauté de l'humour de Vian, et je me demandais si Gondry n'était pas un peu trop gentil pour adapter ce livre. Je ne me souviens plus précisément de ce que j'entendais par là, il est bien probable que cette cruauté ait disparu ; mais elle ne m'a jamais manqué.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #France

Publié le 5 Octobre 2026

Cette fois, il s'agit pour AssaSynth d'aller retrouver l'équipe de chercheureuses rencontré·es dans le premier épisode, pour leur fournir les données qu'iel a accumulées sur la méchante entreprise. Mais évidemment les choses vont se compliquer.

Après avoir été déçu par le troisième tome, j'ai trouvé celui-ci plutôt correct. Le récit est probablement plus lisible et moins confus, ce qui est une bonne nouvelle – ça ressemble à Metal Gear Solid, ça se lit bien, et c'est plutôt haletant. Mais pour moi, il continue de manquer ce qui m'avait plu dans le premier et le deuxième volume, à savoir l'humour. Le premier épisode nous présentait ce drôle de personnage, et ça marchait très bien, le deuxième introduisait l'IA du vaisseau qui était vraiment un super personnage ; ici il y a juste l'AssaSynth, qui est un super personnage, mais que j'ai déjà rencontré dans le premier épisode, et il n'y a rien de plus. Franchement, la recette marche bien, et j'ai plutôt pris du plaisir à la lecture, mais il aurait fallu quelque chose en plus pour que j'aie envie de poursuivre la série.

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Publié le 29 Septembre 2026

Je ne vais pas mentir, l'histoire est parfois un peu confuse, mais c'est sans doute volontaire. On suit principalement Geroges, un type qui a l'air ordinaire mais peut-être pas tant que ça, qui se retrouve au milieu d'histoires de bandits plus ou moins menaçants à la recherche d'héritage perdu. On croise aussi quelques femmes, des policiers qui regardent tout ça de loin, une drôle de secte et un perroquet.

Comme je l'ai dit l'histoire est un peu compliquée, mais Echenoz s'en amuse : il commence plusieurs chapitres en annonçant simplement qu'il y a deux types, et ce n'est qu'au fur et à mesure de la lecture que l'on comprend qui ils sont et quel est leur rôle ; il aime bien aussi commencer un chapitre par une description formelle, presque « objective », et il faut quelques paragraphes pour qu'on comprenne qu'il parle d'un film qu'un personnage est allé voir – sans qu'il ne l'explicite complètement. Bref, il mène le lecteur par le bout du nez, s'amuse à le perdre et à le surprendre. On ne sait jamais vraiment ce qui vient, et pourtant tout coule de source, soudé par sa langue magnifique, minutieuse, précise et joueuse – une page sur deux il y a une formule brillante qui mériterait d'être notée.
C'est probablement un peu le bordel, c'est peut-être pas mon Echenoz préféré, mais c'est toujours un plaisir à lire – et pour un deuxième roman, c'est vraiment pas mal.

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