Quand je suis tombé sur ce roman, il m'a directement fait de l'œil : déjà parce qu'il est publié aux Éditions Zulma et que leurs couvertures sont toujours belles et leurs livres souvent très bons ; ensuite et surtout parce qu'avec l'actualité internationale terrifiante, j'ai ressenti le besoin d'entendre la voix d'Iranien·nes.
Lire Lolita à Téhéran est un livre autobiographique qui raconte l'Iran du point de vue d'une professeure de littérature anglophone, depuis la révolution iranienne de 1979, alors que tous les futurs semblent possibles, jusqu'à l'exil de l'autrice aux États-Unis en 1997. Si la dernière partie traine un peu en longueur, tout le reste est beau, passionnant, effrayant et tragique – et les considérations sur la littérature sont souvent très intéressantes, et j'ai très envie de lire Nabokov.
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Mes quelques notes de lecture.
1. Lire Lolita à Téhéran
Azar Nafisi vient de quitter l'université, où elle enseignait la littérature anglophone. Elle fonde un groupe de lecture où tous les jeudi, huit étudiantes la retrouvent chez elle pour parler littérature — entre autres.
Il y est beaucoup question de Nabokov, de sa nouvelle Invitation au supplice, mais surtout de Lolita. La façon dont Humbert, l'agresseur et le narrateur du livre, confisque la voix de Lolita et lui vole son histoire fait écho avec la façon dont le régime vole la vie des femmes. Azar Nafisi a connu le monde d'avant, mais les étudiantes qu'elle côtoie ne connaissent que le monde du régime islamique, sa violence et son absurdité.
2. Gatsby
Après des études aux États-Unis, Azar Nafisi revient en Iran juste après la Révolution iranienne ; le pays est alors en pleine effervescence, partagé entre les militants d'extrême gauche et les islamistes - ils se rejoignent sur certains points, notamment l’anti-américanisme. Les islamistes prennent petit à petit le pouvoir. Au sein de son cours, A. Nafisi organise le procès de Gatsby, roman accusé d’être immoral (américain, mettant en scène des personnages riches et des amours adultères…)
L'université est le théâtre d'intenses affrontements politiques.
À cette époque, les forces laïques et d'extrême gauche dominaient les facultés, et quelques-uns des événements qui ont eu lieu ensuite étaient encore inconcevables à certains d'entre nous. L’idée que les universités pouvaient être fermées semblait aussi incongrue que celle de voir toutes les femmes porter le voile. (p. 230)
Au printemps 1981, l'Iran devient une République islamique, les universités passent sous contrôle religieux, le voile devient obligatoire — avec de nombreux morts à chaque étape.
3. James
En septembre 1980, l'Irak déclare la guerre à l'Iran, guerre qui durera jusqu'en 1988 et qui ne fera que durcir le régime, puisqu'il incarne le camp du Bien de Dieu.
Comme A. Nafisi refuse de porter le voile, elle est renvoyée de l'université. Elle commence à écrire, d'abord des articles sur la littérature. D'autres femmes, des amies, sont également exclues du monde, monarchistes et communistes se rejoignent dans la détestation du régime.
A. Nafisi trouve un nouveau poste dans une université moins prestigieuse, où on la laisse tranquille (à ce moment, il n'est plus question de refuser le voile).
Les bombardements.
Subitement la guerre prend fin, avec un goût de défaite. L’ayatollah Khomeiny meurt peu de temps après, mais comme le dit la fille de A. Nafisi : « il n’est pas mort, les femmes continuent à porter le foulard dans la rue » (p. 368)
Un étudiant qui s'immole dans l'université.
4. Austen
Retour au groupe d'étudiantes. Khamenei qui dirige le pays a permis une certaine libéralisation du pays, mais les contraintes restent lourdes, surtout pour les femmes, et, pire, elles semblent même avoir perdu une partie de leur sens.
Les mariages plus ou moins arrangés qui occupent une bonne partie de la vie des étudiantes.
Étudier de la littérature romantique (Jane Austen) dans un pays où les hommes ne peuvent même pas regarder les femmes dans les yeux. Les intellectuels qui meurent, des assassinats cachés en meurtres, ou simple disparitions. La vie dans ce pays est impossible : A. Nafisi décide de partir. D'autres partent aussi, pour qui la vie quotidienne sans espoir est pire que les années passées en prison.
Laisser les autres derrière soi.