Publié le 7 Juin 2026

Ce roman est la suite directe d'Un psaume pour les recyclés sauvages. Alors que dans le premier volet, on suivait frœur Dex qui s'enfonçait dans la forêt sauvage pour tomber nez-à-nez avec le robot Omphale, ici la trajectoire est inverse : les deux ami·es partent de la forêt pour aller à la rencontre des humains qui peuplent le monde, et qui n'ont jamais vu de robot – et l'inverse.

Je reste sur ma première impression : même si ce n'est pas une série qui me bouleverse autant que Les Voyageurs, c'est un vrai bonheur de lecture. Becky Chambers a une telle tendresse pour ses personnages qu'il est difficile de ne pas ressentir la même chose ; on s'amuse de la naïveté de cet attachant robot qui découvre le monde des humain ; le monde solarpunk décrit par l'autrice donne envie d'y vivre. C'est évidemment hautement recommandable.

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Publié le 4 Juin 2026

Jack, un ingénieur du son (John Travolta), travaille sur des films de série Z. Un soir qu'il est dans un parc à enregistrer des ambiances sonores, il assiste à la chute d'une voiture dans une rivière. Il plonge aussitôt et sauve de la noyade une femme appelée Sally (Nancy Allen).
Les choses se compliquent quand Jack apprend que c'est un célèbre homme politique, donné gagnant à l'élection présidentielle, qui conduisait la voiture et qu'il est mort dans l'accident. On demande à Jack de cacher la présence de Sally dans la voiture. Surtout, quand il réécoute ses bandes, il se rend compte qu'il y a le bruit d'un coup de feu : ce n'est donc pas un accident.

Parlons déjà des défauts : le final est grandiloquent est un peu incohérent, et c'est bien dommage parce qu'il aurait suffit de pas grand-chose, de simplifier ici ou là, pour que ça tienne la route.
Et c'est bien dommage, parce que tout le reste du film est excellent ! Le récit en forme de polar est porté des acteur·ices très bons, mais surtout par une mise en scène particulièrement soignée. Chaque plan est d'une grande finesse, presque tout le vocabulaire du cinéma y passe : plans séquences, split-screen, plongées depuis le plafond… Brian De Palma semble bien aimer avoir une grande profondeur de champ, et on trouve plusieurs plans avec un gros premier plan et un plan large derrière (la magie du cinéma).
Le travail sur les couleurs et la lumière est d'une grande élégance, accentuant en particulier les bleus et les rouges.

Et puis j'avoue que j'ai pris un certain plaisir à regarder Travolta bidouiller ses bandes électromagnétiques et à jouer avec tout ce matériel analogique quasiment préhistorique.

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Publié le 26 Mai 2026

Greg Egan écrit des textes un peu vertigineux, avec fréquemment des questionnements philosophiques derrière, et et de temps en temps quelques considérations scientifiques. Une bonne partie de ces textes sont passionnants ; pourtant j'ai trouvé ça vraiment moins bien après « En apprenant à être moi » (nouvelle que je connaissais déjà par ailleurs, lue par Monsieur Phi).

L'assassin infini, 1991
Il y a un nombre infini d'univers parallèles, dans les quelles toutes les versions de nous-mêmes existent. Une drogue permet de voyager aléatoirement entre ces différentes versions, certain·es ont même la capacité de le faire sciemment, et si les différentes versions essayent toutes de communiquer, cela crée un vortex, une sorte de rencontre entre les différents univers, qui peut être dangereuse en allant jusqu'à l'effondrement.
Le narrateur est réputé pour être stable d’un univers à l'autre, et c'est à lui qu'on confie la mission d'éliminer lea drogué.e pour restaurer l’équilibre. Alors qu'il est au milieu du vortex, au sein duquel toutes les versions de l'univers se superposent, il se demande si on ne l’a pas piégé.

Lumière des événements, 1992
On découvre des galaxies à temporalité inversée, et avec un système de capteurs sophistiqués, on se rend compte que ces galaxies peuvent nous renvoyer une image de notre futur. Tout un chacun a alors le droit de tenir un journal pour le futur, 100 mots par jour maximum, qu’iel pourra lire dès ses neuf ans. Beaucoup parlent de la perte du libre arbitre, mais les choses ne peuvent pas être autrement.
Le narrateur est impatient de rencontrer sa future femme, jour qu'il attend avec impatience. Mais ce qui est consigné dans le journal correspond-il vraiment à la réalité ?

Eugène, 1990
Un couple ordinaire gagne au loto, et iels ne savent pas trop que faire de leur argent. Comme ils n'arrivent pas à avoir d'enfant, ils s'adressent à une entreprise génétique qui leur promet de fabriquer le meilleur bébé imaginable, un génie capable de résoudre tous les problèmes du monde. Mais peut-être que ce futur bébé n'est pas d'accord avec le destin qu'on lui trace.

La caresse, 1990
Le narrateur est un policier augmenté qui arrive dans une maison vidé dont la propriétaire, une mystérieuse biologiste, a été assassinée. Au sous-sol se trouve une créature étrange, fascinante et un peu effrayante : une chimère au corps de léopard et la tête de femme. On se rend compte qu'elle ressemble presque trait pour trait au Sphinx du tableau de Fernand Khnopff. L’enquête se dirige vers les adeptes d'un drôle d'artiste, mort il y a plusieurs dizaines qui s’est mis en tête de reproduire à l'identique et en taille réelle des tableaux.

Sœurs de sang, 1991
Deux sœurs jumelles connaissent des destins très différents. Mais quand la plus casanière des deux apprend qu'elle a attrapé un virus mortel, et qu'elle a une prédisposition génétique à être malade, elle se dit que sa sœur doit être malade aussi.

Axiomatique, 1990
La femme du narrateur est morte il y a quelques années au cours d'un braquage qui a mal tourné. Inconsolable, le narrateur tourne sans cesse autour de l'idée de tuer l'assassin de sa femme, mais c'est contraire à toutes ses convictions. Les implants cérébraux qui permettent de modifier les convictions peuvent peut-être changer la donne.

Le coffre-fort, 1990
Le narrateur est une conscience qui saute d'un corps à l’autre, chaque jour il est incarné par quelqu'un d'autre — personne d’autre que lui n'en est conscient, et il essaye autant que possible de se glisser dans les pas de la personne dans laquelle il est.

Le point de vue du plafond
Le narrateur, un puissant producteur de cinéma, a reçu une balle dans la tête. Pendant l'opération, il vit une expérience extra-corporelle : il est au plafond, et se voit lui-même se faire opérer. Sauf qu'après l'opération, il continue de se voir depuis le plafond.

L'enlèvement
Le narrateur reçoit un appel anonyme : on a enlevé sa femme Loraine, et elle ne sera libérée que contre rançon. Le narrateur est terrifié, mais sa femme, restée à la maison, se porte comme un charme : c’était un canular hyperréaliste, fait on ne sait trop comment, d'autant plus que Loraine n’a jamais été scannée (un technique qui permet d'enregistrer toutes les informations sur vous pour vous ressusciter). Quand le narrateur reçoit un deuxième appel quasiment identique, il en vient à se demander si les ravisseurs n'ont pas réussi à créer une copie de Loraine, et dans ce cas, toute virtuelle qu’elle soit, ne devrait-il pas l'aider ?

En apprenant à être moi, 1990
Les gens sont tous équipés d'un cristal dans leur tête, qui apprend à imiter parfaitement le fonctionnement du cerveau, au point de pouvoir le remplacer vers la 30aine, quand le nombre de neurones commence à diminuer. On suit le narrateur à travers différents âges, au fil de l'évolution de ses opinions sur tout ça : puisque la fonction est identique alors il n’y a aucun problème ; le sentiment de trahison quand il apprend que ses parents ont basculé il y a quelques années sans lui en parler ; il a une première petite amie et il lui paraît impossible que le cristal puisse ressentir les émotions aussi puissamment etc.

Les Douves, 1991
Un responsable d'un service d'immigration est confronté au racisme. Sa femme, médecin légiste, a trouvé du sperme sans marquer génétique.

Et c'est à peu près tout, la nouvelle ne développe pas ses pistes !?

La Marche, 1992
Un petit voyou marche dans un sous-bois, réfléchissant à une façon de persuader le mec chargé de le tuer de changer d'avis. Ça ne marche pas très bien, jusqu'à un moment où la conversation devient philosophique.

Le P'tit-mignon, 1989
Un homme célibataire veut un enfant : la meilleure solution qui s'offre à lui est d'acheter un P'tit-mignon, une sorte de bébé génétiquement modifié pour ne pas vivre plus de 4 ans et pour avoir des capacités d'apprentissage très limitées. Un peu comme un animal domestique, en moins malin. Ça passe à travers des gouttes de la légalité, et c'est lui qui fera office de père-porteur.

Vers les ténèbres, 1992
Des sortes de trous de ver apparaissent de façon aléatoire, probable trace de tentatives ratées de voyage dans le temps venues du futur. Une fois dedans, on peut regarder vers l’extérieur, mais pas vers le centre, et se déplacer vers ce centre est très compliqué voire impossible — des gens dans des maisons peuvent se retrouver coincés sans pouvoir sortir, et finir écrasés par les forces de compression. Mais des « coureurs » savent lutter contre les courants, et font ce qu'ils peuvent pour sauver les gens.

Un amour approprié, 1991
Quand son mari est laissé pour mort après un accident, on offre à la narratrice cette possibilité : lui fabriquer un nouveau corps en clonant l'ancien (avec l'aide d'une mère porteuse). Il suffit de garder le cerveau vivant pendant les deux ans que nécessiterait la fabrication de ce corps, et pour ça, l'idéal est de placer ce cerveau comateux dans du tissu vivant : la meilleure technique serait de le placer dans l'utérus de la narratrice. Va-t-elle accepter, et si oui sortira-t-elle indemne de cette expérience ?

La Morale et le Virologue, 1990
Un chrétien intégriste regrette que le SIDA ne soit pas plus efficace pour tuer les pécheurs. Alors il fabrique dans son laboratoire le virus parfait, qui avec plusieurs variants répondant à divers signaux génétiques, s'attaque aux homosexuels et aux personnes adultères. Quand son virus est parfait, il voyage dans le monde entier pour le répandre. Mais le virus est-il si parfait, et le but poursuivi si divin ?

Première nouvelle pas à la première personne. Il n’a pas osé incarner ce taré ?

Plus près de toi, 1992
Le narrateur se demande ce qu'il y a dans la tête des autres, confronté à l'impossibilité de connaître l'expérience vécue par autrui. Quand il se met en couple avec Sian, il lui partage ces questionnements, et iels décident de mener à bien un certain nombres d'expériences, permises par le cristal dans leur crane, bien que ce soit des expériences par définition imparfaites. Iels échangent de corps, utilisent un 3e corps cloné… quand on leur propose de passer quelques heures dans un corps synthétique en fusionnant les personnalités écrites dans leurs cristaux, ils n'hésitent pas longtemps.

Orbites instables dans la sphère des illusions, 1992
Un jour, les croyances des gens se relient entre elles par une sorte de télépathie. Les gens se regroupent alors par religion ou philosophie de vie. Voulant rester libre-penseurs, certains, dont le narrateur, fuient ces croyances, et errent en vagabonds dans les lieux restés vides de croyance - ils doivent quand même frôler les bulles de croyance, et pendant ces traversées sont tour à tour catholiques, astrologues ou taoïstes. Mais leur mode d’existence se serait-il pas une forme de croyance ?

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Publié le 24 Mai 2026

La jeune Sheeta porte une « pierre volante » que tout le monde veut lui voler, des pirates aux militaires accompagnés d'un mystérieux homme aux lunettes noires. Elle croise le chemin de Pazu, un jeune garçon qui travaille dans une mine, et dont le père est mort à la recherche d'un mythique château volant appelé Laputa. Or il se trouve que Sheeta est elle-même originaire de Laputa, même si plusieurs générations en ont effacé les souvenirs. Les deux enfants vont partir à la recherche de cette cité idéale, avec l'aide des pirates qui finalement ne sont pas si méchants que ça.

Je lis que c'est le premier film du studio Ghibli, et le troisième film de Miyazaki (après Le Château de Cagliostro et Nausicaä). On y retrouve des éléments récurrents dans son œuvre (en particulier dans Mononoké, qui est manifestement celui qui m'a le plus marqué) : un monde idéal et merveilleux, en lien avec la nature, qui se retrouve détruit à cause de la cupidité et de la violence des hommes ; des méchants qui ne le sont pas tant que ça (les pirates)… On trouve évidemment beaucoup de machines volantes ; mais la réflexion sur le genre n'est pas encore totalement amorcée : Sheeta est une princesse que l'on doit aider et secourir, et qu'on met sans se poser de question à la cuisine ; pendant que Pazu est un garçon fort et courageux, que l'on met aux machines et au bricolage, et qui subit plusieurs injonctions à « se comporter comme un homme »… Ça fait partie des choses qui évolueront dans l'œuvre de Miyazaki – tout comme le travail graphique et l'animation, qui s'affinera avec le temps.

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Publié le 23 Mai 2026

Miriam (Léa Drucker) et Antoine (Denis Ménochet) sont en cours de divorce, et il s'agit de savoir comment sa s'organiser la garde des enfants. L'ainée Joséphine (Mathilde Auneveux) a 18 ans, donc elle peut légalement choisir de faire ce qu'elle veut, mais le sort de Julien (Thomas Gioria), 11 ans, est suspendu à la décision de la juge. Miriam a beau accuser Antoine de violence, elle n'a pas de preuve ; Julien a beau dire qu'il ne veut pas voir son père, on soupçonne Miriam de le manipuler. Finalement, la mère obtient la garde principale, et Antoine a droit de voir son fils un week-end sur deux, ce dont il va se servir pour maintenir une emprise.

C'est un film très fort, bien écrit, bien réalisé et très bien interprété. C'est souvent stressant, Xavier Legrand (dont c'est le premier film !) faisant souvent durer les scènes plus que nécessaire, ou utilisant régulièrement des plans séquence : on ne sait pas ce qui va se passer après, mais c'est indéniable que ça crée une vrai tension.
C'est intéressant de noter que ce film sur un homme qui se sert de ses enfants pour avoir une emprise sur son ex-femme est écrit et réalisé par un homme, un an avant la déferlante #metoo.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #France

Publié le 17 Mai 2026

L'Ultime rivage (Ursula K. Le Guin, 1972)

Venu des terres du Nord, le jeune prince Arren vient chercher l'Archimage Épervier dans la citadelle magique de Roke : dans ces terres, la magie semble s'épuiser et les mages oublient le vrai nom des choses. Épervier est inquiet : il a entendu des nouvelles similaires venues des Marches du Sud. Il propose à Arren de l'accompagner dans ce Sud qui semble être l’origine de tout ce mal. Le mage ne sait pas exactement ce qu'il cherche, encore moins ce qu'il va trouver, ni le rôle que jouera Arren dans tout ça.

Ce troisième roman de Terremer est un vraie pépite. UKLG a délaissé la forme de la fiction-panier qu'on retrouvait dans Les Tombeaux d'Atuan, ici c'est une vraie fiction-flèche, qui suit le chemin de ses deux héros. L'autrice continue l'exploration de son monde, et on visitera les terres désolées du Sud, hantées par des mages qui se réfugient dans la drogue après avoir perdu leur pouvoir ; les radeaux des sympathiques peuples de la mer ; les îles des terribles et magnifiques dragons ; et enfin l’effrayante Contrée aride, où les âmes des défunts errent en attendant de débarquer sur les rivages de l'après-vie.
L'écriture de UKLG est merveilleuse, pleine de finesse et de subtilités. Elle décrit avec autant de talent les murs anciens de la citadelle des mages, le désespoir des prisonniers envoyés en esclavage - jusqu'à ce que quelque chose se passe, ou le mode de vie sur les radeaux.

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Publié le 8 Mai 2026

Martin Eden est un jeune marin, qui un jour sauve un jeune homme des mains d'une brute. Ce jeune homme s'avère être le fils d'un riche aristocrate, et le frère d'Elena, dont Martin tombe amoureux.
Martin se découvre également une passion pour la littérature, en tant que lecteur d'abord, puis comme écrivain. Elena l'aide à s'instruire ; mais il reste en décalage avec ce milieu, et l'objet de moqueries.
Il demande à Elena deux ans, qui lui permettront de montrer au monde ses qualités d'écrivains – autant dire que c'est la galère. Sur fond de luttes sociales, il rencontre un vieux socialiste qui l'initie à la politique, mais Martin se convertit plutôt à l'individualisme de Herbert Spencer.
On retrouve Martin quelques années plus tard, devenu un écrivain riche et célèbre – alors que les extraits de ses livres ressemblent à des prêches politiques où il insulte les gens, bon. C'est aussi un type seul et dépressif.

Je n'ai jamais lu Martin Eden de Jack London (1909), ce récit de transfuge de classe avant l'heure. L'adaptation proposée ici est transposée dans l'Italie des années 1960-1970, même si la temporalité est volontairement un peu floue. Il y a plein de qualités cinématographiques dans ce film, les acteur·ices sont très bien, à commencer par Luca Marinelli qui incarne le rôle-titre, et qui dégage quelque chose de fort. Il y a également quelques séquences « oniriques » (de vieux films colorisés, de la pellicule abimée…) qui ponctuent le film, séparant les différents chapitres. C'est un peu déroutant au début, mais assez beau.
Mais malgré toutes ses qualités je suis resté un peu en dehors du film : j'ai un peu eu l'impression d'être devant un résumé d'un œuvre plus vaste, de voir un film qui finalement passe rapidement sur les scènes, les personnages, les situations, sans leur laisser le temps de s'installer, ou sans pouvoir approfondir les relations entre les personnages. Peut-être que le roman est un peu ample pour être adapté au cinéma de façon satisfaisante ?

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #Italie