Greg Egan écrit des textes un peu vertigineux, avec fréquemment des questionnements philosophiques derrière, et et de temps en temps quelques considérations scientifiques. Une bonne partie de ces textes sont passionnants ; pourtant j'ai trouvé ça vraiment moins bien après « En apprenant à être moi » (nouvelle que je connaissais déjà par ailleurs, lue par Monsieur Phi).
L'assassin infini, 1991
Il y a un nombre infini d'univers parallèles, dans les quelles toutes les versions de nous-mêmes existent. Une drogue permet de voyager aléatoirement entre ces différentes versions, certain·es ont même la capacité de le faire sciemment, et si les différentes versions essayent toutes de communiquer, cela crée un vortex, une sorte de rencontre entre les différents univers, qui peut être dangereuse en allant jusqu'à l'effondrement.
Le narrateur est réputé pour être stable d’un univers à l'autre, et c'est à lui qu'on confie la mission d'éliminer lea drogué.e pour restaurer l’équilibre. Alors qu'il est au milieu du vortex, au sein duquel toutes les versions de l'univers se superposent, il se demande si on ne l’a pas piégé.
Lumière des événements, 1992
On découvre des galaxies à temporalité inversée, et avec un système de capteurs sophistiqués, on se rend compte que ces galaxies peuvent nous renvoyer une image de notre futur. Tout un chacun a alors le droit de tenir un journal pour le futur, 100 mots par jour maximum, qu’iel pourra lire dès ses neuf ans. Beaucoup parlent de la perte du libre arbitre, mais les choses ne peuvent pas être autrement.
Le narrateur est impatient de rencontrer sa future femme, jour qu'il attend avec impatience. Mais ce qui est consigné dans le journal correspond-il vraiment à la réalité ?
Eugène, 1990
Un couple ordinaire gagne au loto, et iels ne savent pas trop que faire de leur argent. Comme ils n'arrivent pas à avoir d'enfant, ils s'adressent à une entreprise génétique qui leur promet de fabriquer le meilleur bébé imaginable, un génie capable de résoudre tous les problèmes du monde. Mais peut-être que ce futur bébé n'est pas d'accord avec le destin qu'on lui trace.
La caresse, 1990
Le narrateur est un policier augmenté qui arrive dans une maison vidé dont la propriétaire, une mystérieuse biologiste, a été assassinée. Au sous-sol se trouve une créature étrange, fascinante et un peu effrayante : une chimère au corps de léopard et la tête de femme. On se rend compte qu'elle ressemble presque trait pour trait au Sphinx du tableau de Fernand Khnopff. L’enquête se dirige vers les adeptes d'un drôle d'artiste, mort il y a plusieurs dizaines qui s’est mis en tête de reproduire à l'identique et en taille réelle des tableaux.
Sœurs de sang, 1991
Deux sœurs jumelles connaissent des destins très différents. Mais quand la plus casanière des deux apprend qu'elle a attrapé un virus mortel, et qu'elle a une prédisposition génétique à être malade, elle se dit que sa sœur doit être malade aussi.
Axiomatique, 1990
La femme du narrateur est morte il y a quelques années au cours d'un braquage qui a mal tourné. Inconsolable, le narrateur tourne sans cesse autour de l'idée de tuer l'assassin de sa femme, mais c'est contraire à toutes ses convictions. Les implants cérébraux qui permettent de modifier les convictions peuvent peut-être changer la donne.
Le coffre-fort, 1990
Le narrateur est une conscience qui saute d'un corps à l’autre, chaque jour il est incarné par quelqu'un d'autre — personne d’autre que lui n'en est conscient, et il essaye autant que possible de se glisser dans les pas de la personne dans laquelle il est.
Le point de vue du plafond
Le narrateur, un puissant producteur de cinéma, a reçu une balle dans la tête. Pendant l'opération, il vit une expérience extra-corporelle : il est au plafond, et se voit lui-même se faire opérer. Sauf qu'après l'opération, il continue de se voir depuis le plafond.
L'enlèvement
Le narrateur reçoit un appel anonyme : on a enlevé sa femme Loraine, et elle ne sera libérée que contre rançon. Le narrateur est terrifié, mais sa femme, restée à la maison, se porte comme un charme : c’était un canular hyperréaliste, fait on ne sait trop comment, d'autant plus que Loraine n’a jamais été scannée (un technique qui permet d'enregistrer toutes les informations sur vous pour vous ressusciter). Quand le narrateur reçoit un deuxième appel quasiment identique, il en vient à se demander si les ravisseurs n'ont pas réussi à créer une copie de Loraine, et dans ce cas, toute virtuelle qu’elle soit, ne devrait-il pas l'aider ?
En apprenant à être moi, 1990
Les gens sont tous équipés d'un cristal dans leur tête, qui apprend à imiter parfaitement le fonctionnement du cerveau, au point de pouvoir le remplacer vers la 30aine, quand le nombre de neurones commence à diminuer. On suit le narrateur à travers différents âges, au fil de l'évolution de ses opinions sur tout ça : puisque la fonction est identique alors il n’y a aucun problème ; le sentiment de trahison quand il apprend que ses parents ont basculé il y a quelques années sans lui en parler ; il a une première petite amie et il lui paraît impossible que le cristal puisse ressentir les émotions aussi puissamment etc.
Les Douves, 1991
Un responsable d'un service d'immigration est confronté au racisme. Sa femme, médecin légiste, a trouvé du sperme sans marquer génétique.
Et c'est à peu près tout, la nouvelle ne développe pas ses pistes !?
La Marche, 1992
Un petit voyou marche dans un sous-bois, réfléchissant à une façon de persuader le mec chargé de le tuer de changer d'avis. Ça ne marche pas très bien, jusqu'à un moment où la conversation devient philosophique.
Le P'tit-mignon, 1989
Un homme célibataire veut un enfant : la meilleure solution qui s'offre à lui est d'acheter un P'tit-mignon, une sorte de bébé génétiquement modifié pour ne pas vivre plus de 4 ans et pour avoir des capacités d'apprentissage très limitées. Un peu comme un animal domestique, en moins malin. Ça passe à travers des gouttes de la légalité, et c'est lui qui fera office de père-porteur.
Vers les ténèbres, 1992
Des sortes de trous de ver apparaissent de façon aléatoire, probable trace de tentatives ratées de voyage dans le temps venues du futur. Une fois dedans, on peut regarder vers l’extérieur, mais pas vers le centre, et se déplacer vers ce centre est très compliqué voire impossible — des gens dans des maisons peuvent se retrouver coincés sans pouvoir sortir, et finir écrasés par les forces de compression. Mais des « coureurs » savent lutter contre les courants, et font ce qu'ils peuvent pour sauver les gens.
Un amour approprié, 1991
Quand son mari est laissé pour mort après un accident, on offre à la narratrice cette possibilité : lui fabriquer un nouveau corps en clonant l'ancien (avec l'aide d'une mère porteuse). Il suffit de garder le cerveau vivant pendant les deux ans que nécessiterait la fabrication de ce corps, et pour ça, l'idéal est de placer ce cerveau comateux dans du tissu vivant : la meilleure technique serait de le placer dans l'utérus de la narratrice. Va-t-elle accepter, et si oui sortira-t-elle indemne de cette expérience ?
La Morale et le Virologue, 1990
Un chrétien intégriste regrette que le SIDA ne soit pas plus efficace pour tuer les pécheurs. Alors il fabrique dans son laboratoire le virus parfait, qui avec plusieurs variants répondant à divers signaux génétiques, s'attaque aux homosexuels et aux personnes adultères. Quand son virus est parfait, il voyage dans le monde entier pour le répandre. Mais le virus est-il si parfait, et le but poursuivi si divin ?
Première nouvelle pas à la première personne. Il n’a pas osé incarner ce taré ?
Plus près de toi, 1992
Le narrateur se demande ce qu'il y a dans la tête des autres, confronté à l'impossibilité de connaître l'expérience vécue par autrui. Quand il se met en couple avec Sian, il lui partage ces questionnements, et iels décident de mener à bien un certain nombres d'expériences, permises par le cristal dans leur crane, bien que ce soit des expériences par définition imparfaites. Iels échangent de corps, utilisent un 3e corps cloné… quand on leur propose de passer quelques heures dans un corps synthétique en fusionnant les personnalités écrites dans leurs cristaux, ils n'hésitent pas longtemps.
Orbites instables dans la sphère des illusions, 1992
Un jour, les croyances des gens se relient entre elles par une sorte de télépathie. Les gens se regroupent alors par religion ou philosophie de vie. Voulant rester libre-penseurs, certains, dont le narrateur, fuient ces croyances, et errent en vagabonds dans les lieux restés vides de croyance - ils doivent quand même frôler les bulles de croyance, et pendant ces traversées sont tour à tour catholiques, astrologues ou taoïstes. Mais leur mode d’existence se serait-il pas une forme de croyance ?