Publié le 11 Octobre 2024

Rama, écrivaine et enseignante en littérature, se rend au procès de Laurence Coly, jugée pour avoir tuée sa petite fille de 15 mois en l'abandonnant sur la plage de Berck-sur-Mer.

C'est un film de procès intense et réussi, en particulier dans les séquences au tribunal, filmées en long plans séquences, alternant en général entre des plans fixes sur Laurence Coly et sur la juge. Le déroulé des faits est clinique, détaillé, minutieux ; les choses se fissurent un peu vers la fin, quand les carapaces se fendent et que l'émotion apparait – je pense aussi à la très belle plaidoirie de l'avocate en regard caméra.
La caméra est plus mobile et vivante dans les séquences en dehors du tribunal, quand on suit Rama dans sa chambre d'hôtel et dans ses souvenirs. Enceinte, elle se projette dans le parcours de Laurence, trouvant des similitudes dans leurs vies ; pourtant même si je comprends bien l'intention d'Alice Diop, je dois bien dire que j'ai été un peu moins convaincu par cette partie, probablement (c'est un défaut qui revient régulièrement) parce qu'à force d'être dans le non-dit, les personnages finissent pas être un peu creux, et que je peine à m'attacher à elleux.
La photo est très belle, la réalisation plutôt brillante et les actrices formidables.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #France

Publié le 6 Octobre 2024

Une modeste tribu de chasseur·ses de lapins se fait chasser de la vallée par une autre civilisation arrivée à l'âge de bronze. Un seul moyen de revenir chez eux : gagner au football contre la redoutable équipe de la ville de bronze…

On n'est jamais déçu par les films du studio Aardman. Comme souvent, c'est drôle, bien écrit, bien réalisé, bien animé, c'est un très bon moment.

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Publié le 6 Octobre 2024

La jeune Zazie est à Paris pour le week-end, où elle dort chez son oncle Gabriel (Philippe Noiret). Elle rêve de prendre le métro, mais pas de bol : il y a grève ! Une fois qu'elle a fini d'insulter tout le monde, elle va arpenter la ville, toujours pleine de joie et de gros mots.

Je suis bien embêté avec ce film : il est à la fois fantastique et horrible. Le problème vient principalement d'un personnage, tour-à-tour prédateur d'enfants, dragueur très lourd, flic… La longue séquence durant laquelle il court après Zazie – ce n'est pas explicite mais on comprend très bien ses intentions – est à la fois amusante dans sa mise en scène (c'est du Tex Avery) et terrifiante dans ce qu'elle montre – avec une bonhommie qui rend ça d'autant plus effrayant avec le regard d'aujourd'hui. Les quelques remarques sexistes ou homophobes, sans être très surprenantes pour l'époque, n'égayent pas le tableau.
Et pourtant c'est un film formidable, porté par une formidable actrice. Mais pour moi le plus intéressant est le travail de mise en scène de Louis Malle, d'un invention formelle époustouflante et d'une modernité remarquable. Louis Malle s'approprie le roman de Quenau, et en transpose l'humour et l'invention formelle à l'écran. Il joue avec le cadrage, les lumières, le montage (de nombreux jump cuts permettent de téléporter les personnages, c'est très nerveux et dynamique)… Il y a du surréalisme dans tout ça, de l'expressionnisme, du cartoon. On peut faire des liens avec le cinéma de Jacques Tati (Jour de fête, Traffic…) ou celui de Jean-Pierre Jeunet (dans l'utilisation de la courte focale, et puis Amélie Poulain c'est Zazie devenue adulte) ; mais pour la plupart j'ai l'impression que ces inventions formelles sont restées lettre morte – c'est pourtant plus moderne (et moins prétentieux) qu'À bout de souffle.
Et c'est pour ça que je suis embêté : je trouve la mise en scène géniale, il y a plein de moments formidables dans le film (quelques longueurs aussi, surtout la fin) qui font que j'ai envie de l'adorer et de le recommander à tout le monde ; mais il y a aussi ce prédateur sexuel (et aussi une une longue scène où Philippe Noiret fait l'acrobate sur la Tour Eiffel, mais elle est principalement gênante pour mon vertige).

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Publié le 6 Octobre 2024

Rosemary s'apprête à rejoindre en tant qu'archiviste l'équipage du Voyager, un vaisseau un peu rafistolé qui a pour charge de creuser des trous de ver entre différentes portions de l'univers pour relier différents systèmes planétaires entre eux. L'équipage du Voyager est mélangé, on y trouve plusieurs humains (le capitaine Ashby, les deux technicien·es Kizzy et Jenks, Corbin le responsable des algues, et Rosemary) ainsi que des extraterrestres : le Docteur Miam, médecin et cuisinier attachant aux multiples tentacules ; Ohan les navitateurs/paire sianate (un parasite affecte les Sianates, celui les rend multiples tout en leur permettant d'accéder à des régions invisibles de l'univers) ; Sissix la pilote, issue d'une race reptilienne à plumes – et n'oublions pas Lovey, l'IA consciente du vaisseau.
Une fois les présentations faites, le capitaine emmène tout le monde dans une longue mission d'un an, visant à relier le nouveau système Totémi Ka au reste de l'univers.

On l'aura compris avec mon résumé, une bonne partie du roman repose sur la description de races extraterrestres, avec une exploration intelligente et sensible des différentes structures familiales, modes de vie, histoires et coutumes (j'ai un peu pensé à Rossignol d'Audrey Pleynet). Ces descriptions ne sont jamais « ethnographiques » (comme aurait pu le faire par exemple Tolkien), mais plutôt portées par des personnages, et trouvent du sens dans le récit. C'est d'ailleurs dans le travail sur les personnages que se situe la plus grande force de ce livre : iels sont touchant·es, incarné·es, attachant·es. On est saisis par leur histoire, on a peur avec elleux, on souffre avec elleux, et on est un peu triste de les quitter à la fin du livre – il y a des suites, heureusement.

Le reste de la série (1, 2, 3, 4) est tout aussi excellent.

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Publié le 3 Octobre 2024

Eve (Joan Fontaine) et Harry Graham (Edmond O'Brien) forment un couple heureux, unis par leur entreprise de congélateurs dans laquelle iels s'investissent à fond, surtout depuis qu'Eve a appris qu'elle ne pouvait pas avoir d'enfants. Mais les choses évoluant, le couple se décide à adopter, ce qui a l'air de réveiller chez Harry des angoisses mystérieuses.
Voilà : un jour qu'il se sentait particulièrement seul dans une tournée à Los Angeles, il a abordé (lourdement) Phyllis, une femme seule elle aussi (Ida Lupino). Au fil du temps et des rendez-vous donnés lors des voyages d'Harry, Phyllis est tombée enceinte, sans savoir qu'Harry est marié.

C'est un film intéressant, filmé avec l'élégance du Hollywood classique : plans qui prennent leur temps pour installer le jeu des acteur·ices ; petits plans séquences avec une caméra mobile afin de faire évoluer la scène ; lumière élégante et sophistiquée ; acteur·ices sobres et élégants·es également. Un ou deux cuts, au moment de franchir une porte pour aller d'une pièce à l'autre, m'ont paru pas très naturels, mais rien de grave – et je suis bien placé pour savoir que c'est un enfer à mettre en scène.
Alors que je craignais un peu de lourdeur au début, le film aborde son thème avec une subtilité certaine, sans chercher à juger les choix d'Harry (il décide d'épouser Phyllis pour que son fils ait son nom, ce qui finit par l'amener au tribunal pour bigamie). La fin est touchante, et le film est suffisamment riche et ouvert pour inciter à poursuivre la réflexion.

Je ne sais pas si c'est un film féministe, c'est un film de 1953, il ne faut sans doute pas avoir des critères contemporains pour juger ce film (et si le film était réalisé par un homme, il est évident qu'on ne se poserait même pas la question). Si on voit deux beaux portraits de femmes, c'est vrai que la drague lourde d'Harry peut ressembler à du harcèlement, et que les rôles genrés sont très clairement définis, et qu'il ne s'agit pas de les remettre en cause.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #États-Unis

Publié le 3 Octobre 2024

Not (Benoît Poelvoorde) est un punk à (petit) chien qui décide d'aller s'installer dans une zone commerciale. Il se trouve que c'est pas loin de la Pataterie, le resto de ses parents, et du magasin de matelas où travaille Jean-Pierre (Albert Dupontel), le frère de Not, qui s'apprête à traverser une mauvaise passe.

Le premier avantage de ce film, c'est qu'il se passe entièrement dans des décors qu'on voit très rarement au cinéma : des zones commerciales, des hypermarchés, des parkings à perte de vue, des ronds-points, de grands axes routiers. C'est assez fascinant, et ça a probablement à voir avec l'article sur la « France moche » paru dans Télérama quelques années auparavant. Malgré quelques séquences caméra au poing (mais discrètes, juste un plan fixe qui bouge un peu) un peu reloues, c'est plutôt bien filmé, avec un jeu récurrent sur les premiers plans/arrières plans.
Je ne sais pas trop ce que Delépine et Kervern (Mammuth, Louise-Michel) cherchent à raconter avec ce film. C'est punk, souvent drôle, absurde, un peu foutraque, mais plutôt réussi.

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Publié le 25 Septembre 2024

Disons-le d'emblée : je ne suis pas allé au bout de ce livre, et j'en suis bien désolé.

Le roman de Virginie Ollagnier se penche sur la figure de Robert Oppenheimer, en particulier sur le Projet Manhattan, et sur les années de « chasse aux sorcières » communistes qui suivent. Chaque chapitre s'ouvre par un épisode de la vie d'un type, qui je pense a fait partie des juges d'Oppenheimer, situé au moment du déclenchement de la guerre en Irak suivant le 11-septembre. Je n'ai pas bien compris qui est ce type, ni ce qu'Ollagnier cherche à signifier avec ce personnage (des parallèles sur cette idée de « chasse aux sorcières » ?)
Le chapitre enchaîne ensuite sur un épisode de la vie d'Oppenheimer, à peu près entre 1940 et 1960, faisant des allers-retours entre les différentes époques et différents personnages. Et c'est là que la construction savante du roman me perd : je ne m'y retrouve pas dans toutes ces différentes chronologies, dans tous les différents personnages qui gravitent autour d'Oppenheimer. J'ai un peu l'impression qu'il faudrait déjà bien connaître l'histoire d'Oppenheimer pour suivre (ce qui n'est pas du tout mon cas), ou alors qu'il faudrait prendre des notes en lisant (ce dont je n'avais pas envie). Je suis donc resté en dehors du récit, comme si je n'avais pas réussi à vaincre les résistances du livre.
Pourtant, et malgré une recherche de la belle formule ici ou là que je trouve un peu appuyée, le travail de reconstitution est très réussi, et les scènes bien incarnées et vivantes. Tant pis.

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Je n'ai par ailleurs pas aimé non plus le film que Christopher Nola a consacré au même Oppenheimer, qui a certains des défauts du livre ; il semble que le physicien soit un personnage pas évident à mettre en scène.

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