Publié le 14 Septembre 2024

Gravity (Alfonso Cuarón, 2013)

Alors que l'une navette effectue des réparations sur le télescope Hubble, elle essuie une tempête de débris, causée par l'explosion d'un satellite russe. Et c'est la catastrophe : la navette et le télescope sont détruits, tous les membres d'équipage sont tués, sauf Ryan Stone (Sandra Bullock), envoyée valdinguer dans l'espace, heureusement sauvée par Matt Kowalski (George Clooney). Réussiront-iels à survivre et revenir sains et saufs sur Terre ?

J'avais vu ce film au cinoche, et j'étais content de le revoir. À l'instar de Cabeza de Vaca, le film repose principalement sur des plans séquences, mais ici point d'ennui : les séquences se déroulent dans l'angoisse de ce qui arrivera ensuite, avec la peur du hors-champ, face à l'hostilité terrifiante de l'espace. C'est un survival movie particulièrement efficace et réussi. (Alfonso Cuarón a aussi réalisé Les Fils de l'homme, également construit sur des plans-séquences malheureusement filmés caméra au poing, ainsi que le 3e Harry Potter.

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Publié le 14 Septembre 2024

Ce film mexicain est le récit des aventures tragiques d'Álvar Núñez Cabeza de Vaca, dont j'ai lu la Relation de voyage : un explorateur dont le bateau fait naufrage au large de la Floride, qui erre pendant des mois (dans le film cela semble seulement quelques jours), devient esclave d'un duo de sorciers locaux, avant de devenir lui-même un sorcier illuminé.

Et c'était vraiment trop long : les personnages parlent trop peu pour qu'on s'intéresse vraiment à eux ; les péripéties sont parfois répétitives , et les plans séquences, principal vocabulaire du film, s'ils sont intenses et créent une belle tension au début, deviennent au bout d'un moment un peu répétitif et complaisants – pas besoin de revoir une nouvelle scène de 10 minutes de Cabeza de Vaca les yeux exorbités en train de faire des passes-passes magiques.
Juan Diego est très bien dans le rôle titre, même si parfois la frontière entre l'illuminé et l'acteur qui cabotine en criant en permanence est un peu fine. Il y a quelques belles images – les radeaux sur fond noir du début du film ; l'irruption du bleu dans les maquillages des locaux…

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #biographie

Publié le 2 Septembre 2024

Dream Scenario (Kristoffer Borgli, 2023)

Paul Matthews (Nicolas Cage) est un modeste prof de biologie de l'évolution à la fac, frustré de rester dans l'ombre. Petit à petit, les gens se mettent à le voir apparaître dans leurs rêves : il est là, dans un coin, observateur passif. Le phénomène devient mondial, et Paul Matthews accède à une renommé inattendue, dont il aimerait bien profiter pour publier son livre sur les fourmis. Une bascule s'opère quand son double rêvé se met à tuer les gens dans leurs rêves.

C'est un film absurde, qui fait penser à Dans la peau de John Malkovich, ainsi qu'à l'univers de Quentin Dupieux. Il est très réussi et très bien mené : avec un récit comme celui-là, le risque est de ne plus savoir quoi faire de son histoire, qui finit par se dégonfler d'elle-même, mais Kristoffer Borgli apporte sans cesse de nouvelles idées, voire de nouvelles directions, et arrive à tenir son récit jusqu'au bout. Il filme d'une façon assez hachée, avec un montage très serré et un peu abrupt, ce qui fait qu'on ne sait pas toujours très bien si on est dans le rêve ou dans la réalité. Nicolas Cage est parfait dans l'incarnation de la médiocrité de Paul Matthews.

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Publié le 26 Août 2024

Comme Jafar Panahi n'a plus le droit de tourner en Iran (il n'a pas non plus le droit de quitter le pays), il trouve des moyens pour faire des films. Le principe de Taxi Téhéran est habile : Panahi est au volant d'un taxi, et il filme ce qu'il se passe à l'intérieur de sa voiture. Contrairement à ce que je pensais, le film est une fiction (un docufiction), et c'est une précision importante…
On voit donc défiler dans le taxi une petite galerie de personnages. Si les choses débutent de manière assez sérieuse avec un débat entre deux passagers sur la peine de mort, le ton se fait plus drôle et/ou poétique, avec un vendeur de DVD pirates et deux vieilles qui se baladent avec un aquarium et deux poissons rouges. Dans la dernière partie, Panahi roule avec sa nièce, et sa vivacité et son humour apportent énormément au film ; l'avocate Nasrin Stoudeh passe également quelque temps dans le taxi. Le film se termine (sans que ce soit un gros spoil) sur le vol de la caméra, ce qui est une pirouette assez habile pour clore un film de ce genre, tout en ouvrant la possibilité que les aventures continuent.

Et c'est un film très réussi, malin dans sa mise en scène – trois caméras dans la voiture, quelques moments où des personnages filment avec leur téléphone, ce qui permet d'avoir quelques points de vue différents. Malgré l'unité de lieu, on ne s'ennuie pas, tout ça est très bien rythmé et habilement scénarisé. Le montage et le filmage sont plutôt impressionnant, on a vraiment l'impression d'être devant un documentaire et que tout a été fait en une prise de 1h22, même si c'est plutôt improbable…
Même si le film pourrait n'être vu que comme une simple balade dans Téhéran (bien que pas très touristique), Jafar Panahi parle habilement de sa situation et de celle de son pays, notamment via sa nièce qui cherche à tourner un film « diffusable » (qui passerait la censure). De la même façon,  l'avocate Nasrin Stoudeh n'est pas ici par hasard.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #Ours d'Or, #Iran

Publié le 25 Août 2024

Alain Ughetto raconte, à la première personne, l'histoire de sa famille. Son grand-père Luigi est un agriculteur (très) pauvre du Piémont, qui avec ses frères traverse les Alpes l'hiver pour venir travailler en France, dans des conditions particulièrement difficiles, à la construction du tunnel du Simplon. À cette occasion, il rencontre sa future femme Cesira. Après la naissance de plusieurs enfants, une guerre de colonisation en Libye puis la première guerre mondiale, après des morts de faim, de la grippe espagnole, de la guerre, le couple se décide à partir en France pour fuir le fascime qui arrive. Ils s'installent dans une petite maison avec un terrain, qu'ils appellent le Paradis, en espérant que ce petit coin du monde le devienne.

C'est donc une histoire tragique, comme le sont souvent les histoires de migration. Malgré les malheurs qui s'abattent sur cette famille, le film évite le pathos. Alain Ughetto choisit de raconter cette histoire d'une manière originale : le film s'ouvre avec des plans sur ses mains qui fabriquent les décors et les personnages qu'il va mettre en scène. Rapidement, Ughetto met en place un dialogue entre lui et sa grand-mère, à qui il demande de lui raconter son histoire – au fur et à mesure du film cet artifice s'estompe un peu. Ughetto ne montre que ses mains (et une fois ses pieds) ; cette façon de raconter l'histoire tout en montrant comment elle est construite est poétique, maline, et ne casse jamais la machine narrative – il est probablement aidé par le fait qu'on sait qu'il s'agit d'une histoire vraie.
Je regrette un peu la fin du film, qui apparait brusquement, sans que l'histoire semble s'être close. Mais il en faudrait plus pour ne pas recommander Interdit aux chiens et aux Italiens.

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Publié le 24 Août 2024

La Zone d'intérêt (Jonathan Glazer, 2023)

Rudolf Höss (Christian Friedel) dirige le camp d'Auschwitz, et s'est installé avec sa femme Hedwig (Sandra Hüller) et ses enfants dans une grande maison coquette avec un joli jardin, juste derrière les murs du camp. Il vit sa petite vie, jusqu'au jour où il est promu inspecteur des camps de concentration, promotino qui implique qu'il parte, mais Hedwig n'est pas prête à laisser sa maison derrière elle.

Durant la grande partie du film, il ne se passe pas grand-chose : on suit le quotidien banal d'une famille d'Allemands pendant la Seconde guerre mondiale : une fête d'anniversaire, une baignade dans la rivière, la visite de Maman, le jardin, une fête autour de la piscine… Mais le camp d'Auschwitz est (presque) toujours visible derrière les massifs de fleurs, et un bruit de fond sourd et continu habite le film en permanence. On ne voit jamais ce qu'il se passe mais on devine tout le temps ce qu'il se passe, et la scène la plus banale prend toute l'ampleur de cet hors-champ monstrueux. Tout devient incroyable et invraisemblable : comment peut-être avoir cette vie ordinaire à quelques dizaines de mètres de l'horreur la plus totale ? et ce sans ignorer qu'elle existe ?
Jonathan Glazer filme à distance* (il n'y a quasiment aucun gros plan), la lumière est plate, les couleurs un peu ternes, les cadres fixes et souvent frontaux. Il ne cherche pas à faire de la psychologie avec ses personnages, il filme comme s'il ne faisait que documenter.
Il y a quelques séquences en noir et blanc, filmées à la caméra thermique, avec des travellings et des gros plans (peu mais quand même), qui m'ont rappelé certaines des recherches formelles de Under the Skin : elles montrent une des filles de Rudolf Höss qui, la nuit, part cacher des pommes pour les prisonniers. Ces séquences sont presque irréelles, hors du film, comme si l'idée d'une forme de résistance à l'horreur était forcément du registre du fantastique (impression accentuée par le fait qu'on entend, en voix off, Rudolf Höss lire des contes à ses enfants).
Vers la fin du film, Rudolf Höss se rend à Berlin pour ses nouvelles fonctions ; après une réception arrosée, alors qu'il semble malade, il a l'air d'avoir une vision : les femmes de ménage qui, à l'époque actuelle, travaillent au musée du camp d'Auschwitz. On retrouve l'idée de quotidien banal, des gestes normaux que font ces femmes, au milieu de l'horreur (les montagnes de chaussures ou de valises) : c'est une autre façon de montrer la même idée que celle développée dans le film ; je trouve ça brillant.
C'est un film impressionnant, qui m'a laissé un peu sonné par la puissance de ce qu'il montre et par la force des moyens mis en œuvre pour le raconter.

* * *

* Il utilise une technique de filmage assez originale : il a placé/caché des caméras un peu partout dans la maison et dans le jardin, et surveille le tournage depuis une cabine située à l'extérieur.

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Publié le 18 Août 2024

Oncle Boonmee est malade des reins, il n'en a probablement plus pour très longtemps. Il est retourné dans son exploitation agricole avec sa belle-sœur et son neveu. Des fantômes de son passé lui apparaissent.

C'est dingue, encore une Palme d'or qui ne m'a procuré rien d'autre qu'un ennui mortel. Oncle Boonmee est long, il ne s'y passe rien ; on ne comprend pas grand-chose ; les fantômes ne parviennent pas à apporter de la magie – et encore moins de l'émotion ! – au récit, les dialogues sont creux et ne nous disent pas grand-chose sur les personnages, leurs vies, leurs désirs, leurs regrets ; les personnages n'existent pas, ce ne sont que des esquisses de silhouettes. Il y a aussi une histoire de princesse et de poissons-chats, je continue à me demander ce qu'elle vient faire ici. Probablement une histoire de vie antérieure annoncée par le titre, mais comme il n'y a aucun lien avec le reste du récit, je ne comprends pas l'intérêt – d'ailleurs je n'ai pas vu ces fameuses vies antérieures dans le film.
Ce n'est pas mal filmé, mais il n'y a pas de quoi se relever la nuit non plus.
J'aurais vraiment aimé apprécier ce film, pourtant, mais j'en ressors sans rien à me mettre sous la dent ; à aucun moment je n'ai été touché par quoi que ce soit. Encore une fois, je ne comprends pas du tout l'attribution de la Palme, et je ne comprends pas ce que les critiques y ont vu – au point que j'en viens à me demander si on a vu le même film, tellement les critiques semblent parler de choses que je n'ai vues nulle part.

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