Publié le 1 Février 2021

Mireille est une jeune femme d'origine haïtienne, installée à Miami avec son mari Michael et leur bébé Christophe. Alors qu'elle rend visite à ses parents riches, repartis vivre à Haïti, elle se fait enlever par des rançonneurs. Son calvaire s'intensifie après quelques jours, quand les ravisseurs se rendent compte que le père de Mireille ne paye pas de rançon. Elle vit l'enfer : viols, violences, coups, brûlures, torture... Treize jours de détention durant lesquels elle se bat, se débat, ne lâche rien tout en lâchant autant que possible tout ce qui la retient à son passé : devenir personne est sa seule façon de supporter l'insupportable.
Pourtant, au bout de treize jour arrive la rançon, et la libération. Mais comment se reconstruire, comment retrouver les gens qu'on aime quand on se sent menacée en permanence, quand tout le monde peut être un danger, quand on n'est plus personne, quand on est morte sans avoir été tuée ?

J'entrais à reculons dans ce roman à la lecture de la 4e de couverture, je l'avoue. Découvrir qu'il est écrit à la première personne m'a étonnamment rassuré, sans que je comprenne bien pourquoi.
C'est tout de même un roman difficile, violent, à ne pas conseiller à tout le monde (mais il m'a moins terrifié que My Absolute Darling). Il est construit en deux parties, la première sur les treize jours de détention, durant lesquels de nombreux flash-backs viennent alléger un peu l'insoutenable. La seconde partie est celle de la reconstruction, pas plus facile. C'était beau, c'était dur.

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Publié le 26 Janvier 2021

Jeffrey Lebowski, dit « le Dude » (Jeff Bridges), est un branleur magnifique, un fainéant attachant qui passe ses journées à fumer de la weed et à jouer au bowling avec ses potes Walter Sobchak (John Goodman), un vétéran du Viêt Nam complotiste et Donny (Steve Buscemi), un type toujours à la masse.
Le problème du Dude, c'est qu'il a un homonyme parfait, un millionnaire dont la femme endettée se fait enlever. Le Dude, sans rien demander à personne, se retrouve au milieu de toutes des histoires de malfrats et de gros sous.

C'est aujourd'hui un classique du cinéma, tout a sans doute déjà été dit sur ce film. C'est drôle, les acteurs sont parfaits (très peu de personnages féminins), la mise en scène se permet des séquences de trip autour du bowling. Le scénario est complètement abracadabrantesque, sans doute volontairement et inutilement compliqué par les frères Coen, avec des personnages idiots et/ou incapables (c'est d'ailleurs la même mécanique qui sera utilisée pour Burn after reading).

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Publié le 22 Janvier 2021

Au XVe siècle, le jeune roi Sejong est porteur de nouvelles idées progressistes. Féru de sciences, il rencontre un peu par hasard Jang Yeong-sil, un esclave cultivé, intelligent et doué de ses mains, qui lui construit une horloge hydraulique. Impressionné, Sejong fait de lui un savant officiel, et le charge de travailler sur une horloge plus précise et sur un calendrier stellaire. Sauf que l'Empereur ne l'entend pas de cette oreille : il est hors de question qu'un roi décide du temps, prérogative qui appartient à l'empereur seul.

C'est un film sur l'amitié entre deux hommes, basé sur des faits historiques, même si vraisemblablement les choses ont été un peu romancées ici ou là. C'est touchant, bien écrit, sensible, et il faut souligner la performance de Choi Min-sik (l'acteur principal d'Old boy), à fleur de peau, toutes les émotions semblent défiler sur son visage, c'est magnifique. Le travail sur les cadres et la couleur est remarquable, c'est un beau film. C'est juste dommage qu'il n'y ait aucune femme dedans.

Ce film m'a fait regretter de ne pas mieux connaître l'histoire de la Corée : certains détails de l'histoire m'ont échappé – mais ce n'est pas vraiment un obstacle à la compréhension du film. Celui-ci décrit en tout cas un pays très strict, très protocolaire, avec une sorte de système de castes (un esclave devenant un savant de la cour du roi !). C'est assez étrange de regarder ça de loin – mais la cour de Louis XIV doit être au moins aussi exotique pour un Coréen.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #Corée

Publié le 21 Janvier 2021

Les cordelettes de Browser est constitué de plusieurs histoires indépendantes qui se répondent les unes les autres, comme autant de courts romans (longues nouvelles ?) d'un même cycle.

Dreamer Wallace
Âgé de plusieurs dizaines de milliers d'années, Dreamer Wallace s'ennuie un peu dans sa belle maison. Depuis que le temps s'est arrêté, plus rien ne peut advenir, et c'est très bien comme ça. L'humanité est réduite à quelques milliers de personnes qui vivent sur des territoires immenses, isolées, manipulant des cordelettes cachées dans une console individuelle qui leur permettent de tout modifier à loisir.
Spencer Jack est le Responsable du Placard, une boite ouvrant sur un noir absolu et infini, dans lequel disparait à jamais ce qu'on y jette. Wallace, en quête d'une idée oubliée (la « mort »), pousse Spencer Jack dans le placard, qui disparaît. Dreamer Wallace est lui-même jugé à y être envoyé par les autres Responsables, bien embêtés de se retrouver face à un évènement.

David Hale Browser
Browser est un pilote, sans doute le meilleur de tous. L'humanité s'étiole, s'ennuie, tout a déjà été fait, pensé ou vécu depuis des siècles, l'expansion est finie (p. 50) : Browser est chargé d'aller aux confins de l'univers trouver une brèche vers un nouvel univers (?) Browser part seul pour un voyage éternel. Passant plusieurs mondes colonisés, où l'humanité revient à l'état sauvage, il arrive aux limites de l'univers, où l'espace et le temps n'existent plus. Il y trouve le Placard et la première console, qui ouvrent les portes de l'Éternité.

Le Puits d'Anita
Anita travaille dans le Puit, une vaste opération visant à creuser jusqu'au centre de la Terre d'un côté et de l'autre – c'est un des derniers projets d'envergure de l'humanité. Alors qu'elle doit donner un tour de Vis final permettant de rejoindre les deux Puits, elle perd connaissance.
Elle se réveille en Amérique du Sud, seule, dans un monde dévasté et quasiment vide. Elle découvre des compagnons de route et la citadelle du terrible Baron, qui surveillait les travaux dans le Puit. Anita se révolte, retourne dans le Puit et tourne la vis dans l'autre sens : elle se réveille dans un nouveau monde, où elle rencontre Eliedo, le creuseur de l'autre côté du Puit. Amour, passion. Elle finit par s'ennuyer auprès de lui, dans ce monde vide et immobile, et se dirige de nouveau vers le Puit, pendant qu'Eliedo, revenu à la vie sauvage, la traque.
Voici les récits qu'Anita se construit à l'aide de sa Console depuis le début de l'Éternité.

Viv et les fantômes
Viv est condamnée à se passer et se repasser en boucle les mêmes évènements de sa vie. Elle est particulièrement obsédée par un moment particulier, au cours duquel elle réalise que ses grands-parents s'intéressent plus à sa cousine qu'à elle-même.

Carnaval
Edwin, Edgar, Elias et Edmund, sur leur Mécanique, se dirigent chacune de leur côté vers la Ville, lieu du Carnaval, qui permet une fois par an à des participants de fuir l'ennui. Chacun d'entre eux a conçu un jeu qui doit durer 24 heures : discussion philosophique, insurrection au sein d'un hôpital, partie de cache-cache… C'est le quatrième jeu, organisé par Elias, qui donne une autre tournure aux évènements : Elias n'a rien trouvé de mieux, pour sortir de son ennui, que la chasse à l'homme.

Eliedo
Lassée de ses jeux, Anita s'apprête à rejoindre Elias pour un Carnaval, quand elle se fait enlever par une bande de rebelles. Réfugiés dans la jungle, ces derniers refusent l'Éternité, ont brisé leur console, et voient le monde tel qu'il est : en train de pourrir. Ce groupe de rebelles est guidé par Eliedo, qui ressemble trait pour trait à l'homme auquel fantasmait Anita. Amour, passion, qui s'étiole petit à petit. La révolution se monte, la guerre éclate, les consoles sont détruites, le monde retrouve une histoire.

Le fil de l'histoire
L'histoire étant revenue, les jeux de pouvoirs aussi, et avec eux la guerre, l'esclavage, la mort, la souffrance. Elias est un des généraux les plus impitoyables et redoutés d'une dictature qui s'est installée. Des groupes de rebelles se créent, les guerres deviennent inévitables.

Consolation
De nouveau des scientifiques essayent de comprendre les mystères de l'univers et du temps. Il reste peu de gens qui aient connu le temps de l'Éternité, dont une femme, âgée et malade, qui a connu Browser lui-même.

Autant le dire d'emblée : la science n'intéresse vraisemblablement pas Tristan Garcia (on peut d'ailleurs s'interroger sur le fait de classer ce roman dans la science-fiction, mais bref). Il est plutôt guidé par l'idée poétique, fantastique et vertigineuse de fin du temps, et par les possibilités infinies qu'offre la possibilité de modifier le réel grâce aux consoles.
Les premiers épisodes sont passionnants, vertigineux, inventifs : j'ai été bluffé par les mondes qu'invente Garcia, par sa capacité à donner différents visages à ses principes, à tirer le fil de son idée. C'est bien rythmé, ça se dévore. Je trouve que ça s'essouffle vers la fin, notamment dans la dernière partie (Le fil de l'histoire), qui n'était peut-être pas nécessaire : l'épisode précédent (Eliedo) raconte déjà une révolution face à un ordre puissant et un peu injuste, Le fil de l'histoire, d'un certain sens, est une redite. Et on est dans un autre registre : Garcia invente une nouvelle histoire de l'humanité, et je trouve qu'il s'y perd un peu.
Peu importe, c'est un roman formidable. C'est le deuxième livre de Tristan Garcia que je lis, après l'extraordinaire Mémoires de la jungle, et je vais clairement continuer l'exploration de son œuvre.

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Publié le 20 Janvier 2021

Le marionnettiste dans la dèche Craig Schwartz est poussé par sa compagne Lotte, tenant une ménagerie chez elle et dans une boutique, à trouver un job. Craig est embauché dans une entreprise de classement de dossiers, situé au 7e étage et demi d'un immeuble new-yorkais. Il flashe sur Maxine, qui travaille au même étage. Mais surtout il découvre une porte qui lui permet, l'espace d'un quart d'heure, d'habiter dans la peau de John Malkovitch.

Rien n'a de sens dans ce film écrit par Charlie Kaufman (scénariste entre autres d'Eternal Sunshine of the Spotless Mind), mais la logique de l'absurde y est brillamment menée jusqu'au bout. On pense bien sûr à Alice au pays des merveilles, référence rendue explicite par le terrier qui amène à Malkovitch. Ça s'essouffle peut-être un petit peu à un moment, mais le film tient son propos jusqu'au bout – Dupieux, avec Le Daim, avait fait le choix inverse de restreindre son propos et de faire un film très court.
La mise en scène n'est pas toujours très habile (des champs/contre-champs un peu appuyé), mais ça tient bien la route (Her, du même réalisateur, est bien plus maîtrisé) ; les acteurs et actrices sont formidables.
C'est un film particulièrement étrange, particulièrement réussi, particulièrement intriguant.

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Publié le 19 Janvier 2021

La famille de Rachel, 9 ans, est un peu trop présente chez elle : une mère juive possessive (Agnès Jaoui), un père (Denis Podalydès) un peu absent qui parle peut-être un peu trop de son enfance, une grand-mère âgée, installée dans la chambre de la petite fille. Rachel arrive dans une nouvelle école, où elle devient amie avec Valérie, une jeune fille intrépide qui dit des gros mots.

C'est une belle chronique de l'enfance, légère, drôle, tragique. Le film est très beau, inventif dans la mise en scène, avec une belle attention aux couleurs. Les actrices (règle de majorité) sont formidables, en particulier Agnès Jaoui, qui est vraiment une actrice impressionnante.

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Publié le 18 Janvier 2021

Bob Razowski réalise son rêve : il entre à l'université des monstres pour devenir une terreur d'élite. Mais il a beau avoir lu tous les livres possibles et imaginables, il n'est pas très effrayant. Dans sa classe se trouve Jack Sullivan, héritier d'une longue lignée de terreurs qui se repose sur ce seul héritage.
Une maladresse les renvoie tous les deux de la classe, il ne leur reste plus qu'un seul moyen de réintégrer le cursus : remporter le concours de l'université désignant l'équipe la plus terrifiante.

Ce film est un prequel du formidable Monstres et Cie. Il est au moins aussi réussi : c'est drôle, inattendu, intelligent, merveilleusement rythmé et animé. Les questions d'héritage et de dons sont abordés d'une façon plutôt subtile.
Ils sont quand même forts chez Pixar (et c'est incomparable avec la purge qu'était Hôtel Transylvanie 2).

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