Publié le 16 Octobre 2020

La riche Ruth Van Rydock s'inquiète pour sa sœur Carrie-Louise. Elle en parle à miss Marple, et lui demande s'il lui serait possible de lui rendre visite, mine de rien, savoir ce qui se passe ?
Miss Marple se rend donc chez son ancienne amie, riche héritière habitant dans un grand domaine. Son troisième époux, Lewis Serrocold, tient une fondation visant à sortir des jeunes de la délinquance par la pratique du théâtre.
Dans le domaine vivent Mildred, austère fille de Carrie-Louise, veuve d'un chanoine ; Juliet Bellever, la domestique d'importance touche-à-tout ; Gina, la fille de la fille adoptive de Carrie-Louise, accompagnée de son époux américain Wally Hudd, qui n'est pas enchanté d'être là ; Stephen et Alex, fils d'un premier époux de Carrie-Louise ; Edgar Lawson, l'assistant de Lewis un peu fou ; et d'autres personnages plus ou moins importants.
Et donc, que se passe-t-il ? Une tentative d'empoisonnement, un meurtre ? Miss Marple, mine de rien, mène l'enquête.

C'est un roman policier qui met du temps à commencer vraiment (il faut arriver à la moitié pour comprendre de quoi il retourne), tant Agatha Christie a besoin de temps pour poser le décor et les personnages. Pour autant, cette mise en place est agréable, pleine d'humour dans l'observation des rapport humains.
L'intrigue est à la fois simple et compliquée, les personnages étant forcément innombrables, le dénouement est un peu précipité et manque peut-être de finesse. C'est clairement une mécanique moins parfaitement agencée que pour Ils étaient dix.
Mais ce n'est pas grave, on prend du plaisir quand même à la lecture.

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Publié le 11 Octobre 2020

Une femme a été tuée et violée dans une petite ville de Corée. L'enquête piétine, un inspecteur de Séoul se porte volontaire pour aider les policier locaux, aux méthodes plutôt artisanales et violentes : ils ont beau essayer de retirer des aveux par la torture, les meurtres se multiplient.

C'est donc le dernier film de Bong Joon-ho qu'il me restait à voir, et son deuxième, après Barking Dogs Never Bite et avant The Host. Et c'est une merveille. Le scénario est tendu comme un polar, la mise en scène est magistrale, les acteur·trice·s parfaits. Il se passe plein de choses dans les cadres, l'humour vient souvent par les arrière-plans qui sont souvent riches, il joue sur les ensembles et les groupes dans le cadre pour suggérer des enjeux.
Comme souvent, il y aurait sans doute des milliers de lignes à écrire sur ce film, mais j'imagine que quelqu'un de plus talentueux que moi s'en occupera – comme Tony Zhou de la chaîne Youtube Every Frame a painting, qui s'occupe justement de la façon de composer les groupes de personnages de ce film.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #Polar, #Corée

Publié le 10 Octobre 2020

Mima est une jeune chanteuse de J-pop qui décide d'abandonner sa carrière pour devenir actrice. Elle trouve un petit rôle dans une série policière qui prendre de l'ampleur au fur et à mesure qu'il se noircit, notamment à cause d'une scène de viol. Certains de ses fans ne la reconnaissent pas, et elle-même est en prise avec son ancienne image.

Satoshi Kon, c'est le pas mal Millenium actress (2001), le très beau Tokyo Godfathers (2003) l'éblouissant Paprika (2006), et avant tout ça c'est Perfect Blue, son premier long-métrage.
C'est un film qui a de nombreuses qualités : la réalisation est habile et intelligente, les effets de montage déjà bien conçus. Perfect Blue traite déjà du mélange entre la fiction et la réalité, thème que Satoshi Kon creusera dans toute son œuvre (Millenuim actress repose d'ailleurs sur des prémisses similaires un peu similaires à PB). Ici, il y a de nombreux niveaux de fiction/réalité : ce que vit Mima ; la star de J-pop qu'elle fut qui vient la hanter ; la série qu'elle est en train de tourner ; ce qu'imagine un fan de Mima… Tout ça s'entremêle, se répond, on ne sait jamais vraiment au début d'une scène dans quel niveau on est, et au final, on ne sait pas trop quelle est la « réalité » : c'est tout l'intérêt de ce récit de nous perdre, et c'est très bien manigancé.
Mais c'est aussi un film qui a des défauts, à commencer par l'animation, qui bien que globalement réussie, pêche à certains endroits : de nombreux plans sont statiques, les foules sont maximum animées sur trois images… J'imagine que Satoshi Kon a sans doute été limité par le budget, on lui pardonne.
Pour moi, le défaut le plus grave, c'est qu'on est dans le « torture porn » : la scène de viol de Mima est inutilement longue, on la voit souffrir et crier la moitié du film… J'avoue que c'est gênant, d'autant plus que ce sont, j'ai l'impression, autant des scènes horrifiantes qu'un peu excitantes (dans l'esprit du réalisateur, j'entends), que leur violence est un peu gratuite et complaisante. Franchement, je me serais bien épargné une partie du film, tout en gardant sa construction.

Il ne me reste plus qu'à voir sa série Paranoia Agent (13 épisodes, c'est dans mes cordes), et j'aurais fait le tour de sa filmographie.

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Publié le 3 Octobre 2020

Ce film raconte l'histoire vraie du dessinateur et peintre Josep Bartolí, un catalan républicain qui a fui le régime de Franco en 1939 pour se réfugier en France. À la frontière, il a été placé, avec d'autres compatriotes, dans un camp de concentration. Le film décrit cet enfer concentrationnaire, en se focalisant sur Josep et sur un gendarme, qui bien que du mauvais côté du bâton, fait ce qu'il peut pour aider les réfugiés.

Le film est bâti sur des allers-retours, autour d'un grand-père mourant qui raconte ses souvenirs dans le camp. On y croise des salauds, des gens qui font ce qu'ils peuvent, des victimes, des martyrs, Frida Kahlo…
Une fois qu'on s'est habitué au style d'animation, jouant sur des images-clé plutôt que sur des mouvements fluides, c'est vraiment un très beau film, touchant et poignant, avec une très belle musique. On parle peu de ces camps de concentration créés avant le régime de Vichy pour accueillir les réfugiés espagnols, il y a comme toujours avec les films historiques des ponts à dresser avec le présent.
J'avoue avoir mis sans doute un peu trop longtemps avant de comprendre que c'était une histoire, que les dessins de Josep, aussi sublimes que glaçants, sont de vrais dessins de Josep Bartolí, dont je n'avais jamais entendu parler, et sur lesquels j'ai furieusement envie de me pencher.

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Publié le 1 Octobre 2020

Rosie et son jeune mari Fred emménagent chez Stanley Hyman et l'écrivaine Shirley Jackson1. Fred débute un travail d'assistant de Stanley Hyman, enseignant à l'université. Dès leur arrivée, Stanley demande à Rosie de s'occuper de leur maisonnée, Shirley étant manifestement en dépression et incapable de gérer les tâches domestiques – sans même parler d'écrire.

C'est un film sur l'emprise masculine, c'est un film sur une femme au travail, c'est un film sur l'émancipation.
Shirley et Rosie sont en lutte avec leurs maris respectifs – voire avec celui de l'autre. Stanley Hyman est un personnage ambigu et intéressant, à la fois bienveillant et autoritaire, attentionné et trop présent, drôle et oppresseur. On imagine qu'il essaye de bien faire, d'être à l'écoute, mais il est trop patriarcal pour vraiment être un allié. Fred, le mari de Rosie, est plus franchement un crétin abusif, dont Rosie va progressivement se libérer au contact de Shirley Jackson, une femme pleine d'esprit, indépendante, intelligente, en lutte contre elle-même et contre le reste du monde.
En sévère dépression au début du film, Shirley se libère petit à petit au fur et à mesure de l'écriture de son roman. Rosie, jeune femme intelligente qui aurait manifestement bien aimé poursuivre ses études au lieu de devenir domestique, trouve son émancipation au contact de Shirley.

Bien que plutôt linéaire, le récit est plein de « trous » : on débarque dans la vie de Shirley et Stanley en même temps que Rosie et Fred, sans savoir ce qui fonde leur couple, ce qui a bien pu se passer avant, on l'apprendra petit à petit. En cela l'écriture est assez remarquable, tout autant que la réalisation, avec cette caméra organique, troublante, sensuelle, parfois un peu dérangeante, mais dans tous les cas très personnelle et belle.
Mais pourtant, je dois bien avoir avoir été plus marqué par Madeline's Madeline, le film précédent de Josephine Decker : sans doute la découverte d'un nouveau style de cinéma, un récit plus éclaté qui rend l'expérience forte… Il n'empêche que Shirley est un film magnifique.

* * *

1. Je me suis rendu compte après coup que la BD La Loterie, de Miles Hyman, est une adaptation d'une nouvelle de Shirley Jackson. Miles Hyman est d'ailleurs son petit-fils.

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Publié le 29 Septembre 2020

Autant le dire, Cahier d'un retour au pays natal est une œuvre obscure. Ça tient sans doute au fait que je n'ai pas tant que ça l'habitude de la poésie, j'imagine que c'est plus un problème qui vient de moi que de Césaire lui-même. Mais je l'avoue : je n'ai pas vraiment compris la moitié du livre. C'est très bien écrit, c'est très beau, mais toute la première moitié du livre, je n'ai pas compris de quoi il parle.
Il me semble qu'il décrit une ville antillaise, sa vie, ses formes, ça grouille et ça décrépit. Un court passage sur sa famille et sa mère qui pédale sur une Singer m'a donné un peu de quoi m'accrocher.
À partir de la moitié, ça devient un peu plus concret pour moi ; il évoque notamment l'histoire des Noirs, leur traitement, leur statut de sous-humain :

Que de sang dans ma mémoire ! Dans ma mémoire sont des lagunes. Elles sont couvertes de têtes de morts. Elles ne sont pas couvertes de nénuphars. Dans ma mémoire sont des lagunes. Sur leurs rives ne sont pas étendues des pages de femmes.
Ma mémoire est entourée de sang. Ma mémoire a sa ceinture de cadavres !
et mitraille de barils de rhum génialement arrosant nos révoltes ignobles, pâmoisons d'eux doux d'avoir lampé la liberté féroce. (p. 35)

Un peu plus loin :

Non, nous n'avons jamais été amazones du roi de Dahomey, ni princes de Ghana avec huit cents chameaux, ni docteurs à Tombouctou Askia le Grand étant roi, ni architectes de Djenné, ni Mahdis, ni guerriers. [...] je veux avouer que nous fûmes de tout temps d'assez piètres laveurs de vaisselle, des cireurs de chaussures sans envergure [...] (p. 38 et suivant)

Mais dans l'ensemble, c'est trop abstrait pour moi. Et je me demande où réside la force politique d'un texte aussi opaque ? Cahier… signe la naissance de la « négritude », c'est un texte fondamental dans plein de domaines, mais quelque chose m'échappe dans ce texte et dans son statut. Encore une fois, c'est sans doute moi qui n'ait pas les outils pour le comprendre.

Je regrette quand même une objectivisation des femmes :

Puis je me tournais vers des paradis pour lui et les siens perdus, plus calme que la face d'une femme qui ment [...] (première page)
Noël n'était pas comme toutes les fêtes. Il n'aimait pas à courir les rues, à danser sur les places publiques, à s'installer sur les chevaux de bois, à profiter de la cohue pour pincer les femmes, à lancer des feux d'artifice au front des tamariniers. (p. 15
)

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Publié le 29 Septembre 2020

Des forains arrivent dans un village du Berry pour installer manèges et jeux : c'est la fête !
François le facteur (Tati himself), découvre un film sur la poste américaine, hélicoptères, motos en feu… Il décide de devenir facteur « à l'américaine » et de foncer sur son vélo. Mais tout le monde se fout de sa gueule.

Le film commence comme un documentaire pour devenir plus burlesque quand le facteur entre en scène. On est dans un burlesque assez classique, peut-être pas toujours très inspiré (le râteau), qui manque ici ou là un peu de rythme, mais qui fait mouche quasiment tout le temps. On voit ici ou là la préfiguration de ce qui fera l'humour de Tati, notamment dans le bureau de poste, avec le son qui souligne un hors champ grotesque et mystérieux : ce travail sur le son se retrouvera souvent par la suite il me semble.
On peut noter que les femmes ne sont pas à l'honneur dans ce film ; que le fait que tout le monde se foute de la gueule de François est un peu gênant.
Le discours est encore une fois assez critique de la modernité, plutôt perçue comme aliénante et presque inutile. Le film se termine sur un « retour à la nature », avec François qui aide au foin (il y a aussi le retour de l'enfant du début, devenu postier, c'est une belle image). Ce rapport à la modernité, opposé à une forme d'état de nature immobile, m'a rappelé ce que je m'étais dit à propos de Trafic.

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