Publié le 31 Octobre 2020

Le roman se déroule pendant un repas de famille interminable. Adrien, le narrateur, vient de se faire larguer par Sonia - enfin pardon, elle a décidé de "faire une pause". Adrien est dévasté, il lui a envoyé un message à 17h24 auquel elle n'a pas répondu, et pour ne rien arranger, son beau-frère lui a demandé de faire un discours à son mariage.

C'est un roman qui fonctionne sur des flash-backs : alors qu'il est dans ce repas, il repense à des moments passés, fait le bilan de sa vie tout en soulignant l'absurdité des choses. C'est plutôt bien écrit, c'est souvent bien vu, c'est drôle même si comme souvent chez Fabricato la mécanique se révèle un petit peu répétitive à la longue. C'est agréable à lire, mais vais-je m'en souvenir dans un an ?

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Publié le 28 Octobre 2020

Nous sommes autour de 1820 en Angleterre. Fanny Brawne (Abbie Cornish) est une jeune femme, couturière de noble famille. Elle s'éprend de son voisin, le jeune poète John Keats (Ben Whishaw), désargenté et mal aimé tant par la critique que par le public.

L'originalité, plutôt plaisante, de cette histoire d'amour tragique (assez classique dans le fond), c'est qu'elle est racontée du point de vue de Fanny Brawne. Keats est une figure un peu lointaine, même si portée par l'immense charisme de Ben Whishaw.
La photographie est magnifique, avec beaucoup de jeux de transparences, de voilages, de lumières. Il y a quelques belles idées de scènes (les papillons). Les acteurs et actrices sont parfaites, même si on peut regretter que les seconds rôles (la famille de Fanny Brawne) soient aussi inexistants. J'avoue avoir eu un peu de mal à rentrer dans le film, parce que j'ai l'impression que le scénario reste un peu à distance, avec beaucoup de silences que je n'ai pas trouvés éloquents – c'est-à-dire que je n'ai pas compris ce qui était manifestement sous-entendu, ce qui est embêtant. Et tout le film est un peu comme ça, en dehors, à l'extérieur, il se rapproche de temps en temps des deux personnages principaux, mais c'est tout. C'est dur de se sentir concerné, d'être avec les personnages. Heureusement ça s'arrange un peu au cours du film.
Je crois qu'un autre élément qui m'a un peu gêné, c'est la pauvreté de la mise en scène. Champ/contre-champ/champ/contre-champ/raccord dans l'axe/champ/contre-champ… C'est vraiment pas inventif, et c'est très dommage. (Je suis sans doute influencé par le fait que le dernier film que j'ai vu, c'est Memories of murder, qui est une magistrale leçon de mise en scène)

J'avais très envie de voir ce film à sa sortie, mais je l'avais raté. Je dois admettre que je suis déçu.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #Royaume-Uni

Publié le 16 Octobre 2020

La riche Ruth Van Rydock s'inquiète pour sa sœur Carrie-Louise. Elle en parle à miss Marple, et lui demande s'il lui serait possible de lui rendre visite, mine de rien, savoir ce qui se passe ?
Miss Marple se rend donc chez son ancienne amie, riche héritière habitant dans un grand domaine. Son troisième époux, Lewis Serrocold, tient une fondation visant à sortir des jeunes de la délinquance par la pratique du théâtre.
Dans le domaine vivent Mildred, austère fille de Carrie-Louise, veuve d'un chanoine ; Juliet Bellever, la domestique d'importance touche-à-tout ; Gina, la fille de la fille adoptive de Carrie-Louise, accompagnée de son époux américain Wally Hudd, qui n'est pas enchanté d'être là ; Stephen et Alex, fils d'un premier époux de Carrie-Louise ; Edgar Lawson, l'assistant de Lewis un peu fou ; et d'autres personnages plus ou moins importants.
Et donc, que se passe-t-il ? Une tentative d'empoisonnement, un meurtre ? Miss Marple, mine de rien, mène l'enquête.

C'est un roman policier qui met du temps à commencer vraiment (il faut arriver à la moitié pour comprendre de quoi il retourne), tant Agatha Christie a besoin de temps pour poser le décor et les personnages. Pour autant, cette mise en place est agréable, pleine d'humour dans l'observation des rapport humains.
L'intrigue est à la fois simple et compliquée, les personnages étant forcément innombrables, le dénouement est un peu précipité et manque peut-être de finesse. C'est clairement une mécanique moins parfaitement agencée que pour Ils étaient dix.
Mais ce n'est pas grave, on prend du plaisir quand même à la lecture.

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Publié le 11 Octobre 2020

Une femme a été tuée et violée dans une petite ville de Corée. L'enquête piétine, un inspecteur de Séoul se porte volontaire pour aider les policier locaux, aux méthodes plutôt artisanales et violentes : ils ont beau essayer de retirer des aveux par la torture, les meurtres se multiplient.

C'est donc le dernier film de Bong Joon-ho qu'il me restait à voir, et son deuxième, après Barking Dogs Never Bite et avant The Host. Et c'est une merveille. Le scénario est tendu comme un polar, la mise en scène est magistrale, les acteur·trice·s parfaits. Il se passe plein de choses dans les cadres, l'humour vient souvent par les arrière-plans qui sont souvent riches, il joue sur les ensembles et les groupes dans le cadre pour suggérer des enjeux.
Comme souvent, il y aurait sans doute des milliers de lignes à écrire sur ce film, mais j'imagine que quelqu'un de plus talentueux que moi s'en occupera – comme Tony Zhou de la chaîne Youtube Every Frame a painting, qui s'occupe justement de la façon de composer les groupes de personnages de ce film.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #Polar, #Corée

Publié le 10 Octobre 2020

Mima est une jeune chanteuse de J-pop qui décide d'abandonner sa carrière pour devenir actrice. Elle trouve un petit rôle dans une série policière qui prendre de l'ampleur au fur et à mesure qu'il se noircit, notamment à cause d'une scène de viol. Certains de ses fans ne la reconnaissent pas, et elle-même est en prise avec son ancienne image.

Satoshi Kon, c'est le pas mal Millenium actress (2001), le très beau Tokyo Godfathers (2003) l'éblouissant Paprika (2006), et avant tout ça c'est Perfect Blue, son premier long-métrage.
C'est un film qui a de nombreuses qualités : la réalisation est habile et intelligente, les effets de montage déjà bien conçus. Perfect Blue traite déjà du mélange entre la fiction et la réalité, thème que Satoshi Kon creusera dans toute son œuvre (Millenuim actress repose d'ailleurs sur des prémisses similaires un peu similaires à PB). Ici, il y a de nombreux niveaux de fiction/réalité : ce que vit Mima ; la star de J-pop qu'elle fut qui vient la hanter ; la série qu'elle est en train de tourner ; ce qu'imagine un fan de Mima… Tout ça s'entremêle, se répond, on ne sait jamais vraiment au début d'une scène dans quel niveau on est, et au final, on ne sait pas trop quelle est la « réalité » : c'est tout l'intérêt de ce récit de nous perdre, et c'est très bien manigancé.
Mais c'est aussi un film qui a des défauts, à commencer par l'animation, qui bien que globalement réussie, pêche à certains endroits : de nombreux plans sont statiques, les foules sont maximum animées sur trois images… J'imagine que Satoshi Kon a sans doute été limité par le budget, on lui pardonne.
Pour moi, le défaut le plus grave, c'est qu'on est dans le « torture porn » : la scène de viol de Mima est inutilement longue, on la voit souffrir et crier la moitié du film… J'avoue que c'est gênant, d'autant plus que ce sont, j'ai l'impression, autant des scènes horrifiantes qu'un peu excitantes (dans l'esprit du réalisateur, j'entends), que leur violence est un peu gratuite et complaisante. Franchement, je me serais bien épargné une partie du film, tout en gardant sa construction.

Il ne me reste plus qu'à voir sa série Paranoia Agent (13 épisodes, c'est dans mes cordes), et j'aurais fait le tour de sa filmographie.

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Publié le 3 Octobre 2020

Ce film raconte l'histoire vraie du dessinateur et peintre Josep Bartolí, un catalan républicain qui a fui le régime de Franco en 1939 pour se réfugier en France. À la frontière, il a été placé, avec d'autres compatriotes, dans un camp de concentration. Le film décrit cet enfer concentrationnaire, en se focalisant sur Josep et sur un gendarme, qui bien que du mauvais côté du bâton, fait ce qu'il peut pour aider les réfugiés.

Le film est bâti sur des allers-retours, autour d'un grand-père mourant qui raconte ses souvenirs dans le camp. On y croise des salauds, des gens qui font ce qu'ils peuvent, des victimes, des martyrs, Frida Kahlo…
Une fois qu'on s'est habitué au style d'animation, jouant sur des images-clé plutôt que sur des mouvements fluides, c'est vraiment un très beau film, touchant et poignant, avec une très belle musique. On parle peu de ces camps de concentration créés avant le régime de Vichy pour accueillir les réfugiés espagnols, il y a comme toujours avec les films historiques des ponts à dresser avec le présent.
J'avoue avoir mis sans doute un peu trop longtemps avant de comprendre que c'était une histoire, que les dessins de Josep, aussi sublimes que glaçants, sont de vrais dessins de Josep Bartolí, dont je n'avais jamais entendu parler, et sur lesquels j'ai furieusement envie de me pencher.

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Publié le 1 Octobre 2020

Rosie et son jeune mari Fred emménagent chez Stanley Hyman et l'écrivaine Shirley Jackson1. Fred débute un travail d'assistant de Stanley Hyman, enseignant à l'université. Dès leur arrivée, Stanley demande à Rosie de s'occuper de leur maisonnée, Shirley étant manifestement en dépression et incapable de gérer les tâches domestiques – sans même parler d'écrire.

C'est un film sur l'emprise masculine, c'est un film sur une femme au travail, c'est un film sur l'émancipation.
Shirley et Rosie sont en lutte avec leurs maris respectifs – voire avec celui de l'autre. Stanley Hyman est un personnage ambigu et intéressant, à la fois bienveillant et autoritaire, attentionné et trop présent, drôle et oppresseur. On imagine qu'il essaye de bien faire, d'être à l'écoute, mais il est trop patriarcal pour vraiment être un allié. Fred, le mari de Rosie, est plus franchement un crétin abusif, dont Rosie va progressivement se libérer au contact de Shirley Jackson, une femme pleine d'esprit, indépendante, intelligente, en lutte contre elle-même et contre le reste du monde.
En sévère dépression au début du film, Shirley se libère petit à petit au fur et à mesure de l'écriture de son roman. Rosie, jeune femme intelligente qui aurait manifestement bien aimé poursuivre ses études au lieu de devenir domestique, trouve son émancipation au contact de Shirley.

Bien que plutôt linéaire, le récit est plein de « trous » : on débarque dans la vie de Shirley et Stanley en même temps que Rosie et Fred, sans savoir ce qui fonde leur couple, ce qui a bien pu se passer avant, on l'apprendra petit à petit. En cela l'écriture est assez remarquable, tout autant que la réalisation, avec cette caméra organique, troublante, sensuelle, parfois un peu dérangeante, mais dans tous les cas très personnelle et belle.
Mais pourtant, je dois bien avoir avoir été plus marqué par Madeline's Madeline, le film précédent de Josephine Decker : sans doute la découverte d'un nouveau style de cinéma, un récit plus éclaté qui rend l'expérience forte… Il n'empêche que Shirley est un film magnifique.

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1. Je me suis rendu compte après coup que la BD La Loterie, de Miles Hyman, est une adaptation d'une nouvelle de Shirley Jackson. Miles Hyman est d'ailleurs son petit-fils.

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