Publié le 31 Août 2020

Ce film est l'adaptation du roman de Bret Easton Ellis, je l'ai déjà résumé une fois, pas la peine de se répéter.

On est ici dans une transcription relativement fidèle du roman. Paul Bateman reste le narrateur principal, même si forcément on n'a pas seulement son point de vue, ici ou là on a accès au « hors champ » de son récit, ce qui n'existait forcément pas dans le roman. Je pense notamment à la réaction des femmes face à lui, entre autres par rapport à la façon qu'il a de se mater quand il fait du sexe. La violence est largement diminuée par rapport au livre, ce qui semble prévisible, bien des scènes insoutenables du roman n'étant pas transposable à l'écran pour plein de raisons évidentes.
La folie du personnage et la fiction dans laquelle il vit est ici plus explicite, d'une part parce que le récit est plus resserré, d'autre part parce que Christian Bale joue cette folie, il perd de plus en plus pied. L'acteur est d'ailleurs formidable, charmant et terrifiant, jouant sur plein de registres à la fois.
L'ouverture du film, jouant sur l'ambiguïté meurtre/cuisine (qui préfigure le générique de Dexter) pour nous amener dans une salle de restaurant chic et superficielle, est particulièrement réussie.
(Et une réalisatrice !)

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #États-Unis

Publié le 25 Août 2020

Je ne vais pas me faire l'injure de résumer à moi-même Akira, alors que j'ai lu le manga et vu le film plusieurs fois.

Toujours est-il que je suis allé le voir hier soir au cinéma. C'est un film évidemment remarquable, graphiquement superbe, l'animation est renversante, il a influencé des pelletées de films après lui…
Cela étant dit, c'est un peu long, la fin n'en finit pas, ça crie beaucoup, ça aurait mérité d'être un peu simplifié ici ou là, d'être coupé à quelques endroits. Mais c'est une adaptation d'un manga de plus de 2000 pages, c'est un travail monstrueux et formidable.

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Publié le 25 Août 2020

Mathilde, fille d'un riche châtelain inventeur, a subi une tentative d'assassinat dans sa chambre jaune. Sauf que la porte de la chambre est verouillée de l'intérieur, que la fenêtre est fermée et ses barreaux intacts, sauf que quand on a ouvert la chambre, il n'y avait dedans personne d'autre que Mathilde.
La police, dirigée par le fameux inspecteur Larsan, est déjà sur place ; le juge de Marquet est en route. Mais c'est sans compter sur le jeune reporter Joseph Rouletabille, accompagné de son ami Sinclair, qui vont mettre leur grain de sel dans toute l'affaire.

On est dans un polar assez classique de l'époque du roman de Gaston Leroux (1907), dans la veine de Sherlock Holmes, où un personnage va grâce à sa seule logique dénouer toute l'affaire.
Le film est plein de charme, plutôt bien mené, on y trouve la moitié des grands acteurs du cinéma français. Hergé s'est inspiré de Rouletabille pour Tintin, et Denis Podalydès interprète le personnage dans un esprit très Tintin.
Il y a de légères touches d'humour ici et là, qui tiennent presque du clown, dans une façon de courir, de glisser sur du parquet, de se cacher dans une pendule. Ce n'est pas un grand film, mais il me séduit.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #France, #Polar

Publié le 20 Août 2020

J'avais entendu Jean-Christophe Bailly parler de ce livre dans l'émission de Bonnot sur France Inter en 2007, j'avais couru l'acheter ; je l'ai peu de temps après prêté à T. qui ne me l'a jamais rendu. Cela fait donc plus de dix ans que je repense à ce livre et qu'il me manque : je me suis donc enfin décidé à le racheter.

Ce livre se penche sur ce qu'est l'animal, sur la frontière entre humain et animaux, sur ce qu'est la « pensivité » des animaux. Tout part d'une rencontre, sur une route de campagne, avec une biche, et la rencontre de cet animal sauvage, l'incongruité de ce moment de cotoiement pousse Bailly à réfléchir à plusieurs questions.
Il est difficile de tout résumer, parce que tout est intéressant. J'ai notamment été frappé par l'opposition qu'il dessine chapitre 9 (p. 49) entre pensée pensive et pensée pensante : la pensée pensante est celle du Penseur de Rodin, cette pensée qui se vit et se ressent comme un effort, comme un travail ; la pensée pensive, notamment celle des animaux, est une pensée contemplative, peut-être moins structurée mais tout aussi riche et importante ; c'est la pensée des flâneurs du dimanche de Seurat.

[…] La contemplation n'a lieu que dans la durée, elle est elle-même allongement, elle assiste au temps que le temps met à passer. De telle sorte qu'assez vite, dans un monde obsédé d'activité, la contemplation en est venue à avoir le sens d'un écart, ou d'un retrait, et la figure du contemplatif a pu être opposée à celle de l'homme d'action, pleinement engagé dans les affaires de son temps. Et bien que la contemplation soit une activité intellectuelle, sa réputation a cessé d'être grande dans un monde de plus en plus voué au tourment d'une action incessante.
Le Penseur de Rodin, tout entier replié sur lui, correspond à l'image de la pensée qu'une époque revenue de toute ferveur contemplative, obsédée de progrès et d'exploits tangibles, demandait. Dans sa lourdeur et jusque dans la violence avec laquelle il s'instaure dans le présence, il a laissé loin derrière lui toute possibilité de glissade pensive, ou étonnée, il est l'image même d'une concentration qui a besoin de ressembler à l'allégorie d'un travail, l'image même, de ce regard vers l'arrière dont Rilke prenait si bien la mesure. (pp. 50-51)

Je pourrais citer de nombreux autres passages tout aussi profonds et beaux ; c'est un livre qui se picore très bien, il est fort possible que j'ajoute des éléments ici ou là à la faveur de relectures partielles.

C'est un livre qui se situe à la croisée de plusieurs domaines, entre la philosophie (parfois c'est un peu ardu, parfois il utilise des mots allemands) et la poésie, puisqu'une partie de son propos est justement d'adopter un point de vue poétique et contemplatif sur le monde.
J'ai d'ailleurs pensé à la fin de Sorcières, où Mona Chollet souhaite l'advenue d'une pensée moins rationalisante, laissant plus de part à la poésie ; il me semble que ce livre était déjà dans cette optique.

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Publié le 10 Août 2020

Nous sommes aux États-Unis, autour du Mississipi.
Le plus simple, pour parler du roman, c'est de faire l'arbre généalogique de la famille autour de laquelle tout tourne.
D'un côté, les grands parents Noirs : Joseph, alias River, une sorte de roc inébranlable, qui a connu la prison à l'époque de la ségrégation ; Philomène, sa femme, une sorcière aux pouvoirs plus ou moins magiques, atteinte d'un cancer en phase terminale. Iels ont eu deux enfants : Given, assassiné pour des motifs racistes, et Leonie, une jeune femme manifestement paumée et plus ou moins addict.
Leonie est en couple avec Michael, et ce dernier est en prison. Les parents Blancs de Michael s'opposent radicalement à leur union.
Leonie et Michael ont deux enfants : Jojo, un jeune garçon d'une douzaine d'années et sa petite sœur Kayla. Jojo est élevé par son grand père maternel, et lui même élève sa sœur : la vie n'est pas simple avec un père en prison et une mère absente.

C'est typiquement un roman dans lequel il se passe à la fois pas grand chose et plein de choses. On y croise des fantômes, on y réfléchit à un passé lourd à porter, on se bat pour la vie, on chercher à fuir, à rester, à partir ou à grandir, on raconte et on cherche à entendre des histoires… Le personnage principal est Jojo, qui prend en charge une bonne partie de la narration ; même si sa mère Leonie prend l'autre partie, c'est un personnage auquel on s'attache moins, qui est plus détestable, même si elle aussi a ses raisons. D'autres narrateurs prennent la parole ici ou là, pour composer une trame narrative assez riche (différents points de vue sur une même scène se superposent parfois).
C'est un magnifique roman, dense, précis, habité, porté par une écriture simple et sans fioritures.

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Publié le 8 Août 2020

Nous sommes autour de 1600, des colons anglais débarquent sur la côte Est de ce qui sera les États-Unis, dans les marais de Virginie. Un groupe de Natifs (« Naturals »), des Powhatans, est sur place, qui accueille avec curiosité les nouveaux venus. Parmi ceux-ci, on trouve John Smith (Colin Farrel), un mutin réhabilité, qui est envoyé comme ambassadeur chez les Powhatans. Capturé, il est sauvé par une jeune femme (Q'orianka Kilcher), fille préférée du chef. John Smith vit quelque temps avec les Natifs, se rapproche de la jeune fille, une idylle naît entre eux.

Le Nouveau Monde est une adaptation de l'histoire de celle que l'on appelle Pocahontas (elle n'est pas nommée dans le film, il semble que Pocahontas ne soit d'ailleurs pas son vrai nom). Approche des colons, romance avec John Smith, mariage avec John Rolfe (Christian Bale), voyage en Angleterre, le film est plutôt proche de la réalité historique (enfin du peu que l'on sait avec certitude), même si Pocahontas avait entre 10 et 12 ans quand elle a rencontré John Smith, alors que dans le film elle en a plutôt 14 dans le film (Colin Farrel en a 28). Fort heureusement, Malick oublie la version Disney.
Si le récit est plutôt beau et émouvant, le film tient beaucoup dans sa réalisation : il y a Terrence Malick derrière la caméra et la table de montage, et ça se voit. Pour l'anecdote, c'est le premier Malick que j'ai vu, au cinéma, à l'aube de mes 20 ans, et ça a été un sacré choc.
On retrouve ce qui fait le cinéma de Malick : un regard tendre et précis sur la nature, des plans contemplatifs avec les dialogues intérieurs des personnages en voix off, un rythme lent et délicat, des cadres magnifiques, une photo superbe. Ça donne envie de vivre dans le film. Certes, il y a des fois où la voix off m'a rappelé les moins bons passages de Tree of Life, mais dans l'ensemble ça va. C'est magnifique, le montage est à la fois savamment étudié et poétique, ça raconte plein de choses, bref, c'est un film superbe.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #États-Unis

Publié le 5 Août 2020

Le professeur Markway, chercheur croyant dans le paranormal, invite des gens sensibles à l'étrange pour mener des « recherches » dans un manoir réputé pour être hanté : de nombreux ancien propriétaires ou occupant·e·s ont péri dans des circonstances pour le moins troubles. Eleanor, alias Nell, est une femme hantée par la culpabilité suivant la mort de sa mère, elle a croisé le chemin d'un poltergeist dans son enfance ; Theodora, alias Theo, est medium. Ce trio est complété par Luke, un type un peu branleur sur les bords, qui espère hériter du manoir et n'en a rien à faire du paranormal.
Petit à petit, et sans trop de surprise, des phénomènes mystérieux vont se produire dans la maison.

Bon, le principal problème de ce film est qu'il est assez attendu, on n'est jamais réellement surpris, et pire : on n'a jamais peur. Sans doute qu'en tant que spectateur des années 2020, je ne suis pas le plus à même de juger.
Pour autant, c'est un film remarquable par sa mise en scène. Les plans sont magnifiques, les mouvements de caméra soigneusement étudiés, habiles dans leur manière de rendre l'étrange et les sentiments angoissés des personnages. La photographie est magnifique, les décors étonnants, les acteur·trice·s très bien.

Le personnage qui m'intrigue le plus est Theo, qui est attentive à Nell tout en étant une vraie peau de vache avec elle. Theo, habillée de façon stylée et sexy, est assez clairement lesbienne, et manifestement attirée par Nell. Or, celle-ci est sous le charme du pr. Markway. C'est un triangle amoureux pas si classique dans le cinéma (de cette époque comme d'aujourd'hui), qui ajoute une couche de conflit et de complexité au film, et explique probablement pourquoi Theo peut être aussi piquante avec Nell. Celle-ci la traite d'« erreur de la nature », ce qui est à la fois lamentable, et la triste preuve que l'homosexualité de Theo est conscientisée.

(C'est une adaptation de La Maison hantée de Shirley Jackson)

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