Publié le 21 Septembre 2020
Ce livre est un recueil de contes et fabliaux, écrits aux XIIe et XIIIe siècles.
Les morales paraissent souvent déplacées par rapport à nos standards, plus violentes et cruelles, en désignant des torts qu'on imaginerait pas forcément. Il ne faut pas hésiter à laisser crever les ingrats, les handicapés l'ont sans doute bien mérité, les femmes sont cupides, égoïstes, acariâtres et ingrates, la religion est très présente (surtout dans les textes du XIIIe d'ailleurs), il y a un humour macabre, grotesque… Parfois la morale n'a absolument rien à voir avec le récit (la vieille qui graissa la main d'un chevalier, p39 ; Brunain, la vache du prêtre, p 41…) D'ailleurs, les textes sont remplis de détails inutiles sans aucun rapport avec l'histoire, de répétition parfois un eu pénibles… On est loin du canon de la littérature contemporaine.
Les hommes d'église sont des hommes comme les autres, et loin d'être tous vertueux : fourbes, menteurs, trompeurs… Leur châtiment est peut-être d'autant plus cruel que leur fonction exigerait d'eux une exemplarité.
Il y a une petite trentaine de fabliaux et contes, je ne peux pas parler de tous. Quelques notes tout de même :
La femme qui refuse d'héberger son beau père.
L'histoire du type qui se noie et à qui on crève un œil en le sauvant.
Cette mère de prêtre acariâtre et manipulatrice.
Cet évêque qui absout pour de l'argent un prêtre qui a enterré son âne.
Ce vieux qui crache dans sa soupe pour savoir si elle est brûlante, après avoir vu son fils cracher sur un fer pour savoir s'il était chaud.
Ce mercier dont le cheval a été dévoré par des loups et qui cherche dédommagement auprès de Dieu.
Ces deux voyous tricheurs aux dés qui se font rouler eux-mêmes.
Estula
Deux pauvres vont voler le riche d'à côté. Le chien de ce dernier s'appelle Estula, ce qui crée une confusion : le riche croit que le chien parle. Son fils va chercher le curé pour constater le miracle, le curé monte sur le dos du fils. Un des voleurs croit que c'est son frère avec un mouton, il veut l'égorger.
Les trois aveugles de Compiègne
Un type veut jouer un tour à des aveugles en leur disant qu'il leur donne des sous sans le faire : chacun pense que les autres ont la pièce, et aucun ne peut payer le banquet qu'ils s'offrent. L'aubergiste que le type fait passer pour fou et exorciser par le prêtre. (On a le droit de se moquer des aveugles : leur infirmité est une sorte de punition divine).
Les perdrix
Une femme est trop gourmande pour résister à la tentation de manger les perdrix que son mari a pris pour lui et le prêtre. Elle dit au prêtre que son mari veut lui couper les couilles, et au mari que le curé est parti avec les perdrix. Le mari court après le prêtre, qui détalle en voyant le couteau.
Ce fabliau montre bien que la femme a été créée pour tromper : elle fait passer un mensonge pour une vérité et une vérité pour un mensonge. (p85)
Le paysan devenu médecin
Un riche paysan avare épouse une jolie fille. Comme il redoute qu'on la drague, il la bat le matin et lui demande pardon le soir (imparable). Un jour qu'il est absent, des émissaires du roi passent chez la femme, lui informant qu'ils cherchent un médecin. Elle dit que son mari est médecin, mais qu'il est si borné qu'il faudra le battre pour qu'il accepte. Une fois qu'il s'est bien fait casser la gueule, il accepte d'être conduit devant la fille du roi, qui a une arête coincée dans la gorge. Il la fait rire, et elle est guérie. Le roi le veut près de lui, et le fait tabasser pour qu'il accepte. Tous les malades du royaume accourent : le paysan est obligé de s'en occuper. Il les réunit tous dans une salle, et dit qu'il mettra le plus malade au feu pour soigner les autres avec la cendre. Aucun ne veut se faire brûler, tous disent aller mieux : le paysan a réussi, tout le monde est guéri. Il est libre de rentrer chez lui, riche grâce à sa femme qu'il ne frappe plus.
Le prêtre
Un prêtre trouve une femme à son goût, et lui offre de l'argent contre son cul. Le mari de la femme lui dit d'accepter, il se débrouillera pour que le prêtre ne la touche pas tout en récupérant le pognon. Le prêtre vient avec l'argent, il va au lit avec la femme, le mari surgit, bagarre : le prêtre est tué !
La nuit, le mari emmène le cadavre dans les chiottes de l'église. Le sacristain le trouve, croit l'avoir tué par accident, il le dépose devant la maison du mari. Le mari croit devenir fou, il cache le corps dans un tas de fumier dans lequel il trouve un jambon. Des voleurs, qui avaient placé ici le jambon, remettent le curé dans la maison où ils avaient trouvé le jambon. Les occupants de la maison découvrent le cadavre, décident de s'en débarrasser en le mettant sur un poulain avec lance et bouclier. Le jour se lève, le cheval rue, l'abbé croit que le prêtre vient pour le tuer, mais ce dernier se prend le linteau de l'église et tombe du poulain. Tout le monde constate sa mort et l'enterre, et c'est la fin de l'histoire. (Le prêtre a pêché, on a le droit de lui faire subir des outrages post-mortem, c'est bien fait pour lui).
Le conte des enfants cygnes
Un seigneur se perd alors qu'il chasse. Il tombe sur une rivière dans laquelle se baigne une fée, collier d'or autour du cou. Il a envie d'elle, et lui demande donc sa main. Elle accepte, ils baisent et elle tombe enceinte de six garçons et une fille.
La mère du seigneur est jalouse et méchante. À l'accouchement, elle échange les enfants, nés eux aussi avec un collier d'or, contre des chiots.
Les enfants sont abandonnés dans une forêt, le serviteur n'a pas le cœur de les tuer. Un ermite philosophe les trouve et les élève pendant 7 ans. Pendant ce temps, leur mère, qui a accouché d'une abomination, est au cachot.
Le seigneur part à la chasse, et tombe sur les enfants, qu'il trouve charmants, même s'il n'arrive pas à les approcher. Sa mère panique, charge le serviteur de les trouver et de leur arracher leurs colliers d'or. Le serviteur trouve les enfants, récupère les colliers des six garçons, mais la fille lui échappe. La mère, réjouie, demande à faire un vase avec l'or des colliers. L'orfèvre échoue à les fondre ou à les briser, mais fait un vase avec un autre or, et voilà.
Les garçons se sont transformés en cygnes tristes. Leur sœur se transforme aussi (elle a son collier et peut rechanger de forme), ils s'envolent et se retrouvent dans l'étang à côté du château du seigneur, où tout le monde les aime. La fille se change en cachette et va au château, elle nourrit et tient compagnie à sa mère sans qu'elles sachent qui est qui. Le seigneur voit la fille, la trouve belle, voit sa chaîne en or, et lui demande qui elle est. La fillette raconte tout ce qu'elle sait (pas grand chose). La marâtre en colère et culpabilisant, demande au serviteur de tuer la fillette. Le seigneur s'interpose, le serviteur avoue tout, tout finit par rentrer dans l'ordre. La fée est libérée, les enfants aussi (sauf un, son anneau est brisé), et la mère se retrouve au cachot.
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