Le père de Mattie (Hailee Steinfeld) a été tué par Tom Chaney, qui s'est enfui en territoire Chocktow (Natifs qu'on ne verra pas) pour rejoindre la bande de Ned Pepper. Mattie, qui n'est pas le genre à se laisser faire, engage un marshall alcoolique et, disons, pittoresque, Rooster Cogburn (Jeff Bridges) pour retrouver l'assassin. En chemin, elle croise le Texas Ranger LaBoeuf (Matt Damon), qui est également à la poursuite de Tom Chaney.
C'est un western assez classique, dans une veine « sérieuse » des frères Coen. On n'y retrouve pas leur humour habituel, mais le film est quand même dans la lignée de leur cinéma : des dialogues affutés, des personnages hauts en couleur, des accents à couper au couteau… Le film tient beaucoup sur l'interprétation des acteurs principaux, Jeff Bridges en plouc alcoolique, désagréable mais courageux, Matt Damon en Ranger un peu précieux mais précis. Hailee Steinfeld/Mattie est particulièrement remarquable, en jeune fille courageuse, obstinée, droite dans ses bottes, qui parle d'égale à égal aux hommes qui l'entourent. C'est un personnage particulièrement réussi, dans un film qui ne l'est pas moins.
Nous sommes au Japon, autour de 1565. Takeda Shingen, un chef de guerre ambitieux, cherche à marcher sur Kyoto pour être à la tête du pays. Son frère, Takeda Nobukado, a sauvé de la crucifixion un voleur qui ressemble comme deux gouttes d'eau à Shingen : avoir une doublure peut toujours servir (d'ailleurs, Nobukado, qui ressemble beaucoup à son frère, lui sert déjà parfois de doublure).
Lors d'une bataille, Shingen meurt, ses généraux sont chargés de mettre en œuvre sa dernière volonté : que sa mort reste un secret pendant trois ans, et qu'aucun de ses généraux ne s'attaque à Kyoto. Le voleur prend donc la place de Shingen, un rôle lourd à porter, d'autant plus que les ennemis de Shingen n'hésitent pas à attaquer, et qu'il faut gérer les jalousies de certains généraux.
C'est donc un film de guerre avec un principe plutôt original – ce jeu sur les doubles, dont Kurosawa semble pas mal s'amuser. Shingen est un personnage historique, mais il semblerait que cette histoire de double soit une invention de Kurosawa. C'est un récit plutôt bien mené, avec des batailles assez épiques, des personnages intéressants, des situations plutôt drôles. Cet humour rend sans doute le film moins pénible que Ran, son film suivant.
C'est bien sûr un film visuellement magnifique, inventif, avec un travail sur la couleur remarquable, parfaitement réalisé, mais ce n'est pas étonnant, c'est du Kurosawa.
Nous sommes en 1868 au Texas. La guerre de Sécession est finie depuis trois ans, Ethan Edwards (John Wayne), soldat confédéré, rentre dans le ranch que tient son frère Aaron. Celui-ci vit avec sa femme et ses trois enfants, Lucy, Ben et Debbie, ainsi qu'avec Martin Pawley (Jeffrey Hunter), un jeune homme avec un huitième de sang Cherokee, qui est en quelque sorte leur fils adoptif. Ethan fait bien comprendre à tout le monde le mépris qu'il a pour lui et pour les Natifs en général.
Et d'ailleurs, il se trouve que des Comanches attaquent le ranch d'Aaron et tuent une bonne partie de la famille, sauf les deux filles, dont on ne trouve pas la trace. Sont-elles encore en vie ? Ethan et Martin partent à la recherche des filles.
C'est un film très inspiré par l'histoire de Cynthia Ann Parker/Naduah, sur laquelle je suis en train de travailler, comme c'est en plus un grand classique du western, il fallait que je le voie. Force est de constater qu'on a pris des parti-pris bien différents.
Ici, on est du côté des cowboys. Les Natifs sont des figures lointaines, exotiques et/ou menaçantes. Certes, le film explique que le chef Comanche (joué par un acteur anglo-saxon) agit avec cruauté parce que lui-même a perdu ses fils des mains des Blancs, il n'est pas complètement raciste (selon Wikipedia en tout cas). Mais ça ressemble à une justification de cinéphiles, puisque tout le film nous montre la supériorité des Blancs sur les sauvages. Ainsi, la jeune femme est sauvée de son horrible condition dans un assaut héroïque des Blancs, avec trompette triomphale, c'est un peu ridicule et très gênant.
Comme souvent dans ce genre de films, d'autant plus à cette époque, il y a une course à la démonstration de masculinité qui est assez lamentable. Ethan/John Wayne est un parfait connard viril, Martin/Jeffrey Hunter est un petit jeune qui essaye de montrer qu'il en a une aussi grosse, mais dans ce film on nous rappelle sans arrêt que les jeunes sont pas encore de vrais hommes, dommage pour lui. Les femmes n'existent quasiment pas, elles ne sont que des objets qui motivent les hommes à agir.
Bref.
En tout cas, c'est visuellement assez beau, les plans d'ouverture et de fermeture du film sont à juste titre célèbres, les couleurs Technicolor sont vraiment belles – sauf dans les scènes tournées en studio ou ça devient n'importe quoi.
Michael et Caroline viennent de perdre leur mère, ils s'occupent de la dure tâche de regrouper les affaires de celle-ci ; iels tombent sur une lettre qui leur raconte un épisode inédit de sa vie.
Flash-back : leur mère Francesca (Meryl Streep) est d'origine italienne, son mari lui a promis l'Amérique, et résultat, elle est devenue une femme au foyer qui s'emmerde dans un petit bled de l'Illinois. Alors que son mari et ses deux grands enfants partent pour quelques jours, elle rencontre Robert (Clint Eastwood), un photographe venu documenter les ponts du coin.
C'est un très beau mélo, filmé avec le classicisme qu'on connaît d'Eastwood. La construction, avec ces deux récits enchâssés, est assez habile : on voit d'abord la colère et l'incompréhension des enfants quand ils apprennent que leur mère a eu un amant, sentiments qui vont évoluer au fur et à mesure qu'ils apprennent les détails de l'histoire. Mais c'est peut-être en même temps un défaut : on sait d'avance ce qui va se passer, ce qui pour moi a un peu enlevé de la charge émotionnelle au film.
Il y a de belles choses sur la condition féminine et la charge mentale, sur les espoirs déçus, sur ce à quoi on est prêt à renoncer.
Si j'étais mauvais esprit, je dirais que c'est le film qui a permis à Clint Eastwood (65 ans) de rouler des pelles à Meryl Streep (46 ans) (19 ans d'écart), mais c'est pas mon genre. Et puis iels sont super à l'écran.
En 1881, Jesse James (Brad Pitt) est une légende de 34 ans. Le jeune Robert Ford (Casey Affleck) est fan de lui depuis sa plus tendre enfance, et ne rêve que de lui ressembler. Mais ce dernier est insaisissable, paranoïaque, manipulateur, et ne se laisse pas approcher aussi facilement. Et comme Robert Ford est timide, étrange, et que tout le monde se fout de sa gueule, ça ne risque pas de se passer aussi bien que prévu.
Le film tient beaucoup grâce à ses deux acteurs principaux, très bien, dans deux registres différents. Brad Pitt est charismatique, lunatique, imprévisible, effrayant, son personnage devient de plus en plus paranoïaque, et à jute titre parce que manifestement tout le monde lui ment. Casey Affleck est flippant au possible, il donne la chair de poule à chaque apparition, ce qui n'aide pas vraiment à avoir de l'empathie pour ce type (qui finalement subit un harcèlement de toutes part).
C'est une figure classique : le bandit est un héro, un jeune cherche à lui ressembler, puis est déçu, et finit par se retourner contre lui (tiens, mais c'est le scénario des Indestructibles !)
C'est évidemment un film de mecs, mais l'interprétation des acteurs (premiers comme seconds rôle) rend le film plus ambigu et subtil qu'on aurait pu craindre.
1962 : Pauline (Valérie Mairesse), 17 ans, est aspirante chanteuse. Elle retrouve son ancienne voisine Suzanne (Thérèse Liotard), 25 ans, qui sort avec François, un photographe encore marié. Ce dernier lui a fait deux gosses, mais ne s'en occupe pas, passant la majeure partie de son temps dans son studio. Suzanne est perdue et désespérée, d'autant plus qu'elle est à nouveau enceinte. Pauline va l'aider à avorter.
François, confronté à l'échec de sa vie professionnelle et sentimentale, se suicide, forçant Suzanne à quitter Paris pour aller vivre dans le Nord dans la ferme de ses parents désapprobateurs.
Dix ans plus tard, Pauline, devenue Pomme, chante des chansons féministes lors d'un rassemblement devant le tribunal de Bobigny pendant un fameux procès, auquel Suzanne est venue assister avec sa fille Marie. Les deux femmes, qui ne se sont pas vues pendant 10 ans, renouent rapidement, et s'enverront des cartes postales pendant les années qui suivent. Suzanne travaille dans une piscine à Hyères, elle a ouvert un centre du Planning familial.
Pomme est en couple avec Darius, un Iranien qu'elle a rencontré alors qu'elle est à Amsterdam pour se faire avorter. Alors que son groupe périclite, elle finit par l'accompagner en Iran, où elle l'épouse. Darius montre alors un nouveau visage, plus traditionaliste. Tombée enceinte, Pomme décide de rentrer en France, avec ou sans lui.
Suzanne l'accueille à son retour. Pomme laisse Darius rentrer avec son fils en Iran, à la condition qu'ils aient un deuxième enfant : un pour chacun. Elle renoue avec son groupe, et part en tournée. Suzanne épouse un pédiatre.
Les deux femmes restent amies, et se retrouvent régulièrement. Le film se termine sur ce constat : leur combat sert d'exemple à une nouvelle génération de femmes, à commencer par Marie, la fille de Suzanne, qui vient elle-même d'avoir 17 ans.
Allons droit au but : j'ai adoré ce film. Les deux actrices sont formidables, leurs personnages sont attachants, riches, regardés avec une grande tendresse par Varda. Le film les suit sur 20 ans, avec leurs difficultés, et en toile de fond l'évolution de la société. C'est le parcours de deux femmes libres sur leur route parfois compliquée vers l'émancipation. C'est magnifique, très bien écrit, avec un côté « Nouvelle vague » dans les dialogues auquel il faut un peu de temps pour s'habituer. Il y a quelques fulgurances, comme ce dialogue de Pauline avec ses parents (le père : « Pour les filles qui ne font pas d'études, il n'y a quel le mariage ou la prostitution. Suzanne : C'est un peu pareil. »)
Les chansons, dont les paroles sont écrites par Varda, sont magnifiques, interprétées par le groupe féminin Les Orchidées.
C'est un film qui donne envie d'aimer, de lutter, de s'émanciper. C'est magnifique et parfait.
Joseph J. Blocker (Christian Bale avec une improbable moustache) est un capitaine de l'armée américaine, qui a passé une bonne partie de sa vie à buter des Natifs. Le colonel le charge d'accompagner le chef cheyenne Yellow Hawk (Wes Studi), malade et mourant, emprisonné dans leur camp du Nouveau-Mexique, jusqu'aux terres sacrées du Montana. Blocker, qui s'est battu contre Yellow Hawk, accepte à contre-cœur.
Et c'est donc le début d'un road trip où les 4-5 militaires accompagnent 4-5 Cheyennes. Sur leur chemin, ils croiseront une femme (Rosamund Pike) dont la famille a été assassinée par des Comanches vraiment très méchants, des épreuves et difficultés qui les rapprocheront petit à petit.
Bon, la structure est très classique, et rien ne surprend vraiment dans ce film. L'évolution des personnages est un peu convenue ; plus exactement elle n'est pas montrée dans le film : elle suit un schéma tellement habituel qu'on s'attend à ce qui va se passer, mais rien ne nous montre vraiment les raisons du rapprochement de ces deux personnages qui se détestent (enfin c'est surtout Blocker qui est plein de haine). C'est un peu dommage. Parce que sinon c'est beau, on a envie de s'attacher aux personnages, on se sent bien avec eux.
La représentation est Natifs est plutôt réussie (le National Congress of American Indians a salué le film) ; même si on peut regretter une représentation peut-être un peu caricaturale des Comanches. C'est comme si on n'en sortait pas : il y a les « bons Natifs », ceux qui sont plein de sagesse, et les « méchants Natifs », ceux qui tuent sans pitié et dont on peut saluer la mort.
C'est quand même un beau moment de cinéma, et loin d'être le pire western que j'ai vu ces dernières semaines.