Publié le 25 Juin 2025

Riggan Thomson (Michael Keaton) est une ancienne gloire du cinéma, rendu célèbre par des films de super-héros – Birdman, trois volets. Il aimerait revenir sous le feu des projecteurs, et être reconnu comme un Artiste.
Le film commence donc à Broadway, durant les répétitions de l'adaptation théâtrale par Riggan Thomson d'un livre de Raymond Carver. Ces répétitions sont chaotiques, un acteur « génial mais tyrannique » (Edward Norton) arrive sur le plateau au dernier moment ; la fille de Riggan (Emma Stone), sortie de cure de désintox, joue le rôle d'assistante ; Riggan semble perdu entre sa copine du moment et son ex-femme. Et surtout, il entend la voix de Birdman, qui lui dit qu'il est devenu un loser, alors qu'il était quelqu'un d'extraordinaire avant – un super-héro !

Et c'est absolument brillant. Plein de choses à en dire, je n'aurait pas le temps de tout développer.
La mise en scène est impressionnante : tout le film est conçu comme un seul plan séquence – il y a des coupes cachées ici ou là, c'est un jeu un peu marrant de les chercher. Le procédé donne une urgence au film ; par moments au sein d'un même travelling Iñárritu fait une ellipse (le même lieu quelques heures plus tard, avec d'autres personnages) et cet effet est vraiment magique.
La musique, principalement portée par la formidable batterie solo d'Antonio Sánchez, participe à ce sentiment d'urgence.
Les acteurices sont très bien, en particulier Michael Keaton autour duquel le film tourne. Au seuil de la folie, perdu entre fiction et réalité, il est difficile de ne pas faire de lien avec la vraie carrière de l'acteur (qui a évidemment incarné plusieurs fois Batman). Beaucoup de films tournent sur cette ambigüité entre la fiction et le réel, et j'en ai vu un petit paquet maintenant, Birdman fait partie de ceux qui parviennent encore à m'emporter et à me faire réfléchir à ces questions sous un nouvel angle.

Edit : je me suis rendu compte trop tard que j'avais déjà écrit une note sur ce film… J'étais moins enthousiaste au premier visionnage, c'est marrant.

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Publié le 21 Juin 2025

Un homme est mort dans une abbaye bénédictine italienne. Le moine franciscain rationaliste Guillaume de Baskerville (Sean Connery) et son jeune apprenti Adso (Christian Slater) mènent l'enquête, et petit à petit vont mettre à jour les secrets de cette abbaye – notamment ceux concernant un livre en grec. Mais feront-ils le poids face à la terrible Inquisition ?

C'est un bon film, bien que sans grande surprise un peu longuet. Les acteurs sont très bien, avec baeucoup de « gueules » pas possibles ; Jean-Jacques Annaud filme en laissant beaucoup de place au décor, avec souvent une très grande profondeur de champ – l'abbaye elle-même, ses angles biscornus et ses zones ombres sont un des personnages du film. C'est particulièrement visible dans la bibliothèque, dont les différentes pièces évoquent clairement les Prisons imaginaires de Piranesi.
L'histoire d'amour entre le jeune Adso et une paysanne est complètement tirée par les cheveux, c'est bien dommage.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #France, #Italie

Publié le 19 Juin 2025

J'étais allé voir ce(s) film(s) au cinéma à l'époque, j'étais curieux de revoir tout ça. On trouve plusieurs courts-métrages d'horreur dans Peur(s) du noir :

  • Blutch met en scène un mec qui se ballade avec quatre chiens terrifiants et carnassiers – pas très intéressant, et les fantasmes glauques de Blutch me répugnent de plus en plus.
  • Pierre di Sciullo fait un pas de côté : sur des images de formes abstraites en noir et blanc, Nicole Garcia lit des textes ayant trait à des peurs sociales (« j'ai peur d'être sympa, d'être un peu de droite… »)
  • Charles Burns raconte une histoire d'insectes, d'homme dévoré par la timidité qui rencontre une nana étonnamment jolie et étonnamment intéressée par lui – pas très surprenant venant cet auteur, rien d'inoubliable
  • Marie Caillou met en scène une jeune japonaise que l'on torture en la forçant à faire des cauchemars – un peu maladroit dans le graphisme et l'animation, et malaisant dans le propos
  • Lorenzo Mattotti raconte l'histoire pas très originale d'un village dans lequel des disparaissent mystérieusement, serait-ce à cause d'une grosse bébête ? – le sens de la composition et du noir et blanc de Mattotti fait mouche
  • Richard McGuire s'attaque à un récit de maison hantée : un homme perdu dans la neige se réfugie dans une maison abandonnée, très sombre – ici aussi la mise en scène, le jeu sur le noir et blanc, sur le graphisme rattrape totalement l'histoire un peu convenue (même si bien menée)

Au final, malgré les grands noms à l'affiche, tout ça est un peu décevant, pas toujours très réussi visuellement (dans le graphisme et l'animation). Heureusement que Mattotti et McGuire sont là, à eux seuls ils réussissent à sauver l'ensemble – et c'était déjà ce que je m'étais dit à l'époque !

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Publié le 18 Juin 2025

Exterminateur de cafards, William Lee (Peter Weler, alias Robocop) arrive au bout du stock de la poudre jaune qu'il utilise pour tuer les cafards, parce que sa femme Joan y est devenue addict – William lui-même se met un bon paquet de substances diverses dans le cornet. Comme la police le soupçonne de se procurer cette poudre jaune de manière illégale, William est emmené au poste, où il se retrouve face à un cafard de la taille d'un chiot. Quand il ouvre ses élytres, celui-ci dévoile une sorte d'anus parlant, et explique à William qu'il existe une sorte de complot mondial dont fait partie Joan. William explose le cafard, rentre chez lui pour trouver sa femme défoncée en train de faire l'amour avec un des meilleurs amis de William. Apparemment particulièrement stoïque, il tue sa femme « par accident » en jouant à Guillaume Tell avec elle. Un extraterrestre croisé dans un bar lui conseille d'aller dans l'Interzone, au Maghreb, afin de rédiger un rapport sur son action sans avoir la police sur le dos.

Peut-être que ça se sent avec mon résumé : ce film n'a aucun sens, c'est un enchainement de scènes grotesques, toutes plus ou moins basées sur le fait que William est défoncé en permanence et qu'il n'est pas capable de discerner hallucination et réalité : il se pourrait qu'il y ait vraiment un complot extraterrestre dont je n'ai pas compris les tenants et aboutissants mais peu importe, puisque tout le récit pourrait aussi n'être qu'un gigantesque bad trip.
Et honnêtement j'aime bien cette idée ; j'aime bien l'univers visuel, très expressionniste, qui étonnamment par moments m'évoque le cinéma de Jean-Pierre Jeunet (dans l'exagération des couleurs, des cadres, et par l'usage de courtes focales) ; j'aime bien la dégueulasserie de ces cafards et scolopendres géants, et les effets spéciaux un peu nanars ; j'aime vraiment bien le graphisme du générique ; j'aime bien la musique de Howard Shore avec Ornette Coleman… Vraiment, il y a plein de choses que j'aime bien.
Mais le problème c'est que ce film est trop long (presque 2h) : pour tenir, ce genre de délire doit être resserré sinon il s'essouffle à force de tourner dans le vide (c'est ce qu'ont souvent compris les Daniels de Swiss Army Man, ou Quentin Dupieux la plupart du temps). Et là malheureusement ça traine en longueur, et ça finit par me gâcher le film.
D'autant plus qu'ici ou là il y a des petites fautes de montage, des plans larges manquants au début d'une séquence qui rendent l'espace difficile à comprendre… Ajoutez les effets spéciaux un peu cheap par moments et le scénario incompréhensible, on se rapproche dangereusement du nanar !

J'insiste régulièrement pour regarder des films de Cronenberg (La MoucheeXistenZ, Spider, A History of ViolenceMaps to the Stars…), et souvent je suis déçu.

* * *

Même si ça ne remet pas du tout en cause ce que je dis plus haut, il faut quand même que je précise que je ne connais pas du tout l'œuvre de William Burroughs, sur lequel se base ce film (j'ai lu une ou deux nouvelles, pas plus), ce qui probablement m'empêche de comprendre une partie du sous-texte. Je lis sur Wikipédia que William Lee est un pseudonyme de Burroughs ; qu'il a tué sa femme en voulant jouer à Guillaume Tell, qu'il était homosexuel (un point récurrent du film)… Le livre original a l'air d'être un collage sous emprise, en cela le film de Cronenberg est probablement une bonne adaptation.

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Publié le 16 Juin 2025

Ellie Andrews (Claudette Colbert) est une jeune héritière naïve et déconnectée du monde, dont le père refuse le mariage avec un aviateur à la mode. Alors qu'il l'a enfermée sur son yacht dans la baie de Miami, elle s'enfuit et cherche à rejoindre son aviateur à New York. En prenant le bus, elle croise la route de Peter Warne (Clark Gable), un journaliste loser, roublard, alcoolique et charismatique. Entre les deux se met en place rapidement un jeu de séduction/bagarre.

Si on met de côté l'inévitable sexisme propre à ces années-là (et franchement j'ai vu pire dans des films bien plus récents), c'est une comédie enlevée, drôle et bien écrite, qui tient beaucoup au jeu des deux acteurices principaux·les – c'est un film de duo comme le cinéma en connaitra beaucoup, et une des plus réussies il me semble.
J'ai un peu l'habitude du Code Hays, or ce film est très légèrement antérieur. Certains éléments ici témoignent d'une liberté qui me surprend : la première fois qu'on croise le personnage de Clark Gable il est complètement bourré ; surtout les deux personnages partagent la même chambre lors de leurs pérégrinations, obligé·es de cohabiter – ils ne sont certes pas dans le même lit, et un drap respecte les deux intimités. Le passage sur le pyjama est également plutôt moderne.

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Publié le 14 Juin 2025

Andrew Beckett (Tom Hanks) travaille dans une grande firme d'avocats, qui lui confie un des plus gros dossiers de la boite. Il est licencié quelques jours après pour faute professionnelle, le document sur lequel il a travaillé étant introuvable – alors qu'Andrew l'a simplement déposé sur son bureau. Il soupçonne que ce soit un prétexte, et que la vraie raison de son licenciement soit son sida et son homosexualité – deux faits qu'il a cachés à sa boîte. Il cherche donc un avocat pour déposer plainte pour discrimination.

Il faut que je raconte une anecdote : j'ai vu ce film en cours d'anglais quand j'étais en première, dans une version non sous-titrée. Autant dire que je n'y ai rien compris, en grande partie parce que je savait dire « Richard is in the kitchen » mais que dans mes manuels scolaires personne me m'avait appris à dire sida en anglais. Je voyais bien que Tom Hanks avait pas l'air d'aller très bien mais sans vraiment comprendre l'enjeu. Quand j'ai dit que je n'avais rien compris, mes potes de l'époque s'étaient trop foutu de ma gueule, ce que je continue de trouver un peu ridicule (genre eux ils étaient bilingues, bref). Je n'avais jamais revu ce film.

Eh bien Philadelphia est beaucoup mieux quand on comprend. Je ne m'attendais pas à ce qu'il tourne autant autour de la question de l'homosexualité, ou plutôt de l'homophobie : la haine et le dégoût des homos est exprimée OKLM à plusieurs reprises, y compris par l'avocat de Andrew Beckett (Denzel Washington), c'est vraiment une autre époque… Jonathan Demme, qui venait de réaliser Le Silence des agneaux, film avec soin et précision, très près des visages.

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Publié le 13 Juin 2025

Sur fond de manifestations contre le gouvernement, ce film raconte le quotidien de la jeune haïtienne Freda, entre la petite boutique de sa mère et sa petite sœur qui cherche un bon parti. On voit aussi son grand-frère, qui cherche à partir ailleurs, et le petit ami artiste de Freda qui cherche aussi à partir.

C'est un beau film, un petit peu long peut-être, qui cherche à raconter Port-au-Prince depuis le point de vue de ces femmes. Les actrices sont très bien (les acteurs sont très bien aussi mais clairement au second plan). C'est passionnant d'avoir le point de vue de Gessica Généus sur son pays (moins violent que dans Treize jours !), ça m'aère la tête de toutes les images franco-américaines que j'absorbe, et ce créole haïtien est magnifique.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma