Tiphaine et Gauthier ont déjà une fille, qui comme quasiment tous les (rares) enfants qui naissent en Europe, est une « fragile » : elle est victime d'une défaillance du chromosome X qui provoque un retard de développement physique et mental, et une certaine émotivité qui peut pousser jusqu'à l'agressivité. Cela n'empêche pas Tiphaine d'aimer profondément sa Madeleine, même si elle ne la voit finalement qu'assez peu depuis l'a emmenée dans un centre éducatif pour Fragiles.
Mais aujourd'hui Tiphaine a la chance d'être sélectionnée pour participer au Programme, qui permet à un échantillon de femmes d'avoir des enfants « sains », avec l'aide de techniques ultra-modernes. C'est une bonne nouvelle, probablement ? Elle a du mal à se projeter dans cette grossesse, et les relation avec Gauthier se tendent de plus en plus… Les choses ne s'arrangent pas à la naissance de Nolan, qui semble lui jeter des regards hostiles, et paraît anormalement précoce…
Il est inévitable de penser à La Servante écarlate de Margaret Atwood (j'avoue ne pas l'avoir lu, j'ai juste vu les premières saisons de la série) : dans les deux cas on trouve une société totalitaire, un État qui cherche à maitriser les naissances et le corps des femmes – beaucoup moins violemment dans Fragile/s. Il y a aussi beaucoup de différences ; mais une fois qu'on a dit ça, on n'a finalement pas dit grand-chose du livre de Nicolas Martin, ancien brillant animateur de la Méthode scientifique sur France Culture.
C'est un livre très riche, avec de nombreuses couches qu'il faudrait prendre le temps de déplier. L'écriture est très soignée, et utilise plusieurs modes de récit (narrateur omniscient, journal intime, retranscription d'un enregistrement audio…), qui à chaque fois relance le récit d'une nouvelle manière. Les personnages sont incarnés, le récit est prenant, par moments un peu flippant, c'est souvent émouvant, c'est malin et vertigineux. Bref, c'était super !