Publié le 12 Juillet 2025

En 1963, Ennis del Mar (Heath Ledger) et Jack Twist (Jake Gyllenhaal) sont deux cow-boys chargés de faire paitre un troupeau de moutons à Brokeback Mountain pendant tout un été. Durant ces mois loin du reste du monde, une histoire d'amour va naitre. Mais la pâture va toucher à sa fin, et il va bien falloir que les hommes retournent à leurs vies respectives, parce que nous sommes en 1963 et qu'une vie commune n'est pas envisageable.

Et c'est un film magnifique. Je l'avais vu une première fois à Paris, lors d'une séance de cinéma en plein air à la Villette – et je me souvenais surtout que tout le monde avait applaudi lors du premier baiser entre les deux hommes. Je ne me souvenais pas du tout que ces séquences de montagne n'occupent finalement qu'un tiers du film, qui parle finalement beaucoup de l'après, de l'impossibilité de cette relation, de la place des femmes auprès de ces hommes, des différences de classes sociales… C'est très beau, magnifiquement filmé (en même temps avec de tels paysages c'est dur de faire autrement), et finement écrit.

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Publié le 12 Juillet 2025

Frédéric (Jonathan Cohen) est le mec et l'assistant de Claire (Marina Foïs), une célèbre pianiste concertiste. C'est lui qui gère tout à sa place : hôtels, avions, paperasse, pilule, médecine… Un jour que Frédéric se retrouve à aider une femme à accoucher dans un avion (?), il a une révélation : il voudrait avoir un enfant – alors que le couple s'était dit que ce n'était pas possible, avec la carrière de Claire, toujours en déplacement entre deux salles de concert. Alors Frédéric a une idée de génie : il va remplacer la pilule qu'il donne à Claire par une sucrette, et paf, elle va tomber enceinte.

Et ce film est une énorme bouse.
C'est sensé être une comédie, mais il n'y a qu'un seul gag : Jonathan Cohen qui surjoue (notamment dans le rôle de « la femme du couple », que c'est moderne et irrévérencieux). Il ne fait pas mourir de rire, et ne faire reposer un film que sur son jeu, c'est franchement léger.
Le film est basé sur le déni du consentement de Claire, et c'est extrêmement problématique (le film est sorti TROIS ANS APRÈS #METOO !) ; c'est vaguement adressé dans le film mais on passe très vite à autre chose.
Et surtout, c'est incroyablement mal filmé : la moitié du temps les champ-contre champ ne fonctionnent pas du tout (« attends il est où là, et il parle à qui ? ») ; la lumière est moche ; les acteurices sont parfois approximatif·ves ; la musique se résume à 2 tubes de la musique classique (un Nocturne de Chopin et le mouvement lent du Concerto en sol de Ravel). Rien n'est réussi dans ce film, et qu'il ait reçu le prix Jean-Vigo est incroyable – et probablement la preuve que c'est un prix de merde.

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Publié le 7 Juillet 2025

D'un côté du palier, la libraire féministe célibataire Sandra (Valéria Bruni Tedeschi), de l'autre Cécile et Alex (Pio Marmaï), qui partent en urgence à la maternité, et qui demandent à Sandra de garder Elliott, le fils de Cécile, 5 ans. Sandra ne sait pas trop comment faire avec les enfants, d'autant plus qu'elle n'a pas de nouvelle de ses voisin·es. Quand Alex rentre, c'est pour annoncer une catastrophe : Cécile est morte à la maternité en donnant naissance à Lucille.

Et c'est le point de départ de ce très beau film, qui explore les relations aux autres, ce que peut bien signifier être une famille, les attachements qui se créent et se défont. L'écriture est d'une très grande finesse, les acteur·ices sont parfait·es, l'image es très belle… C'est magnifique, on rit, on pleure ; malgré les drames c'est un film plein de joie et d'amour.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #France, #cinéma

Publié le 5 Juillet 2025

Mémé Berthe vient de mourir. Mais finalement, est-ce que son petit-fils Armand (Denis Podalydès) la connaissait si bien que ça ? Il doit s'occuper de ses obsèques, pendant qu'il est partagé entre sa femme Hélène (Isabelle Candelier) et sa maitresse Alix (Valérie Lemercier).

L'écriture pêche à plusieurs moments, en grande partie parce que les personnages sont mal définis : il m'a fallu plusieurs dizaines de minutes pour comprendre le rôle de Hélène et Alix. C'est un peu foutraque, et pas forcément dans le bon sens… et c'est bien dommage parce qu'il y a de bonnes idées et des scènes très réussies. Ce film est souvent drôle, on y retrouve la loufoquerie habituelle des films de Bruno Podalydès : les pompes funèbres, la maison de retraite, la pharmacie… sont autant de terrains de jeux.

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Publié le 29 Juin 2025

À Londres au XIXe siècle, le docteur Godwin Baxter, dit « God » (Willem Dafoe), est un savant fou qui a servi de cobaye à son père. Quand on lui amène le cadavre tout frais d'une jeune femme qui vient de se suicider, et qu'il voit qu'elle est enceinte, et que le bébé est encore en vie, il se dit qu'il a une chance incroyable : il va pouvoir greffer le cerveau vivant du bébé sur le corps de la mère. Et c'est ainsi que nait Bella (Emma Stone), un bébé dans le corps d'adulte, une créature de Frankenstein adorable et terrifiante à la fois.
Godwin Baxter demande à Max McCandless (Ramy Youssef), un de ses élèves, d'observer les progrès de Bella. Au fil du temps, il développe des sentiments pour la jeune femme, et il est question de fiançailles – ce qui va très bien à « God » : c'est un prolongement de l'expérience.
Mais quand Bella rencontre le bellâtre Duncan Wedderburn (Marc Ruffalo) et qu'il lui propose de sortir de ce manoir dans lequel elle est enfermée, elle accepte avec joie – d'autant plus qu'il lui promet sexe, aventure et dépaysement.

C'est un film très étrange du réalisateur de The lobster et La Favorite, qui joue sur le malaise sans franchir de ligne rouge (une agression sexuelle, par exemple). Le film est bâti comme comme un conte, comme un récit d'apprentissage bizarre, dans lequel Bella grandit, se construit en tant que personne et décide en permanence pour elle-même ce qu'elle veut – c'est un personnage foncièrement libre, libérée des codes sociaux qu'elle ignore. On la voit grandir et évoluer au cours du film, elle apprend à parler, à marcher, elle devient adulte – aussi étrange que ça soit. (Dans le film on trouve Margaret Qualley qui joue dans The Substance, et il y a clairement un lien entre ces film dans le travail de la figure du monstre).
Le film est un peu steam-punk, et semble se passer dans un monde parallèle où les villes ressemblent à ce qu'aurait produit une IA générative (le film date d'une époque où ces IA n'étaient pas encore vraiment au point). Ces décors participent à la belle étrangeté du film.
Les acteurices sont formidables, en particulier Emma Stone qui joue le rôle-titre et porte le film. La mise en scène est souvent bien, parfois un peu trop visible (ces plans en fish eye ??) ; certains plans sont carrément laids (les plans larges sur le paquebot dans sur Bella et Duncan Wedderburn naviguent)… Mais rien qui ne puisse gâcher ce film unique.

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Publié le 27 Juin 2025

Dans les années 1830, l'Empire britannique est à son apogée, aidé par le travail des traducteurs de Babel à Oxford : ils ont compris le pouvoir que donnent les barres en argent quand on y grave le même mot dans deux langues différentes : les différentes connotations dans les langues entre les deux mots peuvent donner une sorte de pouvoir magique aux barres. Ce savoir, jalousement gardé au sein d'Oxford, permet d'accélérer la production agricole, de sécuriser les voyages en train, de renforcer les fondations des bâtiments, de guérir certaines maladies…
Robin est un jeune garçon arraché de sa Chine natale (toute sa famille y est morte dans une sévère épidémie), amené en Angleterre par le professeur Lowell. Il y est éduqué par les meilleurs professeurs afin de pouvoir entrer comme traducteur à Babel.

C'est un (très) gros roman uchronique, qui se lit comme un page-turner. C'est un bon livre et un impressionnant premier roman. L'autrice nous immerge très vite dans le bain, et on est emporté par l'aventure et par l'ambiance – on pense parfois à Harry Potter, parce l'ambiance très british d'Oxford fait inévitablement penser à Poudlard, d'autant plus que dans ce livre aussi il y a des baguettes magiques. Toutes les réflexions sur la linguistique, sur la traduction, sont très intéressantes – même si je dois bien admettre que je ne suis pas sûr d'avoir tout compris au fonctionnement des baguettes magiques. Le roman critique sévèrement le colonialisme et le racisme, et porte en son cœur des questions intersectionnelles – les personnages principaux sont chinois, indien et haïtienne, immergé·es dans une Angleterre incapable de reconnaître son racisme.
On trouve quelques défauts quand même. Il m'a semblé qu'à certains moments le rythme était un peu bancal : ça traine un peu parfois, et à d'autres moments ça accélère au point qu'on a peine à suivre. Les personnages sont intéressants mais il leur manque un soupçon d'âme pour que je m'y sois complètement attaché, et j'ai l'impression que R. F. Kuang peine à laisser la place à l'émotion dans son récit (c'est un défaut que j'avais aussi trouvé dans Les Furtifs, mais ce n'était pas le premier roman de Damasio) (O. essayait d'imaginer ce à quoi aurait ressemblé le livre s'il avait été écrit par Becky Chambers, ça aurait sans douté été magnifique).

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Publié le 27 Juin 2025

Gobi le gobelet en carton est dans les mains de Marie, il est rempli de café chaud que Marie porte à ses lèvres : il vit sa meilleure vie. Jusqu'au moment où Marie jette son gobelet – même pas dans une poubelle, Gobi tombe à côté. C'est une déchirure pour lui, il ne comprend pas du tout ce qui lui arrive. Et c'est ainsi que débute le long voyage initiatique de Gobi, qui rencontrera de nombreux autres déchets qui lui expliqueront tout ce qu'ils pensent savoir sur les « bougeurs », ces êtres magnifiques qui permettent de donner vie aux objets – et qui parfois les perdent sans faire exprès, sans doute, c'est l'explication la probable.

Ce moyen-métrage d'animation (45 minutes) mêle prise de vues réelles et stop-motion – c'est visuellement très convainquant. Le film est très drôle, finement écrit, c'est hautement recommandable.

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