Publié le 11 Octobre 2025

J'ai lu plusieurs recueils de nouvelles ces derniers mois (Le Livre de sable, Le Caïd, Rashômon), c'est une forme que je fréquente peu mais que j'aime bien. Je n'avais jamais rien lu de Ken Liu, auteur américain né en Chine, et c'est sans doute une bonne façon de découvrir un auteur. Les nouvelles rassemblées ici sont assez diverses : certaines font une cinquantaine de pages, d'autres trois ; il y a de la SF, du policier, des nouvelles belles et émouvantes, d'autres plutôt drôles… (Même s'il y a aussi de nombreuses différences, j'ai pensé à ce recueil de nouvelles de Philip K. Dick). Au fil de la lecture apparaissent quelques obsessions de l'auteur : les voiles solaires, la confrontation à une altérité totale, les limites de ce qu'on peut appeler un humain…
C'est en tout cas (à part une ou deux nouvelles qui m'ont moins parlé) le recueil d'un auteur brillant, inventif et original, que l'on finit souvent avec une sensation de vertige. Ça donne envie de lire plein d'autres textes de Ken Liu.

* * *

Renaissance
Des extraterrestres ont envahi la Terre. Leur cerveau se renouvelle sans cesse, leurs souvenirs inutiles sont effacés, leur personnalité peut donc évoluer sans cesse : il ne reste plus rien de la violence qu’ils ont exercée pendant la conquête, ils n’ont conservé que leur douceur.
De la même façon, ils excisent les humains auteurs de crimes, pour supprimer les souvenirs et aspects de la

Avant et après
Deux longues phrase, une décrivant l’avant, une autre pour l’après d'une annonce terrifiante dont on ne saura pas grand-chose.

L’algorithme de l’amour
Une femme fabrique des poupées réalistes, dotées d’algorithme de langage relativement sophistiqué. Mais la réalité finit par se confondre avec l’artificiel.

La nouvelle est écrite en 2004, elle date évidemment d'avant les LLM, elle prend évidemment un tout autre aspect aujourd'hui. D'où cette question : combien de temps avant qu’on voie des poupées équipées de ChatGPT ?

Nova Verba, Mundu Novus
Cette courte nouvelle décrit un bateau qui arrive au bord du monde (la terre est plate !) : le verbe disparaît, il en faut de nouveaux.

Faits pour être ensemble
Centillion sait absolument tout sur vous grâce aux données qu’il collecte, et leur IA Tily sait vous conseiller mieux que personne. La voisine de Sai va tenter de lui montrer combien tout cela est dangereux.

Une vision assez classique (c'est écrit en 2012, et ce n'était sans doute déjà pas très nouveau) mais réaliste d’une forme de totalitarisme technologique (le nom de la société est assez transparent).

Emily vous répond
C’est un courrier du cœur auquel écrit une femme : elle sort avec l'ancien copain de sa meilleure amie, et elle ne peut s’empêcher d’imaginer les deux anciens amants ensemble. Peut-être les nouvelles techniques d’effacement de mémoire pourraient-elles aider ?

C’est malin et plutôt drôle.

Trajectoire
C’est toute la vie de cette femme que nous découvrons : très jeune mère qui abandonne son enfant, elle se retrouve après des années d’errance par travailler pour une boîte qui « plastifie » les cadavres pour en faire des œuvres d’art ; sa minutie dans son travail la fait remarquer. Le nouveau patron de la boîte décide de chercher à ralentir le vieillissement cellulaire, jusqu'à atteindre une forme d’immortalité.

C’est un beau portrait de femme, un récit vertigineux, touchant et encore une fois malin.

Le golem au GSM
Lors d’une croisière interplanétaire, une jeune fille est contactée par Dieu, qui lui demande de l’aider à débarrasser les rats du vaisseau, pour qu’ils ne perturbent pas l’écosystème de la planète sur laquelle ils se rendent. Pour ce faire Dieu demande à la jeune fille de fabriquer un golem.

La peste
Deux mondes se regardent sans se comprendre : d’un côté les « pestiférés », restés à l’air libre, qui sont colonisés par des nanorobots, de l’autre les riches habitants du Dôme, protégés.

L’erreur d’un seul bit
Tyler tombe amoureux de Lydia, qui rayonne depuis qu’elle a vu un ange. Tyler ne croit pas en Dieu mais réfléchit à la façon dont un seul proton envoyé par une supernova à des siècles d’intervalle peut changer les choses.

La ménagerie de papier
Le narrateur pense à sa mère, une chinoise que son père a trouvée sur catalogue ; contrairement à ce que disait l’annonce elle ne parle pas un mot d’anglais. Elle lui fabriquait de petits animaux en papier pliés, qui jouaient pour l’enfant. En grandissant, il s’exaspérait d’entendre sa mère aussi mal parler anglais, et quand on l’appelle « face de citron » c’est à sa mère qu’il en veut.

J'ai d'abord cru à un texte autobiographique, alors que pas du tout (même s'il y a forcément une part de lui dans ce texte). C’est très beau et émouvant, dans un autre registre.

Le livre chez diverses espèces
Comment différentes espèces extraterrestres gardent trace de leur histoire et de leurs pensées.

Le journal intime
Une femme tombe sur le journal intime de son mari, qu’elle n’ose pas lire. Tout à coup, elle n’est plus capable de rien lire : les lettres désertent les feuilles, laissant journaux et livres vierges. Mais que peut-il bien y avoir dans ce journal ?

L’Oracle
L’Oracle permet aux gens de voir un moment de leur avenir. Penn a vu qu’il allait tuer quelqu’un, il est donc dans une sorte de détention provisoire – personne n’a envie d’avoir un futur assassin près de lui. Monica travaille dans une association cherchant à abolir la peine de mort et les condamnation pour pré-crime.

La plaideuse
Dans une Corée de l’époque moderne, un vieux marchant est mort dans un incendie, qui paraît criminel. Qui a fait le coup ? Sui-Wei Far décide de prendre la suite de son père, plaideur à la cour, et de mener l’enquête.

Une nouvelle policière, un whodunit assez classique mais habilement tourné.

Le peuple de Pélé
Un vaisseau a parcouru 28 années-lumière pour arriver sur une exoplanète, sans océans mais avec de grands lacs, parcourue d’étranges cristaux circulaires, qui ressemblent à des engrenages. Il s’agit de fonder une colonie sur place, avec les 150 membres d’équipage.

Mono no aware
Un vaisseau spatial qui laisse derrière lui la Terre ; un petit Japonais qui s’apprête à quitter sa planète.

La Forme de la pensée
Une colonie humaine arrive sur une planète habitée par des êtres étranges, qui communiquent par le geste, dans une langue dont les nuances infinies échappent aux humain.es. La linguiste et le responsable de la sécurité, aux opinions parfois divergentes, décident de s'installer au milieu des ET, et de laisser leur fille grandir parmi elleux, afin qu’elle puisse servir d’interprète.

Les vagues
Un vaisseau part vers une exoplanète. Quand leurs habitants reçoivent un message de la Terre leur expliquant comment devenir immortel·les, un dilemme se pose : comment gérer les ressources très limitées dans l'espace confiné du vaisseau avec des êtres immortels ? Et une fois arrivé sur la planète en question, les êtres mécaniques qu'iels rencontrent sont-ils encore des humains ?

Voir les commentaires

Publié le 27 Septembre 2025

Sirāt (Óliver Laxe, 2025)

Dans une free party au Maroc, Luis (Sergi López) et son fils Esteban cherchent Mar, la grande sœur d'Esteban, qui n'a pas donné de signe de vie depuis des mois. Quand l'armée déloge les teufeurs, Luis et son fils décident de suivre un groupe de raveurs qui se dirigent vers une autre free party, où pourrait se trouver Mar. Il faut pour ça traverser le désert marocain, ce qui s'annonce comme une sacrée épreuve.

Et c'est un film magnifique, dont il est difficile de parler sans trop dévoiler…
La première partie dans la rave est hypnotique ; la traversée du désert tout aussi fascinante ; quand le drame arrive, le film bascule dans autre chose mais conserve sa force. Les paysages sont magnifique, la lumière et la photo impressionnantes, les acteur·ices, en partie non professionnel·les sont parfait·es et très touchant·es. C'est un très beau film, porté par des super personnages et des images magnifiques.

Voir les commentaires

Publié le 21 Septembre 2025

Une bande de « scientifiques » du paranormal sont virés de leur université. Ils décident de monter une agence pour chasser les fantômes et autres spectres. Quand Dana (Sigourney Weaver) approche l'agence, le Dr Peter Venkman (Bill Murray) veut s'occuper de son cas personnellement…

Oui, il y a une ou deux scènes marrantes de chasse aux fantômes ; mais le reste est long, parfois confus, très gênant (Bil Murray passe son temps à draguer des meufs)… pas grand-chose à en garder !

Voir les commentaires

Publié le 4 Septembre 2025

Comme toujours dans les Simpsons, il y a plein d'intrigues secondaires, mais voici la principale : le lac de Springfield déborde de pollution, il suffirait d'un rien pour qu'une catastrophe arrive. Quand Homer balance des ordures dans le lac, celui-ci se transforme en mutant, et l'Agence de Protection de l'Environnement n'a plus qu'un choix : isoler Springfield du reste du monde sous un gros dôme. Mais c'est aussi l'histoire de Bart qui se rend compte que Ned Flanders est un meilleur père que Homer ; de Lisa qui rencontre le garçon de ses rêves, et de Marge qui s'interroge sur son mariage.

Et c'est drôle, toujours généreux en gags, pas toujours très subtil mais souvent malin dans ce que ça raconte, bref c'est super.

Voir les commentaires

Publié le 2 Septembre 2025

Un homme écrit pour une revue un poème sur un chasseur. Il reçoit une lettre d’un lecteur qui lui dit : « c’est incroyable on dirait vraiment que c’est de moi que vous parlez. Tenez, lisez ces trois lettres que j’ai reçues et qui n'ont rien à voir avec la chasse du tout ». Suivent ensuite ces trois lettres, écrites par trois femmes, la fille, la femme et la maîtresse, qui parlent principalement d’adultère.

Je crois que je n’ai pas réussi à trouver ça intéressant. Je ne pense pas avoir vraiment de reproche à faire au livre, je pense juste que ces histoires de tromperies ne sont pas du tout pour moi.

Voir les commentaires

Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #littérature, #Japon

Publié le 29 Août 2025

Brice est fan de surf depuis qu'il a vu Point Break ; tout le monde l'adore, il fait des fêtes épiques et casse tout le monde. Quand son père est arrêté pour blanchiment d'argent, et qu'il se retrouve fauché, moins de gens l'apprécient. Il tombe par hasard sur Marius de Fréjus, qui va l'entraîner à sa première compétition de surf à Hossegore.

Pour une fois, je crois que c'est moins nul que dans mon souvenir – mais c'est naze quand même. L'exercice de développer un parsonnage de sketch sur un long métrage est plutôt pas trop mal réussi, l'histoire se tient bien même elle n'est que rarement surprenante. C'est juste que ce personnage idiot et arrogant (qui évoque évidemment OSS 117) n'est pas très drôle et évidemment jamais attachant. Brice est con, ses potes son cons, tout le monde est con dans le film, et c'est un peu pénible – alors que dans les films d'Hazanavicus, le con est tout le temps confronté à des gens qui le trouvent con, et c'est ce décalage qui est drôle.

Voir les commentaires

Publié le 29 Août 2025

Encore un livre que j’abandonne, encore plus vite que le précédent. Ce qui me gêne ici, c’est que je trouve le contrat passé entre l’auteur et lea lecteurice malhonnête.
Le livre est présenté comme un témoignage, il commence par une introduction d’un type qui dit que ce livre est l’histoire de son arrière-grand-mère ; puis vient un prologue de l’auteur posant le contexte historique : vers 1870, Little Wolf, un chef Cheyenne est venu voir le président Grant pour lui proposer un traité de paix. Il demande que les USA fournissent 1000 femmes blanches à son peuple, qui donneront des enfants qui iront plus tard s’insérer dans la société blanche. Grant accepte en secret. Puis vient le corps du texte : le journal de l’arrière-grand-mère, une des femmes qui est allée rejoindre les Cheyennes (ça lui permettait de sortir de l’asile où on l’avait enfermée de force).

Sauf que tout est faux. Y compris le postulat de base, à savoir le marché entre Little Wolf et le président Grant.
Pas de problème à insérer des personnages et éléments fictifs dans des récits historiques, afin d’incarner cette histoire et de donner une certaine liberté aux auteurices, mais là j’ai l’impression qu’on me ment. Si Jim Fergus invente le point de départ, comment savoir qu’il ne raconte pas aussi des conneries sur toute la suite ? Qu’il ne raconte pas n’importe quoi sur la vie des Cheyennes ?
Je me suis déjà fait avoir avec Ce qu'il advint du sauvage blanc, de François Garde, pas envie de refaire la même erreur.

Voir les commentaires