Dans la foulée de la COP 21, l’ONU crée le Ministère du futur, une instance chargée de veiller à ce que les décisions prises par les différents gouvernements soient conformes aux exigences futures, en particulier concernant le climat. Quand l’Inde connaît une canicule mortelle et dévastatrice, et qu'elle décide unilatéralement d’avoir recours à la géo-ingénierie, les enjeux s'intensifient, et le Ministère se décide à chercher des moyens d’être vraiment efficace.
C’est un essai passionnant, mais un piètre roman.
Sur le travail de prospective, c’est d’une richesse impressionnante. Ça va parfois vite sur certains enjeux ou évènements capitaux, tandis que d’autres prennent peut-être trop de place. La finance (crypto monnaies, block chain..) prend une place très importante, sans doute trop à mon goût, mais dans un monde régi par le pognon c’est plutôt logique. C’est une vision plutôt optimiste/réaliste de la marche du monde, et j’ai l’impression que les fait commencent déjà à donner tort à K. S. Robinson.
L’auteur essaye de donner une forme romanesque au livre, mais honnêtement ça ne marche pas vraiment. Peu de personnages, pas très intéressants, des pistes amorcées mais jamais explorées... je pense par exemple à ce semblant d’histoire d’amour qui arrive à la fin, sorti de nulle part, impliquant en partie des personnages rencontrés deux pages plus tôt – difficile d'être ému.
C’est dommage parce qu’il aurait sans doute été possible de mieux incarner tout ça. J’avoue que je n’avais pas vraiment envie de lire un essai de plus de 500 pages. Avec une autre approche le travail d'Abel Quentin sur Cabane est autrement plus intéressant.
Quelques passages qui ont particulièrement retenu mon attention (si ce n'est pas l'auteur qui parle ici, je ne sais pas dans quelle mesure ça peut refléter ses idées) :
Alors, y a-t-il assez d'énergie pour tout le monde ? Oui. Y a-t-il assez de nourriture pour tout le monde ? Oui. Y a-t-il assez de logements pour tout le monde ? Non, mais ça peut d'arranger. De même pour les vêtements. La santé ? C'est une question de formation des populations et de production d'outils simples : les limites planétaires ne sont pas en cause dans cette affaire. Idem pour l'éducation. En conséquence, tous les prérequis d'une vie agréable sont disponibles en quantité suffisante pour que chaque être humain puisse en bénéficier. Eau nourriture, abri, vêtement, soins médicaux, éducation.
La sécurité est-elle aussi accessible à tous ? Cette « sécurité » est le sentiment qui résulte de la confiance accordée au fait de disposer des éléments contenus dans la liste ci-dessus, et de penser que ses enfants en disposeront également. Donc la sécurité, même si elle ne se dénombre pas, est bel et bien accessible à tous.
Si un pour cent de l'humanité contrôle le travail de tous les autres et encaisse bien plus que sa part des bénéfices de ce travail, tout en bloquant avec ardeur le moindre projet fondé sur l'équité et la durabilité, l'idée de la Société à 2 000 watts va devenir difficile à réaliser. C'est une évidence, certes, mais ça va mieux en le disant.
Pour résumer, tout ce qui est nécessaire existe en quantité suffisante pour tout le monde. Donc plus personne ne devrait vivre dans la pauvreté. Et il ne devrait plus y avoir de milliardaires. Il faudrait que cette « quantité suffisante » soit érigée en droit de l'homme. À la fois une limite sous laquelle personne ne pourrait descendre… et au-dessus de laquelle personne ne pourrait monter. Avoir plus, c'est avoir trop.
Nous laissons le lecteur s'exercer à envisager la mise en place d'une telle société. (p. 64-65)
Remarquons aussi que les inégalités de richesse ont augmenté entre 1980 et aujourd'hui, ce qui est un des marqueurs du néo-libéralisme. Ces inégalités ont désormais atteint un niveau jamais vu depuis le prétendu « âge doré » des années 1890. Certaines données suggèrent même que nous vivons la période la plus inégalitaire de toute l'histoire de l'humanité, surpassant l'époque féodale et, avant cela, les premiers États basés sur la division guerrier/prêtre/paysan. Ansi, les deux milliards de personnes les plus pauvres continuent de manquer de ressources fondamentales, telles que des W.-C., un logement, une nourriture suffisante, l'accès aux soins ou à l'éducation élémentaire. Ce qui signifie qu'un quart des êtres humains actuellement en vie, soit l'équivalent de toute la population mondiale de 1960, patauge dans une misère que même les pauvres de l'époque féodale ou du Paléolithique ne subissaient pas. (p. 80)
À quoi cela pourrait-il ressembler ? De gros pans sont déjà disponibles : ça s'appelle le « socialisme ». Ou, pour ceux que le mot effraie – les Américains et autres capitalistes internationaux – parlons plutôt de mis en commun des services publics. […] Le peuple possède les biens indispensables, qui deviennent alors partie intégrante des droits de l'homme et sont donc distribués sans but lucratif. L'eau, la nourriture, le logement, les vêtements, l'électricité, les soins médicaux et l'éducation. Autant de droits de l'homme, de biens publics qui ne devraient jamais être sujets à l'appropriation et au profit. Pas plus compliqué que ça.
La démocratie est aussi une bonne chose, mais, encore une fois, pour ceux qui pensent que ce mot sert de couverture à l'oligarchie et à l'impérialisme occidental, parlons plutôt de véritable représentation politique. Avez-vous l'impression d'être représenté politiquement ? Sans doute que non, ou alors imparfaitement. Donc : propriété publique des biens indispensables et véritable représentation politique.
[…]
Une chose effrayante, par contre, c'est qu'il faudra toujours de l'argent, ou du moins un dispositif d'échanges dans lequel les gens auront confiance, ce qui veut dire que nos chères banques centrales sont dans le coup, ce qui veut dire que le système des États-nations est appelé à perdurer. Désolé de vous l'apprendre, mais c'est la vérité, une vérité évidente.
[…]
De nos jours, tout le monde sait tout. personne sur cette planète n'ignore les vrais ressorts de notre existence sociale commune. C'est là un véritable apport de ces saloperies de smartphones : vous pouvez être analphabète – beaucoup le sont – et avoir malgré une très bonne idée de la marche du monde. Vous savez que ce monde court à la catastrophe. Vous savez qu'il est grand temps d'agir. La main invisible du marché ne paye jamais l'addition, l'argent est là, il est simplement mal réparti. Mal réparti selon nos critères. Aujourd'hui certaines digues sont rompues. Parce que nous les avons rompues, volontairement ! Émeutes, occupations, désobéissance civile, grèves générales : l'effondrement. C'est l'heure du plan B. […] (pp. 400-401)