Publié le 19 Décembre 2025

Dans ce futur où le droit d'avoir des enfants est devenu rare, la maladie de leur fils Martin plonge Henri et Monica dans un profond désespoir. Alors quand on leur propose d'adopter un méca-enfant, David, qui imiterait un enfant à la quasi-perfection, ils abandonnent rapidement leurs réticences. Il est un peu chelou, mais iels finissent par s'y habituer.
L'équilibre change quand Martin revient de l'hôpital : jaloux du robot, il essaye de le manipuler pour s'en débarrasser. Après quelques incidents plus ou moins graves, Henri et Monica décident de s'en séparer. Mais Monica ne se résout pas à le ramener à l'usine pour qu'il y soit détruit. Elle l'abandonne dans une forêt, et David va alors poursuivre un seul but : pour que sa maman l'aime de nouveau, il cherche la fée bleue qui pourra faire de lui un vrai petit garçon, comme dans Pinocchio.

Il y a trois films dans A.I. : le premier (environ 1/3 du film), centré sur l'arrivée de ce méca-enfant dans la famille est plutôt réussi. On nage en plein vallée de l'étrange, et Haley Joel Osment (il voit des morts) est très bon dans ce rôle. Ça va peut-être un peu vite par moments (la mère passe très rapidement du rejet total à la fusion avec David ; le père disparait rapidement du tableau), mais globalement c'est très humain, et les relations entre les différents personnages sont assez finement écrites.
On bascule dans un deuxième film quand David se retrouve tout seul : il se retrouve en compagnie d'autres robots, en particulier d'un robot sexuel incarné par un Jude Law qui a l'air de beaucoup s'amuser – et qui est excellent. Cette errance traine un peu, et aurait franchement gagné à être un peu plus ramassée. Cette partie est aussi un peu plus désincarnée, j'ai du mal à être à fond avec les personnages, peut-être parce qu'il se passe trop de choses, que ça court un peu trop pour qu'on prenne le temps d'approfondir la relation entre David et Jude Law.
Et un y a une dernière partie, qui occupe les dernières 25 minutes, qui m'avait déjà fait totalement décrocher la première fois que j'ai vu ce film : c'est quand les extraterrestres arrivent (!!!). Ici encore, c'est un peu trop long, c'est désincarné, totalement pas crédible, et je n'arrive plus du tout à ressentir quoi que ce soit pour David : les ficelles sont trop grosses.
C'était un projet que Kubrick avait confié à Spielberg, est-ce qu'il avait déjà en tête ces extraterrestres ? Ça ressemble vraiment à une mauvaise idée que Spielberg aurait pu avoir tout seul…

La mise en scène est réussie, avec toujours ces plans-séquences discrets dont raffole Spielberg, mais elle ne brille pas vraiment pas sa subtilité : en particulier dans la première partie, quasiment un plan sur deux joue avec des miroirs, des reflets, des transparences – oui, on a compris qu'il s'agit de parler de l'apparence des choses, du vrai et du faux etc.
Pour moi, il y a un vrai problème de DA dans ce film : je trouve la lumière terne, les couleurs fadasses, le travail sur « les objets du futur » un peu faible (la grosse voiture en plastoc), et les extraterrestres totalement dégueulasses – ce qui ne m'aide pas à entrer dans cette dernière partie.

Voir les commentaires

Publié le 8 Décembre 2025

Endetté, Jerry Lundegaard décide de monter une arnaque : deux voyous vont enlever sa femme, et le riche père de celle-ci va payer la rançon, dans laquelle Jerry se servira sans vergogne. Évidemment, rien ne se passera comme prévu.

C'est un grand classique des frères Coen, et une franche réussite. On y trouve de nombreux éléments au cœur de leur cinéma : des personnages improbables, des ploucs aux accents à couper au couteau, des situations absurdes, des plans machiavéliques qui tombent à plat – en général à cause de la bêtise des protagonistes. C'est parfois un peu amusant mais ce n'est pas vraiment une comédie ; c'est parfois gore sans être un film d'horreur ; le film est construit autour de voyous et de la police, mais ce n'est pas un polar. Les dialogues sont finement écrits ; la réalisation est souvent efficace, les plans jouant sur la beauté des paysages enneigés (la ligne d'horizon est régulièrement très haute ou très basse).
Au début du film, un carton indique que le film est tiré d'une histoire vraie, ce qui est complètement faux. C'est un procédé malhonnête mais intéressant, parce qu'il oriente la façon dont on perçoit les évènements : tout est trop gros pour être vrai, mais c'est presque ça qui rend l'histoire crédible.

Voir les commentaires

Publié le 5 Décembre 2025

C'est difficile de résumer ce film parce qu'il n'y pas l'air d'avoir vraiment d'histoire : il y a une petite fille qui va on ne sait où avec un gros œuf, et un soldat qui la suit (cringe). Et aussi des références au Déluge, des ombres de poissons géants, un gros œil mécanique qui amerrit, des fossiles d'hommes oiseau-géant…

Je n'avais pas aimé Ghost in the Shell de Mamoru Oshii, mais quand j'étais ado, j'étais fan de Yoshitaka Amano, le directeur artistique de L'Œuf de l'ange – j'avais vu quelques vignettes d'aquarelle dans des magazines consacrés à FF VII. J'étais un peu curieux de voir ce film, même si la bande-annonce ne donnait pas vraiment envie : c'est encore pire. Alors oui, le travail sur les décors est super, et il y a de très beaux plans. Mais je ne suis pas sûr que ça suffise à faire un film : tout le reste est très long pour un film de 1h11, c'est chiant et incompréhensible. Aucune chance que j'en retienne quoi que ce soit.

Voir les commentaires

Publié le 4 Décembre 2025

Will Hunting (Matt Damon) est un jeune homme ordinaire, qui traîne avec une bande d'autres mecs ordinaires comme lui, pas tous très futés ; ils ont des boulots de merde, et passent leurs loisirs à boire des bières, se bagarrer et draguer. Mais Will est aussi un génie des mathématiques, capable de résoudre les équations compliquées que propose un professeur du MIT.
Ce professeur le sort de prison (une histoire de bagarre) en échange de deux choses : que Will s'intéresse aux maths et aide le prof à résoudre des trucs, et que Will suive une thérapie. C'est particulièrement compliqué jusqu'à ce qu'il rencontre le docteur Sean Maguire (Robin Williams), avec qui le courant semble plutôt bien passer.

C'était sympa mais pas ouf. Le scénario, écrit par Matt Damon et Ben Affleck, est prévisible de bout en bout, ce qui ne veut pas forcément dire qu'il n'y a pas de jolies scènes. Les personnages sont un peu trop unidimensionnels pour qu'on s'attache complètement à eux (je gens au masculin, parce qu'il n'y a qu'un seul personnage féminin).
Le film est un peu long, et met beaucoup de temps à démarrer – j'ai l'impression qu'il se passe au moins 30 minutes avant que Robin Williams entre en scène – mais je n'arrive pas à savoir si c'est vraiment un défaut : c'est bien que le récit prenne le temps de s'installer, mais ça marcherait probablement mieux si l'écriture était plus fine.
D'une manière étonnante, c'est pas toujours très bien mis en scène : certains effets (des zooms sur un visage pendant un monologue etc) sont un peu appuyés, d'autres fois les plans paraissent un peu maladroits. Je pensais que Gus Van Sant serait plus habile – c'est quand même son 6e film.

Voir les commentaires

Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #États-Unis

Publié le 3 Décembre 2025

Dans la foulée de la COP 21, l’ONU crée le Ministère du futur, une instance chargée de veiller à ce que les décisions prises par les différents gouvernements soient conformes aux exigences futures, en particulier concernant le climat. Quand l’Inde connaît une canicule mortelle et dévastatrice, et qu'elle décide unilatéralement d’avoir recours à la géo-ingénierie, les enjeux s'intensifient, et le Ministère se décide à chercher des moyens d’être vraiment efficace.

C’est un essai passionnant, mais un piètre roman.
Sur le travail de prospective, c’est d’une richesse impressionnante. Ça va parfois vite sur certains enjeux ou évènements capitaux, tandis que d’autres prennent peut-être trop de place. La finance (crypto monnaies, block chain..) prend une place très importante, sans doute trop à mon goût, mais dans un monde régi par le pognon c’est plutôt logique. C’est une vision plutôt optimiste/réaliste de la marche du monde, et j’ai l’impression que les fait commencent déjà à donner tort à K. S. Robinson.
L’auteur essaye de donner une forme romanesque au livre, mais honnêtement ça ne marche pas vraiment. Peu de personnages, pas très intéressants, des pistes amorcées mais jamais explorées... je pense par exemple à ce semblant d’histoire d’amour qui arrive à la fin, sorti de nulle part, impliquant en partie des personnages rencontrés deux pages plus tôt – difficile d'être ému.
C’est dommage parce qu’il aurait sans doute été possible de mieux incarner tout ça. J’avoue que je n’avais pas vraiment envie de lire un essai de plus de 500 pages. Avec une autre approche  le travail d'Abel Quentin sur Cabane est autrement plus intéressant.

Quelques passages qui ont particulièrement retenu mon attention (si ce n'est pas l'auteur qui parle ici, je ne sais pas dans quelle mesure ça peut refléter ses idées) :

Alors, y a-t-il assez d'énergie pour tout le monde ? Oui. Y a-t-il assez de nourriture pour tout le monde ? Oui. Y a-t-il assez de logements pour tout le monde ? Non, mais ça peut d'arranger. De même pour les vêtements. La santé ? C'est une question de formation des populations et de production d'outils simples : les limites planétaires ne sont pas en cause dans cette affaire. Idem pour l'éducation. En conséquence, tous les prérequis d'une vie agréable sont disponibles en quantité suffisante pour que chaque être humain puisse en bénéficier. Eau nourriture, abri, vêtement, soins médicaux, éducation.
La sécurité est-elle aussi accessible à tous ? Cette « sécurité » est le sentiment qui résulte de la confiance accordée au fait de disposer des éléments contenus dans la liste ci-dessus, et de penser que ses enfants en disposeront également. Donc la sécurité, même si elle ne se dénombre pas, est bel et bien accessible à tous.
Si un pour cent de l'humanité contrôle le travail de tous les autres et encaisse bien plus que sa part des bénéfices de ce travail, tout en bloquant avec ardeur le moindre projet fondé sur l'équité et la durabilité, l'idée de la Société à 2 000 watts va devenir difficile à réaliser. C'est une évidence, certes, mais ça va mieux en le disant.
Pour résumer, tout ce qui est nécessaire existe en quantité suffisante pour tout le monde. Donc plus personne ne devrait vivre dans la pauvreté. Et il ne devrait plus y avoir de milliardaires. Il faudrait que cette « quantité suffisante » soit érigée en droit de l'homme. À la fois une limite sous laquelle personne ne pourrait descendre… et au-dessus de laquelle personne ne pourrait monter. Avoir plus, c'est avoir trop.
Nous laissons le lecteur s'exercer à envisager la mise en place d'une telle société. (p. 64-65)

Remarquons aussi que les inégalités de richesse ont augmenté entre 1980 et aujourd'hui, ce qui est un des marqueurs du néo-libéralisme. Ces inégalités ont désormais atteint un niveau jamais vu depuis le prétendu « âge doré » des années 1890. Certaines données suggèrent même que nous vivons la période la plus inégalitaire de toute l'histoire de l'humanité, surpassant l'époque féodale et, avant cela, les premiers États basés sur la division guerrier/prêtre/paysan. Ansi, les deux milliards de personnes les plus pauvres continuent de manquer de ressources fondamentales, telles que des W.-C., un logement, une nourriture suffisante, l'accès aux soins ou à l'éducation élémentaire. Ce qui signifie qu'un quart des êtres humains actuellement en vie, soit l'équivalent de toute la population mondiale de 1960, patauge dans une misère que même les pauvres de l'époque féodale ou du Paléolithique ne subissaient pas. (p. 80)

À quoi cela pourrait-il ressembler ? De gros pans sont déjà disponibles : ça s'appelle le « socialisme ». Ou, pour ceux que le mot effraie – les Américains et autres capitalistes internationaux – parlons plutôt de mis en commun des services publics. […] Le peuple possède les biens indispensables, qui deviennent alors partie intégrante des droits de l'homme et sont donc distribués sans but lucratif. L'eau, la nourriture, le logement, les vêtements, l'électricité, les soins médicaux et l'éducation. Autant de droits de l'homme, de biens publics qui ne devraient jamais être sujets à l'appropriation et au profit. Pas plus compliqué que ça.
La démocratie est aussi une bonne chose, mais, encore une fois, pour ceux qui pensent que ce mot sert de couverture à l'oligarchie et à l'impérialisme occidental, parlons plutôt de véritable représentation politique. Avez-vous l'impression d'être représenté politiquement ? Sans doute que non, ou alors imparfaitement. Donc : propriété publique des biens indispensables et véritable représentation politique.
[…]
Une chose effrayante, par contre, c'est qu'il faudra toujours de l'argent, ou du moins un dispositif d'échanges dans lequel les gens auront confiance, ce qui veut dire que nos chères banques centrales sont dans le coup, ce qui veut dire que le système des États-nations est appelé à perdurer. Désolé de vous l'apprendre, mais c'est la vérité, une vérité évidente.
[…]
De nos jours, tout le monde sait tout. personne sur cette planète n'ignore les vrais ressorts de notre existence sociale commune. C'est là un véritable apport de ces saloperies de smartphones : vous pouvez être analphabète – beaucoup le sont – et avoir malgré une très bonne idée de la marche du monde. Vous savez que ce monde court à la catastrophe. Vous savez qu'il est grand temps d'agir. La main invisible du marché ne paye jamais l'addition, l'argent est là, il est simplement mal réparti. Mal réparti selon nos critères. Aujourd'hui certaines digues sont rompues. Parce que nous les avons rompues, volontairement ! Émeutes, occupations, désobéissance civile, grèves générales : l'effondrement. C'est l'heure du plan B. […] (pp. 400-401)

Voir les commentaires

Publié le 30 Novembre 2025

Nous retrouvons les personnages du premier opus : Judy « Carotte » Hopps la lapine et Nick WIlde le renard, qui viennent tout juste de sauver la ville – mais tout le monde les déteste au commissariat (?). Alors qu'elle se lance sur la piste d'une marchandise illégale dans un port, Judy va soulever un plus gros lièvre (haha) qui ira jusqu'à remettre en cause la fondation de toute la ville, et à poser la question de la place des reptiles dans ce monde.

Il y a des bonnes choses dans ce film : on rigole souvent, l'animation est réussie, les ambiances et décors bien fichus – on explore un peu au-delà de la ville qu'on voyait dans le premier opus et c'est cool. Mais c'est dommage que le déroulé du film soit calqué sur Zootopie 1 ; c'est dommage que l'intrigue soit aussi inutilement compliquée ; c'est dommage que le film soit structuré comme à peu près tous les films d'animation hollywoodiens, avec en particulier une fin qui n'en finit pas avec des méchants qui en fait sont pas morts etc.
Bref, c'est pas un mauvais moment, mais je sais déjà que j'aurai tout oublié dans 2 semaines.

Voir les commentaires

Publié le 24 Novembre 2025

Ellie est une jeune femme qui débarque de sa campagne à Londres, où elle réalise son rêve : étudier la mode. Ellie est aussi passionnée par les années 1960, et elle a une petite tendance à voir des fantômes – à commencer par celui de sa mère. Quand elle s'installe dans une chambre d'étudiante, elle est « hantée » par l'histoire de Sandie, une jeune femme débarquée à Londres dans les années 1960 pour devenir une star.

J'aime beaucoup Edgar Wright, dont j'ai déjà pas mal parlé ici ; j'ai pourtant été un peu déçu. Plusieurs raisons : si la mise en scène est très bien, elle manque un peu du brio qui caractérisait son cinéma. C'est bien fait, mais rien de vraiment au-dessus de la moyenne, et quelques effets (le jeu sur les miroirs) sont parfois un peu appuyés.
Ensuite, je ne suis pas vraiment client de ce genre de récit « à la Black Swan », dans lequel un jeu sur le double mène un personnage à la dérive (voir aussi Enemy de Denis Villeneuve). Je trouve ces récits un clichés et prévisibles – c'était déjà le cas avec le film d'Aronofsky, qui par ailleurs n'y allait pas de main morte non plus avec les effets de miroirs. Pourtant, dans Black Swan, on trouvait un discours sur la création artistique, qui manque un peu dans Last Night in Soho : le fait qu'Ellie soit designeuse textile est vraiment laissé à l'abandon, et c'est bien dommage.
Last Night in Soho est un film d'horreur, et ici aussi je ne le trouve pas très original voire un peu cliché, mais c'est sans doute lié au fait que je ne suis pas vraiment fan du genre. Ça ne fait pas vraiment peur, et ça ne raconte pas vraiment grand-chose non plus.

Mais malgré tous ces défauts, Last Night in Soho n'est pas un gros nanar ni un échec complet. Mais il me rend en tout cas bien sceptique sur The Running Man du même Edgar Wright, en ce moment au cinéma. J'espère qu'il retrouvera le mordant qui m'a fait tant aimé son cinéma !

Voir les commentaires