Publié le 28 Décembre 2025

Bugonia (Yórgos Lánthimos, 2025)

Teddy (Jesse Plemons) a passé beaucoup trop de temps sur internet : il est persuadé que la Terre est envahie d'Andromédiens venus détruire la Terre – ils sont d'ailleurs déjà responsables d'une bonne partie de ses problèmes. Il embarque son cousin Don (Aidan Delbis) dans une mission risquée : enlever une riche présidente d'entreprise (Emma Stone) pour lui faire avouer sa vraie nature d'Andromédienne et qu'elle laisse Teddy montrer dans son vaisseau pour convaincre l'empereur alien de laisser la Terre tranquille.

C'est un super film, grotesque d'humour noir, magnifiquement réalisé – après Jurassic World : Renaissance, ça donne l'impression de se laver les yeux et le cerveau : les scènes de dialogues sont intelligemment mises en scène, sans coupes injustifiées ou sans se contenter de filmer platement la personne qui parle ; les cadrages cherchent souvent l'originalité et contribuent à donner au film son étrangeté ; la lumière est évidemment très belle.
Le principal problème que j'ai avec ce film, c'est qu'il n'est jamais très loin de basculer dans le torture porn : pendant près de 2h, Emma Stone est séquestrée et malmenée par Teddy. Yórgos Lánthimos n'en fait jamais trop, et il refuse de filmer les scènes trop dures, mais j'en sors tout de même avec une sorte de malaise.

Enfin, pour bien parler de ce film, il faut parler de sa fin : Emma Stone est bel et bien une alien, les Humain·es sont bel et bien le résultat d'une expérience en cours, et devant l'échec manifeste de notre espèce, les aliens décident d'exterminer les humain·es (la planète est évidemment plate), et le film se termine sur de longs plans fixes sur les cadavres.
C'est grotesque à souhait, et ça ressemble beaucoup au cinéma de Lánthimos. D'une certaine façon, c'est la meilleure fin possible, mais elle donne raison aux méchants complotistes, et je crois que ça m'emmerde un peu !

À noter que Bugonia est un remake d'un nanar corréen qui a l'air pas piqué des hannetons – et dans lequel le chef d'entreprise est un homme (il y a quand même quelques différences intéressantes).

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Publié le 27 Décembre 2025

Une nouvelle fois, des gens vont sur une île pleine de dinosaures chercher des échantillons génétiques. Il y a tout un tas de gros bras, un scientifique (gros bras lui aussi) et un méchant capitaliste d'une grosse firme pharmaceutique (on sait dès le début qu'il va mourir, et ça ne rate pas). Et une nouvelle fois, des gens qui n'avaient rien à faire ici (dont un enfant) se retrouvent embarqués dans l'aventure.

À l'intérieur des films de la franchise Jurassic World, les personnages racontent régulièrement que les gens se lassent de voir des dinosaures* et qu'il faut en inventer de nouveaux – ici encore il y a des hybrides à la con, des monstres random totalement oubliables. Comme si vraiment les gens pouvaient se lasser des dinosaures : dans le monde réel les zoos de désemplissent pas, je doute que des zoos avec des dinos tombent vraiment dans l'indifférence au bout de quelques années.
Ça ressemble à un cri du cœur des scénaristes/producteurs des films («ouin ouin plus personne ne veut voir nos films »), mais le problème vient sans doute du fait que les films nous resservent toujours la même soupe calquée sur Jurassic Park et Le Monde perdu, avec quasiment les mêmes personnages clichés sur la même trame scénaristique. Peut-être que les gens se lassent effectivement des films Jurassic World, mais peut-être que la solution serait d'imaginer autre chose qu'une bande de persos qui survit à de méchants dinos dans la jungle, et peut-être que dans ce cas, on n'aurait pas besoin de ces hybrides de merde : les deux premiers Jurassic Park n'en avaient pas besoin, et ce sont de très loin les meilleurs films de toute la série !

Pour revenir à ce film, aucune surprise malheureusement : c'est principalement un remake des deux films de Spielberg. Il est tout de même de bien meilleure facture que Jurassic World : Le monde d'après – mais c'était une telle bouse qu'il est dur de faire pire. Les personnages sont plutôt inconsistants (alors qu'il aurait suffi de pas grand-chose pour les rendre intéressant), il y a un certaines de coïncidences improbables (tout le monde se retrouve à la fin, incroyable), les scènes d'exposition du début du film ne sont pas intéressante et filmés sans aucun talent. Mais quand même, un certain nombre de scènes sont réussies : l'attaque du Mosasaure, le T-rex dans la rivière, les Quetzalcoatlus. Donc plutôt pas un mauvais moment de cinéma, ça aurait fait un super jeu vidéo, mais clairement pas un chef d'œuvre du 9e art.

* je pense à la presque scène d'ouverture, au cours de laquelle on voit un diplodocus (?) mourir de vieillesse (maladie ?) au cœur de New York, pendant que les gens ne font que râler parce que ça crée un embouteillage. Je suis peut-être naïf, mais je ne crois pas UNE SEULE SECONDE que si ça arrivait dans la vraie vie les gens ne serait pas émerveillés/bouleversés par cette image.

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Publié le 26 Décembre 2025

Il y a un vaisseau dans l'espace qui se précipite, mais on ne sait pas trop vers quoi pour l'instant.
Le gros du récit se déroule dans un hospice de vieux·elles, avec en particulier le Dr. Henry Erdmann, un physicien âgé, aidé par la sympathique Carrie. Le problème, c'est que tous les vieux se mettent à faire d'inexplicables « attaques », des sortes de syncopes qui ne ressemblent à rien de connu, et que ces attaques sont parfaitement simultanées.

C'est un chouette court roman, porté par des personnages sympathiques et souvent hauts en couleur. Les auteur·ices s'amusent souvent beaucoup avec les personnages de vieux·elles, et Nancy Kress s'amuse beaucoup sans être dans la caricature pour autant. Le récit est presque construit comme un polar, avec une enquête qui progresse petit à petit. C'est malin et habilement mené.

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Publié le 26 Décembre 2025

Un recueil de nouvelles malheureusement un peu décevant. Certaines nouvelles n'ont vraiment aucun intérêt (la première, celle sur le base ball). Les dernières sont un peu plus réussies, il y a ici ou là des passages étranges et intéressants, mais honnêtement pas de quoi se relever la nuit.
C'est pas évident de comprendre le statut du « je » qui parle : est-ce un personnage fictif ? Est-ce Murakami lui-même qui romance sa vie ? Si c'est vraiment Murakami, c'est vraiment pas très intéressant comme autobiographie, il le dit presque rien de lui puisqu'il reste principalement en position de spectateur (dans des situations pas toujours passionnantes par ailleurs).

* * *

Sur un oreiller de pierre
Le narrateur se souvient d’une jeune femme avec laquelle il a couché un soir, qui écrivait des poèmes. Il a l’air d’avoir oublié beaucoup et de n’être sûr de pas grand-chose, ce qui n'aide pas vraiment à entrer dans le récit.

La crème de la crème
« Il » se rend à un récital de piano auquel il a été invité par une fille qu’il a connue il y a longtemps - cette invitation l’a pas mal étonné. Quand il arrive sur place il n’y a rien ni personne. Pendant qu’il s’interroge, un vieux débarque et lui demande d’imaginer un cercle qui possède un grand nombre de centres (un nombre infini) et qui ne possède pas de circonférence.

Charlie Parker plays bossa-nova
Étudiant, il a écrit une critique de ce disque enregistré en 1963, Charlie Parker plays bossa-nova, un canular, bien évidemment. Mais bien des années plus tard, chez un disquaire d’occasion, il tombe sur ce disque. Plus tard, Charlie Parker lui-même apparait dans un se des rêves et le remercie pour ce disque.

With the Beatles
Une jeune fille aperçue avec un disque des Beatles - ils étaient partout dans les années 1960. Un moment d'attente passé avec le frère de sa première amie, qui raconte perdre la mémoire par moments. Il lui fait la lecture d'une des dernières nouvelles d’Akutagawa.

Recueil de poèmes des Yakult Swallows
Il aime bien le baseball. Il a écrit des poèmes sur le baseball.

Carnaval
Il rencontre une femme très moche mais passionnante, avec laquelle il parle de musique classique, et en particulier du Carnaval de Schumann.

La confession du singe de Shinagawa
Il se rend dans une auberge perdue, dans laquelle se trouvent des bains très agréables. Un singe arrive, qui lui propose de lui laver le dos.
Plus tard, le singe et lui se retrouvent dans une chambre autour d’une bière, et le singe raconte qu’il lui arrive de voler le nom de femmes qui l’attirent.

Première personne du singulier
Il aime bien, de temps en temps, porter les rares costumes qu’il possède. Un soir, ainsi habillé, il se rend dans un bar pour lire. Une femme inconnue commence à lui faire des reproches.

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Publié le 23 Décembre 2025

Cécile (Juliette Armanet) vient de remporter Top Chef et s'apprête à ouvrir son restaurant. Mais quand elle apprend que son père (François Rollin) vient d'avoir son troisième infarctus, elle retourne dans le restaurant routier tenu par ses parents, où son père refuse de quitter la cuisine. C'est un retour au sources pas facile, parce que son père est plein d'aigreur, parce qu'elle retrouve ses amis de jeunesse, en particulier Raphaël (Bastien Bouillon).

Et c'est un très beau film, très juste et touchant. C'est une comédie musicale habitée par les chansons de Stromae, de Nougaro, des 2be3, de Dalida, de Céline Dion… Juliette Armanet est très bien, sa voix est magnifique, les autres acteurices ont des voix d'amateurices mais c'est très touchant aussi. La photo est absolument magnifique, avec des couleurs souvent très expressives mais toujours naturelles, c'est assez singulier.
Le film est tiré d'un court-métrage réalisé par Amélie Bonnin deux ans avant, et il est super lui aussi !

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Publié le 23 Décembre 2025

La petite communiste du titre est Nadia Comăneci, jeune gymnaste roumaine qui fit sensation aux jeux olympiques de Montréal en obtenant un 10 dans toutes les disciplines. Très jeune, elle devient alors une idole pour toutes les jeunes filles de la planète. Mais grandir dans la Roumanie de Ceaușescu ne semble pas être facile tous les jours – bien qu'aujourd'hui Nadia dise le contraire.

Il y a plusieurs couches dans ce roman. La principale est la biographie de Nadia Comăneci, et c’est un personnage passionnant, que j’avoue ne pas connaître avant ce roman. Le récit qu’en fait l’autrice est passionnant, tragique, porté par une écriture riche et pleine de souffle.
La deuxième couche est constituée des échanges entre Lola Lafon et l’ancienne gymnaste, et ces échanges sont compliqués : Lola Lafon a l’air d’attendre que Nadia lui dise certaines choses (à quel point son entraîneur Bela était difficile, combien la Roumanie était un pays affreux...) mais cette dernière semble toujours refuser de lui donner ce que l’écrivaine attend (elle refuse de critiquer sa jeunesse, alors qu’elle n’a aucun mal à critiquer les États-Unis où elle s’est installée). Ça me laisse une sensation étrange, celle d’une incompréhension, d’un fossé infranchissable entre l’autrice et son sujet. Et il me semble que Lola Lafon ne fait pas grand-chose de ce fossé : elle nous le montre, mais ne l’explore pas vraiment. C’était pourtant une faille béante et potentiellement passionnante ! Peut-être qu'une facette de ce problème est-il que dans ses échanges avec Nadia C, l’autrice n’ose pas réellement affronter le « je » ? Ou peut-être que le regard critique que pose Nadia C sur ce qu'écrit Lola Lafon ne permet pas vraiment à cette dernière d'aller au fond de son sujet ?
Mais malgré cette critique, le roman reste très bon, encore une fois parce qu’il est porté par cet extraordinaire personnage.

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Publié le 21 Décembre 2025

Un type presque ordinaire (Josh Brolin) tombe, au milieu du désert texan, sur un groupe de Mexicains assassinés, de la drogue dans un coffre d'un côté, une valise plein de billets de l'autre. Il prend l'argent et décide de s'enfuir. Sauf que rapidement un dangereux tueur à gages (Javier Bardem) se lance à ses trousses.

Je préfère quand les frères Coen font des comédies.
Ici l'intrigue est un peu confuse par moments, le film traine en longueur. En particulier, les pièces du puzzle peinent à se mettre en place, le film ne commence vraiment que quand la chasse à l'homme débute réellement. À partir de ce moment-là, c'est bien fait, efficace, mais ça manque peut-être un peu de personnalité. Toute cette partie tient grâce au personnage de Javier Bardem, parfait dans son inquiétante étrangeté – mais d'une certaine façon, le personnage de méchant psychopathe est un cliché comme un autre. Mais malheureusement, à plusieurs moments, l'intrigue repose sur de grosses ficelles, des coïncidences vraiment faciles et presque fainéantes.
Quand finalement le type presque ordinaire se fait buter, le film continue, mais il semble ne plus rien avoir à raconter : la mécanique tourne à vide. On se recentre alors sur le vieux shérif désabusé (un autre personnage cliché joué par Tommy Lee Jones), qui n'a plus l'air d'avoir grand-chose à dire, ni de vraiment savoir ce qui se passe. Et le film se termine sur ce shérif qui raconte un rêve : pourquoi ? Quel intérêt ? Qu'est-ce que ça raconte ?

Quand ils font des comédies, les frères Coen jouent avec les clichés, en les exagérant et en s'amusant de leur grotesque, Dans l'excellent Burn after reading, toute l'intrigue est rocambolesque et tirée par les cheveux, mais c'est assumé et grotesque. Les deux agents du FBI font le point régulièrement sur cette histoire, et en soulignent l'absurde : c'est un clin d'œil au spectateur, qui montre que personne n'est dupe1. Idem dans Fargo, où les personnages sont tellement stupides, les situations tellement grotesques, qu'on ne peut pas prendre tout ça au sérieux, et qu'on s'en amuse avec les réalisateurs.
Ici, les mêmes situations tirées par les cheveux et les mêmes clichés sont montrées au premier degré, et apparaissent pour ce qu'ils sont : des facilités d'écriture, qui ont bien du mal à passer dans un registre aussi sérieux.

* * *

1. Pendant un moment, le shérif désabusé et son adjoint idiot semble faire le commentaire du récit, mais ça ne marche pas aussi bien, et on n'a finalement pas autre chose que des dialogues un peu clichés.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #États-Unis