Le jeune Steve (Antoine Olivier Pilon), un ado en proie à des crises de colère qui peuvent être très violentes, est viré du centre qui l'hébergeait. Sa mère Diane (Anne Dorval) s'occupe de lui, avec l'aide de leur voisine Kyla (Suzanne Clément). Le film tourne autour de ce trio, de leurs éclats de violence, de leurs rires, de leurs galères.
J'avoue que malgré l'immense talent des acteur·trice·s, je ne vois pas où Xavier Dolan veut en venir. Il laisse planer des mystères (l'« origin story » de Kyla) mais sans que ceux-ci parviennent à donner une épaisseur ou une profondeur aux personnages. C'est toujours filmé avec pas mal de maniérisme, mais quand ça passait dans Laurence Anyways, parce que l'histoire était puissante, ici ça paraît particulièrement creux. Je n'ai pas été touché, je n'ai pas été ému, j'ai surtout trouvé ça long. Ça a beau crier, pleurer, rire, j'ai regardé tous ces personnages s'agiter sans vraiment me sentir impliqué, et sans comprendre pourquoi Dolan a choisi de raconter cette histoire.
Don (Bill Murray) est un vieux Don Juan (?) qui vient de se faire larguer. C'est surtout un type seul et déprimé. Il reçoit une lettre anonyme lui annonçant qu'une de ses anciennes conquêtes est tombée enceinte de lui il y 19 ans, sans lui en parler, et que ce fils est probablement en train de le chercher.
Poussé par son voisin Winston (Jeffrey Wright), passionné par la résolution d'énigmes, Don part à la recherche de ses anciennes amours (Sharon Stone, Frances Conroy, Jessica Lange, Tilda Swinton).
C'est un road trip très américain dans la construction, plutôt touchant, porté par un Bill Murray magnifique – sa façon de raconter énormément sans rien faire ou presque, c'est tout un poème. C'est aussi un film plein de « male gaze », qui se justifie par le fait que c'est le regard de Don, mais quand même.
Nous sommes en 2073. L'humanité est réduite à quelques centaines de personnes, réduites à l'état plus ou moins sauvage. La civilisation telle qu'on la connaît a disparu. Un vieil homme, considéré comme un vieux croûton par les jeunes, est le dernier à avoir connu la Peste écarlate.
Il raconte comment, en 2013, cette peste est survenue subitement, la mort soudaine qu'elle entraîne, et les ravages qu'elle provoque. Les sociétés autour du monde se délitent, quelques survivants égarés subsistent dans un monde post-apocalyptique qui ne fait pas rêver.
C'est un court roman percutant, qui par moments m'a fait penser à Ravage de Barjavel (1953). Le récit du vieil homme est ponctué d'interventions des jeunes, qui ne comprennent pas grand chose à ce qu'il raconte. C'est intelligent, et ça n'a pas vieilli.
Chloé Delaume a écrit ce court essai après la vague #MeToo. Cette « quatrième vague » du féminisme l'enthousiasme : elle y voit une sororité qui advient, la constitution d'un collectif fort, incassable et joyeux contre le papatriarcat.
L'essai se construit ainsi :
Le crépuscule des guignols
Secrets de bonne femme
Racines & formation
Statistiquement (Jouons un peu)
Les chouettes histoires de Tatie C.
Bienvenue à la quatrième vague
Les fabuleuses aventures du mot sororité
Le chant des partisanes (Karaoké remix)
Le cri de la nullipare au-dessus d'un soir quelconque
Pour une sororisation générale
Badaboum Manifesto (Propositions d'actions concrètes et agréables)
C'est un essai parfois obscur : tout le premier chapitre, pour moi, n'est qu'une suite de formules souvent habiles mais qui ne disent rien. C'est agréable à lire, mais il n'y a pas de propos. Il faut passer cette épreuve pour arriver sur des choses plus substantielles, notamment autobiographiques.
Delaume a une obsession de Twitter et des hastags qui m'étonne un peu. Elle a un optimisme que je peine à partager. Elle ne dit en tout cas, et je le regrette, rien de très nouveau. C'est bien écrit, elle a une langue inventive et joueuse, mais j'ai l'impression d'avoir déjà lu et/ou entendu tout ça.
Des pingouins, qui voulaient sauver un œuf, se retrouvent embarqués autour du monde. Une pieuvre, jalouse d'eux à cause de leur mignonitude, va tout faire pour les détruire.
Le pitch est aussi absurde que le film, et c'est tant mieux. Le scénario est toujours drôle et habilement tourné, les personnages sont bien écrits, les gags drôles, l'animation est remarquable. C'est un chouette film.
Dans ce meilleur des mondes, les humains sont sélectionnés et modifiés en fonction de leur utilité à la société, et répartis en castes, plus ou moins abêties. Chaque individu (même si ce mot n'a plus de sens) est un rouage nécessaire dans une société pensée pour être parfaite. Les enfants sont conditionnés pour respecter certaines règles, des dictons qui leur répétés des centaines de fois pendant leur sommeil. Les sentiments, la famille, l'amour, sont abolis : « chacun appartient à tout le monde ». S'il y a un désordre émotionnelle, le soma, une drogue euphorisante, est là pour faire oublier tous les problèmes.
Bernard est un alpha-plus, un des membres supérieurs de la société. Mais il a un problème : il est conscient d'être un individu, et en ressent un profond malaise, qu'il refuse de soigner au soma. Il contredit volontiers le conditionnement, choquant tout le monde au passage, renforçant son isolement.
Après des semaines d'hésitation infondée (puisque tout le monde appartient à tout le monde), il demande à Lenina de l'accompagner en voyage dans une tribu de « Sauvages » aux États-Unis. Ces Sauvages sont des Natifs étasunien qui ont gardé la structure de leur société, leurs croyances en Dieu (de quoi s'agit il ?), leur structure familiale (quelle horreur !) Bernard rencontre une femme, issue de sa société, qui s'est perdue chez les Sauvages. Obèse, édentée, alcoolique, elle incarne d'autant plus le cauchemar de la Société qu'elle a un fils (adulte), élevé à la fois selon les préceptes de Ford comme elle a pu, et selon les règles des Sauvages. Il a également lu une ancienne relique, les œuvres de Shakespeare. Bernard comprend que cette femme est une ancienne compagne (éphémère évidemment) de ce Directeur qui lui cherche des noises pour anticonformisme. Pour se venger, il décide de rentrer avec femme et fils.
Le Sauvage devient une attraction, Bernard gagne tout à coup en notoriété, lui qui était exclu. Le Sauvage tombe amoureux de Lenina, elle qui n'a même jamais entendu parler de ce concept.
Tout ça finit mal. Bernard est exilé, et le Sauvage s'enfuit dans un endroit isolé pour expier ses péchés (?) mais sa retraite tourne mal : harcelé par des curieux, il se pend.
C'est un roman passionnant, qui se dévore. Pour un livre de SF écrit en 1931, c'est d'une cohérence toujours aussi actuelle et visionnaire. Certains passages sont un peu longs, en particulier à la fin, une vingtaine de pages de dialogue sur la question de Dieu, du bien, du mal, de la perfection (que j'ai survolées). Huxley, dans une préface écrite en 1946, parle de ses regrets devant son livre, des choses qu'il a ratées à l'époque, en particulier l'énergie et la bombe atomiques, mais je le redis, rien qui ne puisse vraiment dater ce livre.
Anna est une réalisatrice invitée présenter un film à Cologne. Elle s'ennuie dans sa chambre d'hôtel, présente son film, ramène un type chez elle mais elle le congédie. Le type l'invite à venir chez lui rencontrer sa mère et sa fille, elle accepte. Le type lui raconte sa vie et ses problèmes, elle répond "oui".
Anna part à Bruxelles, où d'autres personnes lui racontent leurs problèmes. Elle retrouve sa mère puis rentre à Paris, où elle retrouve un type qui lui raconte ses problèmes. Anna finit seule dans son appartement.
Chantal Akerman aime bien les plans symétriques, frontaux, bien cadrés. C'est assez beau, on pourrait presque penser à Wes Anderson, s'il ne manquait un élément fondamental : le rythme. Devant Les rendez-vous d'Anna, on se fait royalement chier. Il ne se passe rien, les personnages n'ont pas d'épaisseur, c'est joué avec beaucoup trop de distance pour que ce soit intéressant. Les personnages ont beau se confier sur des choses intimes, Akerman réussit à ne jamais rendre ça touchant.
J'avais bien envie de découvrir le travail de cette cinéaste apparemment importante, ça ne me donne absolument pas envie d'aller plus loin.