Ce livre passionnant se penche sur l' « intelligence animale » et tout ce qu'on peut mettre derrière : conscience, cognition, esprit, sensibilité… Frans de Waal, primatologue et éthologue, s'appuie sur de nombreux exemples tous aussi émerveillants les uns que les autres. Il retrace l'histoire des débats entre behavioristes (qui en gros considèrent les animaux comme des machines) et les éthologues (qui leur accordent une intelligence et une sensibilité).
C'est absolument formidable et passionnant, et il est recommandable à tout le monde qui s'intéresse un tant soit peu au monde animal.
Il a quand même un petit défaut, il manque un peu de structure : il y a beaucoup de retours en arrière pour développer autrement une idée exposée précédemment (d'ailleurs j'ai rangé les notes ci-dessous dans le bon ordre). Le livre est beaucoup basé sur le démontage d'idées reçues ou d'affirmations fausses (provenant souvent de gens très sûrs d'eux mais qui n'y connaissent rien). Peut-être aurait-il vraiment fallu que le livre soit construit autour de ce principe, ça lui aurait probablement donné une structure plus forte.
* * *
1.
L'Umwelt est la représentation du monde intérieur. Les Umwelts d'un chimpanzé, d'une chauve-souris, d'une fourmi, d'un humain sont radicalement différents. Wittgenstein : « un lion pourrait parler, nous ne pourrions le comprendre ».
De la difficulté de concevoir des tests adaptés aux animaux étudiés.
P 40 : « anthropodéni » : rejet à priori de traits proches des humains chez d'autres animaux ou proches des animaux chez nous. Plus une espèce est proche de nous, plus l'anthropomorphisme nous aidera à la comprendre et plus l'athropodéni sera dangereux. En revanche, plus une espèce est éloignée de nous, plus l'anthropomorphisme risquera de suggérer des similitudes contestables pour des phénomènes qui sont indépendants.
2.
Comportementalisme (behaviorisme) vs éthologie. Comportementalisme : les animaux sont des objets vides. Éthologie : les animaux sont des sujets. On étudie habitudes et instincts. Cela implique de connaître les espèces avec lesquelles on travaille, de connaître les animaux, leur donner un nom, comprendre leur place dans le groupe… Connaître le comportement spontané permet un contrôle expérimental.
Bien que ce soit très répandu, affamer les animaux n'est pas une bonne méthode (!) On dresse des souris pour certains tests, au lieu d'adapter les tests aux souris.
Hans le cheval : influence réciproque du comportement humain sur les animaux.
3.
L'eurêka des chimpanzés.
Comportement : apprentissage + biologie + cognition (données collectées, comment elles sont traitées et à quoi elles servent). Singes capucins et chimpanzés peuvent résoudre les mêmes problèmes, mais les chimpanzés les comprennent rapidement, les singes finissent par apprennent après de très nombreux essais et erreurs. Les résultats sont apparemment identiques, la cognition est très différente.
Tous les singes, les corbeaux, les moutons ou les guêpes reconnaissent les visages. Les corbeaux réussissent mieux que les primates à certains tests. Et les pieuvres aussi utilisent des outils !
Hominidés : chimpanzé, bonobo, orang-outang, gorille, humain, gibbon.
4.
Parler aux animaux, leur apprendre le langage humain.
Scepticisme sur le langage : les humains eux-mêmes ne s'en servent pas bien (mensonges, erreurs sur les ressentis…) Le langage n'est pas la matière de la pensée : on ne pense pas forcément en mots (sinon on ne chercherait jamais nos mots pour exprimer ce que l'on pense). Pour autant, l'humain est sans doute la seule espèce linguistique, avec un niveau symbolique, émotionnel, hors du présent.
Perroquets gris du Gabon qui maîtrisent le langage et savent calculer. Les primates lisent le langage non verbal bien mieux que nous.
5.
Certains chimpanzés battent les humains à des jeux de mémoire.
Chimpanzés, bonobos et humains sont très proches : ils sont du même genre biologique. Pas de spécificité humaine. Notre cerveau est identique à celui d'un chimpanzé dans sa structure.
Vouloir à tout prix chercher l'exceptionnel chez l'humain, le sortir de l'évolution. Cela oblige à redéfinir l'humain en permanence.
Théorie de l'esprit (TOM) : capacité de saisir les états mentaux des autres. Admis comme LA spécificité humaine. Qualité plus fondamentale, dont la TOM découle, serait l'empathie, mais comme elle est partagée par plein d'espèces, elle n'est pas valorisée. Mais la TOM n'est pas un processus rationnel : les très jeunes enfants en font preuve avant de savoir parler (d'où l'empathie). Et primates et corvidés font preuve de TOM.
Prétendre tester chimpanzés et enfants de la même façon est une aberration : les enfants sont choyés, sur les genoux de leur mère, parlent à d'autres humains ; les chimpanzés sont en relation avec une autre espèce, parfois en cage, isolés… Bien sûr que les résultats sont différents : les tests sont beaucoup trop anthropocentrés.
Nombreux exemples de cultures animales ; les animaux s'imitent entre eux.
Arrêter de se demander quelle est la spécificité humaine (et encore plus de penser qu'on serait tout en haut)
6.
Importance des relations sociales et des jeux politiques chez les espèces à grand cerveau (chimpanzés…) Coopération très répandue dans le monde animal. On trouve même des pêches collaboratives entre humains et dauphins, humains et orques.
7.
Les animaux se projettent dans le futur (même proche), ils ont des souvenirs : ils ne sont pas enfermés dans le présent. Mais la question de la conscience du temps est compliquée.
Les souvenirs des chimpanzés s'étalent sur plusieurs années. Les grands primates prévoient des actions plusieurs heures voire jours à l'avance, avec planification (pas seulement instinct). Animaux pas toujours soumis à impulsions : ils savent faire preuve de retenue.
Métacognition : pensée sur la pensée, savoir ce que l'on sait, savoir ce qu'on ignore (les animaux le font).
8.
Les éléphants, trop gros pour entrer dans un labo, sont mal connus.
Le test du miroir, parfois trop investi par chercheurs. Chat et chiens l'ignorent. Si les singes capucins ne se reconnaissent pas dans le miroir, ils ne prennent pas leur reflet pour quelqu'un d'autre : il y a une gradation dans la réussite du test.
Seuls hominidés, pie eurasienne, dauphins et éléphants se reconnaissent spontanément, à notre connaissance.
L'intelligence de la pieuvre. Animal étrange et unique. Une peau qui voit (photosensible), des membres qui pensent (nombreux neurones).
Les animaux sont conformistes, imitent le groupe.
L'auteur a gagné un prix ig Nobel pour avoir montré que les chimpanzés reconnaissent les culs de leurs comparses. Importance de la reconnaissance, des individus, des noms (les dauphins se donnent des noms)
9.
Conclusion, résumé, ouverture vers encore plus de recherche.