Ce film est une divagation poétique, qu'il est compliqué de résumer. Je vais essayer de le faire de façon factuelle.
Jean Cocteau, fantôme errant dans les méandres du temps, habillé en damoiseau, cherche à contacter un scientifique qui travaille sur la mort. Il récupère des balles magiques qui lui permettent de ressusciter, et de revêtir des vêtements modernes.
Il suit un homme à tête de cheval, qui l'emmène dans un camp de Gitans. Il croise la route du poète Cégeste qui lui donne une fleur d'hibiscus. Une fille répond à des questions d'un jeu télévisé, Cocteau essaye de dessiner la fleur mais c'est un autoportrait qui apparaît. Il déchire la fleur, puis la ramène à la vie. Cégeste l'emmène devant un tribunal qui l'accuse d'« innocence ». (Ces dialogues sont assez abscons mais jolis). Il est condamné à la peine de vie.
Alors que Cégeste le laisse, il continue à cheminer, croise Iseult et lui-même. Il arrive dans un palais en ruine (une immense carrière). Il rencontre la déesse à qui il veut donner sa fleur, mais la déesse le transperce de sa lance. Il ressuscite une nouvelle fois, avec des yeux ouverts. Il croise Œdipe aveugle et deux policiers à moto. Cégeste surgit, qui emmène le poète dans un autre monde.
Le préambule annonce un film poétique et biographique :
Le privilège du cinématographe, c'est qu'il permet à un grand nombre de personnes de rêver ensemble le même rêve et de montrer en outre, avec la rigueur du réalisme, les fantasmes de l'irréalité, bref c'est un admirable véhicule de poésie. Mon film n'est pas autre chose qu'une séance de strip-tease consistant à ôter peu à peu mon corps et à montrer mon âme toute nue. Car il existe un considérable public de l'ombre, affamé de ce plus vrai que le vrai qui sera un jour le signe de notre époque. Voici le legs d'un poète aux jeunesses successives qui l'ont toujours soutenu.
Pourtant il n'est pas évident de suivre un quelconque fil biographie dans ce film, plutôt construit comme une rêverie. Les scènes s'enchaînent les unes aux autres d'une façon logique, mais l’ensemble est un peu obscur. Il me manque probablement quelques clés : je n'ai pas (encore) vu Orphée (1950), précédent film de Cocteau auquel Le Testament fait largement référence.
Mais ce n'est pas vraiment gênant et ça n'empêche pas d'apprécier le film, sa beauté formelle, l'élégance de sa mise en scène. Je ne m'attendais pas à ce genre d'images, c'est très moderne dans la façon d'aborder le cinéma (avec les moyens de l'époque, bien sûr). Beaucoup d'images sont montrées à l'envers, il y a quelques ralentis : ce sont des moyens très simples auxquels Cocteau donne une grande force d'évocation et une grande puissance poétique.
Le jeu avec les décors est lui aussi épatant : il y a quelques scènes dans une nature un peu déserte, la grande carrière dont j'ai parlé, qui est impressionnante. Beaucoup des autres scènes sont tournées dans un studio à peine aménagé : un ou deux meubles, le reste n'est que le fond du studio, le 4e mur brisé. C'est également étonnant de modernité1.
C'est un film tellement beau, inventif et intelligent sur le plan visuel qu'il n'est pas nécessaire de chercher à tout comprendre ni à tout expliquer (c'est d'ailleurs ce qu'explique Cocteau dans le film lui-même).
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1. Je n'ai pas vu Dogville de Lars von Trier, mais en jugeant des extraits que j'ai vus, Cocteau fait incomparablement mieux - en bonne partie parce qu'il filme mieux.
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J'ai vu Orphée : il y a quelques parallèles à faire, la plupart des acteur·ices sont présents dans les deux films, mais je ne suis pas sûr que ce soit indispensable.