« Le féminisme n'a jamais tué personne. Le machisme tue tous les jours » (Benoîte Groult).
Mais est-ce si vrai ? Et face à la violence patriarcale et capitalistique, la non-violence est-elle vraiment le seul mode d'action (efficace) ?
Dans ce petit livre percutant, Irene dessine des portraits de femmes, toutes confrontées d'une façon ou d'une autre à la violence.
Le patriarcat est violent par essence. Et sa destruction le sera aussi. Depuis la nuit des temps, des femmes ont fait usage de la violence pour se libérer des carcans imposés par leur condition. Le féminisme est violent depuis le début. Mais à la différence du patriarcat, la violence féministe n'est pas oppressive. Elle est subversive. La violence comme outil du féminisme est tout simplement un moyen d'autodéfense, un moyen de survie. Et c'est bel et bien un moyen, et non pas une fin. (p. 68)
Dans ce texte brillant, Elsa Dorlin parvient à résumer, en quelques lignes, les trois enjeux principaux de l'autodéfense féministe : la politisation, la réappropriation des corps oppressés et la mise en place d'une stratégie efficace et organisée. J'aime ce terme d'autodéfense car il résume parfaitement la réalité : le féminisme est une riposte, une réponse pour se défendre de la misogynie. La violence féministe est une violence défensive et non pas oppressive. (p. 93)
1. Fiction
Artemisia Gentillesi, peinteresse de la Renaissance qui a galéré pour exercer, a fait deux versions de Judith décapitant Holopherme. De nombreux artistes ont représenté cet épisode d'une façon parfois plus sage. Il prend ici sans doute une autre dimension quand on sait qu'Artemisia Gentillesi s'est représentée sous les traits de Judith, et qu'Holopherme a le visage de son ancien mentor et violeur Agostino Tassi.
Le personnage de Lisbeth Salander (Millenium) est un autre modèle d'une femme qui, en plus de refuser de se conformer à l'image de la féminité conventionnelle, n'a pas peur de s'adonner à la violence quand cela le justifie.
Valérie Solanas, dans son SCUM Manifesto, imagine une société (utopique ?) dans laquelle l'humanité s'est débarrassée des mâles.
2. Réponse à des agressions
Irène évoque sa grand-mère qui, après avoir été battue une 3e fois, a menacé son mari de le tuer pendant son sommeil ; les féminicides, notamment une victime de violences conjugales sur 40 ans en Espagne, finalement brûlée vive par son mari ; Maria del Carmen, qui a mis le feu au violeur de ses filles ; Jacqueline Sauvage ; Noura Hussein, une soudanaise qui a tué le violeur avec lequel elle venait d'être mariée de force. C'est ce meurtre qui rend extraordinaire cette histoire en réalité tristement banale.
3. Violence politique
Les suffragettes ont mené un combat parfois violent, elles se sont affrontées aux forces de l'ordre, et ont fait de la prison. Mais leur combat a été victorieux. Les femmes Black Block peuvent être vues des héritières de cette lutte.
Zora la rousse, en Allemagne, un collectif d'Action directe qui a perpétré plusieurs attentats à la bombe et incendies, sans faire aucune victime.
Au Mexique, Diana la « chasseuse de chauffeurs » mène une vengeance contre les agressions sexuelles commises par des chauffeurs de bus.