Publié le 23 Février 2026

Ce roman est le récit de la jeunesse de L'Épervier, destiné à devenir un des plus grands archimages de Terremer. C'est un jeune enfant de la campagne, qui apprend les premiers rudiments de la magie auprès d'une modeste sorcière de village. Quand de méchants Kargues attaquent son village, il fait preuve de ruse et d'habileté et parvient à les chasser du villages. Le puissant Ogion entend parler de l'enfant, et le prend en apprentissage. Passionné mais frustré par la patience que cherche à lui inculquer Ogion, L'Épervier part dans la grande école de sorciers de Terremer. Ici encore, son impatience et sa vantardise vont le pousser à invoquer, malgré lui, une ombre maléfique qui changera le cours de sa vie…

J'ai déjà dit tout le bien que je pense d'Ursula K. Le Guin, et la lecture d'un recueil de nouvelles m'a donné envie de plonger dans son versant fantasy. Et c'est une bonne idée, parce que c'est un très bon livre, épique et haletant. Les années de jeunesse et de formation sont particulièrement passionnantes, et l'école de sorciers n'est pas sans faire penser à Harry Potter (mais il ne me semble pas avoir vu J. K. Rowling citer Le Guin comme une influence). Le roman est l'occasion pour l'autrice d'explorer une partie de son univers (mais sans que ça paraisse forcé), et on croise des dragons, des villageois patibulaires ou sympathiques, de grandes étendues désertiques, des châteaux maléfiques, et beaucoup d'eau – comme le nom du monde le laisse penser, on passe beaucoup de temps sur des bateaux à naviguer contre les éléments.
Étonnamment, la fin est un peu décevante. Ursula K. Le Guin met en place un suspense et une attente qui montent progressivement en puissance, et le dénouement se fait en quelques paragraphes : je trouve que le soufflé retombe un peu vite… Mais ça ne suffit à me gâcher le grand plaisir de lecture.

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Publié le 21 Février 2026

Jérem (William Lebghil) est un rappeur un peu naze qui vit dans la maison de sa grand-mère en espérant avoir du succès. Face à la promesse d'avoir de la bouffe gratuite, il accepte d'accueillir chez lui un frigo intelligent répondant au nom d'Yves, apporté par une compagnie représentée par So (Doria Tillier). Au début très sceptique, il va finalement être séduit par le frigo, et en particulier par ses talents d'écriture et de production dans le rap.

Le pitch est super, et ce n'est pas surprenant parce que le livre que Benoît Forgeard a consacré au cinéma de 2027 est un recueil de pitchs drôles et brillants. Mais ça ne suffit pas à faire un bon film, comme Yves en est malheureusement l'illustration. Passé la blague du frigo qui parle (et la scène de l'Eurovision où ne concourent que des appareils électroménagers intelligents, très marrante), c'est long, mal écrit, pas toujours très bien joué, et pas souvent drôle. Les personnages féminins, en particulier, sont scandaleusement mal écrits, et ne jouent que le rôle de love-interests des personnages masculins – quasiment des lampes sexy – et le film prend finalement la forme d'une comédie romantique banale et éculée (si ce n'est cette histoire de frigo).
C'est dommage, parce que la question de la paternité d'une création assistée/faite par IA ou de la place de ces machines dans nos vies est d'autant plus d'actualité aujourd'hui (le film date d'avant Chat GPT).

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Publié le 21 Février 2026

Il y a quelques années, Steve (Colin Farrell), un cardiologue, a probablement merdé avec un patient, décédé pendant son opération. Depuis, Steve s'est rapproché de Martin (Barry Keoghan), le fils du mort, atteint d'une forme de handicap mental, qu'il voit de temps en temps et qu'il finit par présenter à sa famille. Quand son fils perd l'usage de ses jambes, Steve s'inquiète, et à juste titre : Martin lui explique que puisqu'il a pris la vie de son père, Steve doit lui aussi perde une vie. L’alternative est la suivante : soit il tue un membre de sa famille, soit femme, fille et fils meurent les un·es après les autres de maladie inexplicable – paralysie des jambes, perte de l'appétit, yeux qui saignent, et la mort.

Je suis embêté, parce que jusque-là, j'aimais bien les films de Yórgos Lánthimos (The Lobster, La Favorite, Pauvres créatures, Bugonia), et que plusieurs personnes de qualité m'ont recommandé ce film.
Avec son point de départ, Lánthimos aurait pu faire une comédie noire et grinçante comme sait le faire. Comme dans ses autres films, la violence qu'il montre aurait été mise à distance par un sens du grotesque, et le récit aurait pris une dimension fantastique ou absurde (je pense aussi à Old Boy, qui met à distance son ultra-violence par ce sens du grotesque, qu'on retrouve aussi dans un autre style dans The Substance). Mais de façon surprenante, il choisit ici de faire un film qui colle au réel. Et ça ressemble plus à un film d'Haneke qu'à un film de Lánthimos : je n'ai pas vu Funny Games, mais Mise à mort du cerf sacré a l'air de pas mal y ressembler – et ce n'est vraiment pas un cinéma qui m'intéresse.
Et ici, ça ne marche pas du tout, à plusieurs niveaux. Déjà, le scénario ne tient pas vraiment la route, un certain nombre d'incohérences dérangent vraiment dans ce type de récit. Le déroulé de l'intrigue est totalement linéaire, sans aucune surprise, et on finit par trouver le temps vraiment long. Colin Farrell est dans un non-jeu total, le plus inexpressif possible, son personne ne dit que des choses factuelles, on a envie de le secouer pour qu'il devienne humain.
La façon de filmer très baroque de Lánthimos est cohérente avec un univers baroque, elle parait très prétentieuse et tape-à-l'œil quand l'univers est plus réaliste. La musique est très présente, dissonante, prétentieuse elle aussi – elle me rappelle celle de There will be blood (ce n'est pas un compliment).
Et puis surtout, ça donne l'impression que Lánthimos essaye de dire des trucs profonds sur la société avec son dispositif, mais tout cela semble artificiel et très superficiel. Bref, je n'ai vraiment pas aimé Mise à mort du cerf sacré.

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Publié le 18 Février 2026

Corentin Perrier, dit « Sprite », est coincé : dans la lointaine banlieue parisienne où il habite, il a besoin d'une voiture pour trouver un travail, et il a besoin d'un travail pour payer son permis.
Il commence des cours de conduite, et trouve un travail comme nettoyeur de fête – ces gens que l'on appelle au milieu de la nuit quand la fête est finie pour qu'ils viennent faire le ménage. Mais comme ça l'oblige à faire des déplacements laborieux en transport en commun dans toute la Seine-et Marne, on lui propose une solution : s'inscrire sur une appli de rencontres, et passer la nuit chez des nanas qui habitent pas loin de là où il travaillera la nuit venue.

Et c'est très drôle, plutôt bien écrit et filmé, avec un sens du timing, du montage, du comique de situation et de l'absurde qui fait mouche. C'est le deuxième film de Martin Jauvat, qui joue le personnage principal, un jeune homme timide , maladroit et hésitant – et il l'incarne très bien, et une bonne partie de l'humour du film repose sur ce personnage et sa maladresse. Il y a plein de seconds rôles excellents aussi, comme Hazavavicus en daron, la monitrice d'auto-école (Emmanuelle Bercot) ou le nettoyeur de fête (Sébastien Chassagne, également aperçu dans Coupez ! du même Hazavavicus).
Un des autres intérêts de Baise-en-ville est de filmer ces banlieues pavillonnaires que l'on voit rarement au cinéma, et qui font un très bon cadre pour ce film – et c'est même un des moteurs principaux du récit, bâti sur cette géographie particulière.

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Publié le 13 Février 2026

Un riche homme d'affaire vient de survivre à son sixième crash d'avion : il se dit qu'il est peut-être temps de se pencher sur sa succession. Il demande à sa fille, sur le point de rentrer au couvent, de devenir son héritière. L'homme d'affaire lui parle de son dernier projet pharaonique ; pour le mener à bien iels vont devoir aller voir chacun·e des financeurs du projet pour s'assurer de leur contribution.

J'ai bien Wes Anderson (dont j'ai vu quasiment tous les films, même si je les ai pas tous listés sur ce blog), je trouve que derrière son formalisme parfois rigide, on trouve des personnages attachants et des histoires plus riches qu'on pourrait croire. Si son précédent film était un peu décevant, j'irai jusqu'à dire que celui-ci est raté. L'intrigue est compliquée sans raison, les personnages froids et pas très intéressants (malgré, encore une fois, tout ce qu'Hollywood compte de mieux en terme d'acteur·ices), l'histoire se déroule sans qu'on arrive à s'y intéresser. Formellement c'est évidemment très bien, mais ça ressemble vraiment à une coquille vide, à une machine qui tourne à vide. J'espère vraiment qu'il va réussir à trouver un nouveau souffle !

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Publié le 10 Février 2026

Honk Kong, 1962. M. Chow (Tony Leung) et Mme Chan (Maggie Cheung) emménagent côte à côte. Comme leurs conjoint·es respecti·ves travaillent à l'étranger, iels passent beaucoup de temps seul·es. À force de se côtoyer, on dirait qu'un début d'idylle nait entre eux.

Je n'avais jamais vu ce film qui m'a fait connaître le nom de Wong Kar-Wai – de ce réalisateur, je n'avais vu que The Grandmaster, et c'était vraiment pas terrible. Autant le dire direct, j'ai pas aimé non plus In the Mood for Love.
Les deux acteurices principaux sont très bien, c'est en général très bien filmé, la lumière est très belle. Wong Kar-Wai a une obsession manifeste pour les miroirs, c'est parfois joli mais souvent trop appuyé.
Le montage est parfois intéressant, un peu elliptique ; certaines scènes ne se dévoilent que quelques minutes après, quand on comprend qui/où. Ça marche à petite dose, mais sur tout le film ça m'a surtout donné l'impression de n'avoir pas accès à toutes les ficelles du récit, et finalement de n'être qu'un spectateur de loin. Ce qui fait que cette histoire d'un amour impossible (j'ai pas vraiment compris pourquoi) ne m'a jamais ému. Ajoutez à cela le fait que c'est lent et que j'ai fini par m'ennuyer, vous comprendrez pourquoi je n'ai pas envie de voir d'autres films de Wong Kar-Wai (en particulier pas 2046, la suite de In the Mood for Love).

PS : je suis en train de lire le résumé sur Wikipédia, et je me rends compte qu'effectivement il y a pas mal d'éléments du film que je n'avais pas compris… je n'ai pourtant ni l'impression d'être plus con qu'un autre, ni de ne pas être habitué aux mécaniques du cinéma ; c'est peut-être bien qu'il y a un problème dans le film.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #Hong-Kong

Publié le 9 Février 2026

O. avait commencé et abandonné ce roman deux fois, donc j'y allais avec une certaine méfiance. Peut-être l'ai-je pris comme un défi, et je suis allé au bout de ces plus de 500 pages.

La première partie de La Cité aux murs incertains est en effet un peu longue, l'alternance entre les deux récits est un peu systématique et au bout d'un moment presque laborieuse : on se demande où Murakami veut en venir (est-ce que tout le livre est comme ça ?)
L'arrivée de la 2e partie est un vent d'air frais, et j'ai vraiment pris du plaisir à me plonger dans ces histoires de bibliothèque et de fantômes. Quand les choses se resserrent pour arriver au final du livre, j'ai été emporté et touché par la beauté du récit, sa profondeur et son fantastique ; et aussi par les failles du récit qui sont impossibles à proprement saisir, dans les interstices où se situe le fantastique/réalisme magique.

Murakami écrit de façon très minutieuse et détaillée, soulignant par moments des détails inutiles ou des choses qu'on a comprises depuis plusieurs pages. C'est un rythme un peu lent, assez particulier, qui n'est pas ce que je préfère mais pas vraiment désagréable non plus.

* * *

Dans la postface, Murakami explique que ce livre est issu d’une de ses premières nouvelles publiées (jamais éditée en livre), dont il n’était pas satisfait, et qu'il lui a fallu toute sa vie d'écrivain pour l'aboutir.
Dans l'article de Médiapart qui m’a donné envie de lire ce roman, le journaliste parlait de celui-ci comme d'un livre-testament : on y retrouve en effet beaucoup d'éléments du réalisme magique de Murakami (par ailleurs à un moment les personnages parlent de cette notion dans l'œuvre de G. García Márquez), et en particulier de nombreux points communs avec Kafka sur le rivage : dans les deux livres on trouve des fantômes, des histoires d'ombres disparues ou plus légères, des bibliothèques, des cabanes dans la forêt, des passages d'un monde à l'autre (mais aussi des chats, du jazz, de la littérature…).

* * *

J'ai fait un résumé succinct du bouquin pour mémoire, inutile de préciser que je vais spoiler sans scrupules (c'est même le principe).

1.
Une amourette de lycée, très intense, entre deux jeunes gens (il a 17 ans, elle 16). Iels s'échangent de longues lettres, se rencontrent dans des parcs. La fille explique qu'elle n'est que l'ombre d'elle-même, et que son corps principal est resté dans une Cité imaginaire ; les deux ados imaginent la Cité ensemble. Elle disparait mystérieusement du jour au lendemain, et le garçon/narrateur se retrouve seul, et peine à lier des contacts avec les autres.
Ce récit alterne avec celui du narrateur, qui a maintenant passé la quarantaine, et qui se rend dans la Cité pour retrouver la  fille. Mais le temps n'existe pas ici, et la fille a toujours 16 ans et ne connaît pas le narrateur. Celui-ci devient liseur de rêve dans une bibliothèque tenue par la fille. Il ne sait pas vraiment à quoi ça sert.
En entrant dans la Cité, il a dû se débarrasser de son ombre. Un jour il decide de la reprendre pour s’enfuir avec elle, mais finalement renonce, et laisse l'ombre rentrer seule.

2.
Le narrateur revient dans le « monde réel » sans bien comprendre ce qui s'est passé. Il quitte son travail brusquement, déprime. Il fait un rêve dans lequel il travaille dans une bibliothèque : il décide de travailler dans une bibliothèque. Il devient directeur d'une petite bibliothèque de campagne. Il est aidé par Mme Soeda, principale employée de la bibliothèque, et reçoit régulièrement les visites de l'ancien directeur, M. Koyasu, un homme mystérieux et excentrique, qui possède une montre sans aiguille, comme l'horloge de la Cité.
Finalement M. Koyasu explique qu'il est mort un an auparavant, et que c'est son fantôme qui lui rend visite. Il a perdu son fils puis sa femme. Héritier d’une brasserie qui ne l'intéressait pas, il l’a vendue dès qu'il a pu, et a créé une fondation pour ouvrir une bibliothèque, il y a 10 ans de cela. Il est apparu à Mme Soeda, puis le narrateur a été choisi comme nouveau directeur et voilà.
La bibliothèque est fréquentée par un ado à la mémoire photographique, toujours habillé d'un sweat à capuche Yellow Submarine, qui ne parle à personne et qui passe ses journées à lire tout ce qui lui tombe sous la main. Il donne au narrateur un plan precis de la Cité. Il veut aller dans la Cité et devenir lecteur de rêves, mais le narrateur ne sait pas comment y emmener l'ado, si si c'est une bonne idée.
Le narrateur a un date avec la serveuse du café qu'il fréquente. M. Koyasu réapparait une dernière fois.
Un jour, l’ado disparaît sans laisser de traces, comme par magie. Tout le monde le cherche.
Le narrateur rêve d'une poupée de l’ado abandonnée dans une cabane dans un bois, qui mort l'oreille du narrateur.

3.
On est de nouveau dans la Cité. Le narrateur a mal a l’oreille, il ne sait pas pourquoi. Il narrateur croise la route de l’ado – le narrateur de la Cité ne le connaît pas, son style l'étonne (le narrateur ignore ce que le lecteur a compris depuis un moment, ce décalage est passionnant et vertigineux).
L’ado lui explique qu'il veut fusionner avec lui, lire les rêves et finalement prendre sa place. Il conseille au narrateur de retourner dans le monde réel, et de retrouver son ombre, rentrée dans le réel. Le narrateur accepte.

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