O. avait commencé et abandonné ce roman deux fois, donc j'y allais avec une certaine méfiance. Peut-être l'ai-je pris comme un défi, et je suis allé au bout de ces plus de 500 pages.
La première partie de La Cité aux murs incertains est en effet un peu longue, l'alternance entre les deux récits est un peu systématique et au bout d'un moment presque laborieuse : on se demande où Murakami veut en venir (est-ce que tout le livre est comme ça ?)
L'arrivée de la 2e partie est un vent d'air frais, et j'ai vraiment pris du plaisir à me plonger dans ces histoires de bibliothèque et de fantômes. Quand les choses se resserrent pour arriver au final du livre, j'ai été emporté et touché par la beauté du récit, sa profondeur et son fantastique ; et aussi par les failles du récit qui sont impossibles à proprement saisir, dans les interstices où se situe le fantastique/réalisme magique.
Murakami écrit de façon très minutieuse et détaillée, soulignant par moments des détails inutiles ou des choses qu'on a comprises depuis plusieurs pages. C'est un rythme un peu lent, assez particulier, qui n'est pas ce que je préfère mais pas vraiment désagréable non plus.
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Dans la postface, Murakami explique que ce livre est issu d’une de ses premières nouvelles publiées (jamais éditée en livre), dont il n’était pas satisfait, et qu'il lui a fallu toute sa vie d'écrivain pour l'aboutir.
Dans l'article de Médiapart qui m’a donné envie de lire ce roman, le journaliste parlait de celui-ci comme d'un livre-testament : on y retrouve en effet beaucoup d'éléments du réalisme magique de Murakami (par ailleurs à un moment les personnages parlent de cette notion dans l'œuvre de G. García Márquez), et en particulier de nombreux points communs avec Kafka sur le rivage : dans les deux livres on trouve des fantômes, des histoires d'ombres disparues ou plus légères, des bibliothèques, des cabanes dans la forêt, des passages d'un monde à l'autre (mais aussi des chats, du jazz, de la littérature…).
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J'ai fait un résumé succinct du bouquin pour mémoire, inutile de préciser que je vais spoiler sans scrupules (c'est même le principe).
1.
Une amourette de lycée, très intense, entre deux jeunes gens (il a 17 ans, elle 16). Iels s'échangent de longues lettres, se rencontrent dans des parcs. La fille explique qu'elle n'est que l'ombre d'elle-même, et que son corps principal est resté dans une Cité imaginaire ; les deux ados imaginent la Cité ensemble. Elle disparait mystérieusement du jour au lendemain, et le garçon/narrateur se retrouve seul, et peine à lier des contacts avec les autres.
Ce récit alterne avec celui du narrateur, qui a maintenant passé la quarantaine, et qui se rend dans la Cité pour retrouver la fille. Mais le temps n'existe pas ici, et la fille a toujours 16 ans et ne connaît pas le narrateur. Celui-ci devient liseur de rêve dans une bibliothèque tenue par la fille. Il ne sait pas vraiment à quoi ça sert.
En entrant dans la Cité, il a dû se débarrasser de son ombre. Un jour il decide de la reprendre pour s’enfuir avec elle, mais finalement renonce, et laisse l'ombre rentrer seule.
2.
Le narrateur revient dans le « monde réel » sans bien comprendre ce qui s'est passé. Il quitte son travail brusquement, déprime. Il fait un rêve dans lequel il travaille dans une bibliothèque : il décide de travailler dans une bibliothèque. Il devient directeur d'une petite bibliothèque de campagne. Il est aidé par Mme Soeda, principale employée de la bibliothèque, et reçoit régulièrement les visites de l'ancien directeur, M. Koyasu, un homme mystérieux et excentrique, qui possède une montre sans aiguille, comme l'horloge de la Cité.
Finalement M. Koyasu explique qu'il est mort un an auparavant, et que c'est son fantôme qui lui rend visite. Il a perdu son fils puis sa femme. Héritier d’une brasserie qui ne l'intéressait pas, il l’a vendue dès qu'il a pu, et a créé une fondation pour ouvrir une bibliothèque, il y a 10 ans de cela. Il est apparu à Mme Soeda, puis le narrateur a été choisi comme nouveau directeur et voilà.
La bibliothèque est fréquentée par un ado à la mémoire photographique, toujours habillé d'un sweat à capuche Yellow Submarine, qui ne parle à personne et qui passe ses journées à lire tout ce qui lui tombe sous la main. Il donne au narrateur un plan precis de la Cité. Il veut aller dans la Cité et devenir lecteur de rêves, mais le narrateur ne sait pas comment y emmener l'ado, si si c'est une bonne idée.
Le narrateur a un date avec la serveuse du café qu'il fréquente. M. Koyasu réapparait une dernière fois.
Un jour, l’ado disparaît sans laisser de traces, comme par magie. Tout le monde le cherche.
Le narrateur rêve d'une poupée de l’ado abandonnée dans une cabane dans un bois, qui mort l'oreille du narrateur.
3.
On est de nouveau dans la Cité. Le narrateur a mal a l’oreille, il ne sait pas pourquoi. Il narrateur croise la route de l’ado – le narrateur de la Cité ne le connaît pas, son style l'étonne (le narrateur ignore ce que le lecteur a compris depuis un moment, ce décalage est passionnant et vertigineux).
L’ado lui explique qu'il veut fusionner avec lui, lire les rêves et finalement prendre sa place. Il conseille au narrateur de retourner dans le monde réel, et de retrouver son ombre, rentrée dans le réel. Le narrateur accepte.