Publié le 5 Avril 2026

Un petit garçon est malade, et son grand-père vient lui lire un livre. Alors que le gamin craint qu'il ne s'agisse que d'histoires d'amour (beurk), c'est aussi des histoires de pirates, de chevaliers, de bagarres etc. Bref tout ce qu'il faut pour plaire à un garçon cliché des années 1980.

C'est toujours dangereux de regarder des films d'enfance une fois adulte. En l'occurrence, je n'avais jamais vu Princess Bride, mais c'est un des films préférés de plein d'ami·es. Et malheureusement, j'ai trouvé ça naze. Bien que les films soient très différents, j'y vois les mêmes défauts que dans The Voices de Marjane Satrapi : au premier degré c'est pas vraiment intéressant, et il n'y a pas assez de second degré pour que ça soit marrant.
Au premier degré, c'est une histoire de princesse qui se fait trimballer dans qu'on lui demande son avis (un personnage inexistant au possible, c'est sans aucun conteste une lampe sexy), et des hommes se battent dans un sens comme dans l'autre pour l'avoir. Il y a des bagarres pas passionnantes, des personnages clichés, des décors un peu cheap… rien d'incroyable, et on s'ennuie un peu.
Mais le film semble tendre vaguement vers une forme de second degré, voire de parodie : tout ça est un peu caricatural, de temps en temps le gamin et son grand-père lecteur commentent l'action, il y a une référence anachronique à des Big Macs… mais ces trois blagues ne suffisent pas à apporter une autre dimension au récit. Ça aurait pu aller tellement plus loin, en jouant avec les anachronismes comme dans n'importe Astérix ; en parodiant les épopées médiévales de façon plus franche comme dans Sacré Graal ; le discours méta du gamin et de son grand-père aurait pu bousculer le récit, nous faire revoir des scènes ou apporter une distance avec les personnages, comme dans n'importe quel Gotlib… Mais malheureusement, rien de tout ça ne se met vraiment en place, et les quelques timides clins d'œils ne suffisent pas. Et il ne reste plus que les aventures falotes d'un blondinet et de sa lampe sexy. (Rob Steiner a aussi réalisé Quand Harry rencontre Sally, et c'était vraiment mieux).

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Publié le 2 Avril 2026

Fumiko (Yumeji Tsukioka) est malheureuse dans son mariage, son mari, au chômage et malheureux également, semble la mépriser (il y a un enjeu de classe : la famille de Fumiko est riche, pas la sienne). Quand Fumiko découvre qu'il la trompe, elle décide de divorcer ; elle conserve la garde de sa fille tandis que son ex-mari reste avec le garçon. Fumiko a alors plus de temps à consacrer au club de poésie qu'elle fréquente, et où ses poèmes recueillent une certaine estime, jusqu'à être publiée par un éditeur de Tokyo. Le cancer qu'elle se découvre alors va bousculer sa vie.

Je ne suis pas spécialiste du cinéma japonais des années 1950, mais il me semble que, au sein de cette société profondément patriarcale, c'est plutôt rare d'avoir un film réalisé par une femme, qui se centre sur un personnage de femme, et dont les hommes ne sont que des personnages secondaires (et sans doute pas que dans le cinéma japonais, par ailleurs). Fumiko est une femme indépendante, courageuse, obstinée, qui n'est pas définie par les hommes autour d'elle (ni par le fait d'être une mère d'ailleurs), et que son entourage qualifie de « capricieuse », sans doute parce qu'elle ne cherche pas à correspondre aux canons de l'époque. Son divorce tout comme son cancer sont à la fois tragiques et paradoxalement libérateurs, lui permettant de s'affranchir des codes sans remors.
Le film est clairement en deux parties, avec la deuxième partie centrée sur le cancer (du sein, puis des poumons) de Fumiko. On ne va pas le cacher, c'est un petit long pour les standards d'aujourd'hui, ça n'empêche pas le film d'être visuellement très beau (les jeux de lumière sont magnifiques), et d'être très touchant, notamment dans son dénouement tragique.

Conformément au souhait de la réalisatrice Kinuyo Tanaka, le film s'appelle Les Seins éternels en anglais, ce qui est un bien meilleur titre que Maternité éternelle – d'autant plus que la maternité n'est pas vraiment un sujet du film.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #Japon

Publié le 29 Mars 2026

Jerry (Ryan Reynolds) est un employé sans histoire, bien qu'un peu étrange, dans une boite qui fabrique des baignoires. Personne ne sait que son chien et son chat lui parlent, jouant respectivement le rôle du gentil et du méchant. Alors quand Jerry tue « par accident » une collègue de travail, le chat (et la tête coupée de la collègue, qui se sent seule) va le pousser à continuer sur cette lancée.

Le premier problème de ce film, c'est qu'au premier degré il n'est pas très intéressant : c'est une histoire un peu gore d'un mec qui entend des voix qui lui disent de tuer des femmes, on a déjà vu ça mille fois, et il n'y a aucun pas de côté qui permettrait de prendre un quelconque distance avec ce stéréotype – et notamment avec ce qu'il sous-entend de sexisme. Est-ce qu'on est sensé ressentir de l'empathie pour Jerry ? Par moments je me suis posé la question (son enfance battue, sa mère morte) ; mais c'est un personnage trop vide, artificiel (et trop cruel) pour que ça puisse marcher.
Le deuxième problème du film, c'est qu'au second degré, il ne marche pas non plus. Pourtant je vois la volonté de Marjane Satrapi de faire une satire ou une comédie noire, parce que le personnage de Jerry est excentrique et un peu surjoué par un Ryan Reynolds qui a l'air de beaucoup s'amuser ; et surtout à cause de la séquence de fin, un clip très coloré où tous les personnages chantent une chanson idiote. Mais ce côté comédie ne marche pas, parce que justement le film ne sort pas des stéréotypes, qu'il ne joue pas avec, qu'il ne les subvertit pas, ou qu'il reste trop sage dans sa façon de les mettre en scène (je pense à The Substance qui réussissait parfaitement sur ce point, par un travail sur l'exagération et le grotesques qui manque presque totalement ici).
Si en plus vous ajoutez une réalisation un peu maladroite, des plans pas très habiles et pas toujours bien montés, il ne reste pas grand-chose à sauver dans ce film. Dommage, le pitch donnait un peu envie.

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Publié le 29 Mars 2026

Ryland Grace (Ryan Gosling qui joue vraiment, incroyable) se réveille dans un vaisseau interstellaire qui arrive à proximité de Tau Ceti, sans savoir comment il s'est retrouvé là.
Par flash-backs, on apprendra que Grace est un chercheur en exobiologoie reconverti en instituteur. On vient le chercher pour essayer de comprendre le phénomène des « Astrophages », un truc inconnu qui laisse de larges trainées infrarouges, et qui se nourrit de l'énergie du soleil, au point que dans quelques dizaines d'années la température terrestre risque de baisser dangereusement.

Ça fait quelques mois que je vois monter la hype autour de ce film (notamment sur le thème « si vous avez aimé le film, lisez le livre d'Andy Weir, il est encore mieux »), et honnêtement je comprends, et je ne suis pas déçu. Le film est malin, drôle (grace au personnage de Grace) et touchant (grâce au personnage de Rocky), bien écrit même s'il traine un peu sur la fin. La mise en scène est habile et élégante, jouant sur le vertige et les plans de travers : une partie du film est en apesanteur, et certains des flash-backs jouent sur cette idée également. La construction alternant des flash-backs est classique mais efficace : on n'en sait pas beaucoup plus que Grace au début du film, les pièces du puzzle s'assemblent au fur et à mesure que lui-même progresse dans son travail. Le propos sur l'exobiologie/la définition de la vie est plutôt malin, je l'imagine plus approfondi dans le roman*.
Bref, c'était un super film, et un beau moment de cinéma – j'ai kiffé.

* Cela me fait me dire qu'il faudrait vraiment que je remette la main sur un exemplaire de La Variété Andromède de Michael Crichton, qui m'avait familiarisé à ces questions quand j'étais au lycée.

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Publié le 19 Mars 2026

La Maison des femmes est une (vraie) structure à Saint-Denis qui s'occupe de femmes abimées : victimes de viol, de violences conjugales, de mutilations gynécologiques… Le film est une fiction qui suit les différentes soignantes (il y a un seul homme, un psy) et leurs relations aux patientes, et parle des difficultés financières que rencontre la structure.

Et c'est magnifique et bouleversant. Des critiques reprochent au film d'être trop didactique, et je ne suis pas d'accord : bien sûr qu'il y a quelque chose du panorama des violences patriarcales, mais tout ce discours est porté par des personnages très réussis et des actrices formidables (Karin Viard, Lætitia Dosch, Eye Haïdara, Oulaya Amamra…) C'est cette incarnation très forte qui rend le film si touchant, si puissant – j'ai pensé à Annie Colère, qui m'avait un peu fait ressentir la même chose face aux violences patriarcales et à la la puissance joyeuse et vivante de la sororité. Le scénario est assez finement écrit, et réussit très bien le défi du récit choral, mettant en lumière certains personnages sans trop laisser les autres dans l'ombre ; je trouve l'équilibre très bien.
Quelques séquences se passent pendant le Covid et le confinement : beaucoup de femmes se sont alors retrouvées enfermées 24h/24 avec leur tortionnaire. Ça m'a fait réaliser que c'est une période qui est très peu représentée au cinéma (alors que le jeu sur les masques, les rues vides, le silence dans la ville, le retour des animaux ici ou là, c'est très cinématographique) ; ça donne l'impression que nous avons toustes vécu un immense choc, et que nous l'avons aussitôt oublié.

Après Vampire humaniste cherche suicidaire consentant d'Ariane Louis-Seize, ça fait deux premiers films de réalisatrices très réussis – c'est peut-être aussi symptomatique de la difficulté que rencontrent les femmes à faire un premier film, difficultés qui perdurent pour faire un deuxième film, etc.

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Publié le 15 Mars 2026

Pour l'été, Melker a décidé de partir en vacances avec ses quatre enfants, l'ainée Malin, les deux jeunes ados Jonas et Niklas, et le cadet Pelle, enfant sensible amoureux des animaux – de tous les animaux. Melker a loué la maison du menuisier, sur une petite île dans la mer suédoise. Même si les premiers instants sont un peu compliqués – la maison est beaucoup plus délabrée que prévu ! – iels tomberont vite amoureux·es de l'île et de ses habitant·es, enfants, adultes et animaux.

C'est un beau roman jeunesse, plein de joies, de drames, d'aventures, d'amour et de tendresse. C'est joliment écrit, les personnages sont vraiment très attachants, les émotions qu'iels vivent nous transportent avec elleux.
C'est un roman qui a surtout vieilli dans le travail sur le personnage de Malin : elle joue le rôle de la maman de la famille en faisant à manger, le ménage et en prenant toute la charge émotionnelle, et la plupart des autres personnages sont obsédé·es par l'idée de son mariage – que ce soit pour chercher son prince charmant ou pour faire fuir ses éventuels prétendants. Mais ça n'a suffit pas à me gâcher ce joli roman.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #littérature, #Suède

Publié le 14 Mars 2026

Ce n'est pas évident de parler de ce film, parce que son intrigue n'est pas ce qui est important. Il faut donc commencer par dire que Greener Grass est un peu comme un Barbie dans un univers parallèle, qui ressemble au nôtre mais où tout serait détraqué. Tout est coloré, rose et joyeux, mais on peut donner son bébé à une copine, tout le monde porte des appareils dentaires, on peut rouler des pelles à son mari pendant de longues minutes avant de rendre compte qu'on s'est trompé de type, il suffit qu'il regarde une fois un programme TV violent pour qu'un enfant devienne un psychopathe ultra violent, un enfant peut se transformer en chien après être tombé dans une piscine…
Le film se penche en particulier sur deux amies, Jill et Lisa (Jocelyn DeBoer et Dawn Luebbe elles-mêmes) et leurs familles respectives. Pendant que Lisa a l'air de vivre sa meilleure vie, Jill va petit à petit descendre aux enfers.

J'aime bien l'univers  de ce film, j'aime bien l'étrangeté qui s'en dégage, c'est toujours sur le bon côté du « cringe », et c'est une sacrée performance. Visuellement, c'est très réussi, très maîtrisé, tout l'univers est super. Mais je crois que pour que ce soit vraiment réussi, il aurait fallu qu'à un moment la mécanique se détraque (comme quand Barbie débarque dans le monde réel dans le film de Greta Gerwig), et malheureusement il manque cet ingrédient dans ce film.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #États-Unis