Publié le 30 Mai 2018

L'univers à portée de main, en voilà un beau programme, superbement tenu par Christophe Galfard. C'est un livre long (600 pages) mais passionnant et que j'ai dévoré. Comme son titre l'indique, tout y passe, de l'infiniment grand (la Terre, le système solaire, les étoiles, la gravitation, l'espace-temps, les galaxies, l'univers entier, les trous noirs...) à l'infiniment petit avec la physique quantique (électrons, neutrons, photons, quarks, gluons, champs quantiques...)
Le livre est clair, précis, pédagogique. Je ne vais pas mentir, ça devient plus ardu quand on attaque la physique quantique, parce qu'elle décrit un monde contraire à nos intuitions, mais avec un peu de bonne volonté on arrive à ne pas être perdu.
Ensuite, oui, il y a quelques trucs de vulgarisation qui sont un peu visibles, la façon de s'adresser au lecteur et de le mettre en scène, mais honnêtement, même si c'est un peu grossier par moments il faut admettre que c'est efficace.

Je ne saurais que recommander le visionnage de cette conférence à Rennes, qui peut être une bonne préparation au bouquin, et qui permet d'avoir la douce voix de Galfard en tête – ce qui peut permettre de se concentrer lors de la lecture des passages les plus ardus.

Voir les commentaires

Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #essai

Publié le 28 Mai 2018

Le film commence sur un constat connu : nous polluons, gaspillons les ressources naturelles et cultivées, nous allons tous crever. À partir de là, le film choisit de donner une dizaine d'exemples glanés autour du monde de solutions potentielles, réparties en 5 thématiques : agriculture, énergie, économie, démocratie, éducation.

Alors oui, les cartes postales qui émaillent le film sont un peu agaçantes, les transitions entre les thèmes un peu nunuches, certains artifices de mise en scène (la discussion sur le système bancaire les pieds dans le sable) sont artificielles. L'esthétique du film (images, lumières, musique) est clairement publicitaire ou instagramesque.
Mais il faut réussir à passer au-delà, parce que les thématiques abordées sont intéressantes. Évidemment, le film a un des défauts du genre : en voulant parler de plein de choses, on survole un peu chacun des points. Pourtant les pistes lancées sur l'agriculture ou les questions financières sont stimulantes ; on sort du visionnage du film avec des interrogations, une envie d'aller plus loin et de se battre pour faire changer les choses, et ce n'est pas rien.

Voir les commentaires

Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #essai, #France

Publié le 13 Mai 2018

Je n'avais jamais lu Dalva, alors que j'en avais beaucoup entendu parler. J'ai fini par l'acheter et par me rendre compte que je l'avais déjà lu. C'était manifestement avant ce blog, qui confirme ici son intérêt.

Comme souvent dans la littérature américaine, Dalva est un livre qui brasse de nombreux sujets, et qu'il est difficile de résumer.
Dans sa jeunesse, Dalva a rencontré Duane, un jeune homme à moitié Sioux qui aide à la ferme familiale dans le Nebraska (Dalva a elle-même 1/8e de sang Sioux). Après la fuite de Duane, Dalva découvre qu'elle est enceinte. Âgée de 15-16 ans, elle abandonne l'enfant. La première partie du livre est une sorte de longue lettre/journal écrit par Dalva, alors âgée de 45 ans, à ce fils inconnu qu'elle décide de chercher. Elle est alors en Californie.
Dalva est ensuite de retour au Nebraska, où elle autorise Michael, un historien et amant régulier, à fouiller dans les archives familiales. En effet, Northridge, l'arrière-arrière-grand-père de Dalva, était un missionnaire envoyé pour convertir les « Indiens » et qui finira par être converti lui-même. Il passera toute sa vie aux côtés des Sioux, œuvrant en vain pour les sauver de la misère, cherchant des appuis politiques pour défendre leur cause. Le narrateur de cette seconde partie est Michael, un type grotesque et obsédé sexuel. Pour la dernière partie, on retrouve Dalva.

Ce livre est un beau portrait de femme : Dalva est libre, forte, indépendante, fragile et sensible, c'est un personnage attachant qui porte tout le roman. Mais il faut aussi mentionner Ruth ou Naomi, qui vivent la même indépendance, célibataires toutes les trois avec des amants réguliers ou de passage, sans que ce mode de vie ne soit questionné : c'est normal de vivre comme ça. Il se dégage de cette lecture un sentiment de liberté, de fraîcheur.
Les hommes, en regard, sont un peu pathétiques. Ainsi le fameux Michael, alcoolique et priapique, est-il amusant au début de la seconde partie, avant de devenir un peu pénible. Sa maladresse le rend attachant – il se perd en 5 minutes de marche autour de la ferme –, son obsession sexuelle le rend détestable. Les autres hommes sont à l'avenant. Dans les principaux personnages masculins, seul Northridge et le grand-père de Dalva sortent du lot, par leur droiture et leurs idéaux.
Au final, c'est un beau roman, mais qui, avouons-le, m'a un peu ennuyé à partir de la deuxième partie. Je trouve qu'il perd un peu de souffle, qu'il s'éloigne du sujet qu'on pressentait – Dalva est au second plan. J'ai surtout tenu grâce aux extraits du journal de Northridge, dans lequel il parle des Sioux. Je pense qu'il serait grand temps qu'enfin je lise un livre sur les Américains Natifs.

Voir les commentaires

Publié le 12 Mai 2018

Attiré par une maîtresse nageuse, Samir décide de prendre des cours de natation ; sa poursuite d'Agathe l'amènera en Islande.

C'est un film court et simple, qui raconte, une fois n'est pas coutume (hum), une histoire d'amour. L'écriture est fine et délicate, pleine d'humour et d'absurde. Les personnages sont touchants et attachants dans leur maladresse.
Je me rends bien compte que tout ce que j'écris est un peu bébête, mais il ne faut pas s'y arrêter, et aller voir ce beau film, le troisième volet d'une trilogie dont j'ai très envie de découvrir les débuts. [edit : j'ai vu le deuxième volet, Queen of Montreuil]

Voir les commentaires

Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #comédie

Publié le 2 Mai 2018

En 2045, toute l'humanité d'Amérique est branchée sur un jeu vidéo en réalité virtuelle, immergeant les avatars dans un monde parallèle appelé l'Oasis.
Le créateur de ce jeu, Halliday, y a glissé trois clés, obtenues après épreuves et énigmes, offrant au vainqueur de cette quête plein d'argent et le contrôle du jeu.
Wade, alias Parzival, va se lancer à la recherche de ces clés, épaulé par ses camarades de jeu, en déjouant les pièges tendus par IOI, la méchante entreprise qui ne pense qu'à l'argent.

Et c'est pas terrible.
Les problèmes de ce film sont multiples. J'ai appris qu'il s'agissait de l'adaptation d'un roman, et ça peut en expliquer une partie : plein de choses sont survolées dans ce film, l'univers décrit présente parfois des incohérences, qui sont peut-être dénouées dans le roman, forcément plus complet. Mais ça n'excuse pas tout : un film est sensé être autonome.
Il faut le dire : c'est visuellement assez moche, une bouillie numérique comme on en retrouve dans plein de films de super-héros. C'est un monde virtuel, certes, mais pourquoi faut-il qu'il soit aussi peu inventif ? Même en terme de réalisation, Spielberg n'a pas vraiment l'air de savoir où il va. C'est efficace et globalement maîtrisé (malgré quelques maladresses vraiment étonnantes), mais on est trèèès loin de ses grandes œuvres. Ça va trop vite, c'est parfois confus visuellement, et ça donne vraiment l'impression qu'il a manqué à Spielberg de manipuler une vraie caméra avec de vrais acteurs (ouais, la motion capture laisse parfois à désirer)
Il faut aussi parler de l'omniprésence des références à la « pop culture ». Parce que :

  1. parfois ça ressemble parfois beaucoup à du fan service, en particulier pendant la bataille finale où on trouve pêle-mêle Goldorak, le Géant de fer, un Mécha Godzilla, les Tortues Ninjas, la poupée de Chucky, Musclor...
  2. cette pop culture s'arrête manifestement en 1995, ce qui pose un sérieux problème sur la cible de ce film : les quarantenaires ? Pourtant le ton général du film semble plutôt s'adresser à un public adolescent...
  3. si toute l'humanité d'Amérique est en permanence dans le monde virtuel, quand est-ce qu'ils ont le temps de regarder tous ces films ou de jouer à tous ces vieux jeux sur Atari (sur lesquels repose l'intrigue) ?

Et tout ça pour une fin un peu débile comme Spielberg sait parfois si bien les faire, avec un message d'une bêtise affligeante : « la réalité est ce qu'il y a de plus réel ». Après plus de 2h d'un film sur un jeu vidéo blindé de références à la culture du jeu vidéo, c'est un peu cracher dans la soupe, mon cher Steven, non ?

J'ai presque failli oublier de parler du très beau Trinity syndrome qu'on trouve dans le film : le héro est épaulé par une Art3mis super badasse mais qui ne peut pas être celle qui gagne à la fin parce que, voyez-vous, c'est une fille.

Bref, je suis très surpris de la différence entre les critiques, globalement très positives, et le film que j'ai vu, qui ne va franchement pas plus loin que la majorité des productions à gros budget du même genre.

Voir les commentaires

Publié le 29 Avril 2018

Il a fallu 35 ans à Laurence (Melvil Poupaud) pour avouer qu'il est une femme dans un corps d'homme. La révélation sera rude pour sa compagne Fred (Suzanne Clément), mais elle le soutiendra dans son affirmation de lui-même.

J'ai vu les deux premiers films de Xavier Dolan peu de temps après leur sortie, même si je les ai trouvés assez réussis, le maniérisme des Amours imaginaires m'avait un peu refroidi.
Le troisième film de Xavier Dolan est sorti alors qu'il n'a que 23 ans, et il faut bien reconnaître que c'est impressionnant. L'écriture est précise et touchante, les personnages incarnés, riches, denses ; la direction d'acteur est magistrale (mention à Nathalie Baye, méconnaissable dans son rôle d'une mère terrifiante). Certes, il y a quelques lourdeurs et du maniérisme dans la réalisation, un abus des ralentis, une recherche du « beau plan » qui va parfois contre la narration : des plans moins spectaculaires diraient parfois plus de choses. Mais en même temps, les lumières sont superbes, et il y a vraiment des plans magnifiques (le travelling d'ouverture par exemple).
Donc oui, c'est un film qui a des défauts, mais qui démontre une finesse d'écriture impressionnante. Il serait peut-être temps que j'arrête de faire la fine bouche.

Voir les commentaires

Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #féminisme

Publié le 13 Avril 2018

On connaît la chanson est un film choral. Comme tout bon film choral, il est construit comme une toile d'araignée de personnages, qui se resserre au fil du récit. Tout le monde connaît tout le monde, la même femme est convoitée par plusieurs personnages... C'est aussi un film d'acteurs, qui jouent un rôle qui leur va si bien qu'on peine à les imaginer jouer autre chose. Bacri râle, Jaoui est perdue, Azéma enthousiaste, Lambert Wilson charmeur, Dussolier confus et timide. Et évidemment, pour pimenter tout ça, il y a les chansons. Issues du répertoire de l'après guerre, des années yéyé, des années 1990, tout y passe, et c'est toujours savoureux, bien à propos et drôle.
Je viens de voir que c'est écrit par Bacri et Jaoui, et ce n'est pas étonnant : on retrouve leur fantaisie, leur humour, leur noirceur aussi par moments. L'écriture est fine, les dialogues ciselés, la réalisation soignée, avec quelques étrangetés, comme ces méduses impromptues, un peu kitch mais qui ont du sens dans le film. Bref, c'est un petit bijou.

Voir les commentaires