Publié le 3 Mai 2019

Alors qu'il partait se suicider, Ted a un accident de la route. Sa tête passe à travers le pare-brise, alors que le corps reste dans l'habitacle. Sauf que trois jours plus tard, lors de son enterrement, Ted, la tête recousue sommairement, se relève.

C'est le troisième livre de cet auteur que je lis (après Effacement et Blessés) ; Désert américain se place pile poil entre les deux. Et c'est un livre assez différent des deux autres – décidément – puisqu'il commence comme une farce grotesque et féroce. Cet homme qui revient à la vie, c'est une sorte de miracle ou de malédiction, personne ne sait trop, mais dans tous les cas, son retour à la vie entraîne des journées entières d'émeutes et un rassemblement massif de journaliste devant la maison de Ted, qui aimerait simplement rester chez lui avec sa famille retrouvée. Même si évidemment c'est loin d'être simple : son cœur ne bat plus, il ne respire pas, sa peau est glacée, il fait peur à sa fille, mais pourtant il est là, il pense, il parle, il marche, il est plus lucide que jamais.
Percival Everett se frotte donc à la farce satirique grinçante. Sur son chemin Ted va croiser des journalistes, des membres d'une secte d'illuminés (pléonasme), des agents secrets, des scientifiques fous se livrant à des expériences secrètes… Un brin paranoïaque et complotiste, le roman ne se limite pas à cela, puisqu'il aborde également, sur un registre plus intime, la vie de ses personnages, les questions liées, à l'amour, la mort, la lâcheté, la trahison, la famille… Bref, le spectre est large, la lecture est souvent drôle, toujours passionnante, c'est encore un super livre.

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Publié le 14 Avril 2019

Monsieur Han est un vieux monsieur acariâtre, alcoolique et taiseux. Il fait peine à voir et ses voisins ne l'apprécient guère. À sa mort, quelques rares proches viennent le pleurer.

Et le roman est le récit de la vie d'Han Yongdok, né en Corée du Nord, diplômé de gynécologie, dont la vie a petit à petit été détruite par une interminable guerre. Devenu indésirable au Nord, suspect au Sud, Han Yongdok cherche une place qu'on lui refuse.
Ce classique de la littérature coréenne moderne est un beau roman, tragique, terrifiant même par moments, porté par une plume élégante et réaliste. C'est aussi un roman très politique, démontrant par l'exemple comment la politique peut avoir une influence sur les vies ordinaires.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #littérature, #Corée

Publié le 14 Avril 2019

Nous sommes dans le Jura, bourgade reculée, tranquille et enneigée. Jerry, le frère de Max, est de retour après plus de 20 ans d'absence. Il ne va pas rester longtemps, juste le temps d'enlever la fille du patron de l'usine et de demander une rançon de 500 000 €. C'est un plan méticuleusement préparé, tout est prévu.

Sauf que ça ne se passera pas comme prévu, et qu'on n'est plus très sûr de savoir quel frère essaye de doubler l'autre, et que c'est le fil de cette énigme, de ce suspense qui tient le récit. C'est un roman écrit avec toutes les ficelles et techniques du polar, un vrai page-turner. Pourtant, malgré les louanges que j'ai entendues porter à Yves Ravey, je crois que je préfère dans le genre les livres de Tanguy Viel - lequel ressemble à l'autre ? - parce qu'il s'y passe plus de choses littérairement parlant. Chez Ravey les phrases sont courtes, les dialogues secs, les descriptions pointilleuses, mais, j'ose à peine le dire, c'est un peu plat. Ça manque de nervosité, peut-être à cause de ces descriptions qui alourdissent certains passages.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #littérature, #France

Publié le 1 Avril 2019

La chanteuse Florence, alias Cléo, attend les résultats d'examens médicaux avec angoisse. Visite chez une diseuse de bonne aventure, café avec sa superstitieuse gouvernante, répétition avec ses musiciens (dont Bob, alias Michel Legrand, qui signe aussi la musique), errance dans Paris... La fin d'après-midi s'éternise.

Mais le film ne s'éternise pas, loin s'en faut. C'est rythmé, nerveux, souple et intelligent. Je n'avais jamais vu ce film – et c'est triste de devoir attendre la mort de sa réalisatrice pour le faire. Le pari de suivre un personnage presque en direct est réussi, Varda variant les lieux, les temporalités, les personnages si habilement qu'on ne s'ennuie évidemment jamais. C'est très Nouvelle vague, il y a plein d'astuces de montages intelligentes et fines, la lumière et les cadres sont soignés... Bref, c'est un film magnifique.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #France

Publié le 18 Mars 2019

C'est une histoire de famille. Il y a le narrateur, un jeune homme qui vit à Brest sous l'appartement de sa grand-mère, devenue très riche suite à un héritage. Il y a le père absent, chassé de sa ville après une sombre histoire de gros sous liée au football. Il y a surtout la mère, toxique et qui vit très mal d'être forcée à partir dans un Sud qu'elle déteste. Il y a aussi le fils Kermel, le fils de la femme de ménage de la grand mère, un peu envahissant.

Et c'est un livre formidable, prenant comme un polar dont il s'approche par la tonalité. Le narrateur dévoile petit à petit des points clés de l'histoire, développe le récit, élargit le tableau.
Et il y a le style de Viel, très oral, prenant, fluide. C'est beau, c'est passionnant, j'avais déjà lu Insoupçonnable et L'Absolue perfection du crime, et je continuerai sans doute à lire cet auteur.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #littérature, #France

Publié le 4 Mars 2019

Grâce à Dieu est un film sur la (très réelle) affaire Preynat, un prêtre qui a commis des attouchements sur de jeunes garçons des années 1970 au années 1990. On y suit en premier lieu le parcours d'Alexandre (Melvil Poupaud), un catholique qui engage une procédure auprès de l'église lyonnaise pour faire reconnaître ce qu'il a subi et que Preynat subisse des sanctions. Ses démarches n'aboutissent à rien, Preynat continuant à officier, et continuant à se retrouver au contact d'enfants. Même si les faits sont prescrits, il décide de porter plainte.
Le capitaine Courteau, qui a pris sa plainte, remonte à François (Denis Ménochet), une autre victime non prescrite, qui accepte de témoigner et cherche à médiatiser l'affaire. Avec d'autres victimes, il crée l'association La Parole libérée, qui permet à plusieurs victimes de se regrouper. Parmi elles, Emmanuel (Swann Arlaud), un jeune homme en souffrance, gardant de nombreuses séquelles des attouchements. Ensemble, il entament une action judiciaire, au cours de laquelle Preynat, qui n'a jamais nié les faits, est mis en examen.

Et c'est un film très beau et très fort. Il montre assez clairement la politique de l'autruche que pratique l'Église, et notamment le cardinal Barbarin, vis-à-vis de la pédophilie ; l'hypocrisie de cette institution, pour qui le pardon est essentiel et qui fait comme si on pouvait résoudre les problèmes en priant ensemble. Il aborde assez subtilement la question du traumatisme, du temps qu'il faut pour arriver à « libérer la parole » ; la réaction des proches, des familles, qui soutiennent ou nient, qui culpabilisent ou refusent de « remuer la merde ».
Ce film choral est habilement construit autour de trois personnages, qui incarnent trois temps de l'action. La première partie, consacrée à Alexandre, est structurée par des lettres lues en voix off, ce qui accentue l'impuissance, la distance et l'isolement du personnage. À partir du moment où François entre en scène, la voix disparaît petit à petit, l'histoire avance par les dialogues et prend du nerf.
Bref, c'est super, bien sûr les acteurs sont tous impressionnants, les dialogues bien écrits, les cadres précis. C'est un film formidable et nécessaire.

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Publié le 1 Mars 2019

Le pasteur Huuskonen reçoit un ourson orphelin à son anniversaire. Excentrique et largement en dehors des dogmes, il finit par être démis de ses fonctions, et part autour de l'Europe avec son ours vivre des aventures rocambolesques.

Nous sommes en 2007, je suis en train de commencer à travailler sur L'Ours, et j'entends parler de ce livre qui vient d'être traduit en français. Comme il y est question d'un ours, ça m'interpelle et je me dis qu'il faut que je le lise. Il ne m'aura fallu qu'une douzaine d'années pour mettre ce plan à exécution.
Mais en même temps, ce n'était pas vraiment indispensable. Oh, ce n'est pas vraiment un livre désagréable, ça se lit comme un roman de vacances, mais c'est très oubliable. Tout dans ce livre vise à être amusant, et y réussit souvent, mais rien n'y est vraiment original, ou ne semble faire preuve d'une grande réflexion. J'ai passé des mois à m'interroger sur le statut de l'animal et en particulier sur celui de l'ours (coucou Pastoureau), et voir cet ours réduit ici à une créature de cirque à qui on apprend à faire du repassage, forcément ça me gêne. Je ne vois pas bien l'intérêt. Le même manque de réflexion de l'auteur me paraît flagrant sur la question de la recherche de signaux extraterrestres (type SETI), où Paasilinna se montre ici, disons, trèèès léger sur ses bases scientifiques (mais on s'en fout, c'est pour être amusant). Et les autres personnages ne sont pas beaucoup plus riches : le pasteur est rapidement insupportable, les personnages secondaires se résument à un trait de caractère, la manie qu'a Paasilinna de faire coucher le pasteur (un gros cinquantenaire alcoolique désagréable) avec de jeunes femmes belles et stupides est pénible.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #littérature, #Finlande