Autant prévenir, c'est un livre tellement intelligent et nécessaire que vais beaucoup citer (dans la traduction de Clara Malraux de l'édition 10/18). C'est intelligent, très bien écrit, avec une pointe d'humour ironique un peu distancié qui me plaît beaucoup.
Virginia Woolf s'interroge sur les autrices de roman, et cela la conduit à se poser une foultitude de questions qui concernent plus généralement la place des femmes. Pour elle, pouvoir écrire suppose un certain confort matériel : de l'argent – afin de pouvoir se livrer à une forme d'oisiveté qui est nécessaire à la littérature, et plus particulièrement à la poésie – et une chambre à soi – afin de pouvoir bénéficier de tranquillité. Et force est de constater que les femmes ne bénéficient que très rarement de ces deux conforts.
Woolf remarque à quel point sont nombreux les livres écrits par des hommes pour donner leur avis sur les femmes – livres bien souvent marqués d'une misogynie assez terrible, expliquant par le détail à quelle place elles devraient être et rester, et ce qui leur est interdit de faire.
Les femmes ont pendant des siècles servi aux hommes de miroirs, elles possédaient le pouvoir magique et délicieux de réfléchir une image de l'homme deux fois plus grande que nature. Sans ce pouvoir la terre serait probablement encore marécage et jungle. Les gloires de nos guerres seraient inconnues. Nous en serions encore à graver sur des os de mouton de maladroites silhouettes de cerfs et à troquer des morceaux de silex contre des peaux de brebis ou contre quelque ornement simple qui satisferait notre goût encore vierge. Les surhommes et les Doigts du Destin n'auraient jamais porté de couronnes, ou ne les auraient jamais perdues. Les miroirs peuvent avoir de multiples visages dans les sociétés civilisées ; ils sont en tout cas indispensables à qui veut agir avec violence ou héroïsme. C'est pourquoi Napoléon et Mussolini insistent tous deux avec autant de force sur l'infériorité des femmes ; car si elles n'étaient pas inférieures, elles cesseraient d'être des miroirs grossissants. Et voilà pourquoi les femmes sont souvent si nécessaires aux hommes. Et cela explique aussi pourquoi la critique féminine inquiète tant les hommes, pourquoi il est impossible aux femmes de dire aux hommes que tel livre est mauvais, que tel tableau est faible ou quoi que ce soit du même ordre, sans faire souffrir davantage et éveiller plus de colère que ne le ferait un homme dans le même cas. Si une femme, en effet, se met à dire la vérité, la forme dans le miroir se rétrécit, son aptitude à la vie s'en trouve diminuée. Comment l'homme continuerait-il de dicter des sentences, de civiliser des indigènes, de faire des lois, d'écrire des livres, de se parer, de pérorer dans les banquets, s'il ne pouvait se voir pendant ses deux repas principaux d'une taille pour le moins double de ce qu'elle est en vérité. (pp. 54-55)
Les femmes sont bien souvent privées du temps nécessaire à l'écriture (tâches ménagères, tenir la maison, les enfants, s'occuper du mari…). Les ouvrier·e·s, contraints à travailler sans cesse pour assurer leur subsistance, sont dans la même situation.
Woolf imagine le destin la sœur (imaginaire) de Shakespeare, dotée d'autant de talent : en aucune façon ce génie n'aurait pu se révéler, parce qu'on n'aurait jamais permis cela à une femme.
Et pourtant certaines formes de génie ont dû exister parmi les femmes, comme aussi dans les classes ouvrières. De temps à autre, une Emily Brontë ou un Robert Burns éclate et révèle la présence d'un génie. Mais, à coup sûr, il ne pouvait alors aller jusqu'à se manifester en écrivant. Si bien que chaque fois qu'il est question de sorcières, à qui ont fit prendre un bain forcé, ou de femmes possédées par les démons, ou de rebouteuses qui vendirent des herbes, ou même d'un homme de talent dont la mère fut remarquable, je me dis que nous sommes sur la trace d'un romancier, d'un poète qui ne se révéla pas, de quelque Jane Austen, silencieuse et sans gloire, de quelque Emily Brontë qui se fit sauter la cervelle sur la lande, ou qui, rendue folle et torturée par son propre génie, courut, le visage convulsé, par les chemins ! Vraiment, j'aimerais aller jusqu'à supposer que cet « anonyme », qui a écrit tant de poèmes sans les signer, était souvent une femme. Ce furent les femmes, ainsi qu'Edward Fitzgerald, je crois, l'a suggéré, qui créèrent les ballades, les chansons populaires, les fredonnant à leurs enfants, les chantant pour charmer leurs travaux de fileuses ou pour tromper les longues nuits d'hiver.
Tout cela est peut-être faux, peut-être vrai. Qui pourrait le dire ? Mais ce qui me semble vrai, quand je pense à l'histoire de la sœur de Shakespeare, telle que je vous l'ai contée, c'est que n'importe quelle femme, née au XVIe siècle et magnifiquement douée, serait devenue folle, se serait tuée ou aurait terminé ses jours dans quelque chaumière éloignée de tout village, mi-sorcière, mi-magicienne, objet de crainte et de dérision. Car point n'est besoin d'être grand psychologue pour se convaincre qu'une fille de génie, qui aurait tenté de se servir de son don poétique, aurait été à tel point contrecarrée par les autres, torturée et tiraillée en tous sens par ses propres instincts, qu'elle aurait perdu santé et raison. (pp. 73 à 75)
Les femmes manquent en général d'une chambre à soi. Le salon est généralement partagé, elles n'ont pas accès à un bureau. Les hommes y ont droit, ils ont en outre la possibilité de voyager, de courir le monde sans souci.
Les difficultés auxquelles les femmes se heurtaient étaient terribles ; mais bien pires étaient les difficultés immatérielles. L'indifférence du monde que Keats et Flaubert et d'autres hommes de génie ont trouvée dure à supporter était, lorsqu'il s'agissait de femmes, non pas de l'indifférence, mais de l'hostilité. Le monde ne leur disait pas ce qu'il disait aux hommes : écrivez si vous le voulez, je m'en moque… Le monde leur disait avec un éclat de rire : Écrire ? Pourquoi écririez-vous ? (p. 79)
Et voici, dis-je, ouvrant un livre traitant de musique, les mêmes mots appliqués de nouveau, en cette année de grâce 1928, aux femmes qui essayent de composer des œuvres musicales. « À propos de Mlle Germaine Tailleferre, on ne peut que répéter les paroles du Dr Johnson concernant une femme prêcheuse, en les transposant en termes de musique : Monsieur, une femme qui compose est semblable à un chien qui marche sur ses pattes de derrière. Ce qu'il fait n'est pas bien fait, mais vous êtes surpris de le voir faire. » (p. 82)
Voici lady Winchelsea, par exemple, pensai-je, prenant ses œuvres. Elle est née en l'année 1661 ; elle était noble par sa naissance et par son mariage ; elle n'eut pas d'enfants ; elle écrivit des vers et on n'a qu'à ouvrir un recueil de ses poèmes pour voir éclater son indignation devant la condition des femmes :
Comme nous sommes déchues, déchues par la faute de principes erronés
Et plus que de la Nature victimes de l'éducation ;
Privées de tous les ornements de l'esprit,
Et vouées par le système à la stupidité ;
Et si quelqu'une d'entre nous s'élève au-dessus des autres
Mue par une imagination plus vive et poussée par l'ambition
Si forte la faction opposée toujours lui apparaît,
Que l'espoir de réussir ne peut jamais contrebalancer la peur.
Certes, lady Winchelsea n'avait point « détruit tous les obstacles, son esprit n'était pas incandescent ». Bien au contraire, il était épuisé, troublé par les haines et les rancunes. L'espère humaine, à ses yeux, se divisait en deux parties. Les hommes sont « la faction opposée », les hommes son haïs et redoutés car ils ont le pouvoir de lui barrer la voie qui la mène vers tout ce qu'elle désire – écrire.
Hélas ! une femme qui entreprend d'écrire
Comme une créature si présomptueuse est considérée,
Que sa faute ne peut être par aucun mérite compensée.
Ils nous disent que nous nous trompons de sexe et de voie ;
Bonnes manières, mode, danse, toilette, jeu,
Voilà les talents que nous devrions briguer
Écrire, ou lire, ou penser, ou nous instruire,
Ternirait notre beauté et épuiserait notre temps,
Et interromprait les conquêtes de notre printemps,
Alors que l'ennuyeuse besogne de gérer une maison asservie,
Est tenue par certains pour notre art suprême et notre utilité. (p. 88-89)
Aphra Behn (1640-1689), bien que ce soit une honte et au prix de quelques sacrifices, parvenait à vivre de sa plume. Elle a ainsi montré que c'était possible, et a certainement encouragé des femmes à suivre son exemple.
Des centaines de femmes se sont mises, à mesure que se déroulait le XVIIIe siècle, à augmenter leur argent de poche ou à aider leur famille, en faisant des traductions ou en écrivant ces innombrables mauvais romans […]. La très grande liberté intellectuelle que manifestèrent les femmes dans la dernière partie du XVIIIe siècle […] est justifiée par le fait indiscutable qu'elles pouvaient gagner de l'argent en écrivant. L'argent confère la dignité à ce qui serait frivole su on ne le payait pas. […] Car si Orgueil et Préjugés [Jane Austen] a quelque importance, et si Middlemarch [George Eliot] et Villette [Charlotte Brontë] et Les Hauts de Hurlevent [Emily Brontë] ont quelque importance, alors le fait que les femmes en général, et non plus seulement les aristocrates solitaires, enfermées dans leurs maison de campagne avec leur in-folio et leurs flatteurs, se missent à écrire est d'une plus grande importance que je ne le peux démontrer en une heure de conférence. Sans ces précurseurs, Jane Austen, les sœurs Brontë et George Eliot n'eussent pas écrit, de même que Shakespeare n'eût pu écrire sans Marlowe, ou Marlowe sans Chaucer, ou Chaucer sans ces poètes oubliés qui préparèrent la voie et assouplissent la rudesse naturelle de la langue. Car les chefs-d'œuvre ne sont pas nés seuls et dans la solitude ; ils sont le résultat de nombreuses années de pensée en commun, de pensée élaborées par l'esprit d'un peuple entier, de sorte que l'expérience de la masse se trouve derrière la voix d'un seul. (p. 97-98)
En France comme en Angleterre les femmes poètes précédèrent les femmes romancières. De plus, pensai-je, regardant les quatre noms fameux, qu'avaient en commun George Eliot et Emily Brontë ? […] Et cependant une force étrange les poussait les unes et les autres, quand elles écrivaient, à écrire des romans. Était-ce parce qu'elles étaient toutes d'origine bourgeoise, me demandai-je ; et lié au fait que miss Emily Davis devait un peu plus tard démontrer de façon saisissante que la famille bourgeoise du début du XIXe siècle ne possédait qu'un seul salon pour toute la famille ? Si une femme écrivait, elle devait le faire dans le salon commun. Et sans cesse on interrompait son travail – chose dont miss Nightingale devait se plaindre avec tant de véhémence : « Les femmes n'ont jamais une demi-heure dont on peut dire qu'elle leur appartienne. » Encore était-il plus facile d'écrire en prose et une œuvre de fiction, que de composer un poème ou une pièce de théâtre. Le roman demande moins de concentration. […] Ajoutons que la seule formation littéraire du pût avoir une femme au début du XIXe, était celle de l'observation des caractères, de l'analyse des émotions. La sensibilité féminine avait été, depuis des siècles, affinée par l'influence du salon commun. Les sentiments des autres êtres marquaient les femmes ; le jeu des relations personnelles se déroulait sans cesse devant elles ; c'est pourquoi, quand la femme bourgeoise se mit à écrire, elle écrivit des romans […]. (p. 99-100)
Néanmoins, les hommes s'inscrivent dans une tradition littéraire qui a plusieurs siècles, qui a forgé les phrases et la langue. Les femmes manquent de modèle : Charlotte Brontë se ridiculisa en utilisant la phrase masculine ; Jane Austen, inventa sa phrase. Elle avait moins de génie que Brontë, mais elle eut plus de réussite.
De plus, un livre n'est pas fait de phrases bâties mises bout à bout, mais bien de phrases bâties, pour employer une image, en arcanes et en dômes. Et cette forme, elle aussi, a été réalisée par des hommes d'après leurs propres besoins et pour leur propre usage. Et il n'est aucune raison de penser que la forme de l'épopée ou du théâtre en vers conviennent mieux à la femme que ne lui convient la phrase. Mais tous les anciens genres littéraires s'étaient durcis et avaient pris une forme définie avant que la femme devînt écrivain. Seul le roman était assez jeune pour être malléable entre ses mains – autre raison peut-être qui lui fit écrire des romans. Cependant, qui osera dire que même aujourd'hui le « roman » (je mets le mot entre guillemets pour bien marquer qu'il ne me semble pas approprié), qui osera dire que ce genre le plus souple de tous ait été créé précisément pour que la femme puisse en faire l'usage ? Nul doute que nous ne voyions un jour la femme changer la forme du roman pour ses fins à elle, quand elle aura la liberté de ses mouvements ; nous la verrons alors préparer quelque véhicule nouveau qui ne sera pas nécessairement en vers, pour la poésie qui est en elle. (p. 115)
Aujourd'hui (en 1928) les femmes se sont emparés de tous les genres littéraires.
[…] Presque sans exception, les femmes nous sont données dans leurs rapports avec les hommes. Il est étrange de penser que, jusqu'aux jours de Jane Austen, toutes les femmes importantes de la fiction furent, non seulement vues uniquement par des hommes, mais encre uniquement dans leurs rapports avec les hommes. Et pourtant ces rapports ne constituent qu'une toute petite partie de leur vie ! Et qu'un homme sait peu de chose, même de cette petite partie, quand il l'observe à travers les lunettes noires ou roses que le seul fait d'être un homme lui pose sur le nez. D'où, peut-être, la nature particulière des femmes fictives ; les étonnants extrêmes de leur beauté et de leur horreur ; leurs alternatives de bonté céleste et de dépravation diabolique – car c'est ainsi qu'un amoureux les verrait, selon que son amour croîtrait ou décroîtrait, serait heureux ou malheureux. La chose, bien entendu, n'est pas aussi vraie pour les romanciers du XIXe siècle. Les femmes alors deviennent féminines, plus variées et complexes. En vérité, ce fut peut-être le désir d'écrire à propos de femmes qui, peu à peu, entraîna les hommes à abandonner le drame politique – celui-ci avec toute sa violence ne pouvait faire d'elles qu'un bien petit emploi – et les conduisit à inventer le roman considéré comme un réceptacle plus indiqué. Cependant, même ainsi, il demeure évident – fût-ce dans les romans de Proust – qu'un homme est terriblement handicapé et partial dans sa connaissance des femmes, comme une femme l'est dans sa connaissance des hommes. (p. 124-125)
Il serait infiniment regrettable que les femmes écrivissent comme des hommes, car si deux sexes sont tout-à-fait insuffisants quand on songe à l'étendue et à la diversité du monde, comment nous en tirerions-nous avec un seul ? (p. 132)
Il est néfaste d'être purement un homme ou une femme ; il faut être femme-masculin ou homme-féminin. Il est néfaste pour une femme de mettre fût-ce le plus petit accent sur une injustice ; de plaider même avec raison d'une cause ; d'une manière ou d'une autre de parler sciemment comme une femme. Et « néfaste » n'est pas une figure de rhétorique ; car tout écrit volontairement tendancieux est voué à la mort, cesse d'être fécond, dort. Même si cet écrit semble un jour durant plein de force et fait de main de maître, il doit se faner à la tombée de la nuit et ne pourra croître dans l'esprit d'autrui. L'art de création demande pour s'accomplir qu'ait lieu dans l'esprit une certaine collaboration entre la femme et l'homme. Un certain mariage des contraires doit être consommé. L'esprit tout entier doit s'ouvrir largement et nous devons avoir l'impression que l'écrivain communique son expérience avec une plénitude totale. L'art de création exige la liberté et la paix. Aucune roue ne doit grincer, aucune lumière vaciller. Les rideaux doivent être bien tirés. L'écrivain, pensai-je, une fois que son expérience est terminée, doit pouvoir s'abandonner et laisser son esprit célébrer ses noces dans l'obscurité. (p. 156-157)
(Oui, Woolf croit plus ou moins que les hommes et les femmes sont d'une nature différente, et que le « féminin » et le « masculin » diffèrent – même si elle ne prend pas vraiment la peine de les définir. Mais bon, elle est tellement en avance sur tout le reste qu'on peut lui pardonner)
Je pense aussi que vous pouvez me reprocher d'avoir fait la part trop grande aux choses matérielles. Même en accordant une marge généreuse au symbolisme, en admettant que cent cents livres de rentre représentent la possibilité de méditer et une serrure à la porte, la possibilité de penser dans la solitude, vous pouvez encore me dire que l'esprit devrait s'élever au-dessus de ces contingences et que les grands poètes ont souvent été pauvres. Laissez-moi alors vous citer les mots de votre propre professeur de littérature qui sait mieux que moi ce qui contribue à faire un poète. Sir Arthur Quiller-Couch écrit [dans The Art of Writing] :
« Quels sont les grands noms de la poésie depuis un siècle environ : Coleridge, Wordsworth, Byron, Shelley, Landor, Keats, Tennyson, Browning, Arnold, Morris, Rossetti, Swinburne – nous pouvons nous arrêter ici. Exception faite de Keats, Browning et Rossetti, ils étaient tous universitaires ; et parmi ces trois derniers, Keats qui mourut jeune, emporté par la fleur de l'âge, fut le seul qui ne possédât pas une honnête aisance. C'est là une chose qui peut sembler brutale et qui est sûrement triste ; la dure réalité veut que la théorie du génie poétique qui souffle où il veut, chez les riches comme chez les pauvres, ne recèle que peu de vérité. La dure réalité veut que sur douze de ces hommes, neuf fussent universitaires, ce qui veut dire que d'une façon ou d'une autre ils se procurèrent la meilleure éducation que l'Angleterre puisse donner. Venons-en aux trois autres. La dure réalité veut que Browning – comme vous le savez – ait été riche. Et je vous certifie que s'il n'avait pas été dans l'aisance, il ne serait pas parvenu à écrire Saül ou L'Anneau et le livre. Et Ruskin ne serait point parvenu à écrire Les Peintres modernes si son père n'avait pas réussi dans les affaires. Quant à Rossetti, il avait un petit revenu personnel et de plus faisait de la peinture. […]
« Ce sont là des faits terribles, mais regardons-les en face. Il est certain – bien que ce soit déshonorant pour nous comme nation – que par suite de quelque défaut dans notre communauté, le poète pauvre n'a pas de nos jours, et n'a pas eu depuis deux cents ans, la moindre chance de réussite. […] À l'heure actuelle, un enfant pauvre n'a guère plus d'espoir que n'en avait le fils d'un esclave à Athènes de parvenir à une émancipation qui lui permette de connaître cette liberté intellectuelle qui est à l'origine des grands œuvres. »
[…] C'est cela même. La liberté intellectuelle dépend des choses matérielles. La poésie dépend de la liberté intellectuelle. Et les femmes ont toujours été pauvres, et cela non seulement depuis deux cents ans, mais depuis le commencement des temps. Les femmes ont eu moins de liberté intellectuelle que les fils des esclaves athéniens. Les femmes n'ont donc pas eu la moindre chance de pouvoir écrire des poèmes. Voilà pourquoi j'ai tant insisté sur l'argent et sur une chambre à soi.