Publié le 13 Juin 2019

Shaun est un loser qui passe tout son temps dans le même bar avec son pote, loser également. Sa petite amie finit par le quitter quand elle comprend que sa vie ne sera pas autre chose. Sauf que hey, zombies !

Je continue mon exploration dans le désordre du cinéma d'Edgar Wright : après Scott Pilgrim vs. the World (2010) et Baby Driver (2017), voici le film de zombie, son premier « vrai » film – il aime manifestement jouer avec les genres. Shaun of the Dead est donc une comédie de zombies, où on trouve déjà un goût pour le rythme musical (le tabassage sur Queen). C'est drôle, c'est inventif, c'est rempli de bons gags visuels, c'est encore un film formidable.

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Publié le 13 Juin 2019

Ki-taek, sa sœur et ses parents sont pauvres, désœuvrés, au chômage et plutôt malins. Pistonné par un ami, Ki-taek devient le prof d'anglais d'une fille de riches, les Parks. Il va œuvrer pour faire entrer toute sa famille chez eux.

Hé oui, même si Bong Joon-ho a explicitement demandé de ne pas spoiler le film, je vais le faire quand même, mais hey, je préviens.

Je dois avouer avoir des sentiments mitigés sur le film. C'est dû en grande partie parce que j'en ai entendu beaucoup (trop) de bien, que ce mystère sur les évènements du film me faisait attendre beaucoup, et que cette attente n'a pas été complètement comblée. Et c'est parfaitement injuste, parce qu'il n'y a rien à reprocher au film. Mais c'est toujours comme ça, quand on attend trop de quelque chose, on est déçu.

Il n'y a donc rien à reprocher au film. C'est beau, c'est même magistral, subtil dans la façon de filmer, les acteurs sont tous excellents… Bong Joon-ho jongle avec plusieurs genres : la comédie, le film de mœurs, l'horreur (quand on découvre ce type qui vit dans le sous-sol des Park), le thriller, le gore (la fin où tout le monde meurt)… Et ce n'est jamais forcé, toujours naturel, parce qu'il a manifestement un grand talent de narrateur.
Les thèmes sont nombreux et vastes, mais le film tourne surtout autour de la lutte des classes. Il y a les pauvres et les riches, les pauvres qui ont envie d'être riches mais qui ne se sentent pas de ce monde, et les riches qui sont sur une autre planète, un peu détraqués, et qui trouvent que les pauvres puent.
Il y aurait sans doute plein d'autres choses à en dire, le rapport aux métaphores par exemple (l'inondation, les égouts qui débordent etc).

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Publié le 10 Juin 2019

Engagé par un parrain de la maffia pour payer une dette, Baby est le chauffeur hors pair chargé de ramener sain et sauf les cambrioleurs après leurs méfaits. Son désir de s'échapper de ce milieu deviendra plus fort encore après sa rencontre avec Debora.

On est ici dans un registre beaucoup plus sérieux que dans Scott Pilgrim vs. the World : c'est un vrai film d'action, avec poursuite en voitures spectaculaires, fusillades, méchants qui font un peu flipper et compagnie. Mais comme Edgar Wright aime manifestement le ménage des genres, c'est aussi une comédie romantique plutôt mignonne ; c'est aussi et surtout une comédie musicale : Baby, souffrant d'acouphènes, a toujours de la musique dans les oreilles, et ces musiques (soigneusement choisies) guident et rythment tout le film. La mise en scène est moins spectaculaire que dans Scott Pilgrim, mais ici aussi elle montre l'impressionnante maitrise de Wright. Je ne saurai pas faire une analyse vraiment fine, aussi je recommande le visionnage de cette vidéo qui analyse intelligemment la scène d'ouverture du film – impressionnant, comme je l'ai déjà dit.

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Publié le 9 Juin 2019

Cassius Green (Lakeith Stanfield) est un jeune type un peu paumé qui décroche un boulot de télémarketeur. D'abord médiocre, il devient merveilleusement bon quand il découvre l'efficacité de sa « voix de blanc ».

Ce film est une satire féroce de notre monde ubérisé : un des ressorts scénaristiques tourne autour de WorryFree, une société qui fait travailler des gens 14 heures par jour, mal payés, dormant dans des dortoirs surpleuplés. C'est de l'esclavage moderne, et on n'est pas loin de ce que le monde actuel nous prépare. Ça devient grotesque quand on apprend que cette société est en train de développer une nouvelle race de travailleurs en mélangeant des hommes et des chevaux, rendant les travailleurs plus forts et plus endurants. Le monde du travail en général, avec ses manageurs, ses objectifs, sa culture du cool et son aliénation en prend aussi pour son grade.
La critique porte aussi sur le monde des médias, avec des parodies d'émissions de télé pas piquées des hannetons, ou de la viralité de vidéos stupides : le ressort en est à chaque fois l'humiliation, allant même très loin dans cette mécanique. De la même façon, quand Cassius révèle au monde le plan de WorryFree (les hommes-chevaux), au lieu de déclencher un scandale, il ne fait qu'augmenter la valeur boursière de l'entreprise, louée pour son avance technologique.
Le racisme est évidemment un autre thème : la « voix de blanc », cette scène où Cassius se retrouve devant une audience entièrement blanche qui finit par lui demander de rapper parce hey, les Noirs savent forcément rapper.

Bref, c'est un film qui brasse large, une satire féroce et grotesque. C'est un film de gauchistes anticapitalistes, contre l'arrogance blanche, qui prône le soulèvement populaire et l'action militante. Boots Riley ne recule devant rien, n'hésitant pas à aller jusqu'à la farce grotesque (ces hommes-chevaux, quand même), le tout avec une maîtrise du medium (lumières, montage etc, même s'il réserve ses effets pour la première partie du film).
J'avoue que j'ai encore un peu de mal à savoir quoi en penser. Je n'arrive pas à savoir si c'est un chef d'œuvre ou si c'est n'importe quoi, mais rien que le fait que je me pose la question prouve que ce n'est pas un film sans intérêt.

Ah si, un défaut quand même : le personnage de Detroit, la petite amie artiste de Cassius est certes formidable, mais c'est dommage que ce soit le seul personnage féminin du film. Ce n'est pas foncièrement sexiste, mais ça se voit que c'est un film de mecs.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #États-Unis

Publié le 8 Juin 2019

Les Frères Sisters sont des tueurs à gage travaillant pour le Commodore. Ils doivent retrouver le détective John Morris, également engagé par le Commodore, qui suit la trace d'Hermann Kermit Warm, un chimiste qui a développé une technique (magique) pour récupérer de l'or. Mais les choses vont évidemment se compliquer.

C'est donc un western américain réalisé par Jacques Audiard. C'est un film assez irréprochable cinématographiquement : la lumière est très belle, les acteurs parfaits, le scénario bien ficelé. Il faut quand même noter l'absence quasi-totale de femmes dans ce film : c'est un film de mecs pour les mecs.
Le problème, c'est que j'ai vu ce film il y a quelques jours et que même si je l'ai apprécié sur le moment, il ne m'en reste presque rien. Je n'arrive pas vraiment à expliquer pourquoi, c'est pourtant un film qui brasse des sujets assez forts : la fraternité, la trahison, la place qu'on se donne, la confrontation à des évènements qui nous dépassent… Je n'arrive pas à savoir si c'est le film qui manque de souffle, ou si c'est juste moi qui ne suis pas réceptif à ces questions.

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Publié le 6 Juin 2019

Personne n'aime le méchant roi Charles V+III=VIII+VIII=XVI du royaume de Takicardie. Il passe son temps à jeter dans les oubliettes ceux qui lui déplaisent, comme ce peintre qui l'a représenté de façon réaliste, avec les yeux qui louchent. Le roi aime, par contre, une bergère dont le portrait orne le mur de ses appartements secrets.
La nuit, les personnages des tableaux prennent vie ; le roi portraituré sort de son tableau pour récupérer et épouser la bergère (contre son gré, décidément c'est quelque chose qui revient souvent dans les films d'animation). Celle-ci, amoureuse d'un ramoneur, s'enfuit avec lui.

C'est un classique dont la réputation est méritée. Alors oui, ça a bien sûr vieilli, d'autant plus que la première version du film date de 1953 : cette date me paraît plus cohérente pour le dessin des personnages que 1980… Pareil pour certains tics d'animation qui viennent plutôt du cartoon des années 1950 que des années 1980. C'est surtout visible dans certains dialogues, où les personnages donnent l'impression de bouger de façon presque aléatoire.
Mais à part ça, c'est super. Les personnages sont plutôt réussis, les décors magnifiques ; l'histoire est belle, les dialogues de Prévert merveilleusement ciselés, c'est inventif. La fin (un peu longuette) m'a un peu surpris : l'Oiseau, monté dans un robot géant (qui évoque évidemment Le Géant de fer), casse tout le royaume. Le film se termine sur la main du robot qui brise la cage dans laquelle un oisillon a la fâcheuse tendance de s'enfermer. L'image est (trop ?) parlante, libération des entraves, du monde du travail, anarchie, tout ça tout ça. Mais en fait, dans ces 10 dernières minutes, on oublie complètement les personnages : que deviennent la bergère et le ramoneur, l'aveugle et le peuple, les lions et les policiers ? Nul ne le sait (à nous d'imaginer etc).
De la même façon, je m'attendais à ce que réapparaissent les personnages tombés aux oubliettes, mais non, manifestement ils sont bien morts.

Mais ce sont presque des détails, par rapport à la réussite de tout le reste.

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Publié le 4 Juin 2019

Yu est muté dans la ville (manifestement fictive) de Sori, tout à l'Ouest, dans un des endroits les plus reculés possibles cerné par la mer et la montagne. Cette mutation est une éviction, une punition. À laquelle s'ajoute l'humiliation que lui inflige sa femme, qui refuse de le suivre et préfère aller s'occuper d'un ancien amant gravement malade. Les choses partent donc mal.
Mais elles ne font que s'empirer une fois que Yu arrive à Sori. Rien ne se passe comme prévu, tout est catastrophique : il se fait voler son argent et son portefeuille, sa voiture est dépouillée, le bureau dans lequel il est sensé travailler n'existe pas… Incapable de partir, Yu est prisonnier de cette contrée hostile.

C'est un roman qui oscille entre plusieurs tonalités : il frôle le burlesque par moments (la suite des catastrophes qui arrivent à Yu), mais il ne va jamais vraiment dans l'humour, frôlant le tragique. Honnêtement, la suite des malheurs de Yu est au bout d'un moment un peu éprouvante – en mode « ça va, c'est bon, on a compris ». Mais dans le dernier tiers, une fois que Yu a bien touché le fond, Lee Seung-U amène autre chose, via la rencontre de personnages singuliers : Noé, une sorte de clodo céleste, qui vit dans une grotte et construit des « maisons » de pierre à l'intérieur de cette grotte, c'est-à-dire des tombes, des mausolées, des dernières demeures. Ce n'est pas un cimetière, ce sont des maisons dans lesquelles on se sent bien, prêt à mourir tranquille, détaché du monde extérieur. Yu sera guidé par la fille de Noé sur son initiation.
Et le roman prend alors une force poétique bienvenue et touchante. C'est une sorte de roman d'initiation à l'envers, dans lequel le personnage a besoin d'être détruit et au fond du trou pour renaître, libéré de toute contrainte, détaché. C'est beau, c'est fort, et c'est à recommander.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #littérature, #Corée