Jeffrey Beaumont (Kyle MacLachlan) est de retour à Lumberton suite à l'accident de son père. Il y rencontre Sandy (Laura Dern), la fille de l'inspecteur de police Williams. Quand il trouve une oreille humaine, Jeffrey ne s'attend pas à se trouver embarqué dans une histoire sordide impliquant entre autres une chanteuse (Isabella Rossellini) et un psychopathe (Dennis Hopper).
Je connais la question que se posent mes trois lecteur·trice·s (oui oui, je vous vois tous) : « l'auteur de ce blog a une histoire compliquée avec David Lynch, il n'a aimé ni Lost Highway ni Mulholland Drive, mais il avait bien aimé Sailor et Lula. Qu'a-t-il donc pensé de Blue Velvet ? » Calmez votre impatience, chers lecteur·trice·s, je vais répondre à cette question.
Mais d'abord un flash-back.
J'avais 16 ans en 2001. À l'occasion de la sortie de Mulholland Drive, j'étais allé avec mon ami A. à une soirée consacrée à Lynch. Mulholland Drive, Blue Velvet, Lost Highway (j'avais lâché l'affaire à L.H., 6h de Lynch à la suite c'est trop pour moi) (j'ai déjà parlé de cette soirée ici). J'avais vraiment été marqué par Blue Velvet, sans réellement parvenir à me souvenir des raisons (c'était il y a 18 ans, vous me pardonnerez sans doute). Suite à ma déception à la revoyure de L.H. et M.D., j'avais peur de revoir Blue Velvet : j'avais peur d'être déçu, je voulais rester sur l'impression que j'avais eue adolescent.
Toujours est-il qu'hier soir j'ai revu Blue Velvet.
C'est un film auquel je n'ai rien à reprocher (bon, le montage est parfois un peu mou, mais c'est tout), mais ce n'est pas vraiment mon truc. Je comprends ce que Lynch a voulu faire, je vois ses intentions : montrer la réalité des choses, la crasse humaine sous les apparences flatteuses. C'est assez évident dans les séquences d'ouverture et de fermeture (très lynchiennes), avec le factice du bonheur, du soleil et de la ville paisible (c'est un décor) qui contraste avec le réel des bébêtes crades qui grouillent en dessous (on a traversé le miroir). Mais encore une fois, qu'est-ce que ça dit du monde ?
Des gens sont méchants, violents, ils violent, tuent, torturent. Le pauvre Jeffrey est balancé dans ce monde dont il ignore les codes, et il va prendre cher, et l'innocence de Sandy va sans doute être brisée. « It's a strange world », comme ils disent dans le film. Bien.
Peut-être que le problème, dans le fond, c'est que je ne partage pas la fascination qu'ont un certain nombre de cinéastes1 pour les méchants, pour les vilains pas beaux, pour la violence, pour les bad boys. Peut-être que ça explique en partie que je ne sois pas plus intéressé que ça au freak show que déploie Lynch ici ?
Dans Sailor et Lula, Lynch était dans la farce grotesque, rien n'était réellement sérieux. Ici ça l'est plutôt ; c'est sans doute pour ça que je trouve que ça marche dans S&L et pas ici.
Je ne peux pas ne pas mentionner la scène de viol au milieu du film, qui fait écho à celle de S&L. Disons que je ne suis pas sûr d'aimer l'image de la sexualité que Lynch met en scène.
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1. Voir Scorcese par exemple, dont je n'avais aimé ni Les Affranchis ni Raging Bull.