Publié le 18 Août 2019
Je n'ai pas vu Yves, un film de Benoît Forgeard, avec un pitch génial : « c’est l’histoire d’un mec qui se fait livrer un frigo super-intelligent, lequel va prendre une énorme place dans sa vie au point de tout gérer pour lui et de devenir son meilleur copain » (piqué ici).
Je me suis rendu compte que mon frère m'avait offert il y a quelques années un livre de lui, un recueil de chroniques parues dans SoFilm, où il critique des films sortis en 2027 (ce n'est pas une faute de frappe). C'est particulièrement drôle, Benoît Forgeard a manifestement un génie de la miniature. Le plus simple est de donner quelques exemples, glanés plus ou moins au hasard :
Elephantocracy
Déferlant par milliers dans les rues, les éléphants se soulèvent contre la société de consommation. Hélas, incapables de résoudre leurs dissensions, les pachydermes, un temps maîtres du monde, sont renversés par les dauphins. Elephantocracy (La Révolution d'ivoire en VF) suscite la réflexion puis s'achève par une fin bien triste, qui voit un couple d'éléphants survivants tourner le dos à ses rêves de monde meilleur pour ouvrir un lavage auto.
★ Un film de Jack Trump, avec Babacar Gall-Berger et Wayne Dust
Une Vraie proposition de cinéma
À l'heure où le cinéma se cherche dans les allées digitales d'une foire à tout mondiale, il arrive qu'un miracle se produise. Fort de ses quatre-vingt-seize ans, JLG nous adresse un nouveau film-testament, dont l'audace formelle laisse pantois. Filmant son ordinateur en plan fixe, Godard délaisse l'écran pour ne montrer que le clavier, interprété – calembour délicieux – par Christian Clavier, crépusculaire. Un message, un seul : rien n'a encore été vu. Tout reste à voir.
★★★★ Un film de Jean-Luc Godard
Le Cintre mou
Trente-huit réalisateurs venus de chacun des pays de l'UE, s'associent pour raconter l'histoire de Guy, un homme sans relief, qui, à l'aide d'un simple cintre, décide de ne rien changer à sa vie. Un film hallucinant de puissant consensuelle, qui, conduisant son héros de Reykjavik à Tirana, réussit l'exploit de ne mettre le pied dans aucun plat. Terriblement rassurant.
★★★★ Avec Hans Müller et Helen Thompson
Pompé
Film sur le plagiat, Pompé revient sur l'affaire de ce scénariste américain qui, pendant trente ans, s'est vu copieusement copié par un collègue plus en vue. Le portrait de la victime s'estompe rapidement au profit du voleur, fascinant cleptomane de l'esprit et brillant auteur, dont on avait pu admirer l'an dernier, l'excellent Pompéi, qui nous racontait déjà – mais en mieux – la même histoire transposée dans l'Empire romain.
★ Un film de Jack Half, avec Phil Andrea et Trampoline Roberts
Dolan
Premier réalisateur à réussir la manita (cinq palmes d'affilée), Xavier Dolan nous livre un film introspectif sur sa relation à lui-même, dans un autobiopic sans complaisance. Manière élégante de faire taire ses détracteurs et d'affirmer que sous le cinéaste aux stats impressionnantes, il n'y a pas qu'un égo, mais un cœur sensible, attentif aux moindres soubresauts du monde. Pour preuve, ce plan de trente minutes sur son lobe d'oreille, dont l'émeraude généreuse semble refléter tout l'univers.
★★ Avec Xavier Dolan
(Bref, je pourrais continuer à l'infini, mais je pense que vous avez saisi l'idée.)
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