Publié le 5 Septembre 2019

Nishi (Takeshi Kitano) est un ancien flic qui part en voyage avec sa femme (Kayoko Kishimoto) atteinte d'une maladie grave. Il est poursuivi par des yakusas à cause de dettes, à qui il pète la gueule tranquillement tout le long du film. Nishi semble avoir quitté son boulot suite à un coup qui a mal tourné : un de ses coéquipiers est mort, un autre, Horibe (Ren Ōsugi), est devenu paraplégique. Il se met d'ailleurs à faire des dessins plutôt beaux (qui sont d'ailleurs de Kitano lui-même).

C'est un film tellement lent, tellement long, bon sang, comment ne pas profondément s'emmerder ? Les personnages sont tellement silencieux, sans mentir Kitano doit avoir 4 lignes de dialogue alors que c'est le personnage principal, que le film en devient totalement opaque, et que je ne suis pas certain d'avoir vraiment tout compris à l'intrigue – qui de toutes façons n'a pas l'air si importante vu qu'elle tient sur un timbre-poste.
Mais d'ailleurs, qu'est-ce qui est important dans ce film ? Le film parle de deuil, de perte, de maladie, de catastrophe, mais les personnages sont tellement muets qu'ils ne sont que des silhouettes, et qu'aucune émotion ne parvient à émerger.
Alors oui, j'ai apprécié au début le côté elliptique du récit, qui joue beaucoup sur le non-dit, et les fulgurances de montage, mais comme rapidement je me suis fait chier, ces artifices ont vite commencé à sonner creux. Jia Zhangkhe joue aussi beaucoup sur le non-dit, mais il le fait d'une façon autrement plus émouvante, sensible et puissante.

Alors oui, j'étais fatigué hier soir quand j'ai vu ce fil et ça a peut-être joué. Mais quand même.

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Publié le 2 Septembre 2019

Dans futur, c'est la merde. Les robots ont déclenché une guerre nucléaire pour annihiler ces sales humains de la planète, qui se sont plus que quelques-uns à résister comme ils peuvent, guidés par John Connor. Les robots envoient un méchant terminator dans le passé (1984, le présent du film) pour tuer Sarah Connor, mère de John. Les humains aussi réussissent à envoyer quelqu'un dans le passé, et paf, pan pan pan boum boum.

Je n'avais pas vu ce film depuis au moins 15 ans. Il n'a rien perdu de son intensité : construit comme une longue course-poursuite, il ne laisse que peu d'espace aux personnages, à la psychologie. C'est d'ailleurs assez marrant de voir les scènes coupées, qui tournent toutes plus ou moins autour des personnages : tout ça c'est du gras, enlevez-le, ça ne sert à rien. Le résultat est très tendu, très sec, et particulièrement efficace.
Les effets spéciaux, impressionnants à l'époque, ont évidemment vieilli. L'esthétique du reste du film, forcément très 80's, est assez marrante.

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Publié le 31 Août 2019

Jerry (Gene Kelly) est un peintre américain installé à Paris. Sans le sou, il rencontre Milo (Nina Foch), riche héritière qui s'entiche de l'œuvre et du bonhomme et cherche à l'aider, en achetant des toiles et en le recommandant auprès de galeristes. Sauf que Gerry tombe amoureux de Lise (Leslie Caron), une jeune femme déjà fiancée.

C'est une trame très classique, construite autour de triangles amoureux, un vaudeville pas particulièrement bien mené. Il faut noter le sexisme terrible du film et de son personnage principal, beaucoup plus âgé que son amie, qui insisté lourdement, se fait éconduire et continue à insister jusqu'à ce qu'elle cède (culture du viol bonjour). C'est d'autant plus dommage que Milo est un personnage intéressant, fort et indépendant, mais que comme elle a le même âge que Jerry, rien ne pourra se passer entre eux, évidemment. J'ai d'ailleurs l'impression de retrouver le schéma de La Mort aux trousses, avec un personnage féminin secondaire plus intéressant que le principal. Milo a de l'argent de l'initiative, elle déstabilise Jerry dans sa masculinité (plusieurs « blagues » sur le sujet dans le film), qui préfèrera se vouer à l'innocente et inoffensive Lise.
Évidemment, ce film vaut pour les numéros dansés/chantés (pas toujours très bien insérés dans le récit d'ailleurs), et pour le charme de Gene Kelly. La séquence presque final, un ballet de 18 minutes sur la suite orchestrale éponyme de Gershwin, est à ce titre spectaculaire, présentant une suite de tableaux (littéralement : Dufy, Toulouse-Lautrec, Manet...) de Paris avec une chorégraphie magistrale, des décors assez beaux et une mise en scène inventive. Minelli montre d'ailleurs son talent et son humour à plusieurs moments du film, notamment dans la présentation de Lise, en plusieurs tableaux qui se complètent.

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Publié le 28 Août 2019

C'est l'histoire d'un été dans le nord de l'Italie en 1983, dans une famille plutôt aisée, cultivée, ouverte et aimante. La maison sert de lieu de résidence pour des doctorants venant travailler avec le père archéologue. Cette année c'est Oliver qui se joint à la famille, un bel américain d'une vingtaine d'années. Il va se lier avec Elio, le fils de 17 ans, qui passe jusque là un été assez oisif, à lire, jouer du piano et se baigner avec ses potes.

On le sait, ce film est une jolie romance, centrée sur Elio, les affres de l'adolescence, la passion dévorante… C'est beau, c'est touchant et sensible, la lumière est évidemment très belle (ça se passe en Italie, duh).

Edit du 29/08/24 : bon, quelques mots supplémentaires quand même : c'est filmé avec élégance et raffinement. Luca Guadagnino semble aimer les plans séquence en plan large (rien d'impressionnant non plus), qui laissent le temps aux acteur·ices de développer une scène. Il joue de temps en temps sur les effets de flou entre les différents plans, principalement quand il y a de l'alcool en jeu, il me semble.

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Publié le 28 Août 2019

Dans ce récit, Alexandre Seurat parle du suicide de son frère : pourquoi, comment, qu'a-t-il bien pu se passer, aurait-il pu faire quelque chose ? Le livre oscille entre souvenirs, remords, description d'une famille dysfonctionnelle à force d'être dans le silence et de ne pas dire les choses.
On s'en doute, c'est un livre pas évident, terrible et tragique, un peu déprimant. Pour être très sincère, je comprends pourquoi Seurat l'a écrit, le côté thérapeutique de l'écriture et tout, mais je ne suis pas sûr de savoir ce que ça m'a apporté de le lire… Après c'est élégamment écrit et ça ne m^'empêchera peut-être pas d'aller voir ce qu'il a écrit par ailleurs – du moment que c'est un peu moins déprimant.

* * *

(Je fais un long résumé du livre, mais c'est pour le travail)
(je vais évidemment complètement spoiler le livre)

Livre premier
1
La mort du frère. Il va visiter son ancien appart avec son amie, les affaires comme si c'était hier. Problème d'alcool, mais toujours « ça va ». Ses carnets, une lettre qu'il a écrite 2 ans et demi avant sa mort (p. 26)
2. p. 33
L'adolescence de ce de frère. Les vacances, sa copine, l'amour fou, lui toujours parti avec des copains, les parents qui ne savent pas où il est ; il n'écoute pas, à l'air d'un étranger à la famille, il nargue et provoque. Une famille pleine de silences, pas de dialogue. La rupture avec la petite amie, les apparences, « ça va », mais les pensées suicidaires, le vin bon marché.
L'abandon des études, une vie nocturne, parents et frère désemparés, le silence. Le frère part vivre dans le studio des parents, couper les ponts.
3. p. 49
Les déjeuners chez le frère, absent, tout les sépare de milliers de kilomètres. La mère, les rendez-vous chez un psy, pas de progrès, l'impuissance. Besoin d'argent pour sa consommation, il va chez le psy en échange d'argent de poche. Échecs thérapeutiques.
Envie d'être comique. La mère « il veut être comique, alors qu'il est en plein tragique » (p. 57).
Les menaces, la violence pour avoir de l'argent.
Un rendez-vous à l'hôpital, le père qui signe l'internement, sans rien dire, sans en parler, toujours dans ce silence. La peur, l'angoisse, la colère, la résignation aussi, violente (p 59).
L'école de théâtre, les projets, l'alcool, la drogue. Le silence, toujours. L'overdose.
Une nouvelle bagarre, violente, avec les parents pour de l'argent. Une nouvelle hospitalisation. La peur, encore et toujours le silence.
4. p. 75
« Il y a un moment où j'ai perdu mon frère. Il était là, un peu, et tout à coup, il a cessé d'y être, il avait disparu. Je ne sais pas ce que j'en ai fait, je ne m'en suis rendu compte qu'après coup. » (p. 75)
(on dirait un peu du WIlliam Sheller)
Le frère qui sait déjà qu'il va se suicider. Son « sourire vague et noyé, qui était désormais le seul que je lui connaîtrait » (p. 77).
Il peint, de plus en plus. Il a une nouvelle amie, il boit, se drogue, rien ne change. Le mariage d'une tante, l'agressivité, la fréquentation des clochards.

Livre deuxième
1. p. 101
Le vernissage d'une expo de toiles du frère, presque 2 mois après sa mort. La foule. Les gens, on atout essayé. Le narrateur qui ne parle plus à ses parents, il récupère les carnets de son frère. Ils sont pleins de désespoir, de tristesse. La mort y est très présente.
Un frère ainé trisomique, mort de laryngite quelques mois après la naissance du narrateur. Le petit frère s'identifie, il remplace le mort.
2. p. 123
Le père, immuable et sans regret.
3. p. 129
Le frère enfant, joueur, rieur, espiègle, énergique, adorable. Violent, hyperactif, troubles de l'attention, boulimie.
4. p. 151
Mort, overdose de méthadone.

Épilogue p. 165

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #littérature, #France

Publié le 20 Août 2019

Nous sommes en 1999, au moment du nouvel an. Un triangle amoureux créé des tensions entre Jinsheng, riche entrepreneur, parvenu un peu kéké, Liangzi, ouvrier dans une mine de charbon, et Tao, qui est sommée (littéralement) de choisir entre ses deux prétendants. Finalement, Jinsheng et Tao se marient et ont un fils, Daole, un nom qui sonne un peu comme « Dollar » en anglais (ce qui donne une bonne idée du niveau du mec). Liangzi, jaloux, quitte la région pour s’installer ailleurs.
2014. Liangzi a trouvé du travail dans une mine d’une autre province ; il a un cancer respiratoire et décide de rentrer avec femme et enfant pour retrouver famille et amis, et éventuellement trouver de l’aide financière pour se faire soigner. Tao, divorcée, gère une station-service prospère. Jinsheng est parti avec Daole, dont il a la garde, à Shangai faire fortune. À la mort de son père, Tao fait venir Daole (il a 7 ans) et essaye de renouer contact avec ce fils qu’elle ne connaît plus.
2025. Daole et son père habitent en Australie. Jinsheng est devenu un pauvre type, incapable de parler anglais, plus ou moins recherché par la police de Shangai. Daole, qui n’a pas revu sa mère depuis ses sept ans et a oublié comment parler sa langue natale, est titillé par l’idée de la revoir ; il sort avec sa prof de chinois (mandarin ou cantonais ? j’ai oublié) (complexe d’Œdipe bonjour).

Au-delà des montagnes dresse librement le portrait de trois personnages. Beaucoup de choses sont dans le non-dit : par exemple, le fait qu’on ne revoie plus du tout Liangzi, ni même qu’il soit évoqué, est explicite. Jia Zhangke construit tout son film comme ça, tout en nuance et subtilité. La mort du père de Tao est une scène absolument magnifique dans sa poésie et sa délicatesse.
C’est un film qui ne passe pas le test de Bechdel-Wallace, et c’est assez gênant de voir ces hommes, en 1999, qui passent leur temps à dire à Tao ce qu’elle doit faire, mais c’est critiqué dans le film, et au final c’est un personnage vraiment intéressant et indépendant.
Je me souviens d’apparitions fantomatiques dans A Touch of sin (un immense serpent sur une route la nuit), il y a ici un crash d’avion qui n’a aucun rapport à l’histoire, dont on ne reparle pas (c’est une métaphore, évidemment). Mais je trouve ça intéressant cette façon de créer une image forte en dehors du récit.
La scène d’ouverture, une chorégraphie sur de la dance, est magnifique, la scène de fin sous la neige est également magnifique. Les cadrages, les lumières, la mise en scène, tout est superbe et intelligent, ce qui confirme le statut d’immense cinéaste de Jia Zhangke.

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Publié le 19 Août 2019

Kris, un psychologue, se rend sur une station spatiale orbitant autour de Solaris, une planète-océan. Il a la surprise de voir que personne ne l'attend à son arrivée, voire même que les deux autres occupants de la station ne sont pas ravis-ravis de le voir (c’est le moins qu’on puisse dire). Il n'est pas au bout de ses surprises, puisque l'océan semble vivant, et a l'air d'avoir envie de jouer avec eux.

Depuis le temps que j'entends parler de Tarkovski, enfin, je me suis lancé dans l'aventure un peu intimidante de regarder un de ses films.
Solaris est donc un film de SF, on pense souvent au 2001 de Kubrick : même huis clos, même approche de thriller psychologique, même lenteur aussi (oui oui), même s'il y a évidemment des différences.
Le premier truc qui m'a sauté aux yeux, c'est le décor de la station : sale, foutraque, bordélique et décati, il reflète l'état intérieur des personnages ; j'ai pensé à Alien dont on dit, manifestement faussement, que c'est le premier film à montrer un vaisseau déglingué.
Spoilons un peu : l'océan matérialise de façon mystérieuse des humains auxquels pensent les cosmonautes. Dans le cas de Kris, il s'agit de Khari, sa femme morte quelques années plus tôt, dont il retombe amoureux. À ce moment, le film semble tomber dans une romance un peu malsaine, et traine un petit peu à mon goût, mais il soulève quand même quelques questions intéressantes (même si elles pourraient avoir plus de force par moments) : Khari est à la fois la femme de Kris, et en même temps elle sait qu'elle ne l'est pas puisqu'elle sait que Khari est morte, est-elle humaine ? On pense à Blade Runner, qui explore ces questions plus en profondeur.
Solaris est surtout un film avec des images puissantes et magnifiques, à la fin mystérieuse et forte qui fait un peu penser à celle de 2001 (en moins psyché quand même).

Quand même, je relève que Tarkovski n'a pas l'air très intéressé par l'aspect « science-fiction » du récit : on ne sait pas où est Solaris, on ne sait pas comment Kris se rend sur cette planète, on sait que Khari est constituée de « neutrinos » excités par le champ magnétique de la planète, mais ça soulève plus de questions que ça n'en résout… J'imagine que de nombreux points sont développés dans le roman éponyme qui a donné le film.
(Au passage, le résumé de Wikipedia est plus complet que le film).

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