Publié le 3 Mai 2017
Brad et Janet vont annoncer leurs fiançailles à un de leurs anciens professeurs. Sur la route pluvieuse, en pleine nuit, un de leurs pneus crève. Ils trouvent refuge dans un manoir inquiétant occupé par d'étranges habitants : un bossu, un travesti et l'éphèbe qu'il a créé, un motard rockabilly... Tous sont originaires de Transsexuel en Transylvanie.
Et tous ces gens chantent et dansent dans cet opéra rock grotesque et étrange. La musique est plutôt chouette, très rock 70's, même si, admettons-le, elle n'est pas pleinement mémorable – je serais bien en peine de rechanter un air. Ce film est un mélange assez étrange et baroque de cabaret burlesque, de film d'horreur, de libération sexuelle débridée mais à double tranchant (le sexe libre est comme « puni » à la fin du film, cf plus bas), de série B voire Z (les extraterrestre à la fin piquent un peu)... J'ai du mal à savoir quoi penser de ce film : il y a une démarche parodique certaine, une volonté de rendre hommage aux films de série B des années 50, qu'on voit dans certains décors, certains personnages (notamment Brad et Janet qui sont deux américains parfaitement caricaturaux), dans le jeu outrancier des acteurs... Mais le risque de ce genre de parodie est de trop se prendre au jeu, et de se mettre à vraiment ressembler, au premier degré, aux films dont on se moque gentiment. Et c'est un peu le cas ici... Mais pour autant ça reste un film très singulier, très étrange, plutôt drôle et assez unique.
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Addendum du lendemain
Je me rends compte que j'ai omis de parler de certains aspects de ce film, dont j'avais discuté avec G. lors du visionnage (attention il y aura des spoilers).
The Rocky horror picture movie peut être vu comme le chemin vers une libération, principalement sexuelle, des deux personnages principaux, Brad et Janet. Américains moyens, jeunes conservateurs modèles, ils se retrouvent confrontés à une débauche qui les pousse hors de leurs limites. Mais cette libération est un peu paradoxale : le sexe libre est porté par des personnages grotesques, fous et légèrement effrayants. C'est comme si cette libération était une forme de perversion, en quelque sorte réparée à la fin par la mort de ces personnages principaux (Frank-N-Furter et sa créature principalement). D'ailleurs le film se termine brusquement, sans la moindre ouverture sur le devenir des personnages : ont-ils été réellement changés, ou cela n'est-il qu'une sorte de parenthèse cauchemardesque qu'ils oublieront aussitôt ?
C'est un paradoxe qui me fait penser à ce qu'on retrouve dans un certain nombre de films d'horreurs, et principalement dans les slashers, ces films dans lesquels un groupe de jeunes essaye d'échapper à un tueur en série (type Halloween, Freddie, Vendredi 13...) Ces films se destinent à un jeune public et mettent en scène leur irrévérence : sexe, violence, sang, gore... Les vieux conservateurs s'offusquent. Pourtant on peut aussi lire ces films comme un retour de l'ordre moral : les victimes des tueurs sont souvent les plus débauchés, ceux qui boivent et couchent librement, alors que les survivants sont souvent les plus sages. C'est paradoxal : des films à la fois irrévérencieux et rebelles, mais mettant en scène une morale des plus conservatrices (Karim Debbache en parle plus longuement dans sa chronique sur Silent Night, Deadly Night).
Avec un peu plus de recul, je crois que je peux dire que j'ai vraiment aimé ce film, avec tous ses défauts et ses limites. Mais c'est tellement dingue, tellement fou, tellement « too much »... C'est fascinant et intriguant, et je pense que je n'aurais rien contre une seconde vision – contrairement à ce que j'ai pensé juste après l'avoir vu...
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