Spartacus travaille dans des mines en Lybie, jusqu'au jour où Lentulus Batiatus le repère et l'enrôle – de force évidemment – dans son école de gladiateurs. Forte tête, Spartacus y apprend le maniement des armes et y rencontre Varinia, esclave elle aussi, dont il tombe amoureux.
Le très ambitieux sénateur Crassus vient en visite dans l'école de Batiatus et demande à voir un combat. Spartacus est vaincu par Draba, un grand Éthiopien, mais ce dernier refuse de le tuer et lance son trident contre Crassus – mais le rate. Draba est tué et son cadavre est laissé en exemple. Écœuré, et apprenant que Varinia a été achetée par Crassus, Spartacus se révolte, bientôt suivi par tous ses compagnons d'infortune. Voyant l'affaire mal tourner, Batiatus s'enfuit.
C'est ainsi que Spartacus se retrouve à la tête d'une armée d'esclaves ayant pris leur liberté, qui ne cesse de grossir, qui tient tête à des légions romaines, et dont le seul but est de quitter l'Italie vers des terres où ils pourraient être libres. Ce qui ne plaît pas du tout au Sénat romain, qui va, sur fond de magouilles politiques et de jeux d'ambitions, chercher le meilleur moyen de se débarrasser de cette encombrante armée.
En discutant avec G. récemment, je constatais que j'avais vraiment vu trop peu de films de Kubrick, et qu'il fallait que je comble ce manque. Au programme, donc, Spartacus.
Eh bien c'est vachement bien, Spartacus. C'est un film gauchiste et révolutionnaire, qui n'a sans doute pas manqué de faire écho à la lutte pour les droits civiques des Noirs américains, et en général à toutes les formes de la lutte des classes. Certes, le film se termine pas très bien puisque Spartacus et son armée sont matées par Rome (oui, pardon pour le spoil, mais sans avoir vu le film je le savais). Mais le message du film est qu'il suffit d'un seul pour entraîner toute une masse, qu'une révolte peut débuter minusculement, que même si cette révolte échoue ce n'est pas grave, puisque la graine est plantée. Et c'est étonnant de voir à quel point un film qui a plus de 60 ans, racontant des faits s'étant produits il y a plus de 2000 ans résonne avec l'actualité récente...
Je parle de « film », mais sans doute serait-il plus juste de parler de « fresque » tant l'ambition, le propos et la durée (3h15) sont vastes. Pour l'anecdote, c'est amusant de voir que c'est un film en deux parties de ± 1h30, séparées par un entractes, et débutant par 3 minutes de musique sans image, sans doute pour dire aux spectateurs de l'époque qu'il est temps de revenir dans la salle. Pourtant, on ne s'ennuie pas dans ce film, parce que tout est au cordeau, minutieusement écrit, interprété, réalisé. Chaque détail compte, chaque dialogue a du sens et apporte quelque chose. C'est dense, mais les scènes peuvent prendre le temps de s'installer et d'être autre chose que des moments purement informatifs.
Les acteurs sont tous formidables et merveilleux, dans des compositions riches et sensibles. Kirk Douglas est bien sûr irréprochable, qui est à l'origine du projet, mais j'avoue un faible pour Tony Curtis qui joue Antoninus, le poète de la bande ; Peter Ustinov est parfait dans le rôle du couard mais attachant Batiatus – il contribue à l'humaniser, à lui donner une profondeur à côté de laquelle on aurait pu passer sinon.
Et Kubrick est derrière toute cette énorme machine, et c'est merveilleux. Il dirige magnifiquement les acteurs, joue des espaces, des plans, des mouvements d'une façon très habile. D'autant plus que les immenses armées qui s'affrontent (avec je ne sais combien de dizaines de milliers de figurants) permettent des plans très vastes, avec des mouvements immenses, qu'il compose superbement.
Il faut quand même que je parle de la fameuse scène à double sens, censurée dans la version originale, présente dans la version restaurée (que j'ai vue) : Crassus demande à Antoninus, alors son esclave, s'il aime « les huitres » (oui) et s'il mange « des escargots » (seulement s'il est obligé). Crassus explique que ses goûts l'amènent à apprécier les deux, et que c'est une question d'appétit, et pas de morale.
Bon, l'allusion est claire, et elle est marrante.
Son seul défaut est qu'elle n'apporte rien au film. Il n'y est fait aucune allusion plus tard, et elle n'apporte rien au personnage de Crassus. Alors, si ce n'était à cause de la censure, ça ne m'aurait pas choqué que cette scène ait été coupée au montage.
Il n'est fait allusion à l'homosexualité nulle part ailleurs dans le film – alors qu'il semblerait qu'elle soit très présente dans le livre dont est tiré le film.