Publié le 6 Février 2017

Daniel, alias « Microbe », est un jeune ado un peu chétif qui ne vit pas très bien ses années collège. Il va se trouver un ami en l'excentrique Théo, bricoleur précoce, surnommé « Gasoil » – à cause des odeurs d'essence qu'il traîne après avoir aidé son père à réparer sa voiture.
Les deux ados vont se fabriquer une voiture-maison mobile, mue par un moteur de tondeuse, et partir dans une escapade estivale farfelue.

Il y a plein de choses très sympathiques dans ce film. Voir ce véhicule bringuebalant construit par les deux ados sillonner les départementales est vraiment drôle et poétique ; les personnages sont attachants, les jeunes acteurs également, surtout celui incarnant Théo, très naturel dans un rôle pourtant pas simple. Certaines des péripéties sur la route restent sur cette lancée poétique et loufoque. Il y a un ton général que j'ai envie d'aimer dans ce film.
Pourtant, il y a trop de faiblesses dans le scénario pour que ça marche. Pistes lancées sans être creusées, péripéties qui sentent un peu le remplissage, personnages pas assez creusés pour être amusants ou intéressants... Pour faire un bon road trip, il faut des personnages secondaires, il faut du rythme, il faut de la surprise, il faut une cohérence de ton entre tout, et là c'est ce qui manque, la mayonnaise prend mais ne tient pas la durée, et c'est vraiment dommage.

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Publié le 2 Février 2017

Spartacus travaille dans des mines en Lybie, jusqu'au jour où Lentulus Batiatus le repère et l'enrôle – de force évidemment – dans son école de gladiateurs. Forte tête, Spartacus y apprend le maniement des armes et y rencontre Varinia, esclave elle aussi, dont il tombe amoureux.
Le très ambitieux sénateur Crassus vient en visite dans l'école de Batiatus et demande à voir un combat. Spartacus est vaincu par Draba, un grand Éthiopien, mais ce dernier refuse de le tuer et lance son trident contre Crassus – mais le rate. Draba est tué et son cadavre est laissé en exemple. Écœuré, et apprenant que Varinia a été achetée par Crassus, Spartacus se révolte, bientôt suivi par tous ses compagnons d'infortune. Voyant l'affaire mal tourner, Batiatus s'enfuit.
C'est ainsi que Spartacus se retrouve à la tête d'une armée d'esclaves ayant pris leur liberté, qui ne cesse de grossir, qui tient tête à des légions romaines, et dont le seul but est de quitter l'Italie vers des terres où ils pourraient être libres. Ce qui ne plaît pas du tout au Sénat romain, qui va, sur fond de magouilles politiques et de jeux d'ambitions, chercher le meilleur moyen de se débarrasser de cette encombrante armée.

En discutant avec G. récemment, je constatais que j'avais vraiment vu trop peu de films de Kubrick, et qu'il fallait que je comble ce manque. Au programme, donc, Spartacus.
Eh bien c'est vachement bien, Spartacus. C'est un film gauchiste et révolutionnaire, qui n'a sans doute pas manqué de faire écho à la lutte pour les droits civiques des Noirs américains, et en général à toutes les formes de la lutte des classes. Certes, le film se termine pas très bien puisque Spartacus et son armée sont matées par Rome (oui, pardon pour le spoil, mais sans avoir vu le film je le savais). Mais le message du film est qu'il suffit d'un seul pour entraîner toute une masse, qu'une révolte peut débuter minusculement, que même si cette révolte échoue ce n'est pas grave, puisque la graine est plantée. Et c'est étonnant de voir à quel point un film qui a plus de 60 ans, racontant des faits s'étant produits il y a plus de 2000 ans résonne avec l'actualité récente...
Je parle de « film », mais sans doute serait-il plus juste de parler de « fresque » tant l'ambition, le propos et la durée (3h15) sont vastes. Pour l'anecdote, c'est amusant de voir que c'est un film en deux parties de ± 1h30, séparées par un entractes, et débutant par 3 minutes de musique sans image, sans doute pour dire aux spectateurs de l'époque qu'il est temps de revenir dans la salle. Pourtant, on ne s'ennuie pas dans ce film, parce que tout est au cordeau, minutieusement écrit, interprété, réalisé. Chaque détail compte, chaque dialogue a du sens et apporte quelque chose. C'est dense, mais les scènes peuvent prendre le temps de s'installer et d'être autre chose que des moments purement informatifs.
Les acteurs sont tous formidables et merveilleux, dans des compositions riches et sensibles. Kirk Douglas est bien sûr irréprochable, qui est à l'origine du projet, mais j'avoue un faible pour Tony Curtis qui joue Antoninus, le poète de la bande ; Peter Ustinov est parfait dans le rôle du couard mais attachant Batiatus – il contribue à l'humaniser, à lui donner une profondeur à côté de laquelle on aurait pu passer sinon.
Et Kubrick est derrière toute cette énorme machine, et c'est merveilleux. Il dirige magnifiquement les acteurs, joue des espaces, des plans, des mouvements d'une façon très habile. D'autant plus que les immenses armées qui s'affrontent (avec je ne sais combien de dizaines de milliers de figurants) permettent des plans très vastes, avec des mouvements immenses, qu'il compose superbement.

Il faut quand même que je parle de la fameuse scène à double sens, censurée dans la version originale, présente dans la version restaurée (que j'ai vue) : Crassus demande à Antoninus, alors son esclave, s'il aime « les huitres » (oui) et s'il mange « des escargots » (seulement s'il est obligé). Crassus explique que ses goûts l'amènent à apprécier les deux, et que c'est une question d'appétit, et pas de morale.
Bon, l'allusion est claire, et elle est marrante.
Son seul défaut est qu'elle n'apporte rien au film. Il n'y est fait aucune allusion plus tard, et elle n'apporte rien au personnage de Crassus. Alors, si ce n'était à cause de la censure, ça ne m'aurait pas choqué que cette scène ait été coupée au montage.
Il n'est fait allusion à l'homosexualité nulle part ailleurs dans le film – alors qu'il semblerait qu'elle soit très présente dans le livre dont est tiré le film.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma, #chef d'œuvre

Publié le 30 Janvier 2017

Benjamin Button (Brad Pitt) est né en 1918, dans un corps âgé de plus de 90 ans : arthritique, sourd, avec de la cataracte... Plus le temps passe, plus il grandit et plus il rajeunit. Abandonné par son père à sa naissance, il est élevé par une domestique Noire travaillant dans un hospice pour personnes âgées (clin d'œil). Il rencontre Daisy (Cate Blanchett – enfin elle jouera Daisy adulte), 6 ans, et tombe amoureux d'elle – alors que lui en a 12 et en paraît 80. Il vivra sa vie, partira travailler sur un remorqueur, vivra en Inde, aura une histoire d'amour avec Daisy...

La bande annonce de ce film ne m'avait à l'époque pas du tout attiré. J'ai vu il y a quelque temps que c'était un film de Fincher, je me suis dit que ça ne pouvait donc pas être totalement mauvais. Effectivement, ce n'est pas un film raté, mais ce n'est pas terrible non plus. C'est un gros mélo lent et un peu mou, guidé par une voix off continue et lourde (mais j'ai déjà noté à plusieurs reprises ma méfiance envers la voix off). L'histoire est jolie, je voix très bien où elle voudrait m'emmener, pourtant ça ne marche pas vraiment. Je n'ai jamais été touché dans ce film, trop lisse et artificiel pour être émouvant. Et surtout, il n'y avait pas de quoi étirer ce film sur presque 3 heures (!) Brad Pitt est semblable à lui-même dans beaucoup de drames récents, c'est-à-dire qu'il joue avec un balai dans le cul.
Au-delà de ça, il y a un jeu sur différentes lignes narratives qui se superposent – l'histoire de la pendule de je ne sais plus quelle gare, l'histoire de ce type qui a été frappé 7 fois par la foudre, et la vie de Benjamin Button racontée par sa voix et par celle de Daisy sur son lit de mort. Ils n'en font rien, certes, c'est là pour faire joli, mais c'est le genre de détail que j'aime bien.

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Publié le 25 Janvier 2017

Ghost Dog (Forest Whitaker) est un tueur à gage, vivant seul, selon les préceptes des samouraïs dans un bled un peu pourri du New Jersey. Il est entouré de pigeons qui lui servent à communiquer, et n'a comme ami que le glacier du coin, un Haïtien qui ne parle que français. Ghost Dog travaille avec la maffia italienne, s'étant trouvé un maître en la personne de Louie le jour où celui-ci l'a sauvé. Un jour un contrat tourne mal, la fille du Parrain ayant assisté à l'assassinat ; les maffieux décident donc qu'il est temps de se débarrasser de Ghost Dog – ce qui ne s'avèrera pas tâche aisé.

C'est donc un « pitch » assez classique de film d'action, avec vengeance, maffia, morts et fusillades. Sauf que Jim Jarmush est aux manettes, et qu'on n'est donc pas dans un film d'action. On serait plutôt dans une tragédie, en fait. Le rythme est assez lent, qui donne une impression d'inéluctabilité aux choses ; le récit est ponctué de citations du Hagakure, guide du XVIIIe siècle destiné aux guerriers japonais, qui me font penser au chœur antique annonçant les enjeux de ce qui suivra.
Il y a dans ce film une forme d'humour subtil et poétique que j'apprécie beaucoup, qui tient aux personnages, assez fantasques, issus d'un improbable bestiaire. Certaines scènes dialoguées, assez nerveuses et plutôt drôles, me font presque penser à du Tarantino – mais un Tarantino qui aurait pris moins de coke.
Bref, c'est un film formidable, drôle, tendre, tragique et qui me rappelle que j'ai du retard à rattraper dans la filmographie de Jarmush.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma

Publié le 18 Janvier 2017

Nawal Marwan, la mère des deux jumeaux Jeanne et Simon vient de mourir. Dans son testament, remis à son ancien employeur, Jean le notaire, Nawal leur demande de partir à la recherche de leur père et de leur frère. Jeanne et Simon ignorent tout de leur père, et n'avaient jamais entendu parler de l'existence d'un frère.
Jeanne, rejointe plus tard par son frère et par le notaire, part sur les traces du passé de sa mère. Nawal Marwan a grandi dans un pays en guerre, qui pourrait être le Liban, en plein milieu d'un conflit entre chrétiens et musulmans. Jeanne et Simon vont être confrontés aux horreurs de la guerre, et ne sont pas à l'abri de découvertes terribles...

Adapté de la pièce de Wajdi Mouawad (que je n'ai pas vue) par Denis Villeneuve, également réalisateur du film, Incendies est donc un film dur mais beau, superbe mais violent. Les plans sont soigneusement composés, la lumière est magnifique, les acteurs au poil, les déplacements d'acteurs et de caméra sont très organiques... À tel point que c'est difficile d'imaginer que ça ait pu à un moment être du théâtre. Bref, c'est fort et c'est magnifique comme une tragédie.

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Publié le 17 Janvier 2017

Michael O'Hara (Orson Welles) sauve d'une agression Elsa Bannister (Rita Hayworth), femme fatale et épouse d'Arthur Bannister (Everett Sloane, parfait), grand avocat âgé et boiteux. O'Hara accepte de venir travailler sur le yacht de Bannister. Il y a donc une romance entre O'Hara et Elsa, qu'ils cachent plus ou moins bien aux yeux de Bannister et de son associé George Grisby, une sorte de pervers qui s'incruste sur le bateau.
Les choses se corsent quand George propose à O'Hara de le tuer pour de faux pour 5 000 $, une histoire d'assurance-vie et de pouvoir aller finir sa vie tranquille sur une île déserte. O'Hara accepte. Sauf qu'évidemment ça se passe mal, George se fait vraiment tuer, on accuse O'Hara, il croit que c'est Bannister qui a tout manigancé sauf qu'en fait non, c'est Elsa, parce que c'est comme ça, ces gens sont des méchants, « des requins qui s'entredévorent jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un. » Ah oui, à un moment il y a des chinois mais je sais plus trop ce qu'ils viennent faire là.

J'avais déjà vu deux films d'Orson Welles : Citizen Kane, qui m'a emmerdé, et F for Fake, qui m'a passionné. Le suspense est insoutenable : dans quelle catégorie appartient La Dame de Shanghai ? Disons-le de suite : dans la catégorie des films chiants.
Il a vraiment fallu fallu que je me triture le cerveau pour faire le résumé de ce film, alors qu'il n'est pas si compliqué, en fait. Ce qui est représentatif d'un problème du film : alors que toute l'intrigue repose sur la psychologie des personnages et leur côté maléfique, ils sont tellement mal écrits et mal construits que ça ne marche pas du tout. Mais genre pas du tout, ce qui fait que toute l'intrigue devient WFT et tirée par les cheveux, que c'est pénible à suivre et téléphoné.
Il était donc inévitable que je m'ennuie, si l'intrigue mal fichue ne m'intéressait pas. J'en ai donc profité pour regarder la mise en scène, et c'est bien fichu mais sans être hallucinant non plus (on n'est pas chez Kurosawa). La scène finale est assez mythique, qui se passe dans un palais des glaces, avec confusion des personnages et tutti quanti. Mais je crois que j'ai préféré la scène finale de la baston dans la salle aux miroirs d'Opération Dragon avec Bruce Lee.

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Rédigé par Vincent Sorel

Publié dans #cinéma

Publié le 17 Janvier 2017

J'ai dévoré cette autobiographie de William Castle, producteur et réalisateur américain, obsédé depuis l'enfance par l'horreur, le frisson, la peur. Sa carrière est donc remplie de séries B à petit budgets, des histoires de fantômes, de monstres, de meurtre... Ce qui ne l'a pas empêché de collaborer avec Welles sur La Dame de Shanghai ou de produire le Rosemary's baby de Polanski.
Il est finalement moins question de cinéma dans ce livre que des à-côtés d'Hollywood. Il y a une galerie de personnages savoureux et hauts en couleur, des anecdotes plutôt drôles, c'est, selon la formule consacrée, l'envers du décor mais du point de vue d'un type modeste (mais chanceux), pas une star – encore que William Castle a connu un réel succès dans les années 50. Castle était un spécialiste des gimmicks et des coups de pubs : squelettes volant à travers de la salle, boitiers délivrant des décharges électriques, assurance contre la mort de peur, lunettes 3D... Un exemple croustillant, parmi d'autres : dans les années 30, il avait retenu Ellen Schwanneke, une actrice allemande fuyant l'Allemagne nazie pour jouer dans une pièce à Broadway. Quelques mois plus tard, elle reçut un télégramme d'Hitler l'invitant à rentrer en Allemagne participer à un festival avec tous les artistes allemands. Castle répondit à Hitler qu'elle refusait, et eut l'idée de s'en servir pour la promotion de sa pièce, qui promettait d'être un four : il alla voir tous les grands journaux en jouant le naïf, « Mme Schwanneke ne veut pas trop que ça s'ébruite, mais quand même, il faut que je vous raconte... » Résultat : le lendemain les journaux titraient sur « La femme qui a dit non à Hitler », et les billets se vendèrent comme des petits pains. Mais ce n'est pas fini : la ligue Hitlérienne américaine, plutôt puissante à cette époque, écrivit des lettres de menaces à Castle. La veille de la première, celui-ci se leva à 4h du matin pour saccager les vitrines de son théâtre et y tagger des croix gammées... Encore une fois, succès garanti.

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