À Oran, petite ville morne d'Algérie Française, les rats se mettent à mourir inexplicablement dans la rue, de plus en plus nombreux. La mystérieuse maladie qui atteint les rats semble se propager aux humains, il s'agit d'abord de quelques cas isolés, puis de dizaines, de centaines : c'est la maladie que tout le monde a peur de nommer, à savoir la Peste.
Malgré le temps que mettent les autorités à prendre la mesure de la gravité des évènements, la ville est bouclée, séparant les familles et les amants ; les hôpitaux et médecins sont réquisitionnés, les cimetières se remplissent...
Au milieu de tout ça, les gens essayent de survivre, et même de vivre. Le docteur Rieux est sur tous les fronts avec l'aide d'amis, de collègues et de volontaires, des gens essayent de se faire la belle, les fonctionnaires tiennent des comptes... L'espoir, la résignation, la colère, le désespoir, l'indifférence, chacun traverse diverses stades : la peste n'affecte pas seulement les corps, elle touche également les esprits.
(Il va sans dire que j'omets des intrigues secondaires, le roman fait plus de 300 pages)
Voilà un grand classique de la littérature française moderne, qui a valu à Albert Camus le Prix Nobel en 1957 – avec ses autres livres de ce qu'on appelle son « cycle de la révolte », à savoir L'Homme révolté et Les Justes.
Si je suis tout à fait honnête, je n'ai pas ressenti l'impression de lire un chef d'œuvre. Attention : c'est un bon roman, bien mené, intéressant, plutôt bien écrit. La description d'une ville en état de siège intérieur, fermée sur elle-même, ainsi que celle de la situation de ses habitants, est précise et minutieuse, sonnant juste. Il me semble même déceler une pointe d'ironie, voire d'humour, quand Camus décrit l'administration, qui tient coûte que coûte à faire des statistiques, des tableaux et des rapports quand dehors les gens meurent à la pelle.
Camus adopte un ton distancié, analytique et finalement assez froid ; il ne semble pas vouloir d'implication émotionnelle dans cette histoire, mais plutôt un récit « objectif » et détaillé des faits tels qu'ils se sont passés. Ce qui laisse, quoi qu'on en dise, le lecteur à distance, sans pouvoir être touché par ce qui arrive aux personnages avec lesquels on ne s'implique pas. C'est probablement à cause de cela que pas grand-chose ne m'a retenu dans ce roman. Je ne me suis pas vraiment ennuyé, mais j'aurais très bien pu l'abandonner sans avoir ni regret ni envie de « savoir ce qu'il se passe après. »
Peut-être à cause de mon habitude de la littérature contemporaine, la langue de Camus, précise et méticuleuse, ne me parle pas tellement. Elle me semble appartenir à une autre époque – et c'est effectivement le cas. C'est bien écrit, mais ce n'est pas pour moi une belle écriture, capable de m'émouvoir, de me transporter.
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Sur un registre un peu anecdotique, mais qui en dit tout de même beaucoup sur une époque, il est intéressant de noter deux choses :
- ce roman ne contient quasiment aucun personnage féminin.
- ce roman, qui se passe en Algérie (française, certes, mais en Algérie quand même), ne contient que des personnages aux noms bien français : Rieux, Tarroux, Rambert, Cottard, Grand, Mercier... Un détail révélateur de l’ambiguïté de Camus à propos de l'Algérie.
Pour ceux que cette question intéresse, il faut lire ce passionnant article du Monde Diplo : Albert Camus, ou l’inconscient colonial par Edward W. Said, critique et intellectuel palestino-américain.